‹ Histoire du diocèse de Troyes pendant la RévolutionChapitre 131 sur 201 · PROTESTATION DB DUBOIS · texte numérisé non relu

PROTESTATION DB DUBOIS

tien, quand il s'agît de confesser ou défendre la foi. Inspirée, dirigée par le zèle de la religion, elle abhorre également et le parjure et Tapostasie, quelles que puissent être les suites de sa fermeté. Dans toutes les circonstances, je me piquerai, plus que personne, d'émulation pour signaler ma sincère et constante fidélité à la loi, à la nation et au roi.

a Je n'aurai point à regretter les biens attachés à mes trois églises ; un simple et modique casuel m'a toujours suffi, et, quel que puisse être mon sort pour l'avenir, les humiliations, l'avilissement et la détresse (je ne possède plus rien), je saurai, après trente-huit années d'exercice dans le ministère pastoral, me Contenter du pain de douleur et de l'eau de tribulation. Je suis assuré de trouver l'un et l'autre dans mes trois paroisses, môme parmi ces milliers de pauvres au soulagement desquels je me suis consacré pendant mon long et laborieux ministère. J'en serais refusé que. fort de la grâce de celui qui inspire les confesseurs et soutient les martyrs, je saurais me consoler et me glorifier dans la pauvreté et les humiliations de Jésus-Christ. Content de mon sort, je ne puis être insensible à la position actuelle de quatre vicaires, auxquels on refuse le traitement fixé par les décrets pour l'année 1790; renvoyés successivement du département au district et du district au département, on n'oppose à une demande de justice qu'un refus humiliant fi»ndé sur de prétendues lettres ou décisions des comités ; mais les comités pourraient-ils, à leur gré, modifier, restreindre ou étendre les décrets et en retarder l'exécution ? Je réclame, avec confiance, les droits de la justice et de l'humanité pour ces ministres laborieux et que la détresse a déjà forcés de vendre une partie de leur modique mobilier.

«( Daignez, Monsieur le Président, faire agréer à l'auguste Assemblée, et l'assurance de mon invincible résistance au quatrième serment exigé, et l'hommage de ma soumission à tous ses décrets sur le gouvernement civil

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et temporel. Obtenez-moi de pouvoir finir mes jonrs dans nn hôpital, que de pieuses et abondantes profusions m'ont mis à portée d'ouvrir et de consacrer à rhumanité souffrante. Tel j*ai vécu, tel je désire de mourir, pauvre an milieu des pauvres (i). »

La fermeté de Tabbé Dubois à refuser le serment fat imitée, non seule; ent par les vicaires de ses t^ois paroisses, ceux de Sainte Madeleine : Nicolas-François Cortier et Louis-Antoine Deschamps ; ceux de Saint- Remy : Didier-Mammès ChaurnauU et Louis Violette, et celui de Saint- Frobert, Luc- Antoine Leftvre, mais encore par le vicaire de Saint-Nicolas, M é dard-Elisabeth Bazin, par ceux de Saint-Nizier, Claude-Augustin Roblot et Benoit Prat, et le prêtre sacristain, Joseph-Nicolas Jacquier, par le vicaire de Saint Jacques. Louis-Joseph Bouillerot, et par un prêtre habitué de Sainte-Madeleine, Nicolas-François Olivier.

Par contre, le vicaire de Saint-Aventin, Pierre Béguinet, oubliant son adhésion à la protestation en faveur de la religion catholique, crut devoir prononcer un long discours pour justifier son serment, à l'occasion duquel les mauvaises langues rappelèrent l'intrigue qui l'avait forcé de quitter Verdun, son diocèse, quelques années aupai*avant. Béguinet s'exprima ainsi :

« Mes Frères,

« D'après la résolution que j'avais prise de ne m'écarter en rien des avis et des exemples de notre digne pasteur, vous (levez sentir combien il doit en coûter à mon cœur pour tenir en ce moment une conduite tout opposée. Si quelque motif humain pouvait avoir aucune influence sur un ministre de Jésus-Chiist qui ne cherche que les intén^ts de DicMi et de la religion si la crainte ou le vil intérêt

(i) Papiers de la Constituante^ C, 54, dossier 53o, et A. Brette, liecucil de documents relatifs à la convocation des Etats- Généraux en iySff, t. II, p. 66.

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avaient quelque accès dans le cœur d*un Français qui ne respire que pour la gloire de sa patrie et le bonheur de ses frères, j'avoue que j'aurais balancé, et l'exemple de votre vénérable pasteur m'aurait entraîné. Mais, en cet instant, le salut de TEtat, la raison, la religion et le cri de ma conscience me commandent impérieusement l'obéissance à -la loi, et je m'y soumets avec d'autaut plus de confiance que c'est pour assurer la tranquillité générale et la vôtre en particulier.

«( Je n'entreprendrai point de justifier cette démarche aux yeux de l'ignorance ou de la fausse société (science ?) qui va crier au scandale; j'ai publié les motifs qui m'avaient déterminé, et j'ai prouvé que la sagesse de l'Assemblée nationale nous avait rapprochés des beaux siècles de l'Eglise, de ce bel âge que nous regrettons tous les jours (i), et que l'on pourrait appeler Tàge d'or de l'Evangile.

€c Mon devoir aujourd'hui est de détruire les imputations calomnieuses dont on a voulu noircir notre auguste Assemblée. Que n'a-t-on pas dit, que ne dit-on pas tous les jours pour faire échouer ses décrets et ses projets ? On va jusqu'à vouloir sonder son intention pour la faire paraître criminelle, et par des déclamations d'autant plus captieuses qu'elles empruntent le masque de la religion et du bien public, on cherche à vous faire trembler pour votre foi, en rendant suspecte celle de notre auguste Sénat ; on vous fait craindre pour vos fortunes en exagérant la dette nationale et en reculant, à un terme fort éloigné, la suppression d'une taxe passagère, dont les circonstances critiques où nous nous trouvons ont nécessité l'imposition. Enfin, parce que vous êtes encore malheureux, on publie qu'on n'a rien fait pour votre bonheur. Afin de détruire ces imputations calomnieuses, jetons

(i) Allusion à sa Lettre d'an ecclésiastique de Troyes à son frère, par B . . . , citée plus haut .

les yeux en arrière et voyons Le bien que la liberté encore dans son enfance, a produit, voyons les abus qu elle a réformés.

« Dans le plus beau pays de TEurope, sous le climat le plus heureux, Thonime né libre vivait dans les fers ; la superstition avec son ignorance, Tintolérance avec ses fureurs, Tambition avec son audace, Torgueil avec ses mépris, Tor avec son insolence, enfin, le despotisme armé de la verge de fer,avaient fait de la France entière une vallée de larmes et de misères, un séjour de contrainte et d'esclavage. Il semblait que Dieu, dans sa fureur, ait permis qu*on exécutât, pendant tant de siècles, un système complet d'injustices et d'atrocités. A peine dans l'espace de treize cents ans trouvet-on deux ou trois époques où l'âme oppressée puisse respirer un peu. O bon Henri ! O le meilleur des rois ! ô si tu n'eusses servi de modèle à Louis XVI ! que j'ai versé de larmes d'attendrissement en lisant les projets que tu avais formés pour le bonheur de ton peuple ; mais illusion passagère : bientôt les forfaits qui l'avaient précédé se représentent, d*illustres fripons et d'heureux tyrans se succèdent. O nation opprimée ! me suis-je écrié bien des fois ; 6 Français, si dignes d'être heureux, n'êtes- vous pas enfants du môme père, l'ouvrage du môme Dieu ? Ne sommes- nous pas égaux et par la naissance et la mort? A tant de maux physiques qui emplissent l'intervalle de ces deux points devez-vous ajouter la barbarie de vos lois injustes ? Hélas ! mes Frères, forcé de garder le silence, je ne pouvais faire que des vœux pour votre bonheur, et voilà qu'une nouvelle Constitution vient les réaliser ; et voilà qu'elle surpasse et mes espérances et mes désirs. Kn ellet, les droits de l'hommo étaient outragés <lepuis le commencement de notre monarchie, et l'Assemblée nationale les a rétablis dans toute leur étendue ; d'une main savante et ferme, à travers les orages qui ont précédé ce beau jour, elle a tracé les principes qui assurent à jamais votre liberté.

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« Une féodalité vexatoire désolait la France entière, il fallait acheter, dans certains cantons, Tair qu'on y respirait; les lois barbares liaient à la glèbe l'infortuné qui avait le malheur de naître sous ce climat maudit, mais la tyrannie d'une telle servitude vient de disparaître pour toujours.

« Des lettres de cachet, des ordres arbitraires attentaient à la liberté des citoyens : Texil, les fers, la Bastille attendaient Thomme juste et ferme qui avait le courage de réclamer contre cette violation des droits de l'humanité ; mais ce cruel despotisme vient de s'écrouler avec les murs des cachots ténébreux où il exerçait ses noires fureurs.

«( Des classes redoutables et encore si puissantes dans leur dernier soupir, des ordres nourris dans l'orgueil de leur nom, enivrés de l'étendue de leurs privilèges, fiers de l'immensité de leurs richesses ; des ordres intéressés à appesantir nos chaînes envahissaient tous les biens, tous les honneurs, toutes les dignités : ces ordres n'existent plus ; le mérite, la sqience, les talents, la valeur, l'humanité, la religion, voilà les vertus que vous récompenserez, et c'est vous-mêmes qui distribuerez les couronnes.

« La loi, sans force contre les grands, exerçait toute sa sévérité contre les faibles qu elle opprimait ; mais son glaive frappe aujourd'hui sur tous les prévaricateurs. La loi est devenue maîtresse souveraine de tous les Français.

«( Notre ancien droit, que nous tenions d'un peuple et d'un climat étranger, n était composé que de privilèges sans nombre qui tournaient tout au détriment du bien public. Ses décisions énoncées en termes barbares, ses formalités qui entraînaient le fond, présentaient un labyrinthe où se perdaient les parties intéressées, les avocats et les juges. Maintenant un code de lois analogues à vos mœurs, dictées par vos représentants, rédigées sur vos instructions, écrites dans votre langue, et d'un style Intel-

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ligible, vous met à portée de prononcer Tous-mémes sur tous vos intérêts.

« Le droit de statuer définitivement sur vos biens, sur votre réputation, sur votre vie, ce droit imprescriptible vous avait été ravi pour être vendu à des mercenaires qui vous faisaient acheter la justice au poids de l'or, aujourd'hui c'est vous-mêmes qui avez choisi ceux qui vous administreront la justice gratuitement, et vos suffrages justifient assez la sagesse de cette rénovation, puisqu'ils se sont réunis sur ceux dont le désintéressement, les lumières, la droiture et Téquité vous étaient connus.

« Les impositions qui grevaient Tagriculture, celles qui enchaînaient Tindustrie, celles qui mettaient tant d'entraves au commerce, la taxe que supportait le sel, cet aliment si nécessaire, ce bienfait de la nature, enfin tous les impôts qui appauvrissaient la classe la plus indigente, et dont des privilèges sans nombre exceptaient la classe la plus opulente, tous ces impôts répartis avec tant d'injustice, demandés avec tant d'insolence, exigés avec tant d'inhumanité, ils sont abolis sans retour pour faire place à une dette sacrée, dont la perception facile n'appauvrira pas le fond, et dont le poids, distribué à raison des facultés, ne blessera personne en particulier.

« Depuis longtemps, les refus insultants du riche renvoyaient les pauvres à la Providence de Dieu pour en recevoir quelque assistance, et voilà que cette même Providence leur suscite des intercesseurs au milieu de l'Assemblée. Bientôt vont s'élever des hospices où l'indigence impotente trouvera un soulagement et un asile dans ses infirmités ; bientôt vont se former des ateliers de charité, où le pauvre, fier de pouvoir être utile à sa patrie, trouvera un juste salaire à ses travaux. Déjà plusieurs millious sont consacrés à ces deux objets.

« Depuis plusieurs siècles, les gens de bien soupiraient après la réforme du clergé ; en vain T Eglise lavait tentée, mais le mal vient d'être attaqué jusque dans son principe.

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et, en faisant disparaître L'énorme disproportion qui se trouvait entre Toisiveté opulente et le travail sans récompense, on a mis les uns et Les autres à Tabri du danger des richesses et du mépris qu'inspire la pauvreté. Vous n'aurez donc plus que des pasteurs de votre cLioix, modèles tout ù la fois du pauvre et du ricLie, et qui auront déjà mérité votre confiance par leurs talents et leurs bonnes mœui*s dans l'exercice du saint ministère.

« Voilà, mes frères, les principaux avantages que nous a procurés l'Assemblée nationale ; et nommez un seul bienfait qui soit en son pouvoir, quelle ne se dispose à TOUS l'accorder, et cependant c'est cet auguste Sénat qu'on a l'ingratitude de calomnier. On va jusqu'à lui disputer le pouvoir qui a brisé nos fers et qui veut nous rendre heureux ; on accuse nos représentants de n'avoir pas suivi la marche tracée dans leurs cahiers, comme s'il eût été possible de prévoir les circonstances allreuses où ils ont été obligés de déployer toute L'étendue de Leurs' pouvoirs. Gomme députés de La nation en qui réside La souveraineté, ils en avaient la puissance et l'autorité, ils eussent donc trahi l'intérêt générai, s'iLs ne L'eussent exercée. D'aiLLeurs, jetons un coup d'œiL sur toute La France, son régime actueL prouve évidemment Le concert et L'approbation générale sur toutes les réformes qu'on opère, sur tous Les étabLissements qu'on érige. Que voyons-nous?

« Le royaume divisé en départements, districts, cantons, municipalités, un nouvel ordre judiciaire établi de toute part et déjà en activité, La création de tous ces corps est votre ouvrage, et La confiance publique qu'ils inspirent prouve assez que l'autorité qui Les a créés est généralement applaudie. Que voyons-nous encore ?

« Une garde citoyenne dont les sentiments nobles et patriotiques sont dirigés par L'honneur et l'amour de la liberté, citoyens soldats dont le zèle infatigable maintient partout, ou ramène promptement l'ordre et La soumission aux décrets de L'Assemblée. Que voyons- nous encore ?

« De nombreuses sociétés de citoyens de tous les états, qui se gloriAent du titre d*amis de la Constitution, et dont les travaux journaliers tendent à sa perfection. Peut-on dire, après cela, que le vœu général ne soit pas assez iortement exprimé ?

« Rappellerai-je aussi ce jour à jamais mémorable, et dont aucun peuple n*avait fourni Tidée, ce jour digne d'un éternel souvenir, où une nouvelle députation de tous les Français vient faire le serment le plus solennel de maintenir de tout leur pouvoir la nouvelle Constitution, serment prononcé par le roi lui-même, serment répété le même jour et à la même heure par plus de vingt-quatre millions de bouches, et même par celles de nos réfractaires qui, après les applaudissements et les bénédictions donnés à l'auguste Assemblée, ont tous juré de vivre libres ou de mourir vengés.

<x Je connais vos craintes, mes frères, et j*y applaudis bien sincèrement ; je sais que vous tremblez pour notre sainte religion à cause de Tétat civil qu'on vient d'accorder aux Juifs et aux Protestants. Sans doute, nous devons chercher la plus grande gloire de Dieu et nous lui demandons tous les jours la grâce de contribuer à la sanctification de son saint nom ; mais prenez garde qu'en accordant un état civil à nos frères séparés, on n'approuve en aucune manière les erreurs qui les ont fait retrancher du corps de TEglise ; et TAssemblée nationale ne s'occupant que de la religion catholique dont elle stipendie exclusivement le culte et les ministres, elle annonce, par cette conduite, qu'elle ne connaît de vraie que cette seule religion. Tâchons, mes frères, tâchons, par notre modération, par nos bons exemples et par nos prières, de réduire tout à l'unité catholique, comme on a tout réduit à l'unité civique.

« Dans la protection accordée aux Juifs, ce peuple autrefois le peuple chéri de Dieu, je ne vois que l'accomplissement des oracles de TËsprit-Saint qui nous a prédit que toutes les nations se réconcilieraientavec ce peuple proscrit

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et que cette réunion serait le prélude de leur conversion ; c'est eu vain, mes frères, que nous nous y opposerions, la prophétie aura son entier accomplissement.

« En promettant de maintenir les décrets de TAssemblée, ce n'est pas, mes frères, qu*on soit obligé de croire que tous aient acquis la plus grande perfectibilité, ce n'est pas qu'on nous les propose comme fixes et immuables. Non^ mais nous devons nous y soumettre tant qu'ils ne seront pas révoqués ; et s'y opposer par des assemblées tumultueuses, par des écrits incendiaires, chercher à corrompre par l'or ceux qui les exécutent, vouloir les intimider par les menaces, les noircir par la calomnie, c'est un crime opposé à l'esprit et à la lettre de l'Evangile, c'est lever l'étendard de la révolte pour allumer une guerre de fanatisme qui enlèverait à la religion son plus précieux trésor, le cœur et la foi des peuples fidèles.

« Souvenez-vous, mes frères, que la religion doit son triomphe à sa patience et au soin extrême qu'elle a toujours eu d'accommoder sa discipline extérieure avec les usages et les coutumes des peuples chez qui elle s'est introduite ; et quand les changements proposés ne touchaient ni à la foi, ni à la discipline des sacrements, ni à la règle des mœurs, elle s'est fait un devoir de les adopter, et combien plus doit-on s'y soumettre, quand on ne réclame que l'exécution des anciens canons pour ramener les beaux jours de la primitive Eglise.

« D'après toutes ces réflexions, guidé par l'intérêt de la gloire de Dieu et sa religion, animé du désir de rétablir la paix et la tranquillité publique, jaloux de pouvoir

contribuer au bonheur de mes frères, je jure O mon

Dieu ! si vous devez rejeter ce serment, que ma main droite se dessèche, que ma langue immobile reste attachée à mon palais ! Je jure d'être fidèle à la nation, à la loi et au roi, et de maintenir de tout mou pouvoir les décrets de l'Assemblée nationale sanctionnés par le roi. Puissions-nous, mes frères, être tous animés des mêmes

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motifs ! Bientôt, noDS ne composerions qo-'one seule famille, an milieu de laquelle le Dieu de paix et de charité ferait ses délices dliabiter, pour nous trouver ensuite réunis avec lui dans la glorieuse éternité (i). »

Roblot, vicaire de Saint-Nizier, avait d abord refusé de jurer ; mais il finit par imiter B^uinet, bien qu*il eût, comme lui, signé la déclaration en (aveur de la religion catholique rapportée plus haut.

Depuis plus d'un an, il s'était formé à Troyes une sorte de milice chargée de rendre à la ville sa sécurité si gravement troublée par les premiers événements de la Révolution : c'est ce qu'on appela la garde nationale. D*après son règlement, elle devait avoir nn aumônier chargé du service du culte. Un chanoine de Saint-Pierre, Antoine Camusat de Messon, remplit, dès l'organisation de la compagnie, cette fonction qui le fit probablement choisir comme électeur du district de Troyes, en 1790. Le serment qu'il avait prononcé, le 9 mai, avec les soldats de la garnison et les hommes de la garde nationale dans la cathédrale, et le aj septembre, au service célébré pour les militaires tués à Nancy, il ne crut pas pouvoir le refuser, maintenant que la loi lui enjoignait formellement de le prêter. L'administration désirait donner d'autant plus d'éclat à l'accomplissement de cet acte, qu'elle le savait réprouvé par la conscience d'un grand nombre. Ce fut donc avec son agrément, sinon par ses ordres, que la garde nationale se rendit dans l'église Saint-Jean, lors de la prestation du serment du curé de cette paroisse, et y exécuta une messe en musique célébrée par son aumônier. Celui-ci monta à son tour dans la chaire de la vieille église, étonnée d'un spectacle si nouveau, et s'exprima ainsi :

« Credo sidère bona Domini in terra viçentium, »

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