CONSPIRATION AVORTÉE G
ciboire et un ostensoir seraient suffisants pour chaque paroisse, sauf dans les villes. Ils proposent d*envoyer à la monnaie le surplus de Targenterie, excepté les bâtons des confréries du Saint-Sacrement et de la Sainte-Vierge. Ils remarquent qu'on pourrait remplacer les croix, burettes, encensoirs et bénitiers en argent par d'autres en étain.
Pendant que les provinces s'empressaient de venir en aide à la nation, dont les finances étaient dans l'état le plus précaire, et qu'à Paris de graves événements se préparaient, le bruit se répandit à Troyes que des conspirateurs avaient voulu enlever le roi. Si ce complot eût réussi, dit le chanoine Tremet. la ville eût été mise à feu et à sang. Sous rinfluence de ces rumeurs, les portes de la ville furent fermées dès midi ; les rassemblements, interdits, et la police ordonna aux curés et aux chanoines de tenir constamment les cordes des cloches des églises « à l'abri du bas peuple » et de ne sonner le tocsin que sur un ordre écrit du lieutenant de police (i). Les Chapitres de Saint-Etienne et de Saint-Urbain célébrèrent désormais les matines à sept heures pour éviter, dans ces temps d'agitation, le danger des offices nocturnes (a). Ils appuyèrent aussi de leur adhésion les officiers municipaux, menacés de destitution par la commune de Paris à raison des vexations exercées sur le comité par les tribunaux.
La municipalité, maintenue en place, fit célébrer, le 3 décembre, un service à la cathédrale pour le repos de l'ftme de Claude Huez. Les arquebusiers, dont le maire était premier capitaine, entourèrent le catafalque qui avait été élevé en son honneur au milieu de la nef (3). A l'issue de l'office, Tabbé de Champagne, qui était membre
(i) Arch., 10 G. 97, reg. fol. iio
(a) Sourdat rapporte que des patriotes furent envoyés de Paris dans les provinces avec une liste de nobles et de prêtres à éjçorfçer. Ce fait ne nous parait pas avéré. Cf. Sourdat, Les véritables auteurs de la Révolution de France de lySg, p. 5o3.
(3) Journal de Troyes du 9 décembre 1789 et Moniteur, n* 46.
70 PRÉLIMINAIRRS DK LA RÉVOLUTION
du corps municipal, prouonça l*oraisoQ funèbre de la première des plus nobles victimes de la RévolatîoQ à Troyes.
La ville offrait alors un étrange spectacle ; tandis qae les membres du comité se faisaient les promotears de la Révolution et traitaient leurs adversaires d^aristocrates, les nobles et les prêtres forçaient Tadmiration générale par leur bon esprit, n Leur dévouement, leur désintéressement et leur zèle pour le maintien de la tranquillité et de la paix sont connus, disait le Journal de Troyes (i). »
Cependant la division qui régnait dans la ville n*était pas le seul mal dont souffrissent les honnêtes gens ; TEtat menaçait de plus eu plus de faire banqueroute; pour conjurer cette catastrophe, si grosse de conséquences, on avait décrété, le 6 octobre, une contribution du quart du revenu. Elle fut couverte par des souscriptions nombreuses. Ms** de Barrai promit lo.ooo livres; le coadjuteur, 4*5oo ; Tabbaye de Notre-Dame. 3.ooo ; le doyen du Chapitre de Saint- Pierre, U.600 ; les chanoines de Saint-Loup, i.Soo; les autres ecclésiastiques et les communautés de la ville, ensemble Q9.553 livres (u:. Dans tout le diocèse les curés se firent remarquer par leur empressement à déposer leur don patriotique La municipalité des Riceys, stimulée, comme elle le dit elle-mômc, par les soins et Texemple de son curé, éleva sa contribution à la somme de i6.a65 livres.
Ce fut sous la présidence du cMiré de Nogent- sur-Seine que les Filles de la Croix se réunirent pour ûxer le montant de leur don à la patrie. Voici leur délibération à ce sujet :
« Cejourd'hni neuf décembre mil sept cent quatre vingt neuf, Marie- Anne Lhenney, première, ayant assemblé toutes nos chères sœurs filles de la Croix de Nogeiit-sur-
(i) Journal de Troyes, a3 el 3o décembre 1789 el 6 janvier 1590. (a) B.C.. no, 1-544.