ADRESSE DE DUBOURG 9U
« La natioa française, écrivit-il aux représentants, vous a nommés les membres de son corps législatif ; en vous élevant à un rang si illustre, elle a jugé que vous sentiriez en vous-mêmes assez de force, de génie pour réformer, régénérer son régime en décrépitude, et ne pas redouter un soulèvement général...
« La solitude religieuse, la retraite forcée vous a paru un état violent pour Thomme ; demeurer caché toute sa vie, n'est pas vivre, avez-vous fort bien senti. Oui, certes, vous avez ensuite répété : entre la mort et la retraite, entre le cloître et le tombeau, la différence est presque nulle.
<x Ces réflexions de la saine philosophie ont excité votre sensibilité ; elles ont porté vos regards sur ceux et sur celles que le dégoût du monde ou la dévotion, ou le dépit, ou le caprice, ou la violence, ou la séduction ont ensevelis dans les monastères. Au bruit confus dont vous les avez entendus retentir, votre cœur détrompé a voulu détromper celui de tous ces concitoyens, et il a répété à toute la France abusée, à Tunivers tranquille, sur un calme apparent, ces étranges accents : c'est par méprise, c'est à faux que les cloîtres passent pour des asiles consacrés à l'innocence et à la pénitence ; nos frères et nos sœurs, nos parents et nos amis qiïl y sont réfugiés, sont pour la plupart le jouet de Terreur, la victime de la contrainte, la proie du repentir et du désespoir, la risée de leur famille ; rien de plus rare que la vertu d'un cénobite ; peu de moines persévèrent avec ferveur jusqu'au terme de la vie dans la soumission au joug qu'ils ont voulu subir. La fragilité humaine vous impose impérieusement le devoir d'ouvrir les portes des monastères. Votre décret à cet égard a été sanctionné '^"" les suffrages et les acclamations des amis de ïhuv les réclamations des droits de Thommc, par la vo que ; les esclaves des préjugés, les esprits hf liens qui les garrottent, seuls les condamnent, « Vous était-il permis, Messieurs, de d^
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importante course ? Le célibat forcé se préaeatjût d^abord sur votre passage ; d*où vient que vous n'avei pas jugé à propos de suivre en droiture votre marche? Je me trompe» car je me rappelle que vous avez rapidement glissé sur ce sujet : Tégarement de la raison, la ruine des mœurs, une des principales sources des désordres de la société... Cédez enfin. Messieurs, à Tinclination la plus impérieuse de lliomme, à son attrait invincible pour la plus douce union, au cri le plus haut de son cœur... s
Dubourg, dont nous entendons pour la première fois le mépris pour le célibat, rappelle l'institution du mariage et continue ainsi :
c L'union du sacerdoce et du mariage subsista durant jesquatre premiers siècles de TEglise, et le tableau des mœurs du clergé de ces fortunés Ages frappe d'admiration... Tout le secret de la persuasion au célibat ecclésias* tique a toujours consisté à choisir des cœurs dociles et des esprits qui jugcut par autrui. Mais, hélas ! des convictions de docilité sont toujours de courte durée et leur eflet, dû soit à la condescendance, soit au respect humain, soit à l'hypocrisie, soit enfin à la séduction, n*est qu'apparent et fardé , tôt ou tard, et communément, on languit du regret de sa liberté, de ne pouvoir revenir de la chaleur du zèlcy de la ferveur de la piété, au goût inspiré par la nature.
« Le bruit des foudres du Vatican, l'appareil des conciles hérissés iranalhèmes, le jargon des easuisteset leur grand verbiage précipitant eu enfer, euipéchent-ils bien des prêtres déliuler, de rendre vaine la loi du célibat ? Non, malgré l'appareil le plus formidable, la plus grande partie des hommes violera toujours une loi qui attaque le plus doux sentimeut du cœur humain, sa constitution... En supprimant le célibat, ne faites pas une loi qui le défende ou qui place le célibataire dans la dernière classe de la société, la nature seule a le droit d'interdire absolument le mariage ; y renoncer librement est au gré de la perfide*
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tion évangéliqne ; mais la saine politique ne peut, ni doit Tordonner ; son unique but est d*y porter les hommes par la bonté de son gouvernement.
« Que le sacerdoce soit réconcilié avec le mariage, que Ton et Tautre sacrement se donnent des baisers de paix ; que les noms de prêtre, d'époux, de père soient le partage de celui qui fera consister son bonheur et sa gloire à les réunir sur sa tête. Quel adoucissement de peines pour relise romaine ! Elle se sentira subitement guérie de sa plus profonde plaie ; la plus abondante source de larmes sera tarie
c L*homme n'est pas fait pour vivre toujours dans lé silence des sens ; jusqu'à cette époque prescrite par la nature pour le rompre, les exercices des collèges et des séminaires, tous par Tapplication à éclairer la raison, à perfectionner les mœurs, à bien régler les devoirs du salut et de la vie civile, établissent une digue aux passions, et nos jeunes clercs se plient aisément aux préceptes et aux conseils évangéliques. Leur fardeau n'est léger que jusqu'au moment qui doit faire éclore leurs passions... Quelle désertion générale prépare à la milice ecclésiastique ce moment de crise et d'eflervescence ! On ne voit persévérer pour ramper sous ses drapeaux que la foule servile qu'y traînent l'ambition, le respect humain, la paresse. La foule libre a disparu tout à coup
« Les jours, les heures du célibataire coulent entre la gêne et la contrainte : gêne à garder son serment, contrainte à s'abstenir de son penchant. Toutes ces raisons sont-elles fausses? Je les rétracte bien sincèrement. Les hypocrites, néanmoins, accusent toujours mon esprit d*être la dupe des insinuations de mon cœur, leur inimitié dont je vais être l'objet les portera à hasarder contre moi Taccasation d'incontinence. Pour repousser brusquement les traits de la calomnie, ma seule armure est le bouclier de ma foi et la cuirasse de mon serment civique sans nuage et sans ombre de l'estriction.
« Je crois fermement, je jure que la soumission aux lois, Tamour de Tordre, les bienséances du caractère sacerdotal, rinviolabilité du serment exigent que tout ecclésiastique, jusqu'à l'abrogation de la loi du célibat forcé, eu porte le joug pénible aux dépens de sa félicité
particulière Je jure que TEgiise gallicane, affranchie
d*une éclipse de douze cents ans, va briller de Téclat de la sainte et primitive Eglise : élection des pasteurs rendue au peuple, égalité dans leurs revenus, égalité dans rétendue du théâtre confié à leur zèle, unité de bénéfice, résidence, opulence, oisiveté hors du sanctuaire ; plus de chenilles, que des ouvriers dans la vigne du père de famille. Je jure encore une fois que des règlements si sages, si efficaces pour le rétablisseineut de la discipline ecclésiastique font nommer sainte, inspirée, la Constitution d'où ils émanent.
« O vous, ses détracteurs, rougissez de votre résistance scandaleuse à ses décrets ! Leur fin ii'esl-elle pas toute pour le rappel des temps apostoliques...? Pasteurs, votre fuite vous fait nommer des mercenaires ; hfttez-vous de venir reprendre vos houlettes ; que chacun de vous, la portant à la main, monte à Tautel et que vos langues dénouées prononcent hautement, en présence de son troupeau, son serment : Je jure fidélité à la nation, à la loi, au roi, je me soumets d'obéir et dexhorter à obéir à la Constitution, spécialement à celle du clergé.
« Amis de la Constitution française, ù mes concitoyens, secondez mon vœu, ralliez-vous à la reviviscence du sacerdoce ; prosternés aux pieds de notre père commun le successeur de Pierre, demandons-lui un bref confirmatif de la suppression du célibat forcé ; à cette époque finira la cause des désordres de la société ; à cette époque commencera la sûreté des familles ; à cette époque, le clergé sera purgé de l'erreur fondamentale de sa discipline ; à cette époque, rhomme recouvrera son droit le plus cher ; à cette époque, enfin, lobstacle au devoir le
plus essentiel sera ôté et la reconnaissance élèvera dans tous les cœurs un autel aux pères de la législation gallicane (i). >
L'ignorance aflectée, disons plutôt, la mauvaise foi du libidineux pamphlétaire, trouva sa réponse dans la conduite des religieux. On leur offrait de quitter leurs couvents. Quel accueil reçut de leur part cette proposition sacrilège ? Eux-mêmes vont nous dire qu'ils ne regrettent pas le monde d où ils sont sortis par un choix libre, à un âge auquel ils connaissaient leur tempérament, après Tépoque même à laquelle ils étaient habiles à se marier, et cela pour se consacrer au service de Dieu, à l'ombre des cloîtres.
Le district d*Arcis-sur-Aube ne renfermait que deux couvents,. celui des Bernardins de la Piété-lès-Ramerupt et celui des Cordeliers d'Arcis. Les religieux les quittèrent lun et l'autre, mais entendons le gardien des Cordeliers nous dire pourquoi : « Ce jourd'hui, 28 décembre 1790, Jacques Camus, prêtre cordelier d'Arcis, âgé de 53 ans et 6 mois, n'ayant point d'espérance de trouver une maison composée de ses confrères avec lesquels il désirerait finir ses jours, déclare que son intention est de résider à Luxeuil, ville de la Franche-Comté (a). »
Ce désir, il l'avait exprimé dès le 3 mai, jour de l'inventaire, en faisant savoir aux commissaires qu'il voulait « rester dans le cloître pour y vivre en communauté ». Son confrère avait déclaré, lui, vouloir profiler du décret de l'Assemblée nationale et vivre dans le monde en bon citoyen et bon religieux, vu ses infirmités qui l'empêchent de pester dans le cloître. »
L'un des moines de la Piété, Gaubaux, déclara ne vouloir pas sortir de la maison, tout en se faisant un devoir d'être soumis au décret. Mais, dans le cas où on ne l'auto-