‹ Histoire du diocèse de Troyes pendant la RévolutionChapitre 25 sur 201 · VŒUX DU DOYEN DB RHÈGBS · texte numérisé non relu

VŒUX DU DOYEN DB RHÈGBS

des curés infirmes. « Elle attaque la propriété ; elle ôte à TEgUse et à ses ministres leurs ressources ; les motifs pieux et séduisants ne peuvent valoir qu après la mort des titulaires ; ia modicité des sommes que procurera cette réunion est au-dessous de l'augmentation des portions congrues ; enfin la déclaration surprise au roi ne fait qu'écraser le bas clergé (i). ^

Avons-nous besoin de le dire? Cette protestation eut Teffet de toutes celles qui se produisirent alors et les illusions de son auteur ne furent pas de longue durée.

Avant le doyen de Rhèges, un curé du bailliage avait publié une brochure : La çoix du citoyen, où il exprimait ses vues sur les besoins de son époque. Floriot, curé de Beurey, est présumé Tauteur de ce factum. Il avait demandé, dès 1787, rétablissement d'un impôt unique, l'impôt territorial en nature pour diminuer les charges du peuple et les dettes de l'Etat. Il s'étendait spécialement sur l'attribution exclusive des dîmes à la subsistance des pasteurs (a).

Un anonyme publia vers cette époque des vœux qu'il adressa aux trois ordres réunis et qu'il fît précéder de cette observation :

« La bonté paternelle de notre auguste monarque nous rassemble ici. Messieurs, afin que chacun de nous y déclare ce que sa probité et ses lumières lui dictent pour l'utilité de tous, sans qu'aucune considération personnelle puisse retenir la vérité captive, afin que de la réunion de

(i) Jean Jacques Louis François Le Marchand, dit VauvaL âgé de 53 ans, entra dans la prison des Carmes le 11 nivôse an II (3i décembre 1793), comme suspect, transféré de Bicêtre ; il fut envoyé dans une maison de santé le 19 germinal (8 avril) et rendu à la liberté le 24 vendémiaire an III (i5 octobre 1794). Cf. Sorel, Le Couvent des Carmes, p. ^la. Le catalogue de la B. C. écrit Vanval, au liea de VauvaL

(a) B. C, laa, I-î88o. Beurey n'était pas de Tancien diocèse de Troyes, comme l'a écrit B. U.« t. L p i55.

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nos justes désirs soit formé le cahier de nos demandes qui puissent concourir au yœu de la nation. »

Voici ce que ce patriote réclamait relativement ao clergé : supprimer toutes les abbayes commendataires, tous les bénéfices simples, à mesure du décès des titulaires, vendre leurs biens pour rembourser les dettes du clergé et avec le reliquat du produit de cette vente, constituer une rente perpétuelle aux curés et aux vicaires. € Cela, dit-il, avec d*autant plus de raison que ces Messieurs portent le poids du jour et sont perpétuellement dans le cas d*assister les pauvres de leurs paroisses. Si Messieurs du haut clergé s'opposent à la réunion de ces bénéfices simples et abbayes commendataires par la raison que cette suppression diminuerait le placement d'un grand nombre d'ecclésiastiques, messieurs les curés leur répondront que la suppression de nombre d'ordres religieux faite par la commission prouve que le clergé juge que, lorsqu'il y a des branches superflues, il doit les retrancher, puisque le plus grand nombre des membres les mieux instruits et les plus élevés aux dignités éminentes contribuent autant qu'il est en eux à cette diminution. Il est à remarquer que, si la suppression de ces bénéfices diminue les occasions d'enrichir quelques membres du clergé en accumulant sur une même tête plusieurs de ces bénéfices simples et abbayes commendataires, elle facilitera par la suite aux curés les moyens de diminuer l'indigence des pauvres familles confiées à leurs soins et le produit du centième denier qu'occasionneront les ventes des fonds de ces bénéfices, lorsqu'ils seront rentrés dans le commerce, remplira le trésor royal. Nos Seigneurs les archevêques et évêques, messieurs les curés et tous les corps ecclésiastiques, séculiers et réguliers, donnent d'excellents fruits et font la gloire du clergé ; les autres membres sont branches gourmandes à retrancher à la mort des titulaires, pour rendre au corps toute sa vigueur.

« Si le moyen proposé pour l'acquittement des dettes

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du clei^é . éproave des obstacles iosurmontables, ma demande se restreindra à obtenir édit qui, indépendamment de l'impôt territorial, ordonnera nne taxe annuelle sur tout bénéfice ecclésiastique de 6.000 livres de revenu et au-dessus, savoir taxe du sixième sur ceux du produit de 6.000 livres jusqu'à 10.000 livres, du cinquième sur ceux de 10.000 livres jusqu'à ao.ooo ; d'un quart pour ceux de «0.000 livres jusqu'à 3o. 000; d'un tiers sur ceux de 3o.ooo livres jusqu'à 40.000 ; du tiers et deuxième sur ceux de 40.000 livres jusqu'à 5o.ooo livres et au-dessus, laquelle somme sera annuellement employée au remboursement des principaux {lisez du principal) des dites dettes et les décimes du clergé diminueront en raison du montant des intérêts amortis par les dits remboursements, et ces décimes continueront à être répartis sur la masse des biens du clergé qui supportera l'impôt territorial national.»

Craignant que ce vœu n'agréât pas au clergé, le patriote anonyme priait celui-ci en post-scriptum«de considérer que la dette cléricale n'a été contractée qu'au profit du clergé et au détriment de la chose publique Si, dit-il, le clergé eût payé annuelle contribution relative à celle qu'ont supportée les autres sujets, le clergé de France eût fourni plus du quadruple du fonds dont il n'a payé que la rente, et par conséquent ce qui reste à payer, pour éteindre la dette contractée pour ce quart d'impôt, ne peut décemment être demandé ni venir aucunement à la charge des deux autres ordres. Le clergé du bailliage de Troyes ne s'aperçoit pas que la dette du clergé de France écraserait la nation. Le clergé du bailliage de Troyes retirera probablement la motion qu'il fit le aS mars 1789 aux deux autres ordres d'appuyer cette pétition aux Etats-Généraux, demande à laquelle l'équité forcerait les deux autres ordres de s'opposer et peut-être au détriment &e l'union qui doit faire la base des délibérations de l'assemblée nationale (i). »

(I) A.aL.,«43. B.I. n.d.

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Tous les membres de rassemblée auraient dû s'unir pour le succès des travaux soumis à leurs délibérations, et ce projet n*était pas de nature à conquérir les suflrages de ceux à qui il était adressé. Rien n'eût été cependant plus désirable, car la discorde, occasionnée dans les rangs du clei^é par l'élection de ses députés, subsistait toujours. L'examen des articles concernant les intérêts en jeu ne fit que l'aviver et augmenter le tumulte de l'assemblée. Celle-ci devait se terminer avant la quinzaine de Pâques ; les députés du Chapitre, ne voulant pas la prolonger, se contentèrent de déposer leurs protestations contre certains articles que nous allons faire connaître, avec les réclamations auxquelles ils donnèrent lieu, comme n'exprimant que le vœu des seuls curés.

Dans l'article 5, on demandait pour tous les curés, à quelque distance qu'ils fussent, la liberté d'assister aux assemblées convoquées pour les Etats-Généraux. Ce vœu parut aux réclamants une prétention exagérée : les curés étant plus nombreux auraient toujours la majorité dans les délibérations et dans les élections. L'article i3 spécifiait que, si le rachat des droits annuels et féodaux était autorisé par les Etats Généraux, le clergé fût libre d'employer le produit de ces droits en biens-fonds. Le haut clergé craignait que, de cette liberté, naquît pour le bas clergé une trop grande fortune immobilière.

Les réclamants s'élevaient aussi contre la prétention des curés d'avoir seuls le droit de présenter les maîtres d'école dans les campagnes ; ils n'admettaient pas que les religieux fussent employés au saint ministère ni à l'éducation de la jeunesse, ni au service des hôpitaux ; ils voulaient le maintien de la commission des Réguliers ; mais ils exprimaient le désir de Voir les séminaires et les collèges confiés à des ordres religieux. L'article 54, concernant la restitution des dîmes aux curés ou l'amélioration des cures, semblait aux plaignants anéantir toutes les lois connues de la propriété et ils déclaraient s'en rapporter,

à ce sujet, aux Etats-Généraux. Ils ne pouvaient admettre, comme le voulait Tarticle 58, que le traitement des vicaires fût fixé proportionnellement à celui des curés et surtout qu*il fût à la charge des décimateurs. « Les curés, disent-ils, ont oublié que par l'article 54 ils ont réclamé toutes les dîmes et qu'ainsi ils demeureraient chargés de la portion congrue des vicaires, s'il était permis de dépouiller les autres décimateurs de leurs propriétés ; ils n*ont pas fait attention, en chargeant les décimateurs de la portion congrue des vicaires, à rinsufQsance de ce moyen pour ceux auxquels l'abandon de la totalité de la dlme ne fournirait pas la dotation qui sera fixée. » Et ils concluaient que le moyen d'améliorer le sort des vicaires était la suppression de bénéfices simples à patronage ecclésiastique et à nomination royale et leur réunion aux cures.

Ils rejetaient l'article 59 qui mettait tous les bénéfices des cures à la disposition de l'ordinaire, parce que les droits honorifiques ne sont pas moins une propriété que les droits utiles.

La liberté de se syndiquer, réclamée par les curés, paraissait funeste aux yeux des chanoines qui en donnaient ce motif : « Les curés ont prouvé à rassemblée des trois ordres du bailliage de Troyes et de presque tous les bailliages, combien il serait dangereux de leur accorder leur demande ; il est malheureusement des époques dans nos annales qui nous rappellent combien de pareilles assemblées peuvent devenir dangereuses. »

La suppression de tout privilège, relativement aux dîmes, avait été votée dans l'article 63. Le prieur de la Chartreuse de Troyes et celui de l'abbaye de Larivour protestèrent particulièrement contre cet article destructif du droit sacré de propriété. A propos de l'article 71, portant l'abolition de tous les droits utiles et honorifiques des curés primitifs, « il était naturel, disent les réclamants,que les curés , fidèles à leurs principes, s*occupassent

d^effacer jusqu'aux dernières traces des droits sur leurs cures contraires à leurs prétentions. »

Enfin les députés et fondés de pouvoir des Chapitres et des réguliers protestaient en générai contre le cahier de Tordre du clergé, parce qu'ils n'avaient pas été suflisamnient représentés dans l'assemblée, et en particulier contre les articles contraires à l'honneur et aux droits de l'épiscopat, contraires aux droits de propriété dont la conservation a été recommandée aux députés par leurs commettants.

Telles sont les principales réclamations que rédigèrent trente-deux ecclésiastiques, soit pour leur compte personnel^ soit comme fondés de pouvoirs (i).

Sans examiner jusqu'à quel point elles sont fondées (a), sans décider si les chanoines et les réguliers pouvaient sans faute renoncer à des droits qu'ils s'étaient engagés à soutenir et à conserver, nous ferons seulement cette remarque : était- il opportun de soulever ces questions d'intérêts temporels, de point d'honneur, d'avantages humains ? Et le clergé n'eùt-il pas été mieux inspiré en dénonçant le véritable ennemi qui menaçait la société de sa ruine ? D'où venaient les maux dont l'P^glise, comme la nation, souffraient dans toutes les conditions ? Quelle était la nature de ces maux ? Quels remèdes y apporter ? Voilà ce qui aurait dû préoccuper le haut comme Le bas clergé ; voilà ce qui aurait dû être l'objet des réflexions et des délibérations de tous les ordres, mais surtout du clergé dont l'influence, à cette époque, était encore si considérable. Au lieu de mettre leurs eflbrts en commun^

(i) Réclamations et protestations des Chapitres, communautés régulières des deux sexes, commendataires et bénéficiers simples du bailliage de Troyes, 20 avril lyfig, in-8' de 28 pajçes.

(a) Un pamphlet des cures de Troyes contre les chanoines, à l'occasion des Etats-Généraux, fait partie du ms. w 2860 du Catalogue Millard, mais une moitié en est perdue et tout ce que nous pouvons dire de celle qui reste, c'est qu'elle se fait remarquer par sa violence.

les membres du clergé se livrent à des polémiques irritantes, dont nous n'avons étudié, jusqu'à présent, que les débuts ; voyons-en la suite; elle sera non moins vive et non moins inutile.

Deux réponses furent faites aux protestations des Chapitres. La première est de Bonfils, député suppléant. Il démontre, en termes modérés, que les curés ne sont que les victimes d'une injuste persécution. Il trouve que la trop grande faveur des réclamants et l'oppression des curés nuisent infiniment au succès du saint ministère, c Tout le monde convient, dit-il, qu'il est urgent de doter plus décemment les cures trop faiblement pourvues et de supprimer ces avilissantes rétributions connues sous le nom de casuel », puis il défend ses confrères d'être des ignorants tumultueux, indociles, factieux et avides ; enfin il examine les griefs qui leur sont imputés.

D'abord, les curés ont une représentation personnelle, tandis que les Chapitres et les corps réguliers n'ont qu'un représentant pour dix individus. Ce représentant des Chapitres sera toujours le plus capable, et ses intérêts se confondront avec ceux du corps auquel il appartient, tandis que les curés, ne pouvant faire corps par suite de leur isolement, ont des intérêts séparés qu'un seul représentant ne peut connaître suffisamment pour les défendre. Mais de là, disent les plaignants, s'ensuit une prépondérance marquée en faveur des curés. Voudraient-ils donc que leur petit nombre continuât à dominer? n'est-il pas juste que la prépondérance réside dans le grand nombre ? D*autre part, si les curés des paroisses éloignées de plus de deux lieues de la ville ne pouvaient se faire remplacer par un vicaire pendant la durée de l'assemblée, très peu d'entre eux auraient pu s'y rendre, et les réclamants eussent été les maîtres; mais l'autorité s'est prononcée pour les curés. N'est-il pas douloureux de voir les réclamants méconnaître le règlement qu'ils devraient être les premiers à observer respectueusement ?

52 ÉLSCTIONS AUX états-oénéraux

Si quelques curés ont eu le tort d^élever la voix dans uu moment mal choisi, c*est une exception, et il serait injuste de conclure que tous se sont donné ce tort. Si des assemblées préliminaires ont eu lieu à rhôteUde-ville, ce n*était que pour prévenir les bruits qui avaient couru lors de la première assemblée. Quant aux élections des députés, les curés, se trouvant réunis pour la première fois sans se connaître, cherchèrent naturellement à communiquer entre eux. La promesse d'exclure Tévêque, c'est une calomnie, c'est une méchanceté, c'est de la mauvaise foi. Si tous les curés eussent été du diocèse de Troyes, il n'est pas douteux que l'évéque ou son coadjuteur n'eût été nommé ; l'un et l'autre avaient tous les titres aux suffrages.

C'est gratuitement que les réclamants prétendent qu'il serait dangereux de permettre aux curés de s'assembler, et ils sont incapables de citer un seul fait à l'appui de cette assertion. Cependant, « les curés n'accusent pas leurs adversaires de prévention et de haine contre eux, mais bien de prétentions avides et ambitieuses qui produisent le même effet ». « C'est bien par avidité qu'ils veulent retenir tous les biens ecclésiastiques et s'opposent aux articles des cahiers qui demandent pour les curés indigents un supplément alimentaire. C'est bien par ambition qu'ils s'attribuent les préséances et les distinctions ecclésiastiques et s'opposent à la suppression de ces prétendus droits vexatoires, capricieux, humiliants pour les curés, qu'ils exigent, se disant curés primitifs. S'ils sont vraiment curés, qu'ils en fassent les fonctions ; si elles leur paraissent au-dessous d'eux, qu'ils n'avilissent pas ceux qui remplissent à leur place un ministère honorable qu'ils ont dédaigné. )»

Les réclamants veulent conserver tous leurs droits, parce qu'on est convenu de respecter toute espèce de pVopriété. Pourquoi donc proposent-ils la suppression des bénéfices simples? Est-ce que les biens de ces bénéfices et

la faculté de les résigner ne sont pas des propriétés inviolables comme les droits des collateurs ?

« Cest, disent-ils, parce qull y aurait des évêchés, des cathédrales, des collégiales, des corps religieux anéantis, si on prenait de leur bien pour doter les curés. Mais non, on pourrait réparer leur perte, lorsque leur existence serait jugée utile, par la réunion des bénéfices simples. Il est intéressant pour les curés que Taugmentation qu'on leur donnera soit à leur portée et autant quUl sera possible, prise dans les biens ecclésiastiques de leurs paroisses ; autrement elle deviendrait insuffisante par les frais ou se perdrait insensibleraent par Téloignement. Cet inconvénient n'existe pas pour les corps. »

« Non contents d'opposer des obstacles aux moyens proposés pour améliorer le sort des curés, les réclamants tâchent de détourner la nation assemblée de s'occuper de ce soin. » Mais a il est bien plus scandaleux de voir des ecclésiastiques et des religieux, dans leur abondance, insulter à la pauvreté des curés, en s'efibrçant de les

rendre odieux par des imputations calomnieuses

Peuvent-ils parler d'insubordination envers les évêques, eux qui depuis longtemps ont sollicité,obtenu, et jouissent encore de privilèges abusifs, qui les soustraient entièrement à leur juridiction ? Jamais les curés n ont eu le désir ni la pensée de décliner une juridiction si juste et si naturelle. ... Ils n'affectent point de l'indépendance envers les évêques ; au contraire, ils chérissent et révèrent leur autorité et désirent qu'on supprime les privilèges abusifs qui la restreignent Ils espèrent que le roi et les Etats- Généraux jetteront sur eux un regard de protection, qu'ils adopteront des arrangements qui donneront aux curés une honnête subsistance, sans détruire les autres établissements utiles à la religion et à l'Etat. » Enfin, ils ne demandent ni ricliesses, ni distinctions honorifiques, ni indépendance à l'égard des évêques.

Telle est la réponse rédigée par le curé de Droupt-

Sainte-Marie. Il nous apprend qa*il Ta entreprise sans autorisation, mais que sa ehar^ de député suppléant lui imposait cette tftche. Il la soumit à onze de ses confrères qui y apposèrent leur signature et un exemplaire fut envoyé au greffe du bailliage et aux députés des trois ordres (i). Un post-scriptum signalait la remise faite par le chanoine Glergier à des députés de tous les ordres des protestations portées par lui-même à Versailles et confirmées de vive voix.

La seconde réponse aux Réclamations des Chapitres parut à Liège dans Tété de 1789, sous le titre de Réponse très familière ou les Réclamants et Protestants du clergé du bailliage de Troyes démasqués. Ce pamphlet a pour auteur Dubourg, curé de Saint-Benolt-sur- Seine. Les quelques extraits que nous allons en donner sudiront à montrer la verve, la violence, en môme temps que Tironie et l'exagération de Tadversairc des Chapitres.

<x Les chanoines de Téglise de Troyes sont ceux qui ont le plus de peine à digérer les indécences commises dans rassemblée des trois ordres du bailliage. A l'exemple de Pilate, ils osent s*en laver les mains et ils en sont encore les coupables auteurs. »

Les indécences dont parle Dubourg sont la préséance recherchée par les trois députés du Chapitre de Saint- Pierre qui se placèrent à la droite de Tévôque, tandis que les curés étaient indistinctement confondus parmi les vicaires et les religieux. « Supérieures aux tours de Jéricho, qui se sont démantelées pour faire place à Josué, ces trois tours de Saint-Pierre ont fait reculer Monsieur Tabbé de Saint Loup. »

Dubourg reproche aux chanoines, « qui tranchent du prélat », de n'être pas de la hiérarchie ecclésiastique. Aux temps apostoliques, il n'y avait point de chanoines, il n'y

(i) Réponse des curés du Bailliage de Troyes aux Réclamations et Protestations des Chapitres et communautés, etc., mai 1789. In-8« de 3a pages, B. G., 79, II-947.

en a pas dans les églises de mission, anx Indes, en Chine. Mais, « qnand on a à se défendre contre des chanoines de cathédrale, dit le pamphlétaire, on se tire bien mienx par une plaisanterie que par la sévérité de préceptes qui leur

est odieuse »

Ridiculum acri Fortins et melins magnas plerumque secat res. c Confiant, natarel, et ne ponrant me taire Des erreurs qui blessent devant moi la raison : Toujours je traite de chimère Et les dignités et le nom, Ainsi je pardonne à l'envie De s*élever contre un mortel Qui ne respecte dans sa vie Que le mérite personnel.

Quels maux m'a déjà faits cette sage folie Qui mériterait un autel !

Un roi désireux de la vérité Vous punirait, oppresseurs de la liberté. »

L'auteur se luoque des chanoines dont dix ne pèsent qu'un curé, d après la proportion de leurs députés respectifs. « En dépit de cette suffisance, malgré votre importance en tout et partout, la bouté et l'utilité des curés est universellement reconnue. C'est, en effet, par leur sollicitude pastorale que la discipline des mœurs est maintenue dans Tordre public, dans Tintérieur des familles. Dévoués par état à la consolation, au bien de l'humanité, à la vertu, au bonheur immortel des âmes, les curés, oui, eux seuls, ont une influence aussi distincte sur tous les habitants de la France que les esprits, les caractères et les conditions y sont différents. Une preuve, entre autres, c'est que les habitants de la plupart des paroisses de campagne ont eu recours à leur curé pour faire leurs cahiers. »

Les larmes que l'exclusion de l'évêque arrachait aux chanoines étonnent et font rire Dubourg, car les chanoines ont rompu bien des lances contre les évoques (i).

56 ÉLBGTIONS AUX éTATS-GÉNÉRAUX

Ou le voit, le curé de Saint-Beuoit ne trouve g^ère d'arguments sérieux à opposer aux réclamations des Chapitres. Si loin qu'il aille dans l'ironie, il n'ose pas assumer la responsabilité de ses dires et son libelle resta anonyme.

Anonyme aussi la réfutation qui en fut faite par un partisan des chanoines, sous le nom de : Réplique d'un homme impartial à la Réponse très familière(i). L'écrit de Dubourg y est qualifié de production cynique, où l'impudence la plus effrénée se caractérise au point de faire douter si c'est, je ne dis pas un prêtre, mais quelqu'un de la plus vile populace ou un esprit en délire qui en est l'auteur. Sarcasmes grossiers, anecdotes indécenteS| plais&nteries atroces, personnalités odieuses, citations pédantesques, fanfaronnades extravagantes, indiscrétions criminelles : voilà ce que renferme la brochure calomniatrice.

<x Homme turbulent et dangereux, qui vous a donné le droit, sous prétexte de vous venger de deux ou trois particuliers, de verser l'opprobre sur un si grand nombre d'ecclésiastiques, de religieux qui ne savaient même pas si vous existiez?... Où en serions-nous, si cette province renfermait dans son sein plusieurs sujets capables d'un tel emportement? S'il était permis de s'égayer un peu dans une matière aussi sérieuse, on pourrait, sans prendre le ton burlesque, lui faire des applications plus ressemblantes. N'a-t-il pas déjà subi une humiliation publique et une punition flétrissante pour s'être attaqué à un citoyen illustre de ce bailliage ? Veut-il continuer à passer pour un furieux satyrique? Ne semble-t-il pas qu'on l'entende se dire à lui-même : Voici une heureuse circonstance pour nous emparer des biens des Chapitres, des communautés ? 11 est temps d'écarter enfin ces décimateurs avides, dussent les évéques être réduits à rien, dût le culte en être aboli ».

(X) B. C. 79, IV-a49.

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