LETTRE DE M^^ DE BARRAL A SIBILLB
Dans les âmes portées au vice, le doute conduit à Tinsouciance ; et quand le peuple en est là, non-seulement il est privé de tout sentiment religieux, mais c*en est fait de ses mœurs.
« Où sera, pendant la durée de ce schisme, TEglise catholique de France?... Renferiiiée dans le nombre des fidèles qui ne se sépareront pas des pasteurs légitimes, bien loin d'être la religion de TEtat, elle sera comme proscrite; elle sera dans rabaissement et raflliction..., ; elle priera pour ses persécuteurs, pour ses enfants égarés ..; et quand le moment de sa liberté sera venu, elle aura acquis une preuve de plus de sa force toute divine, et de la stabilité des promesses qui assurent à la foi des triomphes éclatants sur le monde.
« Par tous ces motifs, mon frère, je proteste contre rintrusion, contre Texercice que vous faites d*un pouvoir qui n*appartient qu'à moi.
« Maintenant que me reste-t-il à vous dire ? Je vous demande la paix pour mon église qu'une plus longue persévérance dans le mal achèverait de plonger dans la désolation ; mais je crains que vous n'ayez une âme faible et sans énergie pour le bien ; je crains qu'il ne vous soit aussi difficile Je vaincre le respect humain qui vous retient au fond de Tabime, qu'il a été facile de vous séduire lors([u'on vous y a fait tomber ; vous redouterez peut-être les reproches de ceux auxquels vous avez adhéré ; vous tremblerez qu'un honorable retour ne vous rende victime de la violence qu'on appelle légale, qui, après m'avoir chassé de mon église, vous y installe à ma place et cimente aujourd'hui toutes vos opérations. Je n'ai pas eu cette crainte ; mes iidèles coopéra teurs n'en ont pas été frappés, parce qu en annonçant les lois de l'Eglise, un sentiment iilial nous a donné le courage de résister aux injonctions de la puissance séculière ; mais, puis-je croire que vous serez inaccessible à la terreur qu'elle inspire, vous qui, en enfant rebelle, avez méprisé la voix de l'Eglise,
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bravé ses aiiathèmes, et envahi à force ouverte la plénitihie (iii 8:ici*riloce ? Ainsi, une foule d'obstacles extérieurs s'opposent à l'espoir que j'ai de vous voir rentrer dans le sein de la mère commune de tous les fidèles.
« Je considère encore que l'opinifttreté dans le mal a presque toujours été le caractère distinctif des chefs principaux du schisme. L'histoire nous apprend leur crime, leur condamnation et rarement leur pénitence.
« Evitez ce malheur, o mon frère, et malgré i'énormité de vos attentats contre l'Eglise, recourez avec confiance à la bonté du Dieu qui pardonne.
« Puisqu'en acceptant un faux épiscopat, vous parûtes ne céder qu'aux déairs du peuple et à votre amour pour l'Eglise, prouvez aujourd'hui que votre cœur était sincère, prouvez que votre modeste répugnance n'était pas une apparence dérisoire. Voici ce que saint Denis, évéque d'Alexandrie, répondit à l'intrus Novatien, et ce que Dieu vous dit aujourd'hui par mon organe : « Si on vous a ordonné malgré vous, comme vous dites, vous le montrerez en cédant volontairement ; car il fallait tout souflrir pour ne pas diviser TEglise de Dieu. Maintenant, si vous persuadez aux frères de se réunir, l'action sera plus belle que la faute n'a été grande ; on ne vous l'imputera plus, et vous recevrez des louanges ; si vous n'êtes plus le maître des autres, sauvez au moins votre âme, à quelque prix que ce soit » C'est par une telle exhortation, c'est en exprimant mes vœux ardents pour que Dieu vous éclaire et vous touche que je terminerai ma lettre.
« A Nangis, le a*5 avril 1791.
« f Louis-Matiuas, évoque de Troyes (i) ».
Le pseudo-évôquo, liélas ! resta sourd aux conseils qui lui étaient si paternellement donnés, il devait persévérer dans la voie de l'erreur jusqu'à la fin de sa vie.
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L'éloigneiuent de son diocèse u*empôcha pas Mff" de Barrai de s^occuper, autant qu'il le put, des intérêts spirituels et des intérêts matériels de son clergé. Le 7 avril, il avait de Saint-Germain-en-Laye adressé à ses diocésains une lettre pastorale publiant une instruction de Tévêque de Langres dont la municipalité interdit, le a3 avril, la distribution et la lecture dans les églises. Dans cette lettre datée du i5 mars, Ms' de la Luzerne établissait la nécessité d'une conduite sage et courageuse. Il démontrait que le refus de serment ne produisait pas lefTet d'une démission ; euiln il rappelait le vice et les dangers d'une démission volontaire, l'obligation de résider dans les paroisses, sauf les motifs légitimes ; et il défendait toute communication avec l'évêque intrus.
De son côté, le Pape Pie VI avait, le lo mars, émis un jugement doctrinal sur la (Constitution civile du clergé, qu'il disait être un assemblage d'hérésies. Dans ce bref adressé spécialement aux évêques députés à la Constituante, le Pontife romain répondait à ceux qui prétendaient que l'Assemblée avait eu droit de statuer sur la discipline, comme étant susceptible de changements. D^abord, dit-il, plusieurs des nouveaux décrets s'écartent de l'enseignement de la foi. Cette liberté absolue que l'on exagère^ cette doctrine qui ne voit plus dans le souverain le ministre de Dieu même, cette soustraction formelle à l'autorité du Saint-Siège, ne sont-elles pas contraires aux principes de l'Eglise catholique? D'ailleurs, la discipline a souvent une liaison intime avec le dogme. Elle contribue à en conserver la pureté, et l'on voit souvent des conciles prononcer des censures contre ceux qui n'étaient coupables que d'infractions contre la discipline. Le Pape déclare que les changements et innovations, introduits dans la discipline ecclésiastique, détruisent les principes fondamentaux sur lesquels repose l'autorité de l'Eglise En eflet, la puissance civile ne peut donner une juridiction spirituelle, et la nouvelle distribution des diocèses renverse et
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confond toutes les bornes du pouvoir de chaque évéque, donne h Tun une partie du territoire de l'autre, et viole ainsi les saints canons et les décrets des conciles. La nouvelle loi, qui porte qu*un évéque en prenant possession de son siège se bornera à écrire au Pape comme au chef visible de TEglise, détruit la primauté de juridiction du Saint-Siège dont émanent, comme du centre commun, les droits et Tautorité spirituelle des évéques. Les changements, introduits dans la (orme des élections, sont dangereux en ce qu'ils abandonnent exclusivement aux laïcs le choix des fonctionnaires ecclésiastiques, et surtout en ce que, dans certains départements, ils livrent Télection des pasteurs à des Juifs, à des Protestants, à des ennemis de la loi catholique. Le décret qui porte qu'un évêque, au refus du métropolitain, peut s'adresser, pour être confirmé, au magistrat civil, n'est pas moins contraire à la saine doctrine, puisqu'il constitue ce magistrat juge des évéques.
En condamnant tous ces articles de la Constitution, Pie VI fait observer qu'il est bien éloigné de vouloir porter la moindre atteinte à l'autorité temporelle. Il n'entend pas s'immiscer dans les affaires politiques de la France, ni blâmer la forme du gouvernement que l'Assemblée, avec le consentement du roi, aurait dessein d'établir dans la nation. Le désir que les malveillants lui prêtent de voir revenir en France les abus attribués à Tancien régime n'est qu'une calomnie inventée pour rendre la religion odieuse. Le Pape proteste, en un mot, qu'il n'élève la voix que contre les atteintes manifestes portées à la puissance spirituelle, aux vrais principes de la foi, et qu'il condamne seulement la témérité de ceux qui. sans aucun titre, sans aucune mission, ont osé mettre la main à l'encensoir.
Tel est, en résumé, le jugement porté par le Pape sur les ad'aires religieuses de France ; le i'3 avril, il en publia les conclusions pratiques dans un nouveau bref concernant spécialement les personnes qui ont exécuté les lois sur la Constitution civile.