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« Vu par nous les lettres de notre Saint Père le Pape du i3 avril dernier adressées aux évêques, au clergé et à tous les iidèles de TEglise de France, concernant les ecclé-* siastiques qui ont prêté le serment prescrit par rAssemblée nationale le Q7 novembre précédent, et les faux pasteurs déjà en possession ou prêts à s'emparer de Tadministration des diocèses et des paroisses ; vu aussi le bref particulier écrit le même jour par le Souverain Pontife aux métropolitains chargés, suivant Tancien ordre de FEglise, de transmettre et communiquer les dites lettres aux évêques de leurs provinces pour la distribution en être faite dans les principaux lieux de chaque diocèse ;
a Considérant qu'il est de notoriété publique que le chef de TEglise a été saisi par le roi et par les évêques de France de la connaissance du nouveau plan de Constitution du clergé et de tout ce qui s*en est suivi dans ses rapports avec la religion, que ce recours au premier siège était conforme à la pratique immémoriale des grandes Eglises d'Orient et de l'Occident, et que l'intervention de l'Eglise romaine devenait plus indispensable encore, depuis que la permission de s'assembler en concile avait été refusée aux instances des évêques de l'Eglise gallicane ;
a Considérant que nos pères nous ont appris que c'est dans le Saint-Siège principalement, et dans le corps de l'épiscopat uni à son chef, qu'il faut trouver le dépôt de la doctrine ecclésiastique coniiée aux évêques par les apôtres (i), et qu'il n'est point d'orthodoxe qui doute que le Pape ne soitchei, pasteur et primat de l'Eglise universelle, père et docteur de tous les chrétiens, selon le langage du concile de Florence, et qu'il ne puisse, en cette qualité, pourvoir, dans les cas et selon les fofmes de droit, au régime de tous les diocèses et à toutes les fonctions pastorales qui y sont nécessaires pour le bien des âmes (a) ;
(i) Bossuet, Sermon sur l^unilé.yrèché en 1681. (a) Lettre du clergé de France, de rannce i655, imprimée par ordre de rassemblée de 1683.
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il Considérant que déjà la lumière a commencé à se répandre du haut de la chaire apostolique par la réponse de Sa Sainteté aux évêques députés à TAsserabLée nationale ; que le nouveau bref, adressé à FEglise de France tout entière, ne laissera plus de doute aux yeux des peuples sur renseignement uniforme du Pape et des évêqaes; que plus nous en avons médité les dispositions, plus nous y avons reconnu la tradition de notre Eglise, le langage de nos collègues dans Tépiscopat, la doctrine et la pratique de l'Eglise universelle et que Pierre a parlé par la voix de son digne successeur ; considérant, enfin, que telle est aujourd'hui la violence de la tempête excitée contre TEglise gallicane, que les évêques voudraient en vain procéder à Tacceptation et publication da décret apostolique dans ces formes antiques et solennelles que la sage discipline de nos pères avait consacrées, qu'il s*agit des plus grands intérêts de la religion, et que, privés de la consolation de recevoir en corps de pasteurs la décision du Souverain Pontife, nous n'en sommes pas moins tenus de faire connaître notre vœa pour éclairer les consciences, affermir nos frères dans la foi et préserver des malheurs du schisme la portion du troupeau de Jésus-Christ coniiée à notre sollicitude,
c< Nous déclarons accepter, avec respect et soumission, le jugement émané de l'autorité du Saint-Siège le i3 avril de la présente année 1791, et notamment les dispositions qui condamnent le serment exigé des ecclésiastiques français et celles qui, relatives aux évêchés et aux cures, prononcent dans Tordre de la religion la nullité des nouvelles érections, nominations et confirmations, et de tous les actes de juridiction faits en conséquence par des pasteurs intrus et sans pouvoir.
« Nous déclarons unir notre voix à celle du vicaire de Jésus-Christ, pour rappeler à l'observation des saints canons, par des avertissements paternels et charitables, les ecclésiastiques de notre diocèse qui ont eu le malheur
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de coQseatir à une prestation pure et simple du seraient ordonné, et ceux qui, ne se bornant pas à cette première contravention^ se seraient ingérés dans la charge des âmes sans une mission expresse des dépositaires de l'autorité spirituelle.
« A regard des censures et peines purement canoniques décernées à Rome dans les circonstances extraordinaires contre les membres du clergé coupables d'intrusion ou de parjure, et qui persévéreraient dans leur défection, nous en ordonnons Texécution en ce qui concerne notre diocèse, sans préjudice du droit ou plutôt du devoir attaclié à notre qualité de juge ordinaire et immédiat des personnes ecclésiastiques en matière spirituelle. Et quant au très petit nombre d'anciens et légitimes évoques dont la chute nous afflige profondément, si les conjonctures où se trouve l'Eglise de France ne permettaient pas de les renvoyer devant le concile de la province, leur personne ne doit pas être jugée sans quelques mesures conservatrices des formes établies pour ces sortes de procédures par le droit canonique du royaume.
« Nous compterons toujours au rang des premiers devoirs de l'apostolat le soin de resserrer par notre exemple les liens de l'obéissance due à l'autorité du Saint- Siège et à la personne de notre Saint Père le Pape Pie VI. Puissent ne s'effacer jamais de la mémoire des véritables enfants de TEglise gallicane les leçons immortelles du plus célèbre défenseur de ses libertés ! Le Fils de Dieu, dit le grand Bossuet dans son Exposition de la doctrine de V Eglise catholique ^ ayant voulu que son Eglise fût une, et solidement bâtie sur l'unité, a établi et institué la primauté de saint Pierre pour l'entretenir et la cimenter. C'est pourquoi nous reconnaissons cette môme principauté dans les successeurs du prince des apôtres, auxquels on doit pour cette raison la soumission et l'obéissance, que les saints conciles et les saints Pères ont toujours enseignées à tous les iidèles. Il y a, disait encore M. Bossuet
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parlant au nom de toutes les Eglises de France, il y a un premier évoque, il y a un Pierre préposé par Jésus-Christ même à conduire tout le troupeau. Il y a une mère Eglise qui est établie pour conduire toutes les autres ; et i'Eglise de Jésus-Christ, fondée sur cette unité comme sur un roc immobile, est inébranlable (i).
« Qu'elle est grande TEglise romaine, soutenant toutes les églises, portant Le fardeau de tous ceux qui souffrent, entretenant L'unité, confirmant la foi, Liant et déliant les pécheurs, ouvrant et fermant le ciel ; qu'elle est grande encore une fois, lorsque pleine de Tautorité de saint Pierre, de tous les apôtres, de tous les conciles, elle en exécute avec autant de force que de discrétion les salutaires décrets !
« Quel aveuglement, quand des royaumes chrétiens ont cru s'affranchir en secouant, disaient-ils, le joug de Rome, qu'ils appelaient un joug étranger, comme si l'Eglise avait cessé d'être universelle ou que le lien commun, qui fait de tant de royaumes un seul royaume de Jésus-Christ, fftt devenu étranger à des chrétiens !
« L'Eglise de France est zélée pour ses libertés et elle a raison. Mais nos pères nous ont appris à soutenir les libertés sans manquer au respect. Le Pape, comme le chef et la bouche de toute l'Eglise du haut de la chaire de saint Pierre dans laquelle toutes les églises gardent l'unité, annonçait à tous les fidèles la commune tradition, avec toute l'autorité du prince des apôtres ; les évéques reconnaissaient dans le décret du premier siège la tradition de leurs saints prédécesseurs toute vivante dans leurs églises ; et ce consentement parfait était la dernière marque de l'assistance du Saint-Esprit, qui animait tout le corps de l'Eglise catholique ; c'était là
(i) Relation des Actes et Délibérations concernant la Constitution du pape Innocent XII, du la mars i6gg, imprimée par ordre de rassemblée du clergé de 1700.