‹ Histoire du diocèse de Troyes pendant la RévolutionChapitre 187 sur 201 · REPUS DE PAIEMENT · texte numérisé non relu

REPUS DE PAIEMENT

les choses qui me sont Le plus nécessaires à la vie et de tne tradaire en jastice pour dette, malheureuse position dacs laquelle je ne me trouverai pas, si vous me faites la . faveur d^ordonuer le paiement qui me revient d'environ trois quartiers de ma pension sur cure et non sur traitement. Recevez-en d'avance mes très humbles actions de grâces. Guichard (i). »

Légalement privées de leurs ressources, les religieuses elles-mêmes n*obtenaient que difficilement les secours auxquels elles avaient droit. L*abbesse du Paraclet dut écrire au district de Nogent le ^5 janvier 1791 ces lignes d'une trop significative brièveté :

« Messieurs, j'attends avec empressement que vous vouliez avoir la bonté de nous donner notre traitement ; malgré toute mon économie, nous sommes à la veille de manquer du nécessaire, et je suis encore affligée de ne pouvoir pas payer nos ouvriers et fournisseurs de Tannée dernière (2) ».

Même demande, mais plus explicite des religieuses du Saint-Esprit de Bar-sur- Aube^ le 29 juillet 1791 :

« Messieurs, écrivaient-elles, contentes de notre sort et près de terminer notre carrière, nous attendions en paix qu'il plût à la divine Providence de nous délivrer des infirmités de la vieillesse : un grand événement est arrivé. L'Assemblée nationale a cru devoir supprimer les ordres religieux et déclarer à la disposition de la nation les biens dont ils jouissaient. Nous respectons ses décrets. Puissent tous les Français nous égaler en soumission et former des vœux aussi ardents pour le bonheur et la prospérité de l'Etat I

« Mais, Messieurs, un vide alfreux commence à se faire sentir. Trois religieuses, dont Tune est actuellement dans sa famille et deux filles données à la maison, jouissaient

(i)Arch., L.V., 1616.

(a) Arch.^ L. V., 1667.

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d'un revenu de i6 k 1.700 livres. Bien administré, ce revenu suffisait à peine à des femmes ftgées et presque toutes infirmes, quoiqu'elles vécussent en communauté. Quelle est cependant aujourd'hui la diflTérence ? Noos sommes encore quatre dans la maison, précisément Ifs plus infirmes, et deux seulement jouissent à compter du i«' janvier dernier d'un traitement provisoire de 3oo livres chacune.

« Vous en conviendrez sans doute. Messieurs, notre position n'est pas heureuse. Nous vous conjurons donc, an nom de l'humanité, de suspendre pour un instant vos autres occupations et de fixer définitivement notre sort Notre reconnaissance égalera le respect avec lequel nous sommes. Messieurs....

« Sœur Rouget, de Sainte-Cécile.

« Sœur Lefranc, de la Croix, économe (i) ».

Pas plus que les religieuses du département, celles de It ville de Troyes ne parvenaient à se faire rendre justice. Les Bénédictines de Notre-Dame-aux-Nonnains, ce monastère dont La richesse était jadis proverbiale, se voyaient réduites à envoyer à l'administration la requête suivante :

« Aux administrateurs du Département,

t Représentent les abbesse, prieure et religieuses de l'abbaye de Notre-Dame de la ville de Troyes, disant que jusqu'à ce moment l'économie la plus sévère dans leurs dépenses a fourni <l leur subsistance ; elles ont absorbé le peu de provisions qu'elles avaient ; au moment pressant de les renouveler elles n'ont pas de quoi en faire la dépense, et sont menacées de manquer des choses de première nécessité. Le nouvel ordre d'administration leur ôte jusqu'à la ressource du crédit, et cependant il est indispensable de pourvoir journellement à la subsistance d'une communauté composée de trente religieuses professes et

(i) Arch.,L. V., 1599.

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d*aii nombre de domestiques proportionné et néeessaire au service d^une maison aussi nombreuse, empêchées de recevoir aux drfférentes époques les paiements dus pour la présente année 1790, il aurait pu être fourni aux besoins les plus pressants par la rentrée des arrérages de Tannée 1789 et précédentes, mais les fermiers se refusent de verser entre les mains de leur dépositaire les deniers provenant même des anciens dus dont les paiements ne sont à faire que par une suite des condescendances et des égards des dites abbesse et religieuses pour la situation fâcheuse des fermiers à cause du malheur des années précédentes. Elles ont cependant acquitté dans le courant de cette année toutes les charges dont les revenus de 1789 ont été grevés et ont payé toutes les impositions, soit à la caisse des décimes, soit aux rôles des tailles ; les besoins de TEtat leur en faisaient une loi ; elles n'ont écouté que leur zèle pour y satisfaire. Réduites aujourd'hui aux dernières extrémités, elles ont recours à votre autorité, afin d'obtenir le paiement de ce qui leur reste dû de Tannée 1789 ; si Tordre de Tadministration s'oppose à ce que votre justice et votre humanité prescrivent en leur faveur, elles demandent que vous les autorisiez à toucher le produit d'une coupe de bois faite dans Tannée 1789 ; les deniers sont déposés au grefle de la maîtrise des eaux et forêts de cette ville ; ils sont un produit extraordinaire dans les revenus de leur communauté et seront de même portés dans votre comptabilité, en vous prêtant à la facilité et à la nécessité du succès de leur demande, elles s'obligeront d'en faire tel compte que vous en exigerez Ce faible secours les aidera à attendre la Axation du traitement qui leur est promis et dont le retard les menace de la dure extrémité de mourir de faim (i) ».

Elles n'étaient point exigeantes,les pauvres Bénédictines;

(i) Areh.,L.V., 1.600

car la somme déposée au greffe n'était que de 1.186 livres 5 sous, formant le premier paiement des a. 378 livres 10 sous, prix des arbres gelés de leurs bois de Champigny. N*eût-il pas été révoltant de leur refuser cette somme, à elles qui avaient payé en une seule fois un don patriotique de 3.000 livres ?

L'iniquité était d'autant plus criante de traiter ainsi les pensionnaires ecclésiastiques ou religieux que les denrées augmentaient de prix tous les jours. Elles commencèrent même à manquer au marché à l'automne de 179a ; après l'hiver ce fut une vraie disette. Tout le monde souffrait de cette cherté de la vie. Le presbytère de Montangon avait besoin de réparations urgentes. Aucun ouvrier ne s'était présenté pour les entreprendre Le curé en avait référé au district avec cette observ^ation : «c Tout le monde se plaint que la vie est chère. Que faire ? » Hélas ! l'administration était aussi impuissante que peu disposée à remédier à la situation de plus en plus précaire du clergé !

Si les curés n'étaient pas riches, les Fabriques des églises ne l'étaient pas davantage. La paroisse de Chennegy ayant acheté un autel, il fallut que le Département l'autorisât à vendre une partie de la réserve de se? bois pour le payer.

D'ailleurs les entraves apportées à la gestion des deniers des églises n'étaient pas de nature à accroître les ressources. C'était le receveur du district qui pouvait seul payer les réparations faites aux édifîces du culte.

Certaines communes se firent un peu d'argent en vendant les granges des dîmes curiales désormais inutiles. Celles qui n'avaient pas de curé résidant louèrent le presbytère pour en tirer un revenu.

L'article 4 de la loi du 9 janvier 1791 stipulait que tout religieux ou ecclésiastique qui serait porté par choix ou par élection à une place dans le cours de l'année aurait droit à moitié de sa pension en plus de son traitement

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