‹ Histoire du diocèse de Troyes pendant la RévolutionChapitre 159 sur 201 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Organisation de l'Eglise constitutionnelle. Elections de TEvêque et des Curés.

Sommaire. — Trouble causé par l'application de la Constitation civile — M«' de Barrai est remplacé. — Lettre du président du département aux électeurs. — Lettre de l'Evêque. — Adresse à Messieurs les électeurs du département de VAnbe. — Blection de Sibille à révêché de l'Aube. — Harangue du Président au corps électoral. — Portrait de l'élu. — Félicitations de la Société des Amis de la Constitution. — Sacre de Sibille. — Sa lettre au Pape. — Son sceau. — Son installation. — M*' de Barrai écrit à son successeur. — La municipalité défend de publier cette lettre. — Le Pape se prononce contre la Constitution civile. — M»' de Barrai communique le bref de Pie VI. — Les prêtres constitutionnels tournent en dérision les protestations de M*' de Barrai. — Noms des seize vicaires épiscopaux. — Etat du clergé de la ville en 1791. — Elections aux cures vacantes. — Inutiles réclamations des paroissiens en faveur de leurs curés. — Caractère politique des élections. — Messe pour Mirabeau. — Curieuse nomination d'un vicaire par un curé. — Ignorance du clergé intrus et en particulier de son chef. — Ordo de 179s.

En obligeant les curés, vicaires et autres prêtres exerçant des fonctions publiques, à prêter serment à la Constitution civile, le décret du 27 novembre causa les plus grands désordres dans la hiérarchie et l'organisation du clergé. Bien ne fut changé dans les paroisses où les prêtres se soumirent à la loi ; mais dans celles où tout le clergé ou quelques-uns de ses membres seulement refusèrent de s'y conformer, ce fut la division comme il ne s'en était

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peat^tre jamais va, même aux jours les plus sombres de riiiftUiire : ce fut la coofusion parmi les paroissiens, dont len un«i louaient leur curé de sa ûdélité, tandis que les autres, surexcités par les passions jacobines et surtout par Taction des pouvoirs publics, regardaient comme un ennemi le prHre qui ne faisait cependant que son devoir. Parmi ces derniers, nous citerons, pour ne donner qu'un exemple, les habitants du bourg de Piney. Le maire, HoUier de Perrigny, voulut en 1790 contraindre le curé à annoncer au prône que, le 14 juillet, on chanterait une grand*messe avec les vl^pres et le Te Deum à l'occasion de la fédération générale de la France. Il dut le forcer aussi à lire en entier, en chaire, les décrets de l'Assemblée nationale. Il Taccusa d*avoir dit « que tout ce qui était fait ne tiendrait pas, touchant la Révolution actuelle, qu'il y aurait du sang de répandu avant peu de temps, enfin qu'il y aurait une contrerévolution ; » enfin a une de ses nièces qui demeurait chez lui, ainsi que son petit neveu, tenaient les mêmes propos, y ajoutant que les députés à TAssemblée auraient la figure lavée avec du plomb. )»

Le mécontentement du maire, dont le curé avait essayé d*entraver la nomination, éclata surtout quand Biart annonça qu'il ne prêterait pas le serment. Une émeute était il redouter. Les odicicrs municipaux furent prévenus pour Tcmpêcher. Le curé finit par déclarer qu'il jurerait le 3 février ; mais il ne prononça qu'un serment restrictif: c'était son droit. Les paroissiens, au moins pour un grand nombre, furent très irrités contre lui et ne songèrent plus qu'à le remplacer.

L'évêcpie, lui aussi, avait refusé le serment. Il n'en continua pas moins à exercer ses fonctions durant les mois do janvier et de février, comme il parait par le registrt» des actes épiscopaux, qui s'arrête au 4 luars. Le considérant comme démissionnaire, rAdniinistraliou convoqua les électeurs pour lui donner un successeur. Le président du département leur écrivit le 12 mars :

CONVOCATION DBS ÉLECTEURS 551

« Messieurs,

« Le siège épiscopal du département de TAube est devenu vacant par le refus de celui qui devait l occuper de prêter le serment prescrit aux ecclésiastiques fonctionnaires publics, et les besoins du diocèse ne permettant pas de différer un instant à pourvoir au remplacement, je vous invite à vous réunir, à cet eflet, aux électeurs des cinq autres districts, le dimanche ao de ce mois, jour indiqué par M. le procureur général syndic, à 8 heures da matin en Téglise Saint-Pierre de cette ville.

a Convaincus, comme vous le serez sans doute, de Timportance du choix que vous aurez à faire, je me persuade que vous y apporterez toute la réflexion qu'il exige, et je n*ai pas besoin d'entrer dans le détail des qualités que doit réunir le sujet que vous appellerez à l episcopat. Il me suflit de vous dire qu'il doit avoir beaucoup de talents, mais plus encore de vertus, et savoir concilier un zèle éclairé pour la religion sainte que nous professtms avec un patriotisme pur, qui le fasse aimer et maintenir notre Constitution. Vous savez quelles sont les conditions requises pour être éligible. L'article 7 du titre II du décret du 12 juillet dernier sur la Constitution civile du clergé exige quinze années d*exercice des fonctions du ministère ecclésiastique ; mais cette disposition a été modifiée par une loi du 9 janvier dernier, d'après laquelle votre suffrage pourra se porter sur tout Français prêtre, actuellement curé ou ayant été fonctionnaire public pendant cinq ans... Le choix des sujets que vous appellerez à remplir les cures n'est pas moins intéressant que celui de l'évoque et ne mérite pas moins d'attention ; car on ne peut pas se dissimuler combien est grande l'influence d'un curé sur l'esprit de ses paroissiens, et combien ses instructions produisent plus d'eflet, quand ses mœurs et sa conduite sont irréprochables et qu'il met en pratique la morale qu'il leur prêche... Tout Français, prêtre depuis cinq ans, peut être élu... »

De son côté, Mv de Parral, bien qu'il ne doutât guère du résultat des élections, fit remettre aux membres du corps électoral une lettre pleine de sages conseils.

Il commence par déclarer qu'il parlera avec la noble franchise de son ministëre : il le doit comme citoyen et comme évoque. Il est sans expérience du passé ; c'est pourquoi il n*est appelé qu'après les autres évoques à rendre le témoignage public de sa doctrine.

« Fortifié, dit-il humblement, par l'exemple de leur courage, éclairé par le développement lumineux de leurs principes, je me rends, comme eux, à l'invitation du Père de famille, qui m'appelle au travail à la onzième heure du jour ; et, quel que soit leur sort sur cette terre étrangère, où, dépouillés, chassés, rassasiés d'opprobres, flétris par la calomnie, ils sont plus que jamais honorés de l'estime des hommes sages et vertueux, j'aurai, comme eux, la joie de la bonne conscience et l'espoir des récompenses promises au serviteur fidèle.

a Je n'hésite donc pas à unir ma faible voix à l'universalité de celle des pontifes de l'Eglise gallicane, qui ont si glorieusement défendu le dogme et la discipline de l'Eglise catholique, et je parle de l'universalité, parce que vous sentez que la voix discordante de quelques prévaricateurs ne saurait troubler une si noble et si touchante harmonie... Mon âme ne se permettra pas Tombre d'un doute sur la loyauté de ceux qui, en se qualifiant les représentants des Français, disent qu'ils sont fortement attachés à la religion de leurs pères et à TEglise catholique (i). Mais leurs intentions pures ne les ont pas garantis de Terreur, et c'est aux évt^ques à les en avertir. Un évêque sait mourir et non pas obéir. Un évéque jouit du droit de dire publiquement son avis, pourvu qull l'exprime dans des formes respectueuses. J'userai de ce droit. »

(i) Instruction décrétée par l'Assemblée nationale le ai janvier 1791.

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