‹ Histoire du diocèse de Troyes pendant la RévolutionChapitre 189 sur 201 · REFUS DE PAIEMENT · texte numérisé non relu

REFUS DE PAIEMENT

prêter le serinent civique le 3o août pour pouvoir toucher son traitement.

La loi fut appliquée avec la même rigueur au curé de Quiucey, « vu lettre écrite au directoire du district de Nogent-sur-Seine le ii mai 1791 par le sieur Duhamel par laquelle il se reproche d'avoir fait le serment, qu'il le rétracte et qu'on doit le regarder comme nul, qu'il ne peut reconnaître pour évêque de Troyes M. Sibille, ni avoir avec lui aucune relation en cette qualité. »

Persévérant, malgré tout, dans ses bonnes dispositions, le curé fit entendre cette réclamation d'une fermeté peu commune à cette époque :

« Le sieur Aubin Duhamel, remplacé dans la cure de Quincey, a l'honneur de vous représenter que, recevant dans les jours qui précédèrent immédiatement Tordre de la prestation du serment lettre sur lettre de Paris qui lui annonçaient que le peuple était disposé à exterminer tous les prêtres qui refuseraient, et que ceux qui ne voulaient point le faire avaient disparu, persuadé que le même sort l'attendait dans sa campagne, et n'étant retenu de fuir qu'à cause de la mauvaise saison, il se détermina le 9 janvier, avant la publication de l'ordonnance, à en faire un — nous (le) lui demandions pour son traitement — , exceptant formellement le spirituel, clause que ses paroissiens ne saisirent pas,et qu'il évita,toujours par la même crainte d'assassinat, de faire exprimer sur le procès verbal ; mais quelques jours écoulés, sentant qu'il n'y avait pas tant à craindre à la campagne qu'à la ville, le dit curé s'expliqua devant ses paroissiens en chaire, de manière à ne laisser de doute sur sa façon de penser... Ce n'est pas tant pour lui qu'il réclame ses droitS; sinon d une justice rigoureuse, au moins de l'humanité (il est bien cruel de se voir exposé à périr d'indigence) que pour sa mère ftgée de ^3 ans, qui ne subsiste que de sa reconnaissance et de sa charité filiale (i) ».

(i) Arch., L. V. i53a.

La reconnaissance et la charité, elles étaient rares et n'avaient plus guère cours à Tégard du clei^. en voici une nouvelle preuve. Quelques curés du district de Barsnr-Aube avaient été maintenus dans leur place malgré leur attachement à TEglise. Il se trouva à Bar même un comité de surveillance assez cruel pour demander la suppression de leur traitement :

« Plus les dangers de la patrie augmentent» plus les mesures qu^on doit prendre pour la sauver doivent être grandes. Les membres composant le comité de surveillance de la ville de Bar-sur- Aube vous adressent leur sollicitude au sujet des ministres du culte catholique qui ont été conservés dans leurs places à Taide d'un serment faux ou conditionnel. La cupidité seule les a fait jurer ; ils n*ont pas craint pour la plupart d'en imposer à des communes trop confiantes, et ils sont d'autant plus coupables qu'ils ont abusé et abusent encore de cette même confiance pour égarer leurs paroissiens, pour les éloigner des prêtres élus par le peuple, qu'ils leur représentent comme des gens sans caractère ecclésiastique qui ont abdiqué, disent-ils, par l'usurpation des cures dont ils sont en possession, sans mission apostolique, puisqu'ils tiennent leurs pouvoirs d'un homme, qui, disent-ils encore, n'en ayant pas lui même, n'a pu leur en déléguer, ne parlant que du retour de l'ancien régime ecclésiastique. N'osant pas prêcher ouvertement la contrerévolution et la révolte, ils ne sont pas moins dangereux pour la tranquillité publique en fanatisant les esprits et se jouant des lois et du souverain qui les alimente. Arrêtez, citoyens, de pareils abus ; vous êtes chargés de veiller au maintien de l'ordre et de la tranquillité publique ; vous ne devez point distribuer la sueur des malheureux à de faux pasteurs qui n'ont conservé leurs places à l'aide d*un serment simulé que pour seconder plus efficacement les vues de nos ennemis. Imitez l'exemple sage que vient de donner le département de la Marné (i) ».

(I) Areh., L. V., 1610.

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