ÉLECTIONS DE PRÊTRES
Dans les derniers jours d'août, après Tinsurrection du 27, on eut la malheureuse idée de charger des commissaires de coopérer avec les officiers municipaux à Tadministration communale de Troyes. Parmi ceux qui furent nommés, au nombre de 64, il se trouva quelques ecclésiastiques. Larmet, chanoine de Saiot-Urbain depuis vingt aus, faisait partie du conseil municipal, tandis que Camusat de Messon (i), et Pin, Tun et l'autre chanoines de la cathédrale, étaient du nombre des notables élus pour deux ans par les citoyens actifs. Ils voulaient donner leur démission pour n'être pas mêlés aux soixaate-quatre commissaires affiliés au comité de Paris ; mais les plus modérés du comité essayèrent de les retenir. L'un d'eux, Berthier, curé de Saint-Nizier, leur dit : « Nous ne venons pas ici, l'épée à la main, chasser les honnêtes gens qui s'y trouvent ; s'ils n'étaient pas ici, nous les y désirerions (a). » Grâce à ces paroles bienveillantes, les notables consentirent à reprendre leur place le lendemain. D'accord avec les officiers municipaux, le comité décida, le 3i août, qu'une messe solennelle du Saint-Esprit serait célébrée pour demander l'union des citoyens. Cette cérémonie eut lieu à la cathédrale le 6 septembre. L'évéque y prononça un discours avant de bénir les drapeaux; puis, les cris de : Vive le roi ! Vive la nation ! retentirent sous les voûtes étonnées de l'église. Elle devait en entendre d'autres bien plus étranges et beaucoup moins religieux.
Les efforts du comité ne parvinrent pas à empêcher le meurtre du maire de la ville, qui fut tué le 9 septembre. Telle était déjà, à cette époque, la fureur impie de la foule aveuglée que Béguinet, vicaire de Saint-Aventin, s'étant écrié : « Laissez-moi au moins la satisfaction de sauver son âme ! » fut frappé lui-même et repoussé.
(i) B. H., t. 1, p. 54a appelle ce chanoine Camusat de Jully, d'après le Journal du 9 septembre 17S9.
(9) B. H., 1. 1, p. aiS.
Le bruit courut, dans ces jours regrettables, qa*nn6 conspiration s*était formée pour assassiner les nobles et les . ecclésiastiques et qu*elle devait éclater dans la nuit du II au la septembre. Le comité, averti par Tavoca^ du roi, Nicolas Parent, fit doubler la garde dans lé cloître Saint-Etienne et sur le préau. Rien de ce qui avait été annoncé n arriva. On en fut quitte pour la peur (i). Cependant, le crime commis sur le maire de Troyes fut poursuivi par la justice. L*autorité ecclésiasitique joignit sa publicité à celle de l'autorité judiciaire pour la découverte des coupables. Le tài septembre, un monitoire de Tofiicial fut placardé, relatant les événements qui s'étaient passés. « Tous ceux et celles, prescrivait-il, qui connaissent les quidams ou quidames qui ont pris part à ces crimes, sont tenus à révélation, sous peine d excommunication. » Le monitoire fut lu trois fois au prône de toutes les églises. Une aggrave, reaggraç>atio fut publiée le lo octobre dans le môme but (a).
La fermentation, produite par des crimes que la justice devait réprimer avec sévérité, agitait tous les espritp et inspirait les appréhensions les plus vives dans les divers rangs de la société. I/évéque ordonna de nouveau les prières des quarante heures à la cathédrale et l'exposition du Saint-Sacrement dans les autres églises de la ville le î20 et le 27 septembre et le 4 octobre. Au salut solennel prescrit après les vêpres, ces trois dimanches, on devait prier pour les Etats-Généraux et faire la procession du Saint-Sacrement dans l'intérieur des églises (3).
(1) Treniel, Manuscrit 23aa, Bibiiolh. de Troyes. D'après Sonrdat, Le8 véritables auteurs de la Réi'olution de France, p. 5o3, des émissaires répandirent en 17(^6 les mêmes alarmes qu'en 17B9 dans le déparlement de l'Aube.
• (a) En 1794, des secours considérables furent accordés aux assassins de Huez ou à leurs familles : c'étaient des victimes du Q décembre avant la lettre.
(3) Arch., 6 G. ôoreg. fol. 60. . ,
ENVOI DE l'argenterie 67
Cependant, rassemblée nationale, donnant suite à une généreuse proposition de Mff'' de Juigné, archevêque de Paris, avait, le ag septembre, invité les évéques, curés, Chapitres, supérieurs de maisons et communautés séculières et régulières, municipalités, fabriques et confréries à faire porter à Thôtel des monnaies toute l'argenterie qui ne serait pas jugée nécessaire pour la décence du culte et que Ton disait valoir i4o millions (i). M^^je Barrai écrivit aussitôt à son clergé pour lui faire part de cette mesure : « Je suis, disait-il, trop persuadé de votre amour pour la patrie pour ne pas espérer que, dans une circonstance aussi critique, vous vous conformerez à l'invitation que vous fait sa Majesté et rassemblée nationale (a). »
La lettre épiscopale fut remise aux Chapitres de la ville le aa octobre (3) : n'était-ce pas le trésor de la cathédrale et ceux des deux collégiales qui allaient fournir le plus de matières précieuses à la nation obérée ?
Les religieux de Clairvaux envoyèrent, sur la fin de décembre, un nombre considérable d'objets d'or et d'argent, parmi lesquels figuraient les reliquaires et pesant 993 marcs pour l'argent et 9 marcs pour l'or (4)
Le buste renfermant le chef de Saint Bernard ne fut livré qu'à la dernière extrémité. Dès la fin de 1790, l'abbé en avait retiré la vénérable relique et l'année suivante, le
3 décembre, le buste fut brisé à coups de marteau et envoyé à l'hôtel des monnaies (5).
Le curé, les marguilliers et les paroissiens de Saint- Pierre de Bar-sur- Aube enlevèrent de leur église 4^ marcs
4 onces d'argent (6) évalués a. 694 livres 14 sous et les
(i) Duvergier, Lois y Décrets^ l. I, p. 5i. (a) B. C.,a3, XXIX — 25o.
(3) ApcU.,6G. 5o, reg. fol. 61.
(4) Lalore, Recherches sur le chef de Saint Bernard, p. 8, et Le Trésor de Clairvaux, p. ii5. L'envoi de l'or fut esliiué ô.b^u livres 10 8008 7 deniers.
(5) Cf. Lalore, Le Trésor de CUiirvaux^ p. 114, ii5 el aHa. (S) Le marc pesait a5a grammes et Tonce, 3i gr. i/a.
firent présenter à rassemblée nationale, dans la séance do a8 décembre, par leur député, Aubert, curé de Couvignon. Cet hommage patriotique fut entouré d*un certain apparat. Aubert se fit accompagner de quatre jeunes gens de Barsur-Aube qui faisaient leurs études à Paris. L'assemblée les couvrit de ses applaudissements et les admit à Thonneur d*assister à la séance(i).Cet accueil remplit d'enthousiasme les Bar-sur- Aubois. Dès qu'elle en fut informée, la municipalité adressa à rassemblée un nouvel hommage de respect et de dévouement avec « les vœux les plus ardents pour la conservation des représentants de la nation qui ont rendu à tous les Français la liberté et assurent pour toujours le bonheur de Tempire par une bonne constitution (a). »
Les mai^illiers de Saint-Mards-en-Othe déclarèrent, le a6 décembre que, n'ayant pas d'argenterie et leur église étant pauvre, ils donneraient une somme de !i4 livres.
Pauvre aussi était Téglise d'Essoyes, car elle n'eut à offrir qu'un vieux calice (3).
Cunfin n'avait peut-être aucun métal précieux à retirer de l'église ; c'est pour cela, sans doute, que la municipalité envoya 5.333 livres 6 sous 8 deniers, somme prélevée sur le produit de la vente des bois communaux (4).
Ces quelques exemples suffisent pour montrer que, si les paroisses n'étaient pas en mesure de fournir beaucoup d'argent aux nécessités de l'Etat, elles savaient au besoin prendre sur leur pauvreté et se dépouiller pour le bien de la patrie.
Elles oflraient quelquefois même plus qu'on ne leur demandait. Dans un mémoire adressé à l'assemblée nationale, Les Riceys prétendent que deux calices, un saint
(I) A. P., t. XI, p. a6.
(a) A.P., t.XI,p. 5i.
(3) A. Pétel, Eaaqyes pendant la Riçolution, p. i6.
(4) AP.,t. X,p. 6â«.