‹ Histoire du diocèse de Troyes pendant la RévolutionChapitre 153 sur 201 · CANTON D AIX EN-OTHE · texte numérisé non relu

CANTON D AIX EN-OTHE

me le demander; je vous Ta voue, il m'en coûte» et moQ cœur est ému eu prononçant ce refus ; on ne quitte pas de gaieté d*âme un poste où la Providence vous a placé depuis plus de douze années ; pour faire un pareil sacrifice, il faut bien que votre curé y soit déterminé par les raisons les plus fortes et qu*elles soient légitimes, au moins aux yeux de sa conscience. 11 me reste à vous remercier de Thonnéteté avec laquelle vous avez procédé dans les circonstances présentes ; je suis peiné de ne pouvoir plus être des vôtres comme notable ; mais quelque rigoureux que soit le décret du 127 novembre dernier, vous savez qu*il m'au* torise à exercer mes fonctions curiales jusqu^à la nomination, acceptation et installation de celui qu'on croira devoir élire pour les continuer ; il est très urgent que ces fonctions saintes ne soient point interrompues dans le temps précieux où nous sommes ; j*ai donc Thonneur de vous déclarer que je me ferai un devoir le plus scrupuleux de ne point interrompre mon ministère jusqu^à cette époque. »

A peine le procureur syndic du district eut-il connaissance du refus opiniâtre du curé de Rigny qu'il écrivit au courageux pasteur pour le décider à prêter le serment. Rien de plus noble que la réponse de Lamotbe : (c Monsieur, « L'intérêt pressant que vous voulez bien prendre à moi, dans la très fâcheuse circonstance où nous nous trouvons, m'a pénétré de la plus vive reconnaissance. Vous avez renouvelé en moi un des combats infiniment coûteux à la nature ; je n'en ai malheureusement que trop éprouvé de ce genre de la part de ma famille, de mes amis et de mes voisins dissidents, jusqu'au moment de ma dernière détermination. Mais, Monsieur, malgré le plaisir sensible que je ressentirais à me rendre à votre honnête et tendre invitation, je vous supplie de me pardonner de ne pouvoir le faire. Si j'avais l'honneur d'être mieux connu de vous, vous ne douteriez plus qu'aucune raison humaine ait eu la

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moindre part à mon refus de prêter le serinent. Je sais à mille lieues de chercher à capter par Ik les éloges on la bienveillance d*aucuns ennemis de la Révolution ; ils ne sont rien moins que mes amis, et je suis moi-même trop celui de la paix pour me ranger jamais de leur côté. Mais, Monsieur, il ne faut plus se le déguiser, le schisme le plus formel et le plus funeste, parce qu'il est éclairé, est manifestement ouvert en France. Les entrailles de l'Eglise vont être cruellement déchirées par les mains de ses propres enfants, de ses propres ministres. Les larmes me suffoquent en traçant ces mots ; je ne me permettrai pas de discuter avec vous à qui cette malheureuse division doit sa naissance. Est-ce à la soumission des quatre évêques jnreurs ? Est-ce à la résistance des cent vingt-six autres ? Je vous remarquerai seulement, et passez-moi Cette remarque qui m'a frappé par son analogie anx circonstances, que quatre évêques suivirent le parti d*Arius, que quatre évêques tentèrent de réveiller son hérésie, et que quatre évêques aujourd'hui sont assermentés pour la nouvelle Constitution du clergé. Quoi qu'il en soit, dans un temps de schisme, quand il s'agit ou plutôt quand on est forcé de prendre un parti, vous êtes trop instruit et trop bon catholique pour ignorer qu'il est de la prudence chrétienne de chercher à embrasser le plus sûr, c'est-àdire, le mieux appuyé d'autorités légitimes, jusqn'à ce qu'un temps plus heureux et plus calme permette à l'Eglise de décider une question qu'elle seule peut validement résoudre. Or, Monsieur, le parti qui m'a paru le moins sujet à erreur est celui des cent vingt-six évêques canoniques, d'autant mieux qu'ils ont à leur tête le Saint- Siège qui s'est enfîn expliqué. Je sens que ce parti est périlleux, et mon cœur saigne encore du sacrifice que je suis obligé de faire en le prenant ; je vous prie donc instamment. Monsieur, de ne pas me ranger dans la classe des êtres malveillants ou turbulents. Rien ne m'affligerait plus sensiblement que de perdre votre estime et celle de

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Messieurs vos coUègues, qui, la plupart, sont mes compatriotes et les amis des mieas.

« Quant à mon remplacement, je ne m*en prendrai qu'à moi seul ; je devais m*y attendre, je céderai donc mon poste à celui qu'il plaira à Messieurs les électeurs d*y destiner, sans disputer s'ils ont le droit d'y nommer ou non. Je cesserai mes fonctions dès Tinstant où je serai succédé, et il ne me restera pour accompagner mon caractère ineffaçable que mon seul titre de curé qui est à moi et que je crois hors du pouvoir executif parla raison que hujus est destUuere cujus est instituere. »

« Une seule chose m'occasionnerait la douleur la plus cuisante par l'intérêt que je prends et prendrai toujours au bien spirituel de mes bons et chers paroissiens : ce serait de voir mon remplacement effectué avant l'ouverture des pâques. S'il en était ainsi, plus des trois quarts des meilleurs manqueraient à un devoir essentiel : j'ose même assurer qu'une apparition subite de mon successeur dans ce précieux temps ne ferait qu'aliéner les esprits contre lui et contre mon gré. Au reste, s'il est en votre pouvoir d'user d'indulgence à cet égard envers quelques honnêtes et misérables pasteurs déplacés, je la réclame le plus instamment possible auprès de vous et de Messieurs vos collègues. »

Imitant l'invincible constance de son curé, le vicaire de Rigny motiva son refus de jurer en ces termes :

a Je m'empresse de vous témoigner combien je suis sensible et reconnaissant de l'indulgence dont vous avez usé à mon égard. J*aurais désiré pouvoir seconder vos bonnes intentions, en me soumettant à ce qu'on exige de moi; mais, malgré toutes les réflexions que j'ai pu faire, malgré tout le retard que j'ai apporté à me décider, la voix impérieuse de ma conscience a toujours prévalu et demeure victorieuse. Elle me commande de refuser le serment «-t je suis forcé de lui obéir. Je suis prêt à quitter le vicariat, lorsque vous le requerrez. Vous observerez, cependant,

que le décret m*autorise à continuer mes fonctions jusqu*à ce que je sois remplacé. Cest iivec la douleur la plus amère que je prends cette résolution ; mais je craindrais qu un plus long délai ne vous causât quelque désagrément de la part de mauvais sujets qui ont déjà manifesté et qui sont prêts à faire éclater leur mécontentement. »

Courtois revint à Rigny quelque temps après avoir écrit cette lettre; de concert avec la municipalité, lui et son curé prêtèrent Tun et Tautre le dimanche i^ mai le serment avec restriction. Le curé commença par rappeler du haut de la chaire, en son nom et au nom de son vicaii*e, leur zèle et leur attachement à la religion catholique, apostolique et romaine. Après ce discours qui fut trouvé un peu long, mais très touchant, ils émirent, Tun après Tautre, ce serment :

« Je jure, et jure de bon cœur de remplir fidèlement et de mon mieux les fonctions du ministère qui m*est ou me serait confié par TËgiise, d*être fidèle à la loi, à la nation, au roi, d*observcr la Constitution civile et politique du royaume, sous la réserve d*une partie de la Constitution du clergé que je ne peux jurer et mettre à exécution, dans la position particulière où je me trouve, ne voulant agir, enseigner, vivre et mourir que selon les lois de TEglise catholique, apostolique et romaine au sein de laquelle je suis né. »

Non moins formelles furent les restrictions apportées à leur serment le 6 février, par le curé et le vicaire de Maraye-en-Othe : <x L'Assemblée nationale, frappée des inquiétudes qui alarmaient la conscience des ecclésiastiques les plus vertueux et de ceux dont le patriotisme n'est point suspect au sujet du serment exigé d'eux par les décrets du aj novembre dernier, a déclaré en pleine séance par Torgane de M. Grégoire, i un de ses membres, que son intention n'était pas d'empiéter sur le régime spirituel de l'Eglise, ni de porter la moindre atteinte aux principes de la religion catholique, apostolique et romaine

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pour laquelle elle n'avait oessé de marquer son respect profond, qu'elle reconnaissait même que ces choses étaient

en dehors de son domaine, etc ; nous jurons de

veiller avec soin sur les fidèles de la paroisse qui nous est confiée »

Tels sont les discours p^r lesquels le clergé fidèle du canton d*Aix-en-Othe Justifia sa conduite. Parlons maintenant des prêtres qui te soumirent à la Constitution civile : ce furent Antoine-Charles Guyot, curé d*Aix ; François Boitel, curé de Courmononcle ; Daniel-Guillaume-Etienne Coutan, curé de Nogent-en-Othe ; Joseph Beurnaux, curé de Saint-BenoIt-sur- Vanne ; Charles- Bercaire Mutel. curé de Saint Mards, et Jean-Baptiste François son vicaire; Philippe Bottot, curé de Villemoiron, qui se rétracta le 3o mars, mais revint sur cette rétractation le i«' avril.

Le curé d'Aix craignant, et non sans raison, de scandaliser ses paroissiens, leur expliqua le 6 mars les motifs de sa soumission, dans un discours que nous reproduisons pour montrer l'état d'âme des malheureux assermentés :

« Je suis au milieu de vous, mes frères, en ma qualité de pasteur de vos âmes, la sentinelle qui doit veiller sans cesse à la conservation du dépôt de la foi catholique dont Jésus-Christ et l'Eglise, son épouse, m*ont rendu le gardien légitime, pour en distribuer la richesse entre vons par la voie de l'instruction ; j'ai toujours eu soin de vous engager à tenir aussi fermement que moi aux vérités fondamentales de la religion catholique, apostolique et romaine, ainsi qu'aux choses de la discipline que l'Eglise a si sagement établies depuis son berceau comme devant être celles de vos mœurs ; je ne vous ai pas non plus laissé oublier le respect et l'obéissance que vous et moi ne pourriez refuser sans crime aux puissances de la terre dans l'ordre politique. Aussi vous avez dû voir avec quel zèle, avec quel enthousiasme je me suis appliqué, depuis la formation des Etats-généraux, à promulguer les lois

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émanées de ce saoctuaire vénérable, et avec quel soin je vous en ai recommandé l'exécution, parce que, dit le Saint-Esprit, quiconque résiste aux puissances de la terre, résiste à Tordre de Dieu même. C'est dans ces sentiments que, décoré par vos suffrages, fruit de votre confiance, dès le mois de février de l'année dernière, de l'honorable fonction de maire dans cette paroisse qui par là m'est devenue chëreàdouble titre, j'ai (sic) entré dans la grandeur des vues des représentants de la nation française, en les exposant aux regards comme opiniâtrement occupés à régénérer l'empire; mais ils n'auraient pas opéré ce parfait bonheur, s'ils eussent posé les fondements de notre régénération politique sur les débris de la religion cetholique, dans le sein de laquelle ils ont l'avantage d'être nés eux-mêmes. Je ne saurais me dissimuler que les décrets émanés les ifà juillet et «27 septembre dernier (i) sur la Constitution civile du clergé ont jusqu'ici fait naître des doutes et laissé dans mon esprit des anxiétés, tant je craindrais de donner la moindre atteinte à la pureté de la foi catholique, d'enfreindre les règles de la discipline hiérarchique établies par la chaîne d'une tradition constante dans TEglise. Vous étiez, à cet égard, les objets bien essentiels de mes craintes, comme vous le serez toujours de ma sollicitude pastorale. Elles sont donc aujourd'hui levées ces craintes, par l'énoncé si persuasif que vous venez d'entendre et que je demande à vous répéter en ce moment. Ecoutez et profitons : « Les i*eprésentants des Français, fortement attachés à la religion de leurs pères et à l'Eglise catholique dont le pape est le chef visible sur la terre, ont placé au premier rang des dépenses de l'Etat celles de ses ministres et de son culte », renouvelant aujourd'hui, en tant

que besoin est, le serment civique que j'ai déjà prêté plusieurs fois, ma foi et celle de mon troupeau étant à couvert, je jure de veiller avec soin sur le peuple qui m'est confié.... »

(i) LUez 37 novembre.

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Tel est ce discours où les sentiments du curé d'Aix seraient parfaits, s*il avait exprimé la restriction qui était peut-être dans son cœur et dans son esprit. Nous ne serons pas surpris si plus tard on doute que ces paroles n'aient pas eu un sens restrictif.

Plus explicite fut le curé de Saiut-Mards. Certes, Mutel était un prêtre zélé. Il y avait eu un siècle le 5 avril 1785, qu*avait été démoli le temple protestant élevé dans sa paroisse en i6i5. 11 avait célébré cet heureux anniversaire avec toute la solennité possible et toute la i*econaaissance que méritait un pareil bienfait de la Providence. En 1789, il se mit à la tête du mouvement pour la célébration de la fédération, et n'hésita pas alors à prêter le serment civique, comme le firent bientôt la plupart de ses confrères. Il le renouvela le jour de la Chandeleur, après avoir protesté de son attachement aux vrais principes :

« L'Assemblée nationale ne touche en aucun point la foi catholique que nos pères ont professée, que nous pratiquons nous mêmes, et que nous laisserons à nos enfants comme le plus précieux gage de notre fidélité à Dieu, à la nation, à la loi, au roi. C'est dans ces sentiments, mes chers enfants, qu'à la face du ciel et de la terre, en présence d'un Dieu qui pénètre dans les replis les plus cachés de nos cœurs, je jure fidélité entière à la nation, à TËtat, à la patrie. Je jure fidélité constante à la lui, a TAssemblée nationale, à tous ses décrets... Je jure fidélité ferme et inébranlable au roi, à la Constitution, à la nouvelle organisation...; je jure de veiller avec soin sur les âmes dont le salut m'est confié, souffrir plutôt la mort que de ressembler à ce mercenaire qui n'est point pasteur, lequel voyant venir le loup abandonne les brebis ets'enluit, tandis que ce loup les ravit et disperse les troupes du troupeau. Je jure de vous rester aussi inviolablement attaché qu'un père lest à ses enfants. Je jure enfin de ne point vous abandonner sur la terre en cette vallée de larmes, dans la ferme confiance que le souverain pasteur des âmes me donnera la science, la

force et le pouvoir de vous conduire et de vous accompagner dans réiernité bienheureuse »

Jurer une fois parut suffire à la plupart des prêtres qui se soumirent au décret sur la Constitution ; le caré de Nogent-en-Othe crut, lui, devoir prononcer son serment deux fois, d*abord le 6 février, puis le 37 du même mois, en des termes qu*aucun sophiste gallican n*aurait certainement désavoués. Voici son premier serment *

« Zorobabel sera revêtu de gloire ; il s'asseyera sur son trône et il dominera; et Jésus, sanctificateur et pontife, sera aussi assis sur le sien et il y aura un conseil de paix entre eux deux. Zacharie, Chapitre VI, verset i3. « Frères et Concitoyens,

« Le prophète Zacharie, qui place sur deux trônes par l'ordre de Dieu les fils de Josédech, offre à nos yeux une vérité qu'il est essentiel de vous expliquer en ce moment. L'un, chef du peuple, représente la puissance temporelle : l'autre, sacrificateur et pontife, représente la puissance spirituelle de l'Egiiset deux puissances également divines, mais absolument distinctes et indépendantes l'une de l'autre. Enfants du même Josédech, leur union nous marque cette union si essentielle entre l'empire et le sacerdoce; union sans laquelle ces deux puissances devenues rivales s'affaibliraient bientôt et se détruiraient par des usurpations et des jalousies réciproques.

<c Ces usurpations, chers frères et concitoyens, ne sont pas sans exemple. On se rappelle encore avec peine le droit que des papes se sont arrogé de pourvoir aux bénéfices ecclésiastiques en France, les efforts qu'a faits TEglise gallicane pour défendre et conserver la liberté des élections, la pragmatique sanction qui a été la suite de ces troubles, et enfin l'usurpation qu'ont faite nos rois, en se réservant le droit de nommer aux évéchés et autres bénéfices de l'Eglise.

« Selon la première antiquité qu'une tradition divine et 1 exemple des apôtres nous ont prescrite, l'élection des

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Evêques doit se faire par le peuple, le clergé et les évêques de la province, et la consécration, par l'Evoque métropolitain. Userait donc injuste de nous élever contre TAssemblée nationale, lorsqu'elle cherche à nous faire rentrer dans les droits primitifs de l'Eglise.

« Et ne disons pas que la nation ]>rend sur les droits ecclésiastiques. Les rois sont obligés de tenir la main à l'exécution des canons ; la nation a été reconnue souveraine avec son roi ; par conséquent, elle entre avec lui dans les mêmes droits. Si elle n'a pas celui de faire des canons pour le régime spirituel de l'Eglise, elle a celui de faire exécuter ceux que l'E^çlise a faits, et c'est en cela que consiste cette harmcmie si essentielle entre les deux puissances.

« Qu'on ne dise pas non plus qu'elle rompt l'unité avec le Saint-Siège ; elle reprend un droit que le Saint-Siège avait usui^é avec nos rois, contre lequel l'Eglise de France a toujours réclamé, comme on peut le voir dans les actes des conciles tenus à cet égard et contre lequel nous réclamons nous-mêmes aujourd'hui.

« La nation veut que les curés soient élus de la même manière que les évêques, et pourquoi ne le seraient-ils 'pas ? Ils sont pasteurs d'une partie de l'Eglise ; il est de l'intérêt de toute l'Eglise d'avoir des pasteurs instruits et vertueux; c'est donc à elle à les choisir, et l'on ne doit pas entendre par l'Eglise seulement les chefs qui la gouvernent, mais les fidèles qui la composent avec eux.

M Appellerons-nous cela, chers frères et concitoyens, rompre avec le Saint-Siège ? L'Assemblée nationale s'est expliquée elle-même à cet égard ; d'après les craintes que plusieurs ecclésiastiques lui ont témoignées, elle a déclaré hautement qu'elle regardait le Pape comme le chef visible de l'Eglise ; elle l'a même décrété, elle a dit qu'elle n'entendait point toucher au spirituel de l'Eglise.

« Que l'Eglise elle-même apprenne aujourd'hui à ne point porter la main à l'épée que Dieu a mise entre les

mains des souverains ; qu'elle se souvienne que son royaume n'est pas de ce monde, que son divin instituteur a refusé la royauté extérieure qu'on lui offrait ; qu'il n*a point voulu devenir l'arbitre entre deux frères pour le partage de leurs biens, quoique l'un d'eux Ten priât. Qu'elle ne connaisse d'autres armes que les prières et la patience, alors la rivalité etlrayante des deux puissances cessera ; l'état ecclésiastique- rentrera dans ses bornes comme 1 état-civil dans les siennes ; et nous jouirons de cette paix tant désirée pour le bien public et le salut des bommes.

« Il serait à, souhaiter que le temps me permit de m 'étendre un peu plus sur cette matière qui doit décider aujourd'hui de la tranquillité du royaume ; mais je pense que cette courte exposition de mes sentiments suffira pour rétablir le calme dans vos cœurs. Témoin comme je l'ai été de vos craintes pour la religion, mon devoir m'obligeait à vous en dissuader. Croirait-on, en effet, que nos augustes représentants nos frères, nos concitoyens, eussent voulu souiller le royaume du sang de la nation entière, armée contre elle-même pour cause de religion ? Cette pensée fait horreu)' ; le soupçonner serait un crime. Comme vous, je suis chrétien ; et en cette qualité, je ne dois point abandonner la loi catholique, en ce qui regarde le spirituel. Je suis votre pasteur, je dois veiller à ce que vous ne dégénériez point de la foi que vous avez juré de garder, mais je dois vous apprendre aussi la soumission aux lois du royaume, l'amour de la paix et de la concorde ; il y a plus, mon devoir m'oblige à réprimer les écarts que vous pourriez vous permettre à cet égard.

« Comme vous citoyen, mais citoyen patriote, loin do devenir jamais réfraetaire à la puissance temporelle, vous me verrez toujours marcher à votre tc^te, tant pour maintenir la constitution civile du royaume, que pour acquitter le tribut que nous devons payer tous ; tribut sans lequel l'Etat bientôt épuisé, nous serions tous ensevelis sous ses

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ruines. Dois-je donc craindre ici de renouveler un serment que j'ai déjà prêté; et vous, chers concitoyens, devezvous craindre de Icnteudre ? non, je le dis et vous ne me démentirez pas, comme citoyen français, oui, je le jure d'être fidèle à la nation, à la loi et au roi..., et comme chrétien, fermement attaché à la foi catholique, apostolique et romaine, je déclare qu'en ce qui concerne le spirituel de TEglise, je ne reconnais d'autorité compétente que celle du Saint-Siège et des évêques.

a En se renfermant dans ces principes qui sont ceux de la vraie religion, il n'y aura plus d'usurpateur d'autorités ; nous serons à Tabri de ces guerres intestines et mal entendues qui ont plusieurs fois désolé ce royaume ; et nous jouirons tous d'une paix après laquelle nous soupirons depuis longtemps, nous serons tous frères et par conséquent heureux. »

Vit-on dans ces paroles du curé gallican une réserve prohibée ? Nous ne savons ; toujours est-il que le aj février, il crut devoir accentuer son adhésion à la Constitution civile dans les termes suivants :

« Frères et concitoyens, en vain de faux zélés sont venus jusque sous l'humilité de nos chaumières jeter un voile sur la refonte du clergé ; aujourd'hui le voile se déchire, et nous voyons avec joie que la Constitution civile des pasteurs de l'Eglise remet à la nation des droits autrefois usurpés par le Saint-Siège et nos rois. J'avoue que la diversité des opinions à cet égard m'a quelquefois inquiété ; mais convenez aussi que ces inquiétudes, loin de ralentir mou ardeur pour le maintien de la Constitution, n'ont fait qu'accroître en quelque sorte mon zèle à remplir les devoirs que ma place m'impose ; d'autant plus attaché aux principes de l'Assemblée nationale qu'elle a déclaré ne vouloir jamais entreprendre sur la puissance spirituelle de l'Eglise, qu'elle a reconnu l'évêque de Rome pour être le chef visible de l'Eglise ; pourquoi ajouterais-je au ser-

ment civique une restriction qai deviendrait étrangère à la Constitution ?

« Soumis en tout temps aux lois du royaume, c'est avec la même confiance, avec la même franchise que j'adhère aujourd'hui au décret du 4 janvier, dont je viens de vous faire la lecture (i). Vous reconnaîtrez toujours en moi ce que je n'ai cessé d'être, un frère, un citoyen patriote, un pasteur, un père, un vengejir des écarts directement opposé.4 à la Constitution du royaume et qui troubleraient ouvertement le bon ordre. Coutan, curé, maire ».

« Peu de prêtres nous semblent avoir été aussi perplexes que le curé de Villemoiron sur la question du serment. Il avait écrit : « Je soussigné, curé de Villemoiron, déclare que dimanche i3 du courant, je me conformerai, autant que ma conscience me le permet, au décret du aj novembre dernier. A Villemoiron, ce ii février 1791. »

Avant de jurer, il prononça donc les paroles suivantes :

<x Le dépôt sacré de la foi catholique, qui nous a été confié pour être transmis dans toute sa pureté parla voie de l'instruction, m'avait d'abord fait concevoir quelques anxiétés; mais elles ont été levées parles principes clairs sur les dogmes, sur la hiérarchie, sur Tautorité spirituelle du chef de l'Ëglise renfermés dans son discours prononcé à la tribune de l'Assemblée nationale qui reconnaît que ces objets sont hors de son domaine, discours auquel toute TAssemblée a applaudi et dont elle a adopté les principes, en arrêtant qu'il serait inséré dans son procèsverbal (a). En conséquence, les principes de ma foi étant

(i) Voici ce décret : a Le serment prescrit par le décret du aj novembre dernier sera prêté purement et simplement dans les termes du décret, sans qu'aucun des ecclésiastiques puisse se permettre de préambules, d'explications ou de restrictions. »

(2) Ce préambule est presque identique à celui de Moineau, vicaire d'Aix-en-Othe.

à couvert et hors de toate att<;inte, je jure de coutinuer de veiller avec soin sur les fidèles qui me sont confiés, d*ètre fidèle à la nation, à la loi et au roi... » •

L'illusion de Bottot ne fut pas de longue durée. Dès qu'il reconnut son erreur, il n'hésita pas à se rétracter ; il écrivit eu conséquence le 3o mars : « Je soussigné, curé de Villemoiron, déclare que, désespérant de pouvoir jamais concilier ce qui se fait avec les principes dont a retenti la tribune de T Assemblée nationale et qui me semblaient devoir être la sauvegarde de la foi, je rétracte le serment par moi fait le i3 février 1791, et prie de le regarder comme nul et non avenu. »

Le i*' avril, le curé de Villemoiron se rendit de nouveau à la mairie pour dire qu'il persistait dans son serment du i3 février. Mais l'administration le regarda comme réfractaire ; nous verrons plus loin à quels dangers l'exposa cette fidélité à sa conscience.

Canton de Bouilly.

Le canton de Bouilly compta seulement deux assermentés : Joseph Boucher, curé de Crésantignes, qui avait d'abord refusé de reconnaître la Constitution civile, et Bernard-Cassien Vachon curé de Sommeval. Ceux qui refusèrent de souiller leur conscience par l'acceptation des décrets schismatiques, sont : Luc-Autoine Ozaneaux, curé de Bouilly, et Jacques Bossuot, son vicaire ; Charles-Louis Dhuyelle, curé de Javernant : Edme Robert, curé de Saint- Jean-de-Bonneval, et Odard- Louis Congniasse-Desjardins, curé de Villy-le-Maréchal. La plupart de ces bons prêtres ne craignirent pas d'accentuer, pour ainsi dire, leur résistance à la loi du 27 novembre, en articulant franchement les restrictions qui leur paraissaient nécessaires. Citons d'abord le curé de Bouilly : « Gomme chrétien, dit il, je jure de garder la foi catholique, apostolique et romaine ; comme pasteur, je jure de veiller avec soin sur les âmes des fidèles qui me sont

confiées ; comme citoyen, je jure d'être fidèle à la nation, à la loi et au roi, de maintenir de tout mon pouvoir la Constitution du royaume décrétée par TAssemblée nationale, sanctionnée par le roi ; et je dis, pour ma sûreté de conscience, pour la gloire de Dien, que si je croyais que cette nouvelle Constitution attaquât la religion catholique que nous professons, ou tendit à Tabolir en France, j'aimerais mieux subir les peines portées par les décrets que de faire le serment exigé. »

La formule du serment prêté par le vicaire de Bouilly n'est pas moins affirmative ; <x Comme chrétien et prêtre de Jésus-Christ, je jure de coopérer, avec tout le zèle dont je suis capable, au salut des âmes pour lesquelles j'ai été envoyé, de ne rien dire et rien faire contre les intérêts de la religion sainte que nous avons le bonheur de professer, d'être inviolablement attaché à l'Eglise catholique, apostolique et romaine, et de plutôt mourir que de m'en séparer jamais. Comme citoyen, je jure pareillement devant Dieu d'être fidèle à la nation, à la loi et au roi, et de maintenir, de tout mon pouvoir, la Constitution du royaume, exceptant formellement le spirituel, c'est-à-dire ce qui pourrait attaquer ou la religion, ou l'autorité de l'Eglise. »

Le curé de Javernant, ayant juré avec réserve le 6 février, fut dénoncé au directoire du district. Voici sa réponse justificative : « Le 5 février, veille de mon serment, je l'ai prononcé par essai, chez moi^ devant le maire et le procureur qui l'ont pleinement approuvé. Je l'ai répété le lendemain, j'en obtins un certificat. Le i4 juillet dernier, jour de la fédération, à l'issue de la messe, je prêtai de nouveau serment comme aumônier de la garde ou volontaire, et on me dénonce. Comme mon serment du 6 février a été trouvé bon pendant six mois, et qu'on a difléré de me dénoncer jusqu'au I4 juillet, il semblerait que c est cette dernière histoire qui a donné lien à ma dénonciation. La paix règne dans ma paroisse ; un seul est un peu turbulent, c'est mon dénonciateur. »

Le procès-verbal ne faisait pas mention de la restriction. Cette omission avait valu au curé de Javernant la conservation de ses fonctions curiales ; mais il ne put se résigner à passer pour prêtre infidèle, et il envoya au district cette hardie protestation le a3 juillet : « Je déclare de nouveau que je rejette la nouvelle Constitution du clergé, bien persuadé, bien convaincu qu'elle renferme des choses absolument contraires à Tautorité spirituelle de TEglise de Rome, dans laquelle je veux vivre et mourir. »

Comme nous Tavons déjà dit, le procureur syndic du district essaya de (aire revenir sur leurs décisions les prêtres qui se montraient adversaires de la Constitution civile. Il ne réussit pas dans cette œuvre de bienveillance, en opposition avec les droits de la conscience. Voici la réponse qu'il reçut du curé de Saint- Jean-de-Bonne val à cette occasion.

« Saint- Jean-de-Bonneval, a6 mars 1791.

« L'avertissement que vous avez la bonté de m adresser justifie la réputation d'humanité qui vous est si bien acquise. Je le reçois avec toute la reconnaissance possible, mais il est bien triste pour moi de ne pouvoir en profiter.

a Vous me rappelez, Monsieur, la loi du 9 janvier. Malheureusement, il est une loi plus impérieuse encore, celle de la conscience, qui n'entre point en composition sur ce qu'elle commande. Dans la cruelle alternative, ou de rétracter une réserve que cette voix intérieure me représente comme absolument indispensable, ou de perdre à la fois mon état et toutes mes ressources, il n'y a pas à balancer, et je prends irrévocablement ce dernier parti.

« Je vous dois ce témoignage à Messieurs du district, que vous avez fait ce qui était en vous, et plus sans doute que vous n'étiez obligés, pour me déterminer à éviter la peine prononcée par la loi. C'est une suite de l'esprit de douceur et d'humanité qui distingue singulièrement le

district d'Ervy Je n accuserai même pas la rigueur

d'une loi qui, sans aucune utilité pour l'Etat, sacrifie tant

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de milliers de citoyens paisibles, voués par devoir et par inclination au service de leurs semblables, qai ne sont convaincus ni accusés d*aucun délit, et à qui on ne peut reprocher qu*une restriction formellement autorisée par les propres expressions d'une instruction émanée de l'Assemblée uationale et Tusage d'une liberté si solennellement décrétée dans la déclaration des droits de rhomnie, la liberté de penser en matière de religion.

« Le sort qui m*attend a bien de quoi m'eflrayer, je nai point de patrimoine. Ma façon de penser et les besoins toujours renaissants dans une paroisse nombreuse en pauvres, (qui) sont beaucoup plus qu'en raison de la popu. lation, ne m'ont jamais permis de me précautionner contre un avenir dont personne n'eût soupçonné la responsabilité {sic), La dernière disette m'a forcé même de contracter des dettes considérables que je ne puis acquitter qu'en vendant tout ce que je possède. Néanmoins, je persiste dans mon premier serment. Vous me plaindrez sans doute, et j'espère mi^ine (|ue vous ne me refuserei pas votre estime. Je vivrai infortuné, mais je mourrai sans remords. »

De son serment le curé de Villy-le-Maréchal avait formellement excepté « les objets qui dépendent essentiellement de l'autorité spirituelle », puis il avait déclaré vouloir « vivre et mourir dans la foi de l'Eglise catholique, apostolique et romaine. »

Au procureur du district, qui avait tenté de Tamener à une entière soumission au décret du 27 novembre, il écrivit ces belles paroles le 3i mars :

<x Uieu ne décèle mieux une âme bonne et honnête que la lettre que vous m'avez fait riionneur de m'écrire le a4 du courant. Le ton prévenant et amiable qu'elle respire m'a singulièrement intéressé; et vous ne devez pas douter qu'elle n'eût fait sur moi de fortes impressions, si j'étais moins pénétré de la vérité et de l'immobilité des principes qui ont dicté ma conduite. Il n'y a qu'une foi, qu'an

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