CHAPITRE IL
Préliminaires de la Révolution.
Sommaire. — Mandement de M»' de Barrai. — Misère dans la ville. — Sinistres rameurs. — Le clergé prend la cocarde tricolore. — Elections de prêtres dans le Comité et parmi les notables. — Assassinat de Claude Huez. ~ Prières publiques. — Envoi à la Monnaie de Targenterie des églises. — Empressement du clergé à venir en aide aux linances de la nation. — Conspiration avortée. — Contributions et dons patriotiques. — De nombreux curés sont élus maires. — Fête de la Fédération. — Le i4 juillet. — La religion est invitée a toutes les fêtes civiles.
Tous les moyens pour combler le déficit des finances publiques ayant été vainement essayés, Louis XVI convoqua pour le 4 mai(i)les Etats-Généraux comme la dernière ressource contre le danger qui menaçait la France. Les circonstances n'étaient pas favorables ; les écrits impies et séditieux de Voltaire, de Rousseau et de quelques autres prédicants subalternes de la nouvelle philosophie, avaient fasciné un grand nombre de têtes et les avaient remplies d'idées de liberté, d'égalité, de réforme, d'anarchie, d'irréligion. Il régnait une vive fermentation dans les esprits troublés par ces doctrines insolites. La France se voyait comme sur un volcan prêt à faire éruption. Pour conjurer l'immense péril que courait la patrie, l'évéquc de Troyes, faisant appel à la religion de ses diocésains, leur ordonna de s'unir par la prière. Son mandement,
(i) La date du i*' mal n'avait pu être maintenue.
qu'il lança en pleine agitation électorale, mente d'être cité en entier :
« Quelle époque pour la France, Mes très chers Frères! En fut-il jamais une plus mémorable et plus intéressante pour nous ? Notre auguste monarque va donc rassembler autour de lui ses fidèles sujets ; il aura sous les yeux cette nation toujours si attachée à ses rois et toujours digne d*en être aimée ; il se verra au milieu d'eux comme un père au milieu da ses enfants dont le concours ne pourra qu'augmenter Téclat et la majesté du trône, dont le zèle et les lumières, animés par la confiance et l'amour, trouveront le remède à nos maux et doivent assurer pour jamais la félicité, W salut et la gloire de notre commune patrie : tels sont les vœux qu'il forme en ce moment, et si nous sommes heureux, il nous l'annonce encore, il le sera luimême, et ses vœux seront remplis.
<x C'est pour répondre à des intentions si pures, c'est pour remplir le devoir de notre ministère de charité que nous exerçons depuis si longtemps auprès de vous, c'est pour vos vrais intérêts que nous vous portons, M. T. C. F , à avoir tous les mêmes sentiments que votre auguste monarque, et nous vousdiions que vous pouvez tous, que tous, sans exception, vous êtes obligés de concourir aux vues de bien dont il est animé. Mais nous vous ajouterons, M. T. C. F., que c'est dans la religion surtout que vous êtes sûrs de trouver ce que la sagesse humaine vous permettrait en vain de faire toute seule, dans cette religion sainte qui fut celle de nos pères, que ce grand empire se glorifie de professer depuis si longtemps et dont nos rois s'honoreront toujours de tirer le premier et le plus beau de tous leurs titres. N'est-ce pas, en effet, cette religion sainte, le fondement le plus inébranlable de toute puissance humaine, le lien le plus sur de toute société, comme elle est la source abondante de tout ce qui peut y apporter le bonheur et la paix ? N'est-ce pas elle qui instruit également de leurs devoirs et les grands et les petits, et