LVI ÉTAT DE LA RELIGION
Georges, et la mense conventuelle de Sainte-Croix de Laines-aax-Bois, furent supprimés également. Tous ces bénéfices réunis avaient un revenu de a8.65o livres (i).
Qui devait profiter de ces suppressions ? Qui devait jouir des revenus des couvents décrétés de mort ? Hélas ! ceux qui avaient déjà la plus grosse part dans les dîmes ou les rentes ecclésiastiques. Eussent-ils montré autant d*empressement à appliquer Tédit de 1768, s'ils n'avaient espéré s*enrichir des dépouilles des communautés éteintes? Le peuple, au contraire, s'il avait compté que ses impôts diminueraient d'autant, s'était trompé ; cependant, il conservait l'illusion qu'il pourrait bien, lui aussi, recevoir sa part; cela nous explique que la paroisse de Lantages, pour ne citer que cet exemple, ait, dans son cabier de doléances en 1789, demandé « la suppression des couvents pas assez nombreux (a). »
V. — Etat de la religion dans le diocèse de Troyes avant la Révolution.
A un siècle de distance^ après la profonde perturbation causée par la Révolution française, il est diilicile d'apprécier exactement la fin de l'ancien régime, au point de vue religieux. Aucun auteur contemporain n'a songé à laisser, sur un monde qui allait bientôt disparaître ou être modifié de fond en comble, des notes qui, quel que fût leur
(i) B. C, 23, XXIII— a4o. Le dernier abbé commendataire de Nolre-Dame-de-Gayc fui Alexandre-Jeaii-Joscph Besse, clerc de Paris, incorpore au diocèse de Tulle, lorsquUl pi il possession le 3i janvier 1788. (Millard, le clergé.,, de Chàlons, p. 819, écrit Bene).
(a) Arch., B. 19. On trouvera dans Peigné-Delacourt, ouv, cit. l'état de ces institutions pour le diocèse de Troyes.
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reliet, nous eosseat da moins grandement aidé à connaître
Tétat de la religion, dans notre pays, à la fin du xviii* siècle.
A défaut de documents contemporains, nous devons
nous borner à recueillir les quelques traits épars çà et là
dans l'histoire locale, et tâcher d'en tirer de légitimes
conjectures sur un sujet si intéressant.
Eglises et couvents. — C'était un dicton qu'on ne pouvait faire un pas dans la ville de Troyes sans rencontrer un prêtre ou un garde du corps (i). En effet, sans être un des plus féconds en vocations sacerdotales ou religieuses, il est cependant bien certain que le diocèse de Troyes avait un clergé nombreux (s), un ecclésiastique sur 131 habitants ; c'était largement suflisant pour les besoins du saint ministère. La ville épiscopale avait un nombre d'églises et de communautés religieuses considérable, vu sa population.
Ce n'est pas tout à fait à tort, croyons- nous, qu'on a reproché aux Troyens leur peu de sympathie pour les maisons religieuses. Il arriva, en effet, que, sous certaines influences gallicanes ou jansénistes, la cité des Pithou s'effraya, outre mesure, de la multiplicité des couvents qui s'élevaient comme par enchantement dans ses murs. Mais la raison et la religion finirent par l'emporter sur ces appréhensions injustifiées, et, à la fin du siècle dernier, les religieux des deux sexes, quoi({ue atteints par plusieurs tentatives de suppression, étaient aussi nombreux qu'estimés par la population.
On comptait dans la ville ou banlieue trois abbayes d'hommes, Saint-Loup, Saint-Martin-ès-Aires et Montierla-Gelle réuni en droit à l'évéché, et seulement deux
(i) Rapport de la mission d*Al. Rousselin, p. 8. B. C, vol. 117, 1 —5^.
(3) Si la proportion existant en 178a entre le nombre d'ecclésiastiqncs et la population était conservée, le diocèse actuel compterait 1.600 prêtres.
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abbayes de femmes, Notre-Dame-anx-Nonnains et Notre- Damenles-Prés. En dehors de la ville, les abbayes d*hommes étaient au nombre de onze et celles de femmes an nombre de deux. Trois Chapitres dans la ville et huit dans la campagne renfermaient ii5 chanoines. Il y avait, en diverses paroisses du diocèse, dix-sept communantés d^hommes, y compris les Frères des Ecoles chrétiennes qui tenaient huit classes, les Oratoriens chargés du collège de Troyes, les Minimes qui dirigeaient Técole militaire de Brienne, et les directeurs du Petit- Séminaire. Les communautés de femmes vouées, soit à renseignement, soit à la contemplation, soit au service des malades et des pauvres, s*élevaient au nombre de dix-huit.
Les querelles religieuses. — A cette époque, les discussions religieuses avaient beaucoup perdu de leur acuité ; chaque parti gardait ses positions et les préoccupations commençaient à se porter du côté des questions politiques et économiques. Même les jansénistes, ces éternels ergoteurs, se faisaient plus rares et laissaient enfin quelque repos à l'église de Troyes. Sauf les abbés Noël, Haillet et Herlnison, qui aimèrent mieux se démettre de leurs fonctions que de rompre entièrement avec la ~ secte, on ne voyait presque plus de prêtres faisant oppo- «^ sition à l'autorité diocésaine pour des questions qui avaient divisé le clergé en deux camps sous les prédécesseurs de Ms^ de Barrai. Cet apaisement, on le devait à la fermeté de Tévôque. Les démarches entreprises au commencement de son épiscopat, en faveur de Terreur, avaient échoué misérablement. L'enseignement janséniste, depuis longtemps donné au Petit-Séminaire, en avait enfin été éliminé. Les pensionnaires suivaient bien encore les cours du collège, mais au séminaire deux préfets leur faisaient des conférences en vue de les fortifier dans leurs études et môme, s'il eût été nécessaire, de rectifier ce qui eût pu laisser à désirer de la part des Oratoriens.
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L«8 Jansénistes. — Le Grand-Séoiinaire se servait de la théologie de Collet, la meilleure de ce ten&ps-li. L'évéqne par sa vigilance, par sa sagesse, par sa modération, avait rendn à la religion un éclatant service, et la doctrine catholique ne souffrait plas que rarement des atteintes de l'erreur de Jansénius si puissante, hélas ! dans la première moitié du siècle. Le vieux clergé, quelques dévotes, les esprits étroits toujours si nombreux, avaient encore plus d'un préjugé contre les Jésuites, TEglise romaine, la Constitution Unigenitus. Du fond de sa retraite de Saint-Martin-ès-Vignes, Herluison publia en 1790 un écrit intitulé: La Théologie réconciliée avec le Patriotisme^ pour prouver que la nation n'est pas faite pour le roi, mais le roi pour la nation. En pariant de la loi relative à la bulle Unigenitus, il déclare qu'il était impossible à une nation d'être aussi injuste et aussi violente que l'avait été l'ancien gouvernement dans cette œuvre d'iniquité; c'est dire combien le jansénisme causait d'illusions aux esprits les plus éclairés et les mieux intentionnés. Si, d'autre part, la bourgeoisie, la noblesse se laissaient entamer par le doute philosophique, elles ne voulaient cependant pas sortir de rKglise. On prétendait, malgré l'ébranlement de la foi, rester et se dire catholique. On demandait de bons prêtres qui fussent plutôt des officiers de morale que des prédicateurs du dogme. Quant à la masse du peuple, elle conservait son habitude héréditaire ; elle était simplement catholique, croyant et pratiquant suivant les conseils et les instructions des pasteurs, comme le montrent de nombreux usages religieux.
Les usages. — A Saint-Nizier, on oflrait trois pains bénits chaque dimanche, et chaque famille n'avait à présenter le sien que tous les cinq ans, toutes se faisant un honneur de ne pas manquer à cette pieuse coutume. Le dimanche était alors, non-seulement un jour de prière, mais