‹ Histoire du diocèse de Troyes pendant la RévolutionChapitre 29 sur 201 · SINISTRES RUMEURS · texte numérisé non relu

SINISTRES RUMEURS

et les campagnes sont prises d*une panique extraordinaire. On s'arme partout pour combattre des brigands introuvables. Tout porte à croire que le but poursuivi par les auteurs de ces coupables manoeuvres était d'exciter un soulèvement général pour renverser l'ancien régime et faire perdre tout espoir à ses partisans. A Troyes, on disait que des malfaiteurs, venant de la forêt d'Aumont, avaient brûlé le village de Saint-Jean-de-Bonneval et se dirigeaient sur la ville. Sous lempire d'une surexcitation injustifiée, on sonna le tocsin ; Tabbesse et onze religieuses de JNotre-Dame-des-Prés s'enfuirent de leur cloître jusqu'à Troyes où elles arrivèrent c crottées jusqu'aux genoux ». Deux autres religieuses restèrent au couvent avec les huit domestiques, se tenant prêts à toute éventualité (i). Quand elles furent rassurées, toutes les Sœurs réintégrèrent le monastère, mais pour quelques mois seulement.

Le Journal du. 29 juillet 1789 contribua pour une bonne part à répandre l'alarme. On y lisait, en eiTct, que a le

vicaire d'Auxon avait couru à toutes brides à Saint-

Phal annoncer que des brigands venaient. » N'eût-il pas été juste de démentir un fait aussi capable de jeter le trouble dans la population déjà trop surexcitée?

Saisis d'une frayeur moins explicable chez des hommes que chez des femmes, les moines de Montier-la-Gelle renfermèrent dans une balle d'osier ce qu'ils avaient de plus précieux en argenterie et ornements d'église et le transportèrent chez un habitant sûr du hameau du Cheminot, de la paroisse de Javernant. Nous verrons plus loin les soupçons que ce dépôt fit naître sur les religieux (a).

Aussitôt qu'on apprit aux Riceys que des brigands armés détruisaient Les moissons et mettaient tout à feu et à sang, le tocsin appela Les habitants : chacun chercha des

(i) An. A. 1895, 9* pari., p. la, et Arch., G. 1903, lias, (a) Arch., 1 Q. 334^ Uas.

armes, l'idée vint aux vignerons de redresser leurs maigles (i) en forme de lance, les trois quarts de la population se trouvèrent armés, d'anciens militaires prirent le commandement ; on fit dans les environs des excursions qui n'aboutirent à aucune découverte; ou s'aperçut bientôt que ce n'était qu'une fausse alerte (a).

L'écbo de ces sinistres rumeurs jeta l'épouvante à Nogentsur-Seine ; on disait les brigands en route, aux portes de la ville, armés de fourches, de faulx, de b&tons. La population effrayée monta la garde sur tous les ponts, et établit un poste d'observation dans la chapelle de la Trinité jusqu'à ce que quatre postillons, lancés dans toutes les directions, vinssent rassureï* les habitants et mettre fin à la panique.

Les pillages et les assassinats commis à la suite de la prise de la Bastille ont fait dire à Malouet : « La terreur dont les républicains ne proclament la date qu'en 1793, date pour tout homme impartial du 14 juillet (3) ».

Le clergé n'avait pas moins peur que le peuple. Tel était son désir de prévenir les troubles à craindre de la part de la foule, que les chanoines de la cathédrale et ceux de Saint-Etienne arborèrent, le 7 août, la cocarde nationale, qu'ils avaient, dès les premiers bruits, fait porter aux officiers du bas-chœur (4). Les Cordeliers et les Capucins les imitèrent dès le lendemain.

Joseph Boucher fyit installé dans la cure de Grésantignes <x revêtu d'un surplis, d'une étole et ayant ad pectus la cocarde nationale, symbole du patriotisme (5) ». dit le procès-verbal de la cérémonie.

(i) Maigle : houe, pioche, binette.

(a) L. Coulant. Pièces historiques pour servir à l'histoire des Riceys, p. 38.

(3) Malouet, Mémoires^ t. 1, pajçe 353.

(4) Arch., G. i65o rejç. et Manuscrit a3a2. Hibliolh. de Troyes. « Paye pour les cocardes des bas oiliciers 8 livres 4 sous ». G. iSSo peg.

(5) Arch., G. laS, reg. fol. ai3.

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