ADRESSE AUX ÉLECTEURS
S"" Los atteintes qu'on porte à Tautorité de TEglise ne surpassent-elles pas ce que lui ont fait éprouver les souverains les plus impies ?
90 Peut-on modifier la religion sans la détruire ; concourir sans se rendre coupable à cette destruction ?
lo^" Un électeur, qui coopère à la nomination d'un faux pasteur, se rend-il criminel ?
Il*' Quels sont les principaux motifs qui doivent porter un électeur à récuser son ministère en ce cas ? y^
Telle était cette adresse que son auteur fit suivre d'un bulletin ainsi rédigé :
<K Billet de scrutin.
Je déclare reconnaître M. Louis-Matbias de Barrai pour évoque légitime de Troyes (i) ».
Les électeurs ne se laissèrent pas gagner par les raisons qui devaient, d'après le prélat, les dissuader de donner un successeur à Tévéque non jureur. Mais, eussent-ils agi comme on le leur demandait, que la situation n'aurait pas été améliorée ? Cette manifestation en faveur de M^^ de Barrai n'eût fait que retarder l'élection de son successeur assermenté.
En refusant de s'y associer, le corps électoral montra combien peu il était capable de s'occuper des affaires de l'Eglise, et combien on avait tort de recourir aux suffrages des laïcs, pour les élections aux places à confier aux ecclésiastiques.
Ce fut le ao mars que les électeurs se réunirent dans l'église cathédrale, au nombre de trois cent quarantehuit, soit un électeur par cent citoyens actifs. A l'issue de la messe du Saint-Esprit célébrée par le curé jureur de Saint-Pantaléon, le doyen d'âge, Edme Mithouard, vigneron des Noês, présida la nomination du président et des scrutateurs Louis-Marie- Athanase de Loménie, comte de Brienne, fut élu pour présider la séance. Chose étrange,
(i)In 8« i5 pag(*s S. i. n. d.
564 ORGANISATION DE L'ÉGLISB CONSTitUtlONNELLB
ce fut ce philosophe, chrétien de nom, déiste par profession qui dut haranguer le collège électoral en lui rappelant le but de réleclion :
« Messieurs, dit-il, quoique je sois persuadé que vous connaissez toute Tiraportance des choses que vous allez faire, je crois de mon devoir de vous rappeler combien elles sont essentielles. Votre premier choix va donner un pasteur à ce diocèse. Vous connaissez vos pertes, vous tâcherez de les réparer.
« Privés d'un pasteur que son Age a déterminé à renoncer au gouvernement du troupeau qui lui était confié, nous n'oublierons sans doute jamais que, par sa sagesse, par ses soins paternels, par sa charité inaltérable, il avait mérité Testime et i*attachement de toutes ses ouailles. Nous avions conçu l'espérance de le voir remplacer par un successeur qui, lui étant attaché par lés liens du sang, ayant été élevé et formé sous ses yeux, nous promettait de faire revivre ses vertus, et aurait acquis sur nos cœurs et sur notre reconnaissance les mêmes droits qu'avait son prédécesseur. La Providence en a ordonné autrement ; forcés d'exécuter la loi qui l'éloigné de nous, nous ne devons nous occuper que de diminuer nos regrets par un choix qui ne nous en laisse pas ; pour cela, nous devons nous défendre de toute partialité, de tout intérêt personnel, de toute considération d amitié ou de liaisons ; nous devons nous méfier de toute intrigue, de toute cabale et ne chercher qu'à donner à ce diocèse un pasteur qui, par son âge et ses mœurs, soit à l'abri des passions, de cet écucil de tontes les vertus, qui par sa piété éclairée ne donne pas aux détracteurs de notre Constitution l'avantage de pouvoir dire que c'est par des vues d*ambition ou d'intéri^t personnel qu*il s'est soumis à la loi, et qui, au contraire, ne laisse aucun doute qu'il s'y est souniin par la conviction intime qu'il pouvait et devait s*y soumettre pour le maintien de la paix et l'avantage même de notre sainte religion, d'un pasteur qui, par sa charité, nous