‹ Histoire du diocèse de Troyes pendant la RévolutionChapitre 17 sur 201 · XLVI PAROISSES DU DIOCÈSE · texte numérisé non relu

XLVI PAROISSES DU DIOCÈSE

ArgançoQ (ijai) (i), Aubeterre (ijSo), Aubigny (1717), Avalleur(i77Q), Bailly-le-Franc(i669), Balignicourt(i788), Brantigny, Brillecourt (1734), Buchères (1780), Chacenay (1718), Champfleury (1731), Chaïupigny (178:2). Champsicourt (1726), Gharmoy (1788) (a), Chassericourt (1670), C!ourcelles, Courgerennes, Dommartin (1766), Eaax-Puiseaux(i788), Fontaine-Luyères (1688), Isle-sous-Ramerupt (1696), Jcssains (167a), LépiQe(i697), Mesnil-Letlre (1676), Mesnil-Sellières(i684), Montceaux(i669), Morembert(i74i), Plaines (1690), Flessis-Gâtebled (1788), Praslin, Romaines (1775), Rosières (1766), Rosson (1714^ Souligny (1760), Thuisy (i745), Torcy-le-Petit (1737), Vaudron (i75o), Verricourt (1738), Ville-au-Bois-lès-Soulaines (3), Villeehétif (1788), Viiiemereuil (1779), Vilieret (1766) (4), et Vougrey.

L'instruction primaire était donc plus facile à acquérir, plus à la portée des enfants, bien que, peut-être, elle fût moins étendue qu'aujourd'hui. Mais n'était-elle pas suffisante pour tant d'enfants que l'on n'aurait pas pu sans inconvénients surcharger de connaissances au-dessus de leur vocation, d'autant plus facilement oubliées qu'elles ne menaient à aucun but pratique ?

L'instruction secondaire avait inspiré bien des sacrifices au clergé ; il n'avait pas même reculé devant la suppression de plusieurs bénéfices importants pour en réunir les revenus, soit au collège, soit aux séminaires. Successivement, en eflet, le prieuré d'Herbisse, la chapelle Saint- Pierre et Saint-Paul de Saint-Urbain, l'ermitage du Hayer, le prieuré de Sainte-Scolastique, l'abbaye de Macheret, furent supprimés en faveur du Petit-Séminaire. Les revenus des prieurés de Ghalette, de Saint- Vinebaud, de

(i) Nous indiquons, autant que possible, i*année où Técole apparaît pour la première fois.

(a)Arch.,L. D. 6/1.

(3)Arch.,L. G/a4.

(4) U y avait eu un presbytère à VUIeret an xvi* sièeie.

LA PaiDIGATION XLVU

RadoQvilUers, fareat accordés au Collège de TOratoire. et le Grand-Séminaire reçnt ceux des prieurés de Pel-et- Der, de Saint-Gond, de Choisel, de Saint-Flavit et dlsle- Aumont, et de la chapelle Saint- Pierre et Saint-Paul de la cathédrale.

11 n'est donc aucun sacrifice d'argent que le clergé troyen ne se soit imposé en laveur de Tinstruction de la jeunesse du diocèse. Une étude impartiale prouve qu'il était à la hauteur de sa tâche et qu'il favorisait tout progrès tendant à l'élévation du niveau intellectuel de la génération laïque et sacerdotale.

La prédication. — Une des obligations les plus rigoureuses du clergé, c'est la prédication. Comment ce ministère était-il rempli dans le diocèse de Troyes au xvm* siècle ? Voilà une question à laquelle nous ne croyons pas hors de propos de répondre ici. Fort heureusement nous avons entre les mains un nombre assez considérable de prônes prêches, dans diverses paroisses, peu de temps avant la Révolution : c'est un élément sullisant pour juger de l'état de la prédication, au moins dans les campagnes. La netteté avec laquelle ces instructions sont rédigées, aussi bien que leur longueur parfois démesurée^ nous a fait tout d'abord soupçonner qu'elles n'étaient que des copies. Nous en avons cherché l'original dans notre collection et nous l'avons trouvé : c'est le recueil des Prônes réduits en pratique par Jean Billot, ancien directeur du séminaire de Besançon (-}- 1767).

Certes, les prêtres ne sauraient être blâmés d'avoir puisé dans cet ouvrage, très bien fait et alors nouveau ; heureux furent les premiers qui connurent la valeur de ce recueil, que sa vogue fit bientôt placer dans la bibliothèque de tons les presbytères.

Cependant, s'il était difficile de mieux dire que Billot, n'aurait-on pas dû comprendre que ses instructions avaient besoin d'être adaptées à l'assemblée à laquelle on voulait

XLVni PAROISSES DU DIOCiSB

les adresser ? Composées dans le cabinet du professeur on même prêchées plus tard à ses paroissiens, elles ne sauraient convenir à tous les auditoires possibles ; il fallait de toute nécessité les approprier aux dispositions de chaque auditoire particulier.

Or, c*est ce qui ne parait pas avoir été pratiqué. Cette adaptation demande beaucoup de travail et de soins Autrement le prédicateur parle d*une façon vague et générale, il trace des portraits où personne ne se reconnaît : il n'intéresse pas, loin de toucher ; de là le peu de fruit produit par ses instructions.

Il y a aussi, croyons-nous, à cet insuccès, une autre cause : c'est le manque de fond de la prédication. Exhorter à la vertu, susciter de bons sentiments, produire de fortes impressions, faire naître de saintes dispositions, c'est bien ; mais c'est aussi inutile que difficile, quand les convictions ne sont pas profondément établies. Ce serait une illusion que de vouloir bfttir un édifice solide sur des bases fragiles. C'est cependant ce qui est arrivé aux prédicateurs, qui négligeaient d'expliquer les fondements de la foi et l'essentiel de la religion. Ils se bornaient quelquefois, à en juger d'après leurs manuscrits, à prendre un texte de l'évangile du jour et à le commenter, sans descendre aux explications de la doctrine. C'était un tort de présupposer dans les auditeurs des connaissances qui leur manquaient le plus souvent.

Les sermons proprement dits étaient encore plus inutiles. Ce genre, qui devrait être banni presque absolument des modestes chaires des paroisses rurales, est trop élevé, trop solennel pour produire des impressions profitables. Le peuple a besoin d'un mode plus simple, d'un langage plus commun, d'explications à l'aide d'exemples, de comparaisons et de détails que ne comporte pas le sermon. Voilà, à notre avis, ce qui n'était pas assez compris au xviii* siècle.

LE GATÉCHI8MB XLIX

Le CATécHiSMB. — Quant aux catéchismes, ils n'étaient pas aussi assidûment suivis qu'on pourrait le croire, étant donné le temps où la religion occupait une place si importante dans les habitudes.

Vers 1786, le desservant de Crésantignes se vit dans la douloureuse nécessité d'interrompre le catéchisme, parce que les enfants, au lien d*y assister, se rendaient dans les cabarets pour jouer et boire avec leurs parents. C'était un désordre tellement grave que les premières communions De se faisaient plus. Le prêtre se proposa, cependant, de reprendre le catéchisme. En en donnant avis à ses paroissiens, il leur reproche de ne pas envoyer leurs enfants aux offices, « qu'ils regardent, dit-il, comme des bagatelles, n'y Tenant que par respect humain et pour sauver les apparences, crainte de passer tout à fait pour des païens et des impies » ; et il continue : « Faut-il s'étonner, après cela, si un pasteur, après toutes les peines qu'il se donne pour vous instruire ainsi que vos enfants, voyant le peu de fruit qu'il recueille de ses travaux, éprouve tant de répugnance à recommencer ses devoirs ? ».

Nous aimons à croire que la paroisse de Crésantignes n'était qu'une exception et que, généralement parlant, la jeunesse fréquentait régulièrement les catéchismes où les pasteurs expliquaient la doctrine du salut plus utilement que dans leurs sermons.

C'est donc un fait acquis : le clergé avait le zèle de l'instruction; il mettait tout son soin à acquérir pour lui-môme la science sans laquelle la vertu eût été peu de chose, et il regardait l'ignorance comme un des vices les plus funestes.

Quant k sa valeur morale, à sa force de résistance, elle fat soumise à la plus redoutable des épreuves par la Révolution française. Comment a-t-il traversé cette crise sinistre ? Quelle a été son attitude en face de la plus sanglante et de la plus acharnée des persécutions ? L'étude qui suit est la réponse à cette question. Elle montre

L ORDR£S MONASTIQUES

que, s'il y a eu dans le clergé troyen de douloureuses défectioQS, il y a eu aussi de magnifiques exemples de courage, de foi et de fermeté devant Tintolérance des pouvoirs publics comme devant les haines des foules injustement surexcitées.

En rendant ici un respectueux hommage à ces dignes confesseurs de la foi, nous sera-t-il permis de dire que TEglise de Troyes doit garder» avec un soin jaloux et une pieuse sollicitude, le souvenir de ceux qui, devant Dieu et devant Thistoire, sont pour elle un titre d'honneur et un des plus beaux fleurons de sa couronne ! Malheureusement, ceux qui pouvaient raconter la vie, la constance, la mort des glorieux confesseurs de la foi pendant la Révolution, sont tour à tour descendus dans la tombe, et il semble qu'un silence absolu se soit fait sur la mémoire de ces vaillants athlètes.

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