XXXVUI PAROISSES DU DIOCÈSE
une pension viagère de 3oo livres en résignant (i). Mocqueris, curé de Saint-Jean, à Troyes, retint une pension de i.2KM> libres sur les revenus de sa cure, qu'il résigna à David Deiisleen 1784 (a). Cette retenue mettait plus d'une fois le successeur dans la gêne. La suppression de ces résignations n'est nullement à regretter.
Un abus encore plus d&cheuz de l'ancien régime, qui a fort heureusement disparu, c'est la grande disproportion qu'il y avait entre le traitement des ecclésiastiques en dignité et celui des prêtres des paroisses. Si ceux-ci étaient mal partagés, ils le devaient à la mauvaise répartition des biens de l'Eglise. Tandis, par exemple, que la plupart des chanoines de Saint-Pierre, de Saint-Etienne, voyaient leurs revenus montera 3. 000 livres, 6 000 livres, 8.000 livres, des vicaires de la ville et de la campagne n'avaient que 3oo, 400, rarement 5oo livres. Certaines paroisses, très peuplées ou très étendues, avaient besoin de deux prêtres pour être desservies; mais comment les payer? Tantôt c'était la Fabrique qui s'obérait pour subvenir au paiement du vicaire ; tantôt c'était le curé qui se voyait obligé de prendre à sa charge les frais qu'occasionnait le vicariat ; ou bien le traitement était fait par le curé, par l'évôché, par les décimateurs et par les paroissiens. C'est ainsi que le vicaire de Maizières-la-Grande-Paroisse toucha, en 1790, 5oo livres, dont 65 furent fournies par l'Evêché ou la Chambre, 35 par l'abbaye du Paraclet, 140 par le curé, a6o par les habitants (3). Le droit alors en usage n'aurait-il pas dû assurer un traitement plus élevé à tous les vicaires et leur garantir une subsistance plus honnête, plus en rapport avec leur ministère et sui*tout avec les besoins des pauvres à leur charge ?
(I) Apch., L. V., i588 et L. K., 1/174. (a) Arch., L.V.,i54o.
(3) Arch., L. V., i5o5.
LB RBGRUTBMBNT XXXIX
Le RBGRUTBMBNT. — Le diocèsfi de Troyes avait certainement assez de vocations ecclésiastiques pour sufRre au ministère paroissial ; malgré cela, sur 4^5 curés, desservants on vicaires, les divers diocèses de France en four» nissaient i45, savoir : Albi. i ; Amiens, 3 ; Angers, 9 ; Arras^ i ; Autun, 3; Auxerre, i ; Bayeux. 5; Besançon, 6; Biois, I ; Boulogne, i ; Bourges, i ; Cambrai, a ; Carpentras. 4 ; Châlons-sur-Marne, aa ; Clermont-Ferrand, a ; Ck>utances, a ; Dijon, a ; Embrun, a ; Fréjus, i ; Gap, 4 ; Grenoble^ pays de Tévêque et du coadjuteur, 7 ; Langres, 17; Liège, 4 ; Lisieux, i ; Lyon, i . Meaux, 4 ; Metz, 4 ; Noyon, i; Orange, i; Orléans, i; Paris, 11; Reims, 3; Uiez, i; Rouen, i ; Saint-Flour, a ; Séez i ; Senlis, i ; Toul, 10 ; Trêves, 4 î Vannes, i ; Verdun, 3, et Vienne, a. De plus, un prêtre était de nous ne savons quel diocèse de Belgique, et il en est 18 dont nous n*avons pu découvrir le pays d'origine (i).
Le motif pour lequel on comptait tant d'étrangers dans les rangs du clergé troyen, c'est que les patrons des cures étaient libres de désigner pour curés des prêtres de n'importe quel diocèse ou province ; rien ne les forçait de les choisir dans le clergé diocésain ; il suflisait que l'autorité épiscopale donnât des pouvoirs aux nouveau-venus, à qui elle pouvait les retirer, si leur conduite ou leur doctrine rendait cette mesure nécessaire.
Il arrivait parfois que le congruiste avait à souffrir de l'abus que le curé faisait de ses droits sur la succursale. Pour se soustraire à toute dépendance, il était naturel que le succursaliste cherchât, d'accord avec les habitants, à faire ériger la desserte en cure : de là une lutte qui, généralement, ne se terminait que devant les tribunaux, et qui occasionnait de part et d'autre des frais considérables.
(i) La raison en est que le registre des nominations ecclésiastique» des années i^Sa à 1787 inclusivement n'a pas été conservé.
XL PAROI8SB8 DU DIOCteB
Le curé de Loches avait à landreyille un vicaire résidant. On dit que le curé ne laissait guère échapper l'occasion d'humilier ses vicaires en particulier et même en public, et qu'il leur faisait éprouver bien des désagréments. Du reste sa conduite lui avait valu, en 1770, une lettre de cachet, en vei*tu de laquelle il avait été enfermé, un an entier, au séminaire. Pour lui enlever Texercice de ses droits sur Landreville, le vicaire avait proposé l'érection de la desserte en cure. Il eut le tort de ne pas y réussir. Le curé le fit décréter d'ajournement, mais il lui en coûta a3 000 livres de frais (i). Cette querelle n'est pas la seule dont le souvenir nous ait été conservé. Elle est une preuve que les hommes les meilleurs se trompent et que les desservants n avaient pas toujours, sous l'ancien régime, l'indépendance et la tranquillité que leur fit le régime concordataire.
Les gradués. — Une entrave des plus difficultueuses était apportée, avant la Révolution, aux nominations ecclésiastiques : nous voulons parler du droit des gradués. En voici l'origine. Plusieurs Pères du Concile de Bâle, en i43i, firent entendre des plaintes sur la négligence des coUateurs à nommer des gens de lettres aux bénéfices. Le Concile décida, dans sa ii^ session, que le tiers des bénéfices serait afiecté aux clercs gradués : docteurs, licenciés ou bacheliers. Ce décret fut introduit dans le Concordat entre LéonX et François I®'. Mais, comme il était mal aisé de partager tous les bénéfices du royaume en trois parties égales, par le même Concordat il fut ordonné que Tannée serait divisée en trois parties, et que les bénéfices qui vaqueraient par mort, durant le tiers de l'année, seraient réservés aux gradués. Ce tiers étant de quatre mois, on affecta ceux d'avril et d octobre aux gradués simples.
(I) Arch.^ L. y., i56o et 1616.
un ORADUifl xu
c'est-à-dire à ceux qui avaient des lettres de nomination par lesquelles l'Université les présentait aux collateurs. Outre ce droit des gradués à être nommés selon leur degré d'ancienneté à tontes les places qui venaient à vaquer durant les mois de janvier, avril, juillet et octobre, ils pouvaient, eux seuls, occuper les bénéfices principaux du diocèse, c'est-à-dire les cures des villes et lieux murés, lesquels ne se conféraient qu'à ceux qui avaient étudié au moins trois ans la théologie, ou le droit civil, ou le droit canonique.
Les prébendes théologales ne pouvaient être données qu à des docteurs en théologie. Nul ne pouvait être pourvu d'une des dignités de la cathédrale ni de la première dignité d'une collégiale, à moins d'être gradué en théologie ou en droit canon.
Or, les grades ne supposent pas toujours la vertu, ni même, hélas ! la science des sujets. Certaines Universités accordaient parfois, avec une déplorable facilité, les degrés à des étudiants incapables. Citons-en un exemple seulement : Eu 1761, Jean-Baptiste Orphée fut nommé curé d'Ervy, son pays natal, par Tabbé de Saint-Germain d'Auxerre. Mais comme il n*était point gradué, quoiqu'il remplit les fonctions de principal du collège, larchevéque de Sens ne put lui accorder les pouvoirs dont il avait besoin. L*obstacle fut vite levé. L archevêque conseilla au curé nommé de se présenter à lUaiversité de Reims. Après six jours seulement de présence, Tabbé Orphée en revint avec le grade de bachelier, et, moyennant cette formalité peu dispendieuse, il fut agréé comme curé de la ville d'Ervy.
Quand les étudiants avaient rempli toutes les conditions imposées par les lois en matière bénéficiale, c*est-à-dire quand ils avaient fait insinuer leurs lettres de degrés, de temps d'études et de nomination, et qu'ils en avaient remis copie au collateur par lequel ils étaient nommés, avec la copie renouvelée h chaque carême de Tinsi-
XUI PAROI88B8 DU DIOCiSB
Quation (i) de leurs noms et prénoms, Tévéque était contraint de leur donner des emplois assez importants, si peu vertueux que fussent ces ecclésiastiques.
Les examens. — Chaque année, à partir d*une époque qu*il serait difficile de déterminer, les jeunes prêtres du diocèse de Troyes avaient à subir un examen.
Les feuilles de provision d'un vicariat portaient, écrit de la main du secrétaire de Tévéché, le sujet de Tépreuve. Elles étaient présentées, après Texamen, pour y inscrire, s'il avait été satisfaisant, une prorogation d'un an. A cette époque, les pouvoirs n'étaient donnés au jeune prêtre que pour une année ; ils expiraient de droit à la Pentecôte.
Les jeunes prêtres des cantons qui appartenaient au diocèse de Langres n'eurent cette épreuve à affronter qu'à partir de 1^83 ; mais elle se renouvelait pendant sept années consécutives. L'évêché envoyait tous les ans aux vicaires seulement un cahier de questions auxquelles ils étaient tenus de donner des réponses détaillées et motivées, qu'ils remettaient tous les trois mois à leur doyen. De plus, ils devaient soumettre, tous les ans, à 1 evêché, deux instructions d'une demi-heure, Tune sur un sujet libre, l'autre sur un sujet imposé.
Les retraites — Comme leurs confrères du diocèse de Troyes, ils étaient convoqués à une retraite de huit jours au séminaire. Au commencement de la retraite, les six plus anciens vicaires étaient examinés sur les sujets qui leur avaient été proposés dans les trois années précédentes : c'était ia condition pour être nommé curé. Tous les vicaires qui suivaient les pieux exercices de la retraite devaient composer, pendant la semaine qu'elle durait, une instruction d'un demi-quart d'heure. Trois d'entre eux, prévenus six mois d'avance, devaient donner un sermon.
(i) L'insinaation était Tenregistrement de l'acte.
LB SÉMINAIRE XUU
LesBMiNAiRB serrait aussi de retraite aux ecclésiastiques queTévéque jugeait dignes d*nue correction disciplinaire; les chanoines mêmes n*étaient pas exempts de Tobligation de se soumettre aux peines que Tautorité portait contre les membres du clergé ayant donné quelque scandale ; ainsi Giiart de Larchantel fut enfermé dix-sept jours au grand séminaire en 1770 par ordre de hi^' de Barrai (i), pour avoir parlé en mauvaise part de la nomination de deux membres de TAssemblée diocésaine.
L*évéque visita en 1766, dans sa tournée pastorale, la paroisse de Valentigny ; ce qu*il apprit de la conduite du curé Tobligea à lui faire promettre d'aller passer trois semaines en pénitence au séminaire. Cette promesse n'ayant été suivie d'aucun effet, Mi^^ ^e Barrai rendit le 7 juin une ordonnance enjoignant au curé de s'enfermer dans la huitaine au séminaire (a).
Un différend s'éleva en 1774 entre le curé de Saint- André et le Père Bernard, capucin, desservant l'église succursale de Saint-Gilles ; l'évêque interdit l'église et mit au séminaire le curé, qui fut reconnu coupable (3).
La science. — Mais quelle était la valeur intellectuelle du clergé troyen au moment de la RévolutioQ? Il serait difBcile et peut-être téméraire de répondre à cette question. Le clergé comptait certainemeut beaucoup plus de gradués que de nos jours. Quelques séminaristes allaient terminer leurs études à Paris et ne revenaient qu'avec un diplôme qui était pris en considération pour les postes élevés.
Plusieurs ecclésiastiques du clergé troyen ont publié, peu d'années avant la Révolution, dillérents travaux qui
(i) Arch., G. i3i3reg.
(s) Arch., G. S4 reg.
(3) Notes hiêtoriquea de ce qui s'est passé à Troyes. . . depuis lyyo jusqu'à IJ90, par le chanoine Tremet, année 1774-