CHAPITRE X
Traitement du clergé constitutionnel. ^ Pension accordée aux réfk*actalres. — Contrôle de la contribution.
SoMMAiRK. — Traitement en argent sabstitaé aax dîmes. -» Son insuflisance. — Déceptions des rédacteurs des cahiers. — Un vicaire est accordé aux curés âgés ou intirmes. « Suppression du casuel.
— Qui devait payer le clergé constitutionnel ? — Mode de paiement des pensions.— La nation prend à sa charge l'acquit des fondations.
— Elle vend les immeubles affectés aux fondations. — Les pensions ne se paient plus qu'à la lin du trimestre. — Double traitement fait aux curés chargés de deux paroisses. — Réduction de ce traitement.
— Injustifiables retards apportés au paiement. — Réclamations. — Pauvreté des Fabriques. — Les religieux élus curés voient élever leur traitement. — Uifliculté qu'éprouvent les prêtres réfractaires à se faire payer. — Traitement de l'évéque et ducoadjuteur.— Pension promise aux curés des paroisses supprimées. — Chaque curé de campagne aura droit à un demi-arpent de jardin. — Secours accordés aux serviteurs des églises supprimées. — Contrôle de la contribution en faveur du clergé non conformiste.
Au cours de Tannée qui précéda la promulgation de la Constitution civile, les biens de TEglise avaient été confisqués au profit de la natiou^ qui prit à sa charge le traitement du clergé. Comme le dit très bien Taine, TEtat, dans un accès de despotisme, avait dépouillé TEglise de ses biens et lavait poussée hors du logis, sans habits ni pain, pour mendier sur les grandes routes (i).
(i) Taine, Le Régime moderne, t. Il, p. 60.
Privés de leurs revenus, évéques, curés et vicaires, reçurent une indemnité que Ton calcula d'après le montant de leurs bénéfices. Tous eurent à faire la déclaration détaillée des recettes et des dépenses de leurs divers emplois ; et cet état, présenté par eux, devait être certifié par la municipalité.
Il arriva dans quelques localités ({ue les officiers municipaux s'inscrivirent en faux contre la déclaration du curé i c'était une manière nouvelle de vexer les prêtres : les révolutionnaires n y pouvaient manquer. Le curé de Balnot-sur-Laignes déclara avoir récolté 119 pièces de vin vendues a.640 livres. La municipalité prétendit que ce chiffre dépassait la vérité et que le curé avait acheté du vin à ses paroissiens pour le revendre (i).
A Magnant, la coiumune se divisa, lorsqu'il s'agit de donner son avis sur l'exactitude de la déclaration du curé. Le procureur, « invariable, comme il le dit lui-même, dans ses principes de justice et d'équité, » s'opposa for mellement à Tacceptation de l'état dressé par le curé et essaya d'en démontrer l'inexactitude. Puis « il représenta au maii*e qu'il serait très dangereux d'accepter cet état : que, si la municipalité déférait aux vues cupides du curé, elle se rendrait coupable de la plus grande infidélité et trahirait la confiance de ses commettants. » Répliquant au procureur, le maire lui dit qu'il n'avait pas plus sa confiance que son chien, attendu que cet homme de chicane regardait le curé comme un malhonnête homme, qu'au surplus la municipalité seule avait qualité pour accepter ou refuser l'état en question, sans que l'adhésion ou le refus du procureur pût y mettre obstacle, et qu'on se passerait de lui... (2).
Il eût été d'autant plus injuste de suspecter la véracité du curé de Magnant qu'il avait fait suivre l'état de ses revenus de ce post-scriptum :
(I) Arch., V. 4041.
(a) Arch., V. 4041.
INSUFF18ANGB DU TRAITEMENT 63S^
« Je soussigQé, curé de- Magnant, déclare à Messieurs du district que je renonce au maximum que je pouvais prétendre en conséquence de cette déclaration, et prie même ces Messieurs, s'il en revient un, de le donner à la communauté en déduction de ses impôts (i). »
Le curé de Plancy préféra ne rien faire connaître ; pour quel motif, il l'indique dans cette lettre du aS novembre au directoire :
« Je ne vous fais point passer^ Messieurs, l'évaluation de la cure de Plancy, dont le revenu net se porte à 1.600 livres, année commune; voici la raison de cette omission de ma part. Dès que j'ai connu le décret qui fixe le minimum du traitement des curés à la somme de i.aoo livres, j'ai pris la résolution de renoncer au maximum. Par ce léger sacrifice, j'aurai la satisfaction d'être venu, pour peu de chose à la vérité, au secours de l'Etat et de montrer mon attachement à la nouvelle et heureuse Constitution française. J'ai l'honneur d*étre, Messieurs formant le district séant à Arcis, votre très humble et très
obéissant serviteur,
« HOUZBLOT. )» (a).
Qu'on nous permette de rapporter ici la manière dont cette question du traitement du clergé était envisagée par le directoire de Nogent. Voici ce que le procureur de ce district, exprimant la pensée de la plupart de ses collègues, disait :
« La Constitution civile du clergé, en ramenant l'exercice extérieur de la religion à cette heureuse simplicité qui a été si vivement recommandée par son divin instituteur et qui, dans les plus beaux siècles de l'Eglise, faisait son principal ornement, a attaqué en même temps tout ce qui affecte le plus sensiblement les passions humaines ; il 8*agissait de substituer la modestie à tout l'éclat du faste
(i)Arch.,V. 4041.
(s)Arch..L. K., 1/175.
et de la grandeur, d'accoutumer à un revenu fixe, mais honnête, des prélats qui paraissaient n^estimer leurs dignités qu*à raison des revenus immenses qui y étaient attachés, qui, pour les augmenter et accumuler sur leur tête plusieurs bénéfices, quittaient et abandonnaient le soin de leur diocèse à des subalternes, pour aller solliciter, par les démarches les plus humiliantes, les faveurs et les grftces de la cour ; il s'agissait de leur rappeler qu'au lieu de cet orgueil insultant avec lequel ils accueillaient et recevaient leurs coopérateurs dans le ministère, ils ne devaient plus les traiter qu'avec cette douceur et cette bonté qui, en présentant Tagréable image de l'égalité et de la fraternité, encourage les talents et fait redoubler les efforts pour opérer le bien ; il fallait, en enlevant à la sollicitation et au caprice le droit d'accorder les places, en abandonner le choix au peuple qui est réellement intéressé à en faire de bons, puisque de là dépendent très souvent son bonheur et sa tranquillité ; il fallait, par une sage et prudente distribution, anéantir l'inégalité révoltante qui se trouvait dans la rétribution accordée à des hommes dévoués aux mêmes fonctions, chargés d'en remplir les mêmes devoirs, de manière qu'on ne verra plus un évêque jouir d'un revenu capable de nourrir une partie de son diocèse, tandis que son confrère avait à peine de quoi vivre avec l'éclat, la décence que l'usage ou plutôt l'abus avait introduits ; ou ne verra plus un curé ne pouvant que difficilement se procurer le strict nécessaire avec une portion congrue, tandis que son voisin lui faisait sentir et connaître encore plus vivement la dureté de son sort par la disproportion énorme qui existait dans leurs revenus. »
A entendre le procureur du directoire de Nogent, le bas clergé aurait dû accueillir avec enthousiasme le nouveau régime. Il a la douleur de constater le contraire ; il s'en plaint à ses collègues en termes amers :
a J'abuserais de vos moments, si j'entrais dans un plus