INUTILES RÉCLAMATIONS
ger de place... Je ne vous perdrai point de vue ; je verrai saas cesse le Département et le district ; si on me donne de bonnes réponses, je vous en ferai part sur-le-champ ; on prétend que nous serons toujours salariés ; je me soumets entièrement à la Providence ; pour peu que Ton m'accorde, j*aurai toujours assez ; je ne serais obligé que de diminuer ce que je fais en faveur de la nation et des pauvres de ma paroisse malheureuse, composée de quatre pauvres paroisses ; si je diminuais ma dépense, il ne me resterait que le nécessaire ; je rougis quelquefois de la frugalité de ma table. Avouez que nous sommes nés pour des temps bien malheureux ; notre bonheur n*est que dans ridée ; je souhaite qu*il soit dans la réalité pour nos neveux ; je crains que le flambeau de la foi n'aille éclairer d'autres nations ; des raisons de prudence m'obligent de garder le silence comme beaucoup de mes confrères ; je vous prie seulement de dire en chaire, ainsi que tous vos voisins, que vous donnez permission d'user d'aliments gras à tous ceux qui croiront en conscience en avoir besoin, soit pour cause de pauvreté, soit pour cause d'infirmité ; il n'y aura d'abstinence d'œufs que le vendredi et le samedi saints. Tous nos évéques ont permis de faire gras trois jours la semaine ; je ne veux pas imiter leur exemple ; les plus désobéissants à la loi crieraient à l'irréligion... »
Nous ne doutons point que le curé de Blaincourt n'ait fait un bon accueil à ces dispenses que lui octroya l'évéque, mais c'était aussi à son traitement qu'il tenait. Il en renouvela donc la demande, en même temps qu'il informait Sibille de certains arrangements pris dans sa paroisse. Voici la réponse de l'évéque à la date du a5 février : « Mon cher et digne coopérateur,
« J'approuve les mesures que vous prenez pour que tous les fidèles de votre paroisse et de votre annexe puissent satisfaire avec plus de dispositions au devoir pascal ; je ne perds point de vue vos intérêts temporels ;
j*espère voir demain le Département ; je plaiderai votre cause avec tout le feu dont je suis capable ; mais ce tribunal, avec toute sa bonne volonté, a des bornes qu*il ne peut passer.
« Recevez les assurances de ma tendre affection.
cr Augustin Sibille, évéque du département de TAube (i). »
Les événements révolutionnaires paraissaient plus forts que les meilleures volontés ; les caisses de TEtat étaient toujours vides, et le clergé, depuis qu'on le traitait en fonctionnaire, ne parvenait pas à toucber Tindeninité qu'on lui avait tant de fois promise en échange de ses biens. Les dispositions de Tadministration étaient d'ailleurs loin d'être favorables à ces prêtres qui croyaient que leur serment leur assurerait au moins le pain nécessaire à la vie.
Depuis longtemps, la paroisse de Villiers-sous-Praslin était desservie par le curé d*Arrelles, qui recevait 35o livres pour cette annexe. Le Département prétendait que ce double service ne devait pas être rétribué. Le curé était âgé et infirme. Il fut pendant quelque temps empêché de se rendre régulièrement à Villiers. Dénoncé au district, et invité à mieux faire son devoir, il répondit ; « Par votre arrêté du i3 mars dernier, signifié au curé d'Arrelles le 19 du même mois, il lui est enjoint de desservir Villiers, succursale d'Arrelles, sur ce qu'elle fait partie de ses obligations ; il sera pourvu h cette desserte à ses frais. Le curé d'Arrelles serait-il le seul obligé sous peine de privation de traitement à desservir gratuitement sa succursale ; et, s'il n'y est pas obligé, pourquoi ne dit-on rien aux curés i\v (ihaource, Lantages. Villemorien, Vaudes, qui ont quitté la desserte de leurs succursales? Si le curé d'Arrelles a été un temps sans desservir Villiers, c'est qu'il a été malade ; il est épuisé de fatigues depuis vingt- Ci) Apch.,L. V. i5i6.
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huit ans qu*il est dans le ministère ; il a biné pendant vingt-trois ans ; il est asthmatique et sujet à la colique néphrétique ; il a la sciatique et marche diflicilement. Jusqu'à ce que vous lui accordiez un desservant, en conformité de la Constitution civile du clergé, il vous prie de lui accorder la jouissance de la maison presbytérale de Villiers pour s*y reposer, manger et coucher toutes les fois qu*il en aura besoin, et le jardin (i). »
Si justice n'était pas rendue aux curés en exercice, sera-t-il surprenant que les simples chapelains n'aient pas réussi à se faire allouer la modeste pension qui leur était due ? Ecoutons cette lettre désolée d'André Fassement, du clergé de Saint-Philippe du Roule, chapelain de Saint- Michel à la cathédrale.
« Il est bien douloureux pour moi de ne recevoir aucune réponse à celle que j'ai eu l'honneur de vous adresser il y a environ six semaines. Vos occupations que je crois très sérieuses dans les circonstances présentes ne vous auront probablement pas permis dans cet espace que vous trouverez peut-être fort court, mais toujours bien long pour ceux qui attendent, de m'accorder ce que je m'étais flatté d'obi enir autant de vos soins que de votre justice. Cependant, Messieurs.si le grand nombre d'aflaires dont vous devez être chargés avait pu vous faire perdre de vue les intérêts que je vous avais prié de stimuler, celle-ci est moins pour vous importuner que pour vous rappeler mes demandes au sujet du traitement pour le petit bénéfice qui est absolument le seul dont je sois titulaire... (a) »
Un ancien chanoine de Pougy réclamait en termes non moins énergiques sa pension le lo octobre 1791 :
« C'est, dit-il, avec une confiance entière en votre justice et une fermeté inébranlable dans mon droit que je
(I) Apch., V. L.. 1538.
(9) Arch., L. V. i5a3.
me présente à votre tribanal. Je suis rhomme qui n'a qu'un morceau de pain. SoufTrez que je défende cette unique propriété, la plus nécessaire de toutes ; je ne touche jamais au bien d'autrui ; mais je ne vois qn'avec indignation qn on envahisse le mien... Pensez qu*en décidant cette affaire, vous déciderez si un homme mourra de faim. Rémuzat(i). »
Les chanoines de Saint-Urbain n'avaient rien touché de leurs revenus du dernier trimestre de 1789 ; ils en réclamèrent le paiement au conseil général du Département ; mais cette Assemblée leur répondit que leur requête n'était pas de sa compétence, et les malheureux pétitionnaires durent attendre longtemps qu'il plût au directoire de leur rendre justice (a).
Le traitement des vicaires était peu élevé, n'était-ce pas une raison de le leur payer exactement ? Cependant les vicaires de Brienne n'ayant rien reçu en 1790 durent réclamer le leur le !•'' mai 1791. Peut-être par ce retard excessif voulait-on leur faire expier leur refus du serment.
Le desservant de Neuville-sur-Seine avait droit à un supplément pour l'année 1790. Le 17 mars 1791, n'ayant encore rien touché, il le réclama au directoire en ces termes :
a J'ai l'honneur de vous certifîer que le vicariat de Neuville, succursale de Gyé-sur-Seine, n'a d'autre revenu fixe que la portion congrue assignée aux vicaires, que je n'ai reçu pour l'année 1790 que la somme de 760 livres, comme vous le verrez par le certificat ci-joint, que j'ai payé pour ma contribution patriotique relativement à la modicité de mes revenus au-delà même des désirs de l'Assemblée nationale, comme vous pourrez encore juger par la quittance du premier tiers que vous trouverez de même ci-incluse.
(i) Arch., L. V. 179a.
(») Arch. 9, b. a a/3oo.
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« J'ai appris, par plus d^une bouche, que le récit que Ton vous avait fait de ma position actuelle que je me garde de caractériser vous avait inspiré des sentiments de commisération, les expressions de votre humanité compatissante que Ton m'a répétées ont fait sur mon cœur une impression d'autant plus consolante que dans les circonstances actuelles j'ai perdu absolument l'habitude des consolations, même de la plus légère, de la part de mes frères de la nouvelle fédération.
« Ces favorables dispositions de votre part et la justice de ma demande me font espérer que vous ne difFèrerez pas à me l'accorder (i). )>
Citons encore le chanoine Bréjard qui réclame le Q7 juillet 179Q, sans aucun succès hélas I son traitement dont il n'a rien touché depuis dix mois.
Qu'elle est navrante la lettre de ce vieux moine de Montiéramey au Département :
« L'exposant n'ayant d'autre ressource et réduit à la plus aHreuse misère a été forcé de vendre le peu de mobilier qu'il avait pour prolonger sa malheureuse existence ; maintenant qu'il n'a plus de ressource, il espère de votre humanité que vous voudrez bien ordonner au payeur général de lui compter un secours pi*ovisoire sur sa pension sur laquelle il n'a reçu depuis deux ans et ce dans les premiers mois de l'an V que ia5 livres. « HuART(a). »
De Paris où il s'était retiré, un autre vieillard dépossédé de la chapelle Saint-Nicolas d'Isle-Aumont envoyait à Tadministration une vive réclamation qui se terminait ainsi :
a Par quelle fatalité, citoyen président, votre directoire s'obstine-t-il à faire soudrir ainsi un pauvre vieillard ? Aucun de vous ne me connaît ; vous ne pouvez donc pas
(I) Apch., V. 4o36.
(I) Arch., L. V. i53o. "j
avoir de reproche à me faire. Jamais dans raocien régime, je ii*ai éprouvé an pareil déni de justice, pas même aux bureaux des intendauts. Quoi ! des milliers de phétres réfractaires, de mauvais citoyens, ont été liquidés^ et moi je ne le suis pas encore I A Paris, tout hommç qui veut être liquidé va prendre un numéro, et il est sûr d'être expédié à son tour. Vous n^avez donc aucune règle à Troyes, dans cette ville industrieuse (sic) dont j'avais si bonne opinion? Au nom de Dieu, citoyen président, répondez-moi tout de suite, et dites-moi : Nous avons vos pièces sous les yeux ; dans tel temps vous recevrez les papiers nécessaires pour toucher votre pension.
« A Paris, Perrot, a3 janvier 1793 (1). »
Quelques religieux rendaient service aux paroisses privées de pasteurs en y célébrant les offices, mais sans commission. Comme leur position était d*ailleurs des plus précaires, ils demandaient une indemnité aux districts pour leurs peines. Henri Gayet, bénédictin retiré à Landreville, fut de ce nombre. L'administration lui refusa tout secours, faute par lui d'avoir l'autorisation de Tévéque (a).
Nicolas Gnichard, ancien curé de Balnot-la- Grange, avait résigné sa cure, moyennant une pension de 3oo livres. Ce chiffre fut porté à joo livres par les nouveaux décrets. Il réclama cette somme le a6 novembre 1790, mais comme on se gardait bien de le payer, il insista, en faisant valoir sa triste position. Sa requête du 3i août 1793 nous dépeint exactement le sort qui attendait les ecclésiastiques privés de leur pension :
« Je suis, Messieurs, dans le besoin le plus pressant, et s'il ne vous plaît de donner à M Bergeon les ordres les plus positifs, mes créanciers qui ont droit de me demander peu au-dessous de 100 me menacent de cesser de me fournir
(1) Arch.,L. V. 1544.
(a) Arch., L. G.*/i\bi8.