‹ Histoire du diocèse de Troyes pendant la RévolutionChapitre 166 sur 201 · LETTRE DE M^'' DE BARRAL A SIBILLB · texte numérisé non relu

LETTRE DE M^'' DE BARRAL A SIBILLB

de communion avec vous. Parcourez TAllemagne, ritalie, TEspagne, toutes les contrées où la religion fleurit à Toinlire iles lois, celN»s où elle est persécutée, celles encore où on tolère que de nombreux évêques missionnaires fassent de nombreux prosélytes. Trouvez, 8*il est possible, dans cet cpiscopat immense uu seul évêque approbateur de votre ordination, un seul qui ne la regarde pas comme schismatique et sacrilège. Les évéques de cette antique église gallicane, opprimés par la force qui vous protège, mais que Terreur et le schisme ne souillèrent jamais, vous ont dit anathème ; le jugement canonique est sorti de la chaire de Saint-Pierre, causa finita est. A quel tribunal, vous, ministre des autels, espérez-vous désormais être absous du crime de rébellion contre TËglise, si vous ne Texpiez par un prompt repentir ? »

Voici une des premières suites du schisme : « Privé de toute communication sensible avec TËglise universelle, le troupeau ne verra dans vos coopérateurs que des hommes isolés, sujets à Tinconstance et à Terreur ; Tautorité imposante de TEglise ne sera plus le garant de Tintégrité de leur foi, et le moindre fidèle aura le droit de contester avec vous sur la conformité de votre doctrine avec celle de TEvangile. »

Autres conséquences. « Il ne saurait y avoir deux autorités indépendantes dans le même ordre de choses ; il ne saurait y avoir deux pasteurs légitimes avoués par TEglise ; elle ne reconnaît que ceux quV'Ue envoie ; elle rejette ceux qui s'ingèrent d'eux-mêmes, ou qui sont envoyés par une puissance qui n*est pas la sienne.

« Ainsi non seulement vous ne pourrez donner aucune base solide à Tenseignement du dogme, mais les peuples seront misérablement induits en erreur par la vaine ressemblance de votre faux ministère avec celui de TEglise catholique qui possède seule le ministère légitime. C'est à moi qu elle Ta confié dans le diocèse de Troyes ; vous n'êtes donc pas le dépositaire des pouvoirs qui émanent

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de sa juridiction ; vous ne pouyeg donc pas communiquer ces pouvoirs à vos coopérateurs intrus et schismatiques comme vous ; dès lors, votre ministère et le leur étant tari dans sa source, vous imiterez les faux-prophètes qui venaient au nom du Soigneur et que le Seigneur n'avait pas envoyés : vous promettrez la paix au pécheur l'epentant, et il ne recevra pas le sacrement de la paix ; vous annoncerez la rémission des péchés, et les péchés ne seront pas remis ; en un mot, vous serez dans Tordre de la grâce comme ces nuées sans eau dont parle lapôtre saint Jude, qui montrent le signe de Tabondance et ne donnent que la stérilité.

« Considérez à présent les suites extérieures de votre usurpation. Voilà les peuples partagés entre Tobéissance qu'ils doivent à leur légitime pasteur, et la soumission que Tautorité civile exigera d'eux envers celui qui en prend le caractère sans l'avoir? Quelle voix écouteront-ils ? Obéiront-ils à la voix du mercenaire plutôt qu'à celle de leur véritable évêque ? Que fera l'autorité ? Interceptera- t-e lie toute communication entre le pasteur légitime et le troupeau fidèle ? Dites, mon frère, est-ce là votre espoir ? C'était celui des Ariens ; ce fut celui de tous les schismatiques qui eurent la faveur du souverain temporel .. Ce n'est pas à vous qui en qualité de |)asteur vécûtes si longtemps au milieu du troupeau, qu'il est besoin de prouver la sinistre influence qu'aura dans l'esprit du peuple le germe de discorde semé dans l'Eglise ; peu fait pour réfléchir, distrait par ses occupations journalières, privé des lumières nécessaires pour remonter à la source de la vérité, le peuple vous suivra peut-être dans les églises et vous écoutera dans les chaires dont on vous a rendu le maître ; mais jamais v<uis n'obtiendrez sa confiance ; jamais vous ne mériterez son estime ; il sentira vaguement que votre élévation n'est que le prix de votre infidélité, et concevra facilement des doutes sur une religion dont les ministres, protégés par la loi temporelle, sont réprouvés par l'Eglise.

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