CONTRIBUTIONS PATRIOTIQUES
releyés de leurs fooctions, ou réduits à une maigre pension» ayant d'avoir fait le versement total de leur contribution. Dès lors, impossible à eux de tenir leurs engagements.
L*évéque, qui recommandait si vivement la charité à son clergé, se trouva lui-même dans Timpuissance d'acquitter sa contribution patriotique de lo ooo livres. Il sollicita, le 19 juillet 1791, la réduction des deux tiers de la somme promise : la diminution considérable de son traitement qui, de 3o.ooo livres, était tombé à 10.000, justifiait suffisamment cette demande (1). Le desservant de Saint Pouange ne put pas davantage faire honneur à sa signature et il fut, pour ce motif, signalé à l'administration (q). Biart, curé de Piney, s'adressa à la municipalité pour obtenir une réduction. Ses anciens paroissiens ne surent rien répondre, sinon que Biart, ayant été remplacé par les électeurs, n'était plus leur curé et que, d'ailleurs, il possédait assez de biens de famille pour s'acquitter du don patriotique offert par lui (3). Seul, Jabot, curé de Villeneuve-aux-Riches-Hommes, refusa toute contribution patriotique, parce que son revenu net ne s'élevait pas à 400 livres (4).
Les libéralités faites à la nation furent d'autant plus méritoires que l'hiver était alors des plus rigoureux ; la misère se faisait sentir, principalement dans la ville, où les denrées étaient au plus haut prix ; pour prévenir les excès auxquels ne se porte que trop facilement le peuple affamé, Më^ de Barrai invita les Chapitres à élever leurs souscriptions charitables à 9.000 livres Les chanoines de Saint-Urbain, qui avaient été autorisés le q septembre à emprunter 6.000 livres, en versèrent 3. 000 pour faire
(I) Arch., L. G. 1/37.
(a) Apch.. L. G. 1/45.
(3) Arch. de Piney, Délibérations.
(4) Arch., L V. i5o3 Uai.
^4 PRÉLIMINAIRES DE tx RÉVOLUTIOIf
distribuer 45o livres de pain deux fois par semaine (i). En outre, les chanoines des deux coiiégiales et plusieurs communautés cédèrent leurs églises dans le mois de janvier pour les élections de la municipalité. Les Jacobins, rOratoire du Saint-Esprit. Saint-Urbain, Saint- Martin-ès-Aires, les Cordeliers, Saint- Loup et Saint- Etienne avaient été choisis par les ofliciers de la municipalité au détriment, avons-nous besoin de le dire, de la régularité des ofiices et du silence prescrit par la règle ; mais il n^était point de sacrifice auquel ne se résignât le clergé, quand il s'agissait des intérêts de la ville et de la soumission aux lois du pays.
Au nombre des officiers municipaux proclamés le la février élus au premier tour de scrutin figure un seul prêtre, le chanoine Larniet, déjà investi de cette charge Tannée précédente. Deux chanoines de Saint-Pierre, Camusat de Messon et Pin furent réélus parmi les notables. La municipalité nouvelle montra son esprit religieux en faisant chanter, le îiS février, un Te Deam à Toccasion de la démarche du roi qui venait de se déclarer le défenseur de la Constitution et de la liberté publique. Tous les corps avaient été invités à cette eérénionie présidée par Tévêque. Au Domine sahum, le cri de : Vive la nation ! Vive le roi ! retentit dans toute Téglise (a).
Certaines municipalités n'hésitaient pas à proposer les réformes qu'on semblait attendre de la Révolution. Ainsi la commune de Landroville arrt^te le 7 février 1790 « que dévouée à tout ce qui peut être conforme à la nouvelle Constitution, il sera enjoint aux raarguilliers ou autres distribuant le pain bénit qu'il ne soit plus fait ni coupé, ni présenté aucun morceau de pain bénit pl^is gros à Tun qu'à Tautre. Cet acte religieux par lui-même, — c'est le motif invoqué, — nous devant rappeler l'égalité
(i)Apch.,0 Î17 lias, et G. 5o, reg.
(a) Almanach de la ville et du diocèse de Trùyés, àniiéë 1791.
CURÉS ÉLUS MAIRB8 75
primitiye de Thomme, se trouve conforme à Tarticle premier des Droits de Thomne (i) »
A la campagne un assez grand nombre de curés furent nommés maires par leurs paroissiens : c'est dire combien pen on songeait en 1790 à détruire la religion qui s^incarne dans ses ministres, ses légitimes représentants. G*était alors, hélas ! le temps des intentions généreuses, de Tenthousiasme, il devait être court. Les curés d'Aix-en-Othe, Avirey-Lingey, Arrentières, Avon, Balnot-la-Grange, Bercenay-le-Hayer, Blignicourt, Coursan, Crancey, Fontenay-de-Bossery , Font van nés» La Chapelle-Godefroy , MaroUes-les-Bailly, MontauUn, Nogent-en-Othe, Pâlis. Radonvilliers. Rouvres, Saint Benolt-sur-Vanne, Turgy, reçurent cette marque de confiance de leurs paroissiens respectifs ainsi que les chapelains de Merrey et du chfitean de La Motte-Tilly. Le curé de La Chapelle-Saint-Luc fit comme maire le serment suivant, le a février. « Je jure de maintenir de tout mon pouvoir la constitution du royaume, d'être fidèle à la nation, à la loi et au roi, de remplir avec Eèle et courage les fonctions civiles et politiques qui pourront m'étre confiées (ti). »
Nous ne voyons pas qu'un seul des prêtres choisis pour maires se soit laissé aller, en Thonneur du nouveau régime, à un de ces accès de lyrisme si fréquents alors sur les lèvres des nouveaux magistrats. L'un de ceux-ci, Joseph Chaulet, maire de liernon, poussa l'enthousiasme à ses dernières limites ; en inaugurant, le 20 juin 1790,1a première assemblée municipale à l'issue des vêpres, il fit l'étrange proposition suivante :
<f L'instruction des peuples est sans doute la base de la « conduite de la plupart des hommes. Aucuns ne devraient « donc ignorer les devoirs civils mutuels et réciproques ^ qui les engagent les uns envers les autres, afin d'éloigner
(I) Areh.. L. D. aa/a5.
(9)Arcb., L. V. i6i9lias.
« de la société les plus pernicieux abus, que les siècles « d'indoleuce oui introduits depuis si longtemps parmi « eux ; il est évident que Toubli et Tignorance des lois « ont continuellement occasionné des maux affreux entre « les citoyens qui ont croupi dans une ignorance qui les « a induits dans la voie la plus dangereuse où ils mar- « chent et se précipitent et la plupart ont encore le « malheur de s*y plaire, d'où il arrive trop souvent que « dans rhabitude du crime et des vices les plus détestables, c plusieurs, faute d*avoir été instruits, ont terminé leur « vie par une fin malheureuse et la plus indigne de
« rhomme Le temps est enfin arrivé où la lumière
« d*un soleil levant dans toute sa splendeur se répand de « toutes parts par Téclat de ses rayons perçants qui c viennent nous frapper comme malgré nous, pour dis- « sipertous les nuages obscura et détruire ce bandeau « fatal qui nous aveugle, afin de nous dévoiler les précieux « trésors de la vérité et de la justice qui de proche eu « proche se communique journellement à nous. G*est à « cet instant où le nouvel ordre de choses se manifeste « dans tout le royaume, qu'il convient aussi ranimer nos « forces et nos esprits et mettre sous les yeux de notre « commune qu'il est absolument nécessaire de convier « tous les membres qui la composent à se réjouir, par « des témoignages d'action de grâces, des prodigieux « bienfaits dont la divine Providence nous favorise par « l'organe de l'auguste assemblée nationale. Nous avons « remarqué notre liberté et elle nous est assurée pour « toujours, et nous sommes affranchis des maux qui nous « tyrannisaient depuis si longtemps sous les horreurs de « Taristocratie et du despotisme qui viennent de dispa- « raitre. Ëufiu nos droits sont reconnus et solidement « appuyés Il conviendrait d'établir une assemblée force mant société littéraire tous les dimanches et fêtes à des « heures les plus commodes où chaque individu de cette « paroisse serait tenu de se trouver et être admis suivant