SERVICE DES BINAGES
double ministère au rabais, ne fut pas du goût du clergé constitutionnel , qui retrouva un peu de son énergie pour protester contre cette mesure ; la plupart des curés, en effet, refusèrent de desservir leur binage. Pour les y contraindre, le département décida le q5 avril ce qui suit :
« Toujours guidés par cet esprit d'intérêt, dont les libéralités de la nation n*ont point encore détruit le germe, la plupart de ceux qui avant l'organisation du clergé actuel étaient obligés de remplir un double service avec un salaire beaucoup plus faible, tels que les portionnaires, viennent aujourd'hui marchander avec Tadministration et menacent d'abandonner le soin de leurs annexes ou succursales, si on ne porte pas à 5oo livres cette addition de traitement qui leur est accordée pour ce double service ; quelques-uns même ont déjà effectué cette menace et laissent les habitants de leurs succursales sans secours spirituels ; il en est une en Téglise de laquelle le curé qui la desservait n'a pas dit de messe ni fait d'instruction depuis le a mars dernier, où des enfants décédés sont restés quatre jours sans être enterrés et des nouveau-nés cinq jours sans baptême.
« D'autres ecclésiastiques, guidés par des vues non moins intéressées, se concertent avec les curés voisins et vont dire une première messe dans l'église de leur confrère, qui en fait autant dans celle de son voisin, pourprétendre l'un et l'autre au salaire du vicaire de la paroisse voisine de la leur. »
En conséquence de ce rapport, le directoire « arrête que l'évêque du département sera invité de commettre des desservants dans les succursales, lorsqu'il se sera rendu certain que leur pasteur les aura abandonnées et qu'il n'y fera point le service auquel il est tenu en qualité de curé, que les salaires de ces desservants seront prélevés sur ceux des curés qui négligeront ou refuseront de faire le double service dans les églises succursales de leur dépendance, à raison de 700 livres, si c'est un ecclésiastique envoyé ad
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hoe, et de 5oo livres, si c*est un curé voisin qni consente à se charger de cette desserte... L'évéque sera invité à retirer toutes les commissions qu*il aurait pu faire délivrer aux difTérents curés qui vont exercer les fonctions de vicaire dans une paroisse voisine de la leur, pourvue d*un pasteur chargé du soin de ses paroissiens. »
Non contente d'obliger à un double service les curés salariés par elle, radministration leur faisait souvent attendre, trop longtemps à leur gré, leurs mandats de traitement. Plus d'un, cependant, n'avait embrassé le parti constitutionnel que pour n'être pas dépourvu de tout moyen de subsistance. Leurs réclamations nous révèlent les sentiments dont ils étaient animés à l'égard do serment, témoin cette lettre écrite au directoire de Nogeot par Maget, curé intrus de la Chapelle-Saint-Nicolas:
« Je croyais que le serment civique, tel qu'il est aa nouveau décret, ne pouvait retarder en aucune manière la fixation de mon traitement. Ne croyez pas cependant, ni que j'aie voulu le refuser, nique je Taie prononcé paria nécessité qu'annonce votre lettre ; plus fidèle à mon Diea qu'à ma patrie, aucune vue d*intérét, aucun sentiment de crainte n'eût été capable de me l'arracher, si je ravaiscni contraire à ma religion; et j'aurais dit avec saint Jérôme: Nudam crucem nudus sequar ; mais, soumis comme je le dois aux lois de ma patrie, lorsqu'elles ne contrastent point avec. les intérêts du ciel, j'ai dit avec ce Père de l'Eglise : les aulres religions, les clubs, les comédiens, •toutes les sociétés possèdent des biens-fonds (i) ; les seuls ministres de la religion catholique n'ont pas le droit d'en posséder ; et la loi qui le leur défend ne vient pas des persécuteurs de l'Eglise, mais des puissances catholiques : je ne me plains pas de cette loi ; seulement je suis f&ché que nous layons méritée, le remède est salutaire. Pourquoi
(i) S. Jérôme. Epitre à Népotien : de vità clericornm.
INUTILES RéCLAMATIONS 649
joindrais-je ma Yoix à la voix de ces pastears qui bénissaient le Seigneur parce qnUls étaient devenus riches, et dont l'Assemblée nationale vient de détruire toute la magnificence ? Je la bénis au contraire de nous reporter au temps de la primitive Eglise, de respecter l'inviolabilité des droits de Jésus-Christ, la tradition des Pères et la foi de TEglise romaine célébrée par saint Paul.
« Tels sont, Messieurs, les sentiments de mon cœur que j'ai cru devoir exposer à vos yeux, non pas tant comme prêtre, car je voudrais qu*on ne crût que je le suis que lorsque j*en remplis les fonctions augustes et sacrées ; mais comme chrétien, parce que je m'estime très heureux d'être enfant de Jésus-Christ ; mais comme citoyen, parce que je me fais gloire de l'être de la France, ainsi que saint Paul de la ville de Rome ; et ce sont ces deux qualités qui me font dire avec saint Ignace : Tous les prestiges sont dissipés, les liens du despotisme sont rompus, l'ignorance est détruite, et Tancien régime est aboli. y>
C'est ainsi que les pauvres curés assermentés harcelaient les directoires de leurs très justes et presque toujours inutiles réclamations. L'administration elle-même faisaitentendre en haut lieu les plaintes les mieux justifiées. Le district de Bar-sur- Seine écrit, par exemple, au Département, le lo avril 1791 :
« Vous nous mettez, Messieurs, dans le plus grand embarras, en ne nous envoyant aucun fonds pour payer ce qui est dû aux fonctionnaires publics. Tous se présentent, et plusieurs nous assurent que, dans difl'érents districts, on paie ce qui est annoncé devoir l'être dans les six premiers mois de 1791. Cela nous occasionne des désagréments que nous voudrions éviter. Nous vous prions très instamment de nous mettre en état de payer ceux à qui on ne doit pas refuser ; vous savez aussi bien que nous combien il est intéressant de satisfaire aux dispositions de l'Assemblée nationale et aux intentions du roi. »
Voici une réclamation qui montre avec quel sans-gêne
le Département refusait de payer le clergé ; c'est le curé constitutionnel de Blaincourt qui parle :
« Vous savez depuis quel temps je réclame ce qui m'est dû pour la desserte de la paroisse d*Epagne. M. Larmet, vicaire épiscopal, m'a fait dire dernièrement que j en serais payé. M. Mouchel me le fait aussi espérer; mais, depuis quatorze mois qu*on me dit la même chose, je n en suis pas plus avancé. Vous savez que les meubles que j'ai au presbytère sont à mon frère de Mathaux ; je n'ai dans ce moment-cy ni grains, ni vin, ni habits d'hiver, ni d'été. Je dois 600 francs pour ce que j'ai acheté de meubles absolument nécessaires. J'ai appris que le Département était autorisé à donner cent écus à ceux qui desservaient deux autels, mais je crains qu'au trimestre d'avril prochain l'on ne me donne que ^5 francs et que tout le temps passé que j'ai desservi, c'est-à dire depuis le 11 décembre 1791 jusqu'à ce jour, ne me soit soufflé... A Blaincourt, le 7 mars 1793. »
Gomme il avait prié l'évoque d'appuyer cette réclamation, Gongniasse-Desjardins reçut de Sibille, le la février, la réponse suivante. Nous la citerons tout entière parce qu'elle est, sous cerUiin point de vue, la plus intéressante de toutes les lettres qui ont été conservées de la plume de l'évoque constitutionnel :
« Mon cher et digne coopéra teur,
« N'attendez point de second traitement, heureux si on vous conserve celui dont vous jouissez. Le Département, il est vrai, a arrêté que Ton donnerait provisoirement 3oo livres aux pasteurs qui desserviraient, en date de cette année, une paroisse voisine, mais savoir si l'Assemblée nationale y consentira. Les frais de la guerre sont trop considérables, dit le ministre de l'intérieur : il faut que les prêtres imitent les apôtres et travaillent dans leur voisinage pour la gloire de Dieu ; je ne menacerai point les campagnes de ne leur point envoyer un autre pasteur, s'ils obligent celui qu'ils ont le bonheur d'avoir de chan-