REFUS DE PAIEMENT
comme fonctionnaire public (i). Le curé de Nogent-sur- Aube, comme ancien Bénédictin, et celui de Pougy, comme ancien Mathurin» virent ainsi leur traitement arrêté à i.65o livres. Déplus le curé de Nogent reçut 5oo livres pour la desserte de Dommartin-le-Coq, et celui de Pougy en reçut 3oo pour le binage de Verricourt Cette faveur accordée aux religieux n'était-elle pas comme une prime à Tabandon de leur ordre et à la renonciation à leurs vœux ?
Il existait, on se le rappelle, une caisse des décimes qui venait en aide aux prêtres âgés ou infirmes. L'Etat s'en empara et prit à sa charge les pensions d'ailleurs en petit nombre et dont le chilfre était peu élevé. Les derniers comptes furent rendus le aGaoût 1791. Les curés de Saint- Jean, de Lusigny et de Pont- Sainte-Marie y assistèrent par ordre du directoire (a). Les recettes, y compris le reliquat de l'exercice précédent, s'élevèrent à 85-474 livres II deniers. Cette somme lut versée dans la caisse du département, et la Chambre ecclésiastique cessa de fonctionner.
Une loi du 29 septembre suivant décida que les pensions assignées sur les décimes et les chambres diocésaines ou accordées à des ecclésiastiques pauvres sur des biens spécialement ailectés à leur soulagement, et celles établies par titres antérieurs au 2 novembre 1789 sur des revenus d*église seraient payées par provision pour les années IJ90 et 1791, mais seulement jusqu'à concurrence de 600 livres par an pour les pensions qui excédaient cette somme, et en totalité pour celles qui étaient égales ou inférieures (3).
Telles sont les principales dispositions prises à l'égard
(i) Certains recueils des lois indiquent Tarticle 5 de la lui du 7 janvier sanctionnée le 9.
(a) Apch., L.D. 7/i.
(3) A. P., t. XXXI, p. 636.
662 TRAITEMENT DU CLBROé CONSTITUTIONNEL
du clergé recoQQU par TEtat et traité si dédaigaeusement de foDctionaaire. Certains membres de ce clergé se rétractaient, malgré Tassurance qu'ils avaient d*un traitement attaché à leur soumission à la Ck>nstitution. L'Assemblée nationale voulut les en empêcher, en décrétant le 19 juin 1791 « que les fonctionnaires publics ecclésiastiques qui auraient prêté le serment et se seraient rétractés ou se rétracteraient à l'avenir seront privés de tous traitements (i). »
Il ne faisait pas bon prétendre être payé et ne pas se conformer aux exigences des décrets relatifs au serment. Le desservant de Plessis-Barbuise en fit Texpérience. Ecoutons sa courageuse protestation : « Messieurs,
« Je vous prie de m'excuser^si je ne vais point moi-même vous présenter ma supplique ; soyez persuadés que cela ne m'est pas possible ; vous allez peut-être croire que je vais vous alléguer mes offices. Non, Messieurs, c'est une tout autre raison ; c'est parce qu'il ne m'est pas possible de sortir, sans m'ex poser aux plus grands dangers, et sans la lettre que vous avez envoyée à propos, il parait, d'après le rapport de toute la paroisse, qu'il devait y avoir dn trouble ici aujourd'hui. Je vous en ai la plus grande obligation. Si je suis resté au Plessis jusqu'à ce jour, c'a été pour me soumettre à un décret de l'Assemblée qui nous enjoint de continuer nos fonctions jusqu'à notre remplacement. D*ailleurs j*ai eu l'honneur de vous dire que j'étais tout prêt à me retirer ; je ne vous ai même priés d'accélérer mon paiement que pour pouvoir me retirer plus promptement. Quel est donc mon crime ? Je n'empêche point un nouveau titulaire de venir s'installer, puisqu'il n'y a personne de nommé à ma place. Me reprochera-t-on de troubler Tordre? mais je ne sais pas en quoi ; car je ne dis rien, ni en public, ni en particulier qui puisse me corn-
(i) A. P., t. XXVII, p. 33a.
aSFUS DB PAIBMBNT 663
promettre ; lorsque je fais une instruction, je ne parle ni du serment, ni des objets qui le concernent, ni de constitution en général ; je ne prononce le nom de l'Assemblée nationale que pour prier pour elle au prône ; je ne communique nullement avec mes paroissiens ; je ne sors que très rarement, et je reçois tous les jours des reproches de la part des personnes que je ne vois plus, de peur de me compromettre ou de les compromettre elles-mêmes ; voilà, Messieurs, la manière dont je me conduis. Est-il possible d'être plus circonspect ? D'ailleurs cette conduite ne me gêne nullement, parce que je n'ai rien à cacher, rien à taire ; mais je pense, je parle et j agis comme j*ai toujours fait ; c'est bien à tort que l'on me regarde comme une personne suspecte et qui n'a que de mauvais desseins. Ah I Messieurs, vous savez que quand il s'agit de serment, j'y regarde à deux fois; eh bien, j'ai l'honneur de vous assurer que je ferais volontiers celui-ci. que je n'ai jamais rien dit, rien écrit, rien fait qui puisse le moins du monde me compromettre. Voilà, Messieurs, mes véritables intentions; cela n'empêche pas néanmoins que l'on ne veuille me poursuivre ; pour ne pas m'ex poser plus longtemps, et pour ne point troubler l'ordre, quoique innocent, je vous prie de me délivrer un pouvoir provisoire pour toucher mon traitement, et je me retire aussitôt. Vous n'ignorez pas que je suis absolument sans ressources. Voilà six mois que je ne reçois pas un sou ; je suis par conséquent hors d'état de rejoindre mon pays. Il ne m'est pas plus possible de taire le voyage de Troyes que celui de Nogent ; d'un autre doté, les circonstances ne me permettent pas d'attendre ; c'est pourquoi je vous prie, Messieurs, de vouloir bien prendre la présente en considération, je l'attends de votre justice, de votre humanité, de votre amour pour la ^aix (i) ».
Protester contre l'iniquité la plus criante s'appelait alors faire acte de fanatique. Voici l'accueil réservé par
(i)Areh.,L. V., 1567.
le procureur du district de Nogent aux réclamations les mieux fondées : <x Vous avez été instruits. Messieurs, ditil à ses collègues, des efforts qu*a faits le fanatisme pour renouveler en France les scènes d'horreur et de sang dont il a si souvent donné le spectacle chez toutes les nations. La Constitution civile du clergé en était le prétexte ; la religion était le grand moyen pour intimider les consciences, le véritable motif était la perte et Tanéantissement de tous ces privilèges que le clergé plus adroit et mieux instruit avait su arranger dans les siècles d*ignorance et de barbarie, dans ces temps où les ministres de la religion avaient le talent de persuader au peuple que leur voix et leurs décisions n'étaient que les fidèles échos de la volonté de TEtre suprême. Le véritable motif surtout était la douleur de voir échapper de leurs mains ces biens immenses dont la superstitieuse piété de nos aïeux les avait engagés à se dépouiller pour rornement du culte et le soulagement des pauvres, et dont depuis tant de siècles on fait en général un usage si scandaleux, richesses que l'Assemblée . nationale a déclarées être à la disposition de la nation et dont elle a disposé pour soulager véritablement le peuple en acquittant les dettes ed'rayautes de l'Etat. Les efforts du fanatisme n'ont pas eu heureusement tout le succès qu'on en attendait; ils n'ont point comme autrefois armé le frère contre le frère ; ils n'ont point excité ni procuré les mouvements et changements qu'on en attendait. Tout ce grand bruit s'est réduit à induire en erreur quelques pasteurs qui en ont été les victimes Comme vous étiez tous électeurs, Messieurs, vous connaissez parfaitement les changements qui ont eu lieu dans votre district et les remplacemeDts que vous avez été obligés de faire. »
Un réquisitoire aussi haineux n était pas nécessaire pour indisposer l'administration contre les prêtres qui mettaient en elle leur confiance. Le desservant de Plessis- Barbuise l'éprouva cruellement ; le directoire du district se montra inflexible, et l^ertin se vit, hélas ! réduit à