INSUFFISANCE DU TRAITEMENT
grand détail pour vous montrer les abus qu*on a détruits et les avantages qui devaient nécessairement résulter do nouvel ordre de choses établi par la Constitution civile du clergé. Que tous ces changements aient déplu à ceux qui composaient ce qu'on appelait le haut clergé, qu'ils aient excité leur courroux et leur indignation, qu'ils les aient engagés à employer ces moyens qui avaient autrefois de si grands succès et qui sont devenus si faibles, si méprisables aux yeux de la saine raison et de la philosophie ; cela ne doit étonner personne, et on devait s'y attendre. Nos ci-devant prélats n'ont pas dû voir tranquillement s'anéantir tout à coup des privilèges qui accordaient les premières dignités de l'Etat et les plus grandes richesses à la naissance, et ils s'accoutumeront avec peine à ne devoir désormais leur élévation qu'à leurs talents et à leurs vertus. Mais ce qui a dû véritablement exciter notre surprise, c'est de trouver de la résistance et de l'opiniâtreté dans ceux dont le petit nombre perd fort peu de chose et qui, tous, gagnent infiniment par la certitude de ne trouver dans leur supérieur que le ton de l'égalité et de la fraternité, par l'espérance de pouvoir parvenir aux places les plus éminentes de leur état, par l'assurance de recevoir à des époques sûres et fixes une rétribution sufiisante et garantie par la nation (i). »
N'est-il pas piquant de constater le mauvais accueil fait à une loi, de laquelle ses auteurs attendaient les plus salutaires effets sur le clergé ? Mais celui-ci n aurait-il pas eu tort de mettre une confiance absolue dans la nation dont il savait les caisses vides et les embarras d'argent chaque jour plus grands ? Quoi qu'il en soit, le 17 juin 1790, l'Assemblée décréta que les curés recevraient 3.ooo livres comme traitement dans les villes dont la population était de moins de cinquante mille âmes et de plus de dix mille. Les curés des bourgs de trois mille âmes à dix mille âmes
(I) Arch., L. D.,«/i.
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devaient recevoir a.^oo livres; ceax des bourgs et des villages de deux mille cinq cents ftmes à trois mille Ames, a.ooo livres ; ceux des villages de deux mille Ames à deux mille cinq cents âmes, 1.800 livres ; ceux des villages de mille âmes à deux mille âmes, i.5oo livres ; au-dessous de mille âmes, i.'joo livres.
Ce dernier cbiflre parut tout à (ait insuffisant à un député, à qui il échappa de dire dans le développement de sa pensée : « Vous avez voulu nous donner Tespoir da bonheur. Sans les faveurs de la fortune, je n*en conçciB pas la possibilité. )» A ces paroles, les curés placés à la gauche de TAssemblée se levèrent pour protester, et, se faisant leur interprète, Tabbé Grégoire s'écria : c Tons les curés désavouent ce qui vient d*étre dit. b Aubert, curé de Couvignon, un des députés de TAube qui prit quelquefois la parole, ajouta : « Nous demandons, et on ne peut nous le refuser, de consigner dans le procès- verbal notre désavœu formel (i). »
Ce qui semblait aux curés un avantage sur Tancien régime, c'était la suppression de la dlme et le nouveau mode de paiement. Citons à Tappui le témoignage de Tun d'entre eux pris au hasard, Charles Franvalet, curé de la Saulsotte. Il convient « qu'il avait un revenu qui pouvait faire subsister décemment tout curé qui n'aura pas un surcroit de charge attaché à son poste ; il aime même à convenir et à publier qu'il applaudit à la Révolution, en ce qu'elle le met à couvert des inconvénients attachés à la perception de la dlme ; avant qu'elle eût été proposée, il avait déjà voté pour cette suppression. Ce n'était que depuis quelque temps qu'il en exploitait une modique partie ; cependant il ne le faisait qu'avec dégoût, par le déplaisir qu'il éprouvait de trouver souvent de la mauvaise foi où il n'aurait pas même voulu en soupçonner (a). »
(i) Séance du 17 juin 1790 : Assemblée constituante, (a) Arch..L. V. i5a3.
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Les vicaires de l'église cathédrale n'étaient pas les moins bien partagés : le premier d'entre eux, dans les villes de moins de 5o.ooo âmes comme Troyes, avait un traitement de 3.000 livres ; le second, un traitement de a.4<^ livres ; les autres, chacun a.ooo livres. L'évéque, dont ils formaient le conseil, vit son traitement fixé à la.ooo livres.
Sauf révoque^ curés et vicaires ne furent-ils pas déçus en apprenant la modicité du traitement décrété par l'Assemblée nationale ? Etait-ce donc k cela que devaient aboutir les promesses dont on les avait flattés, le vœu des peuples, la réclamation de toutes les âmes sensibles, les efforts mêmes de la philosophie ? Rappelons-nous les doléances exprimées dans les cahiers des Etats-Généraux en faveur de ces hommes qui travaillent sans cesse, qui portent le poids de la chaleur et du jour, de ces hommes toujours consolateurs, toujours bienfaisants, ministres d'un Dieu miséricordieux et amis de toute âme souffrante ou égarée (i).
Cependant, en rétribuant le clergé, la nation ne dépensait rien,elle ne faisait que distribuer une partie de ce qui était destiné au service du culte. Elle se montra plus juste eu décrétant que les curés qui, à cause de leur grand âge ou de leurs infirmités, seraient empêchés de vaquer à leurs fonctions^ pourraient prendre un vicaire aux frais de l'Etat, ou se retirer avec une pension égale au traitement qui aurait été fourni au vicaire. Les vicaires déjà en exercice et accordés par l'évêque furent donc maintenus en place, lorsque le curé put prouver qu'il ne pouvait s'en passer. Les 700 livres que leur fit la nation remplacèrent le traitement généralement moindre qu'ils recevaient soit du curé qu'ils aidaient, soit de la Fabrique, soit de la paroisse.
(i) Le curé de Planty est le seul qai ait trouvé son traitement plus avantageux que les dîmes (Arch.^ L. Y. i5o4).
Ce fut dans sa séance du 4 novembre 1790 que Tadministration régla le mode de paiement des pensions des ecclésiastiques du département. Beugnot, en qualité de procureur général, s'exprima ainsi :
« La dette que le gouvernement a contractée avec les ecclésiastiques est vraiment une dette sacrée et par sa destination et par les circonstances particulières qui Tout vue naître. Et qui pourrait supporter l'approche du prêtre qui nous dirait : Je tenais parmi vous un rang qui s'associait à la hauteur de mes fonctions ; je possédais de vastes domaines ; nos conventions sociales que des siècles avaient ratiOées semblaient m'en assurer la jouissance ; vous avez immolé au salut de l'Etat tout ce qui m'environnait, et j'ai souflert ce sacrifice nécessaire; mais vous m'avez abandonné aux tourments de l'indigence, aux angoisses du besoin ? Qu'avais-je donc fait, et jugez vousmêmes si, dans l'état où je suis, je peux chérir cet ordre * de choses qui, du faite de la fortune, me précipite dans l'abîme du malheur ? Non, ne souffrons pas qu'il se trouve un seul homme, qui ait le droit de maudire nos institutions; car je le demande : combien leur perfection ne serait-elle pas à regretter, si elle ne se composait que du malheur des individus qui existent aujourd'hui ! La loi a pourvu à une sage rétribution des ministres des autels ; l'article 40 porte que les receveurs des districts seront tenus de payer les ordonnances de pensions ecclésiastiques au fur et à mesure qu'ils recevront et suivant le numéro de ces traitements... Ces précautions sont infiniment sages, et vous devez vous employer à en assurer le succès ; et à ce sujet, je crois devoir vous faire remarquer que l'application en est d'autant plus nécessaire duns le département de l'Aube que les ecclésiastiques ne sont pas répandus en nombre égal dans les six districts. Celui de Troyes par exemple, à raison des ci-devant Chapitres et communautés religieuses de la ville, doit en contenir autant que deux ou trois autres districts du département.Il est donc indispensable que