MANDEMENT DB M^' DE BARRAL
les rois et leurs peuples, qui apprend aux premiers qu'ils sont établis de Dieu pour le bien de ceux qui leur sont soumis, qui leur fait voir en eux des amis et des frères, mais qui nous fait aussi respecter dans nos maîtres Tautorité de Dieu môme, le souverain roi et le père commun des hommes ? N'est-ce pas elle enfin qui rapproche, qui réunit tous les différents états, les conditions différentes, par les nœuds sacrés de cette charité toute divine que Jésus-Christ est venu apporter sur la terre, qu'il nous a donnée comme le caractère auquel on reconnaîtra ses entants et qu'il veut même que nous portions jusqu'à l'héroïsme, jusqu'à verser, s'il le faut, notre sang, jusqu'à donner notre vie pour nos frères, comme il a versé son sang, comme il a donné sa vie pour nous tous. Heureux, M. T. G. F., si la religion nous les inspire à tous, ces sentiments ; il ne manquera rien à notre bonheur.
« Empressons-nous donc, M. T. G. F., de nous présenter au pied des autels ; allons-y invoquer notre Dieu et lui offrir le saint concert de nos prières : conjurons-le d'avoir pitié de son peuple, de le sauver et de bénir son héritage, de répandre l'abondance de ses grâces sur toute la nation et sur rhomme de sa droite qui en est le chef et le père ; demandons-lui que du haut des cieux il fasse descendre sur cette célèbre assemblée l'esprit de lumière et d'intelligence, qui en éclaire tous les membres et qui leur serve de guide dans la discussion des grands intérêts qu'ils auront à traiter ; l'esprit de charité et de concorde, qui les réunisse tous pour ne faire d'eux et de la nation entière qu'un cœur et qu'une âme; enfin l'esprit de sagesse et de zèle, qui leur fasse respecter et défendre les intérêts de la religion toujours si chère à tous bons Français, qui leur fasse chercher aux dépens de tous les sacrifices le bien, le salut et l'honneur de notre commune patrie, mais qui leur fasse aussi conserver inviolablement les droits sacrés de notre auguste monarque. Omnes honorateyfraternitatem diligite, Deum iimete, Regem honorificate. »
Cette lettre de i^évôque à ses diocésains était suivie du dispositif concernant les prières. Ms^ de Barrai ordonnait de dire, à toutes les messes, depuis le 4 mai jusqu'à la clôture des Ëtats-Généraux, les oraisons pro congregatione statuum regnL 11 prescrivait les prières des quarante heures avec exposition du Saint-Sacrement à la cathédrale seulement, le jour de l'ouverture de l'assemblée et les deux jours suivants. Tous les corps de ville y étaient invités.
Les mêmes prières devaient se dire dans toutes les églises de la ville et des faubourgs le 7 mai, et dans les autres villes du diocèse les lundi, mardi et mercredi qui suivraient la réception du mandement. A la campagne on devait célébrer, à Tissue des vêpres du dimanche, un salut solennel du Saint-Sacrement. De plus, tous les dimanches et fêtes, pendant la session des Etats-Généraux, on devait chanter après vêpres, dans toutes les églises, le trait Domine non secundnm, le psaume 66 et le Domine salçum (i).
Le secours du ciel était d'autant plus nécessaire que la misère menaçait de prendre de grandes proportions par suite de la cherté des grains. La population troyenne était inquiète ; tout le monde craignait pour l'avenir. Pour rassurer ses paroissiens alarmés, Perrard, curé de Saint- Aventiu, quartier pauvre entre tous, leur dit que les Etats-Généraux s'occupaient de faire diminuer les grains et qu'on en aurait la preuve au marché. Le curé de Sainte- Madeleine annonça même au peuple, toujours crédule, qu'on avait découvert les accapareurs qui n'étaient autres que les intendants.
Immédiatement après le i4 juillet, on vit sur les routes du royaume des courriers annonçant que des bandes de centaines, parfois même de milliers de brigands fauchaient les blés et pillaient les villes. Aussitôt, et les villes
(i) Arch., G. 34^ lias.