‹ Histoire du diocèse de Troyes pendant la RévolutionChapitre 174 sur 201 · ELECTIONS DU DISTRICT DE TROYES · texte numérisé non relu

ELECTIONS DU DISTRICT DE TROYES

jamais de plus juste, de mieux méritée que celle que nous sollicitons? Vous nous objecterez peut-être, Messieurs, que cette relaxation de la fermeté de la loi tirerait à conséquence. Ah ! Messieurs, les conséquences ne seraient pas malheureuses, si vous pouviez trouver beaucoup de pasteurs qui puissent vous présenter pour titre à votre indulgence quatre-vingt-deux ans.de vertu ; mais ne craignons pas, jamais les dispenses n'énerveront la vigueur des lois, si elles ne sont jamais données que dans des circonstances aussi favorables et aussi rares : c'est là un de ces cas uniques, tels que les législateurs eux-mêmes n'eussent pas étendu la loi jusque là, s'ils eussent pu les prévoir. Nous ne nous écartons donc pas de l'esprit de la loi, en vous faisant une si juste demande ; et vous n'aurez pas. Messieurs, de reproche à vous faire, ni d'improbation à encourir, en cédant à nos vives instances. Nous vous supplions donc d'employer votre crédit, vos bons offices et tous les moyens que vous suggérera votre sagesse, pour nous obtenir que notre cher pasteur nous soit conservé, et qu'il n'en soit pas nommé un autre à sa place. Par ce service signalé, vous acquerrez de nouveaux droits à la reconnaissance et au respect avec lequel nous avons l'honneur d'être vos très humbles et très obéissants serviteurs. »

Les nombreuses signatures de cette éloquente pétition étaient suivies de cette note : « La lecture de l'adresse de Messieurs de la commune de Saint-Martin à Messieurs les administrateurs du directoire du district de Troyes ne m*ayant présenté que l'hommage le plus vrai et le plus mérité rendu aux vertus de leur digne pasteur, sans avoir l'honneur d'être sou paroissien, je m'empresse de m unir à une si juste pétition, le i4 mars 1791. Guélon l'alné, officier de la garde nationale (i). » Le directoire resta inflexible ; aucune de ces raisons ne le toucha, il ne fit aucun droit à la pétition.

(I) Arch., L. V., 1619

Le lendemain de leur élection, les dix-neuf curés élus turent proclamés à la cathédrale k une messe très solennelle célébrée par le chanoine CSamusat et suivie du Te Deum et du Domine salçam fac gentem (i). Mais tous n'acceptèrent pas le poste auquel on venait de les appeler. L'élection des curés de Barberey, Estissac, Torvilliers, Villacerf, Auzon, Montangonet Saint-Parres-aux-Tertres, n'eut nncune suite. On élut pour curé d*Estissac, Pierre Grouès, vicaire de Yillenauxe, avec Hanriot, Minime de Brienne, pour l'aider comme vicaire. Voici en quels termes Besamat refusa, le 3o mai, la cure de Villacerf ; — c'est au procureur du district qu'il s'adresse :— « Une lettre que j'ai reçue il y a quelques semaines d'un de vos amis m'annonce que c'est vous-même qui avez pensé à moi pour la cure de Villacerf. Je vous prie d'être bien persuadé de la reconnaissance que j'en ai. J'aurais désiré que votre bienveillance s'étendit jusqu'à la cure de Montgueux, dont j'ai très à cœur la conservation. La désolation générale que la suppression (si elle avait lieu) causerait aux habitants, qui me sont très attachés, serait pour moi un spectacle très sensible et très douloureux. Mais je ne puis croire que Messieurs les administrateurs se déterminent à la supprimer ; ce serait aller contre les intentions mêmes de l'Assemblée nationale qui, comme vous le savez, entend que dans la circonscription et fixation des cures on ait principalement égard à la localité, à la proximité et facilité des paroissiens, surtout lorsqu'il y a une église spacieuse et capable de contenir les paroisses réunies. Or tous ces motifs se réunissent en faveur de Montgueux et ne militent aucunement pour Macey, ainsi que l'ont représenté les habitants de Montgueux (a). »

Le prêtre élu pour Villacerf n'ignorait pas qu'il était sans aucune juridiction pour cette paroisse : ne serait-ce

(i) Courrier des 83 départements par Gorsas, p. io4-io5. (2) Arch., L V., 1621.

Page 1