WÈTK DE LA FÉDÉRATION
« ses talents et sa capacité, le tout dans Tordre et les « règles de la tranquillité possible, dans la confiance que « tons se considèreraient^en se comportant comme enfants « d'une même famille, se réuniraient ainsi avec une « grande circonspection, prudence, sagesse la plus impose santé et par conséquent auraient la satisfaction et Tagré- « ment de jouir des avantages d'une conférence frater- « nelle la plus noble et la plus édifiante qui laisserait « toutes les instructions et connaissances nécessaires « gravées dans Tesprit de nos descendants et qui leur « feraient à jamais le plus mémorable et seraient pour le « souvenir de la prospérité le gage le plus digne de leurs « respects et de leur reconnaissance.... (i). »
Le maire de Bernon. dont nous venons d'entendre le singulier jargon, jugeait sans doute de ses administrés d'après lui-même, en estimant qu'ils avaient besoin d'augmenter leurs connaissances littéraires. Du moins son intention est bonne, seulement il embouche avec trop de confiance la trompette à la louange du nouvel état de choses pour en apercevoir les inconvénients.
Un des dangers qu'offrait la création des municipalités et qu'il était difficile alors de remarquer, était d'affaiblir l'autorité centrale au profit de ses ennemis. Dans une entente commune, elles décidèrent, le a6 avril, à l'occasion de l'érection du département, de constituer une affiliation réciproque et une confédération générale de toutes les gardes nationales, afin, disaient-elles, d'opposer une résistance insurmontable aux adversaires de la Révolution. La cérémonie eut lieu à Thôtel-de- ville. Le jeune député de la municipalité de Dommartin-le-Coq, Alexis Pesme, vicaire d'Aulnay, prit la parole dans l'assemblée et exprima des sentiments de concorde et d'union. Il devait encore se faire entendre, le 9 mai, à Toccasion de la prestation du serment, mais la fête qu'on avait préparée en plein
(x) Aroh , L. D. 10 ter/ù Ur.
air fat empêchée par la pluie, et la réunion eut lieu à la cathédrale que le Chapitre s'était empressé de mettre à la disposition de la municipalité (i). L'autel, élevé sur les plans de Rondot fils, professeur à Técole de dessin et capitaine de la garde, était orné de figures allégoriques « exécutées dans le dernier goût » . On y voyait la nation revêtue d*une robe parsemée de fleurs de lys et la tête couvei*te du bonnet de la liberté, s*appuyant sur le roi et sur la loi. Les députés des communes et les différents détachements des gardes nationales du département,réunis à ceux de plusieurs villes des Ardennes, de la Marne et de la Haute-Marne, étaient présents. Le chanoine Gamusat, aumônier de la milice citoyenne, avant de dire la messe, leur fit un discours plus patriotique que religieux : «Que les jours du Seigneur sont grands, s'écriait-il avec emphase; que celui-ci à jamais mémorable dans l'histoire fixe
l'époque certaine de notre félicité commune Non, le
Dieu des armées a trop manifesté sa puissance, son doigt a trop visiblement marqué la série des divers événe ments qui ont accompagné cette heureuse révolution, pour n'être pas pleinement persuadé que sous peu de temps nous aurons l'avantage de voir tous les habitants du vaste empire français ne composer qu'une seule et même famille gouvernée par le meilleur des rois, proclamé à juste titre le restaurateur de la liberté française x>(3).
Après la messe le serment fut prêté, rapporte le commandant Dampierre, a avec l'enthousiasme de la vertu » et suivi du Te Deum, pendant que toutes les cloches sonnaient et que les musiques militaires excitaient l'ardeur des troupes.
La fête dura plusieurs jours. Le mardi, les gardes nationaux se rendirent, musique en tête, à Saint-Loup où les chanoines qui s'étaient mêlés à eux leur ofl'rirent une col-
(i) Arch., G. i3i5, reg.
(â) Journal de Troyea du :i6 mai 1790.
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latioQ. Bezassier, Tuu des membres de Tabbaye, quelque peu poète, leur adressa les couplets suivants :
Vive I Vive la nation I Jorons de n'aimer qu'elle.
Far notre parfaite union Signalons notre zèle.
O vous» ses braves défenseurs, Recevez notre hommage, Vous pouvez compter sur nos cœurs Bt sur notre courage.
Les municipaux à Tenvi Marchent à votre tête.
Ils savent que c'est ai^ourd'hui Des bons Français la fête.
Bstpil un passe-temps plus doux Que de voir ce qu'on aime I Quand je suis au milieu de vous, Mon plaisir est extrême (i).
Les gardes nationales, à qui le clergé lui-même taisait fête à Troyes, avaient été organisées au mois d'octobre 1789; les municipalités qui voulaient, à leur exemple^s'unir les unes aux autres étaient d'institution plus récente. Ce n'avait été, en effet, que le i5 janvier 1790 que rassemblée avait voté la division de la France en départements. Le titre de province de Champagne disparaissait par le fait même de cette innovation, et le département de TAube était divisé en 6 districts et 5q cantons. Pour ladministrer, il fallut réunir les assemblées primaires des citoyens actifs qui devaient nommer les membres des districts. Ces élec* tions eurent lieu à Troyes malgré la précédente municipalité. Les anciennes divisions disparurent avec la province. Aiqsi le curé Aubert.qui s'appelait député du bailliage de Chaumont, devint député de Bar-sur-Aube. Le curé Bluget, au lieu de représenter le bailliage de Bar-sur-Seine supprimé/ fui ' appelé député du district de Bar-sur-Seiùe.
Tous deux s'unirent aux autres représentants pour favoriser l'organisation du département.
Parmi les citoyens chargés de choisir les membres de la nouvelle administration figurent, pour Troyes, les chanoines Larmet et Camusat ainsi que Arnaud, desservant de Bouranton ; pour Arcis-sur-Aube, Denis, curé de Molins. Gillain, curé de Ghavanges; pour Bar- sur Aube, Chrétien, curé d'Arsonval, Blampoix« curé de Yendeuvre, Guyot, curé d' Arrembécourt ; pour Bar-sur-Seine, Delacroix, curé de Lantages ; pour Nogent-sur- Seine, Legeste, prieur de Romilly et Maget, chanoine de Tralncl (i). Sur la proposition du curé de Vendeuvre, le Chapitre de Saint-Pierre consentit à faire chanter le 9 juin un Te Deum en actions de grâces de Télection du département (q). Deux jours après, on procéda à l'élection des membres des districts. A Arcis, le vicaire Pesme arriva le dernier et n*en fut pas moins choisi pour président ; à Bar-sur- Aube, Blampoix fut également au nombre des administrateurs.
Le directoire du département se composa d'éléments disparates. Il prit pour secrétaire le chanoine Clcrgier, ancien membre du bureau intermédiaire, qui avait protesté contre la réunion des trois ordres et passait pour antirévolutionnaire. Il parait que Tévéque consentit à ce que son vicaire général acceptât la place de secrétaire, à condition que Clergier l'obligerait lui et les siens et qu'il ferait pièce aux prêtres patriotes (3).
Il était à craindre que ceux-ci ne s'unissent aux révolutionnaires qui ne ménageaient pas les outrages aux prêtres partisans de l'ancien régime et réfraotaires aux idées avancées. La plus saine partie des ecclésiastiques instruits des dispositions du peuple à leur
(i) Almanach de la ville, etc. 1791. Le district d'Ervy ne renfermait aucun ecclésiastique parmi les électeurs. (a) Arch., G. i3i5^ reg.
(3) Aroh., L. Y. 1669, Uas.