‹ Histoire du diocèse de Troyes pendant la RévolutionChapitre 40 sur 201 · I) A. CL · texte numérisé non relu

I) A. CL

(a) Arch..L.V i5i4, lias.

riserait pas à rester au couvent* il prendrait tel parti qui lui plaii*ait, quaud on lui aurait assuré sa pension sur les biens de la maison. L*abbé du couvent tint le même langage (i). Un des autres moines, Caltot, se montra tout prêt à se retirer où bon lui semblerait, aussitôt qu'on lui aurait payé un quartier d'avance de sa pension. Le procureur, Cattez, dit qu'il adhérait au décret de TAssemblée nationale concernant la liberté des religieux et qu'il était disposé à sortir, dès qu'on lui aurait payé un quartier de sa pension. L'abbé et ses religieux supplièrent l'Assemblée de donner une retraite à un domestique infirme qui les servait depuis trente-cinq ans.

Un obs quatre Gordeliers de Bar-sur-Aubc quitta la vie commune dès le mois d'avril ; c'était le Père JuUien. S'il y eut faute de sa part, nous verrons comment il sut la réparer. Ses confrères ne se dispersèrent qu'au mois de janvier suivant.

Lorsque Truelle de Cbambouzon, délégué par le district pour interroger les religieux sur leur intention relativement à la loi, se transporta aux Gordeliers, le supérieur le pria d'attendre qu'il fût réuni ses religieux. Il leur représenta les offres qu'on venait leur faire. Tous s'empressèrent de répondre qu'ils souscrivaient d'avance à la décision qu'il donnerait : « Vous voyez, M. Truelle, dit le Père Germain, combien est libre la volonté de mes confrères. En conséquence je vous déclare, tant en leur nom qu'au mien, que, loin d'avoir à nous repentir de nos engagements et de penser à les rompre, nous nous félicitons d'avoir embrassé la règle de Saiut- François, que nous voulons vivre et mourir fidèles à cette règle, et que nous profitons de votre présence pour renouveler nos vœux et les confirmer en tant que de besoin. » Truelle se retira confus et touché malgré lui de cette généreuse réponse (a).

(i) Arch., L. V. 1697, lias.

(a) Biblioth. de Troyes, ms. 2870. p. 9.

Le Père Cretté, du couvent de Troyes, était sorti le 3o novembre (i). Les autres Cordeliers continuèrent au moins provisoirement à mener la vie commune (a). Ils sollicitèrent, le a février 1791, la faculté de célébrer, comme par le passé, l'office divin dans le chœur de leur église ; mais on leur appliqua la loi, et ils durent se reti* rer. Tel était leur désir de rester fidèles à leurs règles qu*ils formèrent dans la ville deux petites communautés : le Père Germain, provincial, et le Père Henri habitèrent ensemble, et le Père Garnesson demeura avec le Père Gâtez. Le Père Leclerc continua ses fonctions de second aumônier de THôtel-Dieu jusqu'au V avril 179a.

Le 10 janvier 1791, Truelle se transporta au monastère de la Trinité-Saint- Jacques. Les religieux lui déclarèrent à l'unanimité que « jamais la communauté n'avait varié sur les sentiments d'une parfaite soumission aux lois, quelque dure qu'elle puisse paraître à des individus qui se sont voués à la religion; que, s'il leur était possiblede se rassembler en nombre suffisant, ou que leur maison fût en état de contenir les vingt religieux proposés par les lois jls seraient flattés de continuer la vie commune à laquelle ils se sont voués, mais, qu'étant en ce moment réduits au plus petit nombre possible, ils ne voient pas d'autre moyen que de se mettre à la merci de leur famille et de leurs amis(3).)» Après avoir pris acte de cette noble protestation, le commissaire défendit aux religieux de faire les offices en commun ; il ordonna d'enlever les ornements de la sacristie et de n'y laisser que le strict nécessaire pour la célébration de la messe. Puis il mit les scellés sur les armoires, et en constitua gardien le Père Manche (4).

L'aumônier de l'Hôtel-Dieu-le-Gomte, François Bertrand, appartenait au couvent de Saint-Jacques; il en

(I) Arch., L. V. i5i7, lias, et L. K. «/iQ» (a) Apch., L. Gi/37.

(3) Arch., L. M. 4 C3. 338, Uas.

(4) Apch., L. M. 4 C3, 338, lias.

106 LA SPOLIATION DBS BIBNS DU GLBROÉ

sortit le 20 septembre, mais continua ses fonctions d*aamônier encore pins d'un an.

Les Trinitaires de Bar-sur-Seine et de La Gloire-Dien quittèrent leur couvent Tun et Tautre et entrèrent dans le clergé séculier. Le prieur de La Gloire-Dieu dit simplement qu'il se retirait dans son particulier, pour jouir de la pension que l'Assemblée nationale avait assignée à chaque religieux (i). Au contraire, le prieur du couvent de Bar-sur-Seine avait « déclaré qu'ayant préféré à tous autres états l'ordre de la Sainte-Trinité, et ayant fait vœu de vivre sous les Constitutions du dit ordre, n'en n'ayant jamais eu le moindre regret, il est décidé, tant par goût que par devoir, à vivre parmi les chanoines réguliers du dit ordre, l'ayant préféré par rapport à ce que les maisons sont composées d'un petit nombre de sujets; que si, cependant les maisons de cet ordre n'étaient plus composées par la suite de chanoines réguliers de Tordre de la Trinité et qu'on y réunit et incorporât des sujets d'autres ordres tels qu'ils soient, il s'en rapporte et se soumet entièrement à la décision de son seigneur évêquc (q). x>

Les religieux Bernardins de Mores, dans le même district, ne montrèrent pas tous les mêmes dispositions au sujet de la vie commune. Fin effet, le prieur déclara «que, dans le cas où M. l'abbé de Clairvaux conserverait la juridiction et l'autorité qu'il a eue jusqu'à présent sur toutes les maisons religieuses dépendant de Clairvaux. il entend rester soit dans cette maison de Mores, soit dans toute autre dépendant de Clairvaux et que, dans le cas contraire, il sortira dès que l'Assemblée nationale l'aura décrété, et que l'ordre lui en sera notifié. » Le procureur dit simplement « qu'il entendait sortir dès le moment que l'Assemblée nationale l'aura décrété et que l'ordre lui sera notifié. » Ses confrères Simonin et Willemot ma-

(I) Arch., I Q. 33a», lias, (a) Arch., i Q. 33i2, lias.

nifestèrent la même intention. Bourriot déclara « que, dans le cas où Tabbaye de Mores subsisterait comme elle était et existait avant le décret de TAssemblée nationale, il y restera comme profës et, dans le cas contraire, il profitera de la liberté qui lui sera accordée. » Leclerc dit qu'il se soumettait au décret de TAssemblée et était prêt à sortir, dans Tespérance que la pension promise lui serait payée.

Enfin Chappuis fit connaître à plusieurs reprises son intention : « Je déclare que je persiste dans ma déclaration faite par devant la municipalité de Celles, en date du aj juillet dernier, et que mon intention est de vivre et mourir dans ma maison de Mores, tant qu'elle existera maison de Tordre de Citeaux ; dans le cas contraire, j'adhère au décret de suppression. » Voilà ce qu'il écrivait le Qi décembre 1790, d'Adelans, son pays natale où il s'était retiré (i).

En résumé, les religieux Bernardins de Mores déclarèrent que, dans le cas où Tabbaye serait conservée telle qu'elle était avant les décrets de TAssemblée, ils entendaient y rester ; mais que, dans le cas contraire, ils voulaient profiter de la liberté accordée par la Constituante (a). Cette condition ne pouvait être acceptée par l'administration chargée de l'exécution des lois; elle fut donc rejetée, comme lavaient été les pétitions en faveur de la conservation de certains monastères, celui de Molesme, par exemple, réclamé, le 3o novembre 1789, par les habitants des Riceys. qui écrivaient de cette abbaye que « les religieux ne passent point de jour sans donner des preuves sensibles de leurs vertus et de leur bienfaisance (3). » Les moines de Mores, cessant donc de mener la vie commune, se retirèrent d'abord chacun dans leur chambre, puis se dispersèrent comme ceux de Clairvaux.

(i) Arch.^ V. 4041. Adelans (Haule-Saônc, arrond. et cant. de Lare), (a) Arch., L. V. i55a, Uas.

lOS LA SPOLIATION DBS BIBlfS DU CLBROÉ

Les successeurs de saint Bernard sortirent en effet tous de Tabbaye ; Tabbé doni Rocourt déclara, mais inutilement^ n^avoir d*autre intention que de rester et vivre dans le monastère (i). La vie en commun cessa à GlairvauK le ao juin 1790(2).

Certains religieux étaient ftgés ; leur santé réclamait des soins particuliers. Ne pouvant plus les recevoir du monastère, ils demandent à se faire soigner dans leur famille : ce fut le motif pour lequel plusieurs se retirèi'ent dans leur pays natal (3). < Moi, — dit l'un d'eux — frère François Barbier, déclare, à cause de mon grand ftge et de mes infirmités, vouloir profiter de la liberté que l'Assemblée nationale veut bien accorder pour me retirer ches mes parents pour avoir le secours que mon état souffrant exige. »

Tous les Bernardins de Larivour et de Scellières bénéficièrent de la liberté que leur rendait la loi.

Trois Pères Capucins irlandais et un frère de Bar-sur- Aube déclarèrent au district que leur intention était de ne pas continuer la vie commune (4); la municipalité fit expulser de leur cloître le i5 janvier 1791 (5) ceux qui y demeuraient dans l'observance de la conventualité.

Les Capucins de Troyes, réunis au son de la cloche, le i5 mai 1790, par le commissaire du district, ne furent pas tous du même avis. Le gardien Philippe de Bouchain formula le vœu de vivre et mourir dans son ordre. Le Père Armand de Bar-le-Duc déclara rester jusquà la sécularisation régulière. Le Père Timothée de Saint-Pol et le Père Léon de Bouchain exprimèrent leur intention de sortir quand on aurait pourvu au paiement de leur pension. Les frères lais, Félix de Meaux. Barthélémy de

(i) Arch., I Q. 335, lias, (a) Arch., L. V. i5i9, lias.

(3) Arch., L. V. i5o6, lias.

(4) Arch., L. V. 1573, lias. et L. K., «/rSo.

(5) Arch., L. V. lîkja, lias.

FIDÉUTÉ AUX VŒUX 100

Bapaume, Jean-Baptiste de Ghâtillon, leqael n'avait pas encore fait de vœux, dirent qu'ils voulaient rester si le monastère de Troyes était conservé, sinon ils rentreraient dans le monde (i). Enfin, le ^ère Rigobert, qui desservait en 1790 la succursale de Coclois, paraissait indécis, il se dispensa de répondre aux questions de Tadministration, sous prétexte qu*il préparait des premières communions (a).

Tous les Capucins de Nogent déclarèrent vouloir continuer à vivre en commun et à porter Thabit de leur ordre.

A Texception du Père Arnaud, qui était malade et qui demanda à se retirer dans son pays, les Chartreux de Croncels refusèrent de reprendre la liberté que leur offrait TAssemblée nationale (3). Après leur sortie du couvent, trois sur six continuèrent leur vie commune dans une maison des Faux-Fossés, où ils restèrent en attendant des temps meilleurs.

Le Père Jean Guillaume Dujardin» confesseur des religieuses de Foissy, religieux comme elles de Fonte vrault, quitta le monastère en spécifiant qu'il ne renonçait point à son ordre. Son frère en religion, Louis Fournier, déclara à la municipalité de Saint-Parres-aux-Tertres rentrer dans la vie privée, sans néanmoins renoncer en son âme à son ordre et à ses vœux (4).

Les Bénédictins se partagèrent : ceux de Montier-la- Celle exprimèrent le désir de continuer la vie en communauté ; mais en 1 791 force leur fut de se retirer dans leur famille ou chez des amis, pour y vivre en particulier (5). Ceux de Nesle adhérèrent aux décrets, sauf le prieur et les deux directeurs du Paraclet (6) qui manifestèrent

(1) Arch.. I. Q. 3361, lias.

(a) Arch., 1. Q. 336i, Uas. et A. T.

(3) Arch., L. V. iSgô, lias.

(4) Arch.,L. y. i5a3,Ua8.

(5) Arch., L. V. i573, lias.

(e) Arch., L.K. 1/189.

110 LA SPOLIATION DBS BIBNS DU CLERGÉ

« Tintcntion de continuer de vivre dans telle maison et communauté de leur ordre qui leur serait désignée. »

Le II janvier 1791, Truelle de Chambouzon était à l'abbaye de Montiéramey avec son secrétaire pour y donner lecture de la loi et demander aux religieux sHls entendaient se soumettre aux décrets et cesser tout office public et commun. Tous lui répondirent « qu'ayant fait vœu de vivre sous la règle de leur instituteur, ils auraient été flattés de pouvoir continuer la vie régulière et commune, mais que. les difficultés paraissant presque insurmontables à cet égard, ils avaient cru devoir faire cejourd*hui par devant les officiers municipaux leurs déclarations positives du dessein qu'ils ont de se retirer chacun de son côté ; qu'en conséquence et ayant par là commencé leur sacrifice ils étaient prêts à l'achever par une obéissance absolue aux décrets de T Assemblée nationale »; que nous étions les maîtres, continue Truelle, d'apposer les scellés partout où bon nous semblerait, mais qu'étant absolument imn ssible d'interdire l'entrée du chœur sans couper la communication à léglise, ils nous priaient de nous en rapporter à leur parole positive de ne plus célébrer l'office public et commun à haute voix ni de le faire sonner à quelque heure du jour ou de la nuit que ce soit, se réservant seulement la faculté de faire tinter et de dire, chacun suivant sa dévotion, des messes basses (i). « Les religieux ajoutèrent que. malgré tous les inconvénients de la pauvreté qui les attendait et«ralTreuse perspective d'une position très équivoque, ils se sont soumis au joug sans murmurer et sans se permettre la plus légère plainte, . bien différents en cela des autres ecclésiastiques qui ne cessent de soulever le peuple et d'agiter les esprits; que, sous ce point de vue et [)ar ces considérations, ils attendent de l'Assemblée nationale qu'ayant égard à leur triste situation, on voudra bien se rendre aux instances qu'ils

(I) Arch., L. M. 4 Cs, 338, Uas.

font pour obtenir nn traitement conforme à leurs besoins, comme on Ta fait à Beaulieu en Argonne, une somme soffisante telle que lao livres par exemple, pour indemnité de lenrs lits, housses, rideaux, ciel, alcôve et couchettes.» Truelle revint deux jours après cette déclaration faire le recolement de l'inventaire du ii mai et de celui du 18 juillet. 11 fit poser les scellés sur les meubles dont le portier du couvent, Nicolas Dusac, fut établi gardien responsable. Le curé de la paroisse dut emporter la châsse et la ceinture de saint Victor et les déposer dans l'église paroissiale.

Des Minimes de Técole militaire de Brienne, quatre sortirent de Tordre, sept manifestèrent Tintention de ne pas le quitter; mais tous furent d'accord de ne pas continuer la vie commune (i).

La crainte inspirée par les événements de l'automne de 1 790 ne fut peut-être pas étrangère à la sortie de quelques religieux. On venait d'arrêter à Troyes de soi-disant ^triotes, c'est-à-dire des brigands venant des enviroi^de "" ' " Utfle de prêtres et de nobles à égorger.

Mali Dieu nest plus pour nous comman- 1j& JMilitt iafbrma contre eux et instruisit leur êïm procédure envoyée à Paris resta sans réponse (a).

Le Père Valentin Gressard, picputien de la maison de Sens, était aumônier de M. de Lusace, châtelain de Pontsur-Seine. Ce religieux ne sacrifia pas au goût du monde au milieu duquel il vivait et déclara qu'il voulait finir sa vie dans son ordre (3).

Des trois chanoines de Saint-Martin-ès-Aires, deux avaient quitté labbaye, l'un le 3o mars, l'autre le i5 mai. Le prieur resta seul. Les chanoines prémontrés de Beau- Ci) Arch., L.K.,i/i8o.

(a) Sourdut, Les Véritables auteurs de la Révolution de France de i^8g, p. 5o3.

(3) Arch., L. Y. i5o4, Uas.

112 LA SPOUATION DES BIBNS DU CLERGÉ

lieif déclarèrent tous « qa^ayant fait vœa de stabilité dans leur maison, ils consentiraient volontiers à y demeurer comme ci-devant et dans Tétat où est actuellement la maison, se >éservant, au cas où elle serait supprimée ou désignée pour être maison de réunion, la faculté d'en sortir, en faisant leur déclaration conformément au décret de l'Assemblée nationale, n'entendant point néanmoins se lier en aucune manière par la déclaration actuelle (i). »

Lie 1 1 janvier. Truelle de Ghambouzon se présenta à Saint- Loup et fit assembler la communauté dans la chambre du prieur. Tous les chanoines lui exprimèrent leur désir de continuer à vivre selon la règle et signèrent leur déclaration, pendant que le commissaire faisait sonner à la volée les grosses cloches du couvent (q). Le frère Maheu, qui n'avait encore reçu que les ordres mineurs, s'était seul retiré le 17 octobre pour rentrer dans le siècle.

Interrogé sur ses sentiments, le prieur des Dominicains demanda, avant de répondre, si on lui laisserait la liberté, si on avait un bref de sécularisation, quelle maison lui serait destinée, quelle pension oa hd MiigMKil.

Le sous-prieur accepta la pensioii oflbfti fmt U oviloii et profita àv la liberté de quitter TordM. QmwI w'proov» ' reur, il deiiumda si les religieux q«l tortinltMl «btto»» druient un bref de sécularisation qui les mit à Tabri de tout reproche et les rendit aptes à posséder des bénéfices, quel serait le traitement des Dominicains, si on les considérait coiiuno rt*ligieux rentes.

I/onlre ollruut autant de biens à la nation que les Mathurins et les Préniontrés, il paraissait au Père Margery qu'il devait recevoir un traitement égal à celni de ces religieux. 11 voulait savoir encore si la maison deTroyes serait supprimée, et, en cas de suppression, quelle serait celle qu'on lui ilcstinoruit, quel serait le régime de cette maison.

{!) An h.. I Q. 3341, lias, et L. K. 1 iSo. (s) Arch., I Q. 3361, lias.

Serait-elle soumise à l'Ordinaire (l'évêque du diocèse)? Pourrait -on en sortir et accepter la pension ea cas de mécontentement ? Le traitement des religieux conservés serait-il différent de la pension accordée à ceux qui s^ retiraient de Tordre ? Les religieux seraient-ils réunis à un ordre ou à une congrégation différente de la leur? Totis ces éclaircissements, ajoutait-il, sont absolument nécessaires pour le déterminer et, lorsqu'il en sera instruit, il prendra le parti que sa conscience lui dictera. Tous les religieux firent enfin observer à Truelle qu'on ne devait pas les considérer ni les pensionner comme les ^ ordres mendiants, puisqu'ils ne faisaient aucune quête. Le Père Fournerot avait quitté le monastère quinze jours avant cette déclaration et était retourné dans sa à Pont-Saiiile-Marie. Le Père Noirot se retira à By , le Père Margery, qui était de Troyes, ne quitta pM là Tille ; le Père Dargelos sortit sans indiquer le lieu de Ml retraite. Cdr, avons- nous besoin de Tajoiiter, le iMlBMloire ne^' fit aucune attention à leurs questions et ils tewtt lousfiotés comme voulant quitter Tordre. . Ouitj^vAi, une ûcr* préoccupations, peut-être excessive, /inBieiples de saint Dominique était le désir de ne pas > èlvetCBités comme des religieux mendiants, dont la penllaa éliit moins forte qije celle des non-mendiants, et qui i été menacés un instant de ne rien recevoir du (l). Avouons que plus de fierté et de détachement aurait convenu à ces moines dont le fondateur, qui ne voulait pas de rentes pour ses couvents^ aurait probablement rougi. L'esprit de pauvreté avait fait place, au xviii« siècle, à des soucis temporels que n'admettait pas, croyons-nous, l'idéal de saint Dominique et que n'auraient ni connus ni manifestés des vaincus plus dignes.

Les disciples de saint Vincent de Paul restèrent provisoirement à la têle du Grand Séminaire ; puis, quand ils

(i) Moniteur, i5 septembre 1790.

fureat remplacés, ils réclamèrent, eux aussi, une maison de retraite où ils pourraient continuer la vie commune (i).

La fidélité aux vœux de religion, manifestée par la majorité des moines, 8*afiirma davantage dans les couvents de femmes. Sur seize religieuses du Paraclet une seule, Georgette Marie Charlotte Rouget,se retira à Bar-sur-Seine dans sa famille, dès le i5 décembre 1790 (aj. Toutes les bénédictines de Notre-Dame-aux-Nonnains, toutes les Carmélites restèrent dans leurs maisons (3). A Foissy, onze sceurs, six religieuses de chœur et cinq converses, continuèrent la vie commune ; dix-sept sortirent. Les vingt sœurs professes au voile noir de la Visitation firent connaltre,le 4 avril i79i,leur intention de vivre en commun et de mourir dans leur ordre (4). Seule, la plus jeune des professes profita des dispositions de la loi. Lm kflrfMTdines de Notrc-Dame-des-Prés n'attendireai pM ^*an vint leur demander leurs intentions, elles quJUèiWrt t»ttb leur couvent, Tabbesse en tête, le 10 octQbra i jfo ÇS). Une des sœurs se retira comme pensionnaire 4k N«lr«43uMaux-Nonnains. V

Quoique les établissements religieiu. d'4éMM^l fttUque et de charité fussent maintenus, on oblififtBéifeÉbir ^ les membres qui les composaient à déclavir Itv iÉtanliOD\ relativement à la vie commune. Le3o JMV<tr i0fi» la maire, plusieurs ofliciers municipaux dt 1m nlMlilQl ém procureur de la commune se transporteras! à THMtl-IMatt* le-Comte,à Teffet d'y interroger les sœuffa A.«gMliaaaà.aa sujet. Toutes manifestèrent leur désir éê mtÊÊtt an communauté et de continuer à observer leara ▼owui. Seule, la sœur Marie- An ne Jacquot, qui dirigaail la Patil-Saini-

(i) Arcli.,L. D., i/i5.

(a) Arch., L. V. 1600, lias.

(3)Arch., L. V. 1600, lias, et aa H. (non classe.)

(4) Arch.. L. V. 1600, lias.

(5) Arch., L. V. 1600, lias.

PIDELITK AUX VŒUX il5

Nicolas, déclara profiter de la favear accordée par ie décret de rAssemblée pour se retirer où bon lui semblerait et jouir de la pension promise par la nation.

Les Ursulines de Mussy-sur-Seine demandèreni, le ai janvier, à conserver leur état sans y rien changer, « attendu, disent-elles, qu'elles sont dévouées aax fonetions de charité (i). » Trois des Ursulines de Bar-sur-Seiae profitèrent de la faculté de sortir que leur donnait la loi (a). La supérieure déclara que son intention était de rester an couvent et d*y mourir, il en fut de môme des autres soenra. EdoMa Haeloldit « que son intention était de rester dans la maieoQ juaqa'au décès de madame la supérieure et,aprè8 le déeèa, de quitter la communauté, i» Elisabeth Javon fit savoir ifa'elle restait pour le moment à la communauté, ■uda que m eanté chancelante la forcerait dans quelque teapa à prendre Tair natal. Ces deux déclarations furent \ eomme une acceptation de la loi ; la troisième * qni lorlit du couvent fut une converse, Marie^Ânna TÊfUKÊortf dite de Sainte Suzanne.

A Bar-anvAobe, une seule ursuline quitta la via eom-

^''L'arliele a6 de la loi du 8 octobre 1790 obligeait laaqui continuaient d*habiter en communauté à * une supérieure et une économe.

Galle élection devait avoir lieu en présence d'un repré» sentant de la municipalité. Dès le 19 janvier, le maire de Saint-Parres-aux-Tertres, assisté de son greffier, était au parloir du prieuré de Foissy, réunissant les sœurs qui, quelques jours auparavant, avaient déclaré continuer la vie commune et il les priait de procéder aux élections prescrites. La sœur Tetel fut nommée supérieure et la sœur Hatot choisie pour économe; l'une etTautre acceptèrent(4).

(i)Arch.,L. G, i/3;.

(2)Arch.,L. V. i5o3, lias.

(3) Arch.,L G. 1/24.

(4) Arch. munie, de Saint- Pcures-aux-Tertres.

116 LA SPOLIATION DBS BIENS DU CLBR6É

Nous ignorons pourquoi la sœur Hatot qui était prieure ne. fut pas élue supérieure.

Les Ursulines de Saint-Martin-ès-Vignes se soumirent à la même formalité le i«' avril. Les Visitandines réélurent la sœur Qerdil supérieure et la sœur Greyfié économe, le i3 mars 1791. Le maire Perrin et son greffier étaient présents (i).

Les Bénédictines de Notre-Dame fixèrent leur choix unanime, le S avril, sur leur ancienne supérieure, Madame de Montmorin, et nommèrent la sœur Yerniquet économe. Le chanoine Pin, en qualité de délégué de la municipalité, assista avec le greffier, Olivier, à cette élection au parloir du couvent. Après le vote, la supérieure témoigna « qu'elle reconnaissait avec satisfaction Tesprit de religion et de fraternité qui avait toujours régné dans sa maison, qu'elle espère avec la grâce de Dieu y maintenir en continuant de gouverner la communauté comme par le passé (a). »

La noble dame se faisait-elle illusion sur le sort que Tavenir réservait à son abbaye ? Non, la loi qui laissait debout les maisons des religieuses parlait d'un principe trop injuste et avait pour auteurs des hommes trop hostiles aux ordres monastiques pour ne s'attaquer qu'aux monastères d'hommes. Si les congrégations de femmes sont maintenues, ce n'est que provisoirement et encore, parce qu'on n'a pas le moyen de remplacer par des laïques les sœurs institutrices ou les sœurs servantes des pauvres, soit dans les hôpitaux, soit à domicile. La Révolution va essayer d'organiser le service de l'instruction publique et celui de Tassistance ; quand son projet sera muret qu'elle croira le temps venu de le mettre à exécution, rien ne sera capable de Tarrêter ; elle supprimera les couvents de femmes avec autant de sans-gène qu'elle a supprimé les couvents d'hommes. En attendant, ceux-ci et celles-là

(i) Arch., L. V. 160C, lias, (a) Arch.,L. Y. 1600^ lias.

ont déclaré pour la plupart que cette suppression était contraire à leur désir, nuisible à leurs intérêts, et que leur vœu le plus cher était de vivre et de mourir dans Tétat religieux, à la suite du divin Maître qui les y a appelés et qui n'accorde de récompense qu'à ceux qui lui demeurent fidèles jusqu'à la mort. .

Les religieux qui avaient déclaré vouloir continuer la vie en communauté se trouvaient sans domicile par suite de la suppression de leur couvent. Mais, le i" juillet ijgi, la maison des Capucins de Croncels leur fut assignée pour résidence. Ils devaient s'y rendre dans la huitaine qui suivit la notification de l'arrêté départemental et une fois: réunis, ils devaient, eux aussi, se donner un supérieur et un procureur rééligibles tous les deux ans. Cette élection devait avoir lieu, en présence d'un représentant de la manieipalité.

Les bénédictins de Montier-la-Celle furent les seub qui protestèrent contre le choix de la maison des Capucins piior résidence. Voici les raisons de ce refus d'après les eommÎMâires du district. Les religieux, rapportèrent les représentants de la loi^ « nous ont dit qu'ils étaient péné- 9MS de soumission pour les arrêtés du département et de respect pour les décrets de l'Assemblée nationale qui doivent leur servir de base, que loin de s'opposer à l'exécution de l'arrêté du département du !«'' juillet à eux notifié le i3 de ce mois, ils étaient prêts et oflraient de représenter les scellés et effets dont nous les avions chargés par nos procès-verbaux des autres parts, mais qu'en témoignant leur soumission à cet égard, ils croyaient pouvoir, sans manquer à ce qu'ils doivent aux corps administratifs, nous observer :

« i«Que le choix, fait par l'article i*' de l'arrêté du département, de la maison des ci-devant Capucins de Troyes, leur parait ne pas remplir les vues de l'article i6 du titre !«' du décret du 7 octobre 1790, qui veut que dans l'indication qui sera faite aux religieux qui professent la vie

commane, on choisisse de préférence les maisons les plus vastes, les plus commodes et dont les bâtiments se trouvent dans le meilleur état, sans distinction des dilTérents ordres auxquels ces maisons ont pu appartenir, attendu qu'il est danB le département de Troyes (sic) nos maisons, notamment celle de Montier-la-Celle, plus vaste, plus commode et en meilleur état que celle des Capucins ;

« 9* Que l'article la du titre i''' du même décret portant qa*il serait indiqué dans le courant du mois de janvier dernier» aux religieux qui auraient préféré une vie commune, des maisons dans lesquelles ils seraient tenus de se retirer pour le i*' avril suivant, il leur semblait que le délai de huitaine fixé par l'article a de Tarrété du département était contraire à Tesprit et à la lettre du décret de l'Assemblée nationale.qui veut qu'il soit accordé aux religieux qui seront obligés de sortir de leur maison trois mois pour s'en choisir une autre ;

« 3^ Que l'article 17 du même décret, portant que les maisons qui seront choisies contiendront au moins ving^ religieux, on peut en inférer que, lorsqu'on est parvenu à en réunir vingt, le vœu de la loi est rempli, qu'ils sont instruits que dans le département dé Troyes vingt-un relK gieux mendiants ont demandé à mener la vie commune, savoir onze cordeliers dans le district de Troyes et d* Arcis, quatre capucins à Troyes, quatre autres dans le district de Nogent et deux dans celui de Bar-sur-Aube, nombre plus que suffisant pour remplir la maison indiquée par le département,qui n'offrait d'ailleurs aucune des commodités dont le décret entend que jouissent les anciens religieux qui voudront continuer à vivre dans une vie commune ;

a 4** Q"® l'article 18 du décret ci-dessus cité portant d'une part : les religieux d'un môme ordre seront placés ensemble autant que faire se pourra, et de l'autre : dans le cas où on serait forcé par les circonstances d'en réunir de différents ordres, on observera toutefois de ne confondre qœ de» ordres dont les traitements sont uniformes, les

comparants qui lisent dans le réquisitoire de M. le procureur général que la réunion qu'il propose dans la maison des ci-devant Capucins de Troyes aura cet avantage de ne rassembler presque que des religieux du même ordre appartenant à la nombreuse famille de saint François, croyaient fermement que l'arrêté du département dans lequel ils ne sont pas dénoncés ne pouvait les concerner, quoique leur ayant été notifié, puisqu'il est évident qu'ils ne sont pas de l'ordre de Saint-François» et que le traitement d'eux comparants est différent de celui des ci-devant religieux mendiants dont vingt-un, nombre au-delà de celui prescrit par le décret, doivent se réunir en la maison désignée par le département , qu'au surplus, comme leur acte de résistance contrarierait leurs vœux de soumission et d'obéissance dont ib ne s'écarteront jamais, ils répétaient qu'ils étaient prêts de nous présenter nos scellés et les effets dont non» les avions chargés et de quitter la dite maison de Montier-la-GeUe, si nous leur en donnions Tordra, non pour se retirer en la maison des Capucins, unis q^ bon lear semblera, ainsi qu'ils en ont la liberté aox* termes des décrets, sans préjudice de leur traite- BeBt(i). i>

Le monastère fut évacué le 5 avril. Le doyen se retira à Châlons-sur-Marne, le sous-prieur à Paris, dom Bourgeois à Montreuil, dom Laborde à Rethel, puis à Novy avec dom Dumay ; dom Roussel alla habiter Verdun ; les autres religieux demeurèrent à Troyes (a).

Vingt religieux, quatorze de Troyes, quatre de Nogentsur-Seine et deux d'Arcis-sur-Aube acceptèrent l'invitation de l'administration qui, moins d'un an après, ordonna leur dispersion défmitive. D'eux-mêmes, contrairement aux décrets, une vingtaine de chartreux se rassemblèrent dans le monastère de leur ordre situé à Croncels.

(i) Arch., I Q. 334», lias, (a) Arch., L. V. 1594, lias.

Quelques-uns venaient des couvents de Châtillon-sur- Seine et de Chàion-sur- Saône, dix venaient de «elui de Dijon (i). Ils élurent pour supérieur, Bonaventure Durand de la maison de Dijon et pour procureur, Maurice Revol. Mais leur réunionne fut pas tolérée, on les contraignit tous de se retirer, sauf le Père Pellerin et le Père Haud qui restèrent chargés de la garde du couvent. Limportant prieuré deNovy, près de Rethel, fut assigné aux bénédictins qui, pour la plupart, s'y retirèrent en 1791 pour y continuer la vie commune.

En résumé, à quelque ordre qu'ils appartinssent, moines à la vie austère ou chanoines astreints seulement à Tobservance d'une règle adoucie, les religftlux aiment mieux continuer leur état que de. se voir rendus au monde auquel ils ont dit adieu. Ils ne se pressent pas de sortir de leur maison dans laquelle ils sont entrés dans la plénitude de leur liberté et après un noviciat qui leur a appris les conditions de la vie à laquelle ils aspiraient, souvent après avoir couru les dangers du siècle et en avoir expérimenté les plaisirs et les joies. C'est parce qu'ils ont juré fidélité à Dieu et se sont voués à son service que la philosophie poursuit leur suppression, c'est parccr qu'ils forment l'élite de la milice ecclésiastique qu'ils ont l'honneur de recevoir les premiers coups que la Révolution devait porter à l'Eglise. L'intention que manifestèrent le plus grand nombre d'entre eux de continuer la vie monastique aurait dû faire reculer l'Assemblée nationale devant la sécularisation des ordres et des congrégations. Il fallait, pour d'autres motifs encore, les conserver. Est-ce que les campagnes n'avaient pas besoin des moines qui s'adonnaient à l'agriculture, comme le disait l'abbé Grégoire lui-même ? Est-ce que les lettres françaises ne recevaient pas d'un bon nombre de religieux les plus importants services ? Et enfin la suppression projetée n'allait-elle pas

(I) Arch., L. V. 1676, lias et L. K. i/aoa.

grever l'Etat de plus de 4^ millions nécessaires ponr Tentretien des religieux spoliés ? Mais ces considérations n 'étaient pas pour arrêter les voltairiens de T Assemblée qui convoitaient les morceaux parfois très larges du territoire possédés par les moines et voulaient faire tomber le mur immémorial qui fermait l'accès des réserves des couvents. Ils voulaient arracher des mains des abbés, .des prieurs, des abbesses les places lucratives, les sinécures et les dignités, les bénéfices simples et les grosses cures urbaines, les prébendes et les canonicats qui assuraient une si grande influence à leurs possesseurs. Tel est le motif qui a inspiré le législateur. Quoique non avouée, cette spoliation ressort très manifestement des attentats commis sur les propriétés de l'Eglise. Celle-ci, comme tous les grands corps, avait besoin de possessions pour alimenter tes meabres^et comme le philosophisme a iormé lepro^ dadétiaiM une partie de ces membres, il 8'emprat««,|Mrla bovehede ses représentants,de conflsquer deftUtas qui A*MMoal plus de raison d'être. La commission dm réfpj&m n'avait pas osé eu venir à cette iniquité ; la Cottfllilnaiiii, elle, n'hésite pas ; la force primant le droit, Mm M^t^p à la nation les propriétés léguées aux ordres ■KnMStiques en récompense de leurs services, de leurs Imvaux et en dédommagement de leurs sacrifices. Pour être légale, la spoliation n'eu mérite pas moins d'être stigmatisée, et c'est le devoir de 1 historien de la flageller comme un crime à la charge de l'Assemblée qui l'a. décrétée. De cette injustice, faisons maintenant connaître les victimes, en indiquant simplement par ordre alphabétique les communautés monastiques d'hommes sécularisées par la loi du i3 février 1790 dans le diocèse de Troyes.

I. — L'ordre des Bénédictins, fondé en Italie au vi« siècle,comptait trois maisons appartenant à la province de Champagne et à la congrégation de Saint-Yanne.

lo Nbslb-la-Rbposte-Villenauxe. Ce monastère, qui,

d après la légende, remonterait à Clovis (i), fut placé sons Tinvocation de la sainte Vierge et de saint Pierre, il était dans la province le plus ancien couvent de Tordre de saint Benoit. Il fut ruiné en grande partie par les protestants ; d'ailleurs il était situé dans un marécage malsain. Aussi fut-il transféré à Villenauxe en 1674* quelques années après avoir été réuni à la cong^gation de Saint- Vanne. En 1790, les moines étaient Jean-Baptiste André, prieur, âgé de 69 ans, Jean-Baptiste-Nicolas Bonnette, ftgé de 60 ans, Joseph Thomas, âgé de 69 ans, Gérard-Benoît Despinois, sous-prieur, âgé de 5i ans, François-Nicolas Meunier, âgé de 5o ans, Jean Coltié, âgé de4B ans, Claude Bretel, âgé de 41 ans, Emmanuel Duchesne, âgé de 36 ans, auxquels il faut ajouter les deux directeurs du Paraclet. Charles Cajot (2), âgé de 69 ans el |«cques Congniasse- Desjardins, âgé de 55 ans.

L*abbé commendataire étnit,dfl|^lriiil0 isavril 1779, Louis- Antoine de la Roche de FoBlMrtB», TfatiM général d*Agen. Ce titre valait 1800 livres en l^|6B(3). L^faMvalftire de la communauté fut dressé le 3 mai i^fO. Lis wfigtewiL avaient à leur charge quatre domestiques, ImIs glM^echasses, deux chevaux, et ils devaient entretenir Is msisso conventuelle, leur église, la ferme, quatre moulins,uii parfl* Ion et deux églises paroissiales : Fontaine-sous- M ontsi» guillon et Nesle.

En 1790, les revenus furent de 8710 livres 14 sous 6 deniers (4)

L'église de l'abbaye avait été bénite le 10 janvier 1682 ; elle mesurait, d'après le marché passé le 21 aoiU 1677.

(i) Vallet de Viriville, Les archives histor, du dép. de VAube, p. 289.

(a) Charles Cajot était le frère de Jean-Joseph Cajot, bénédictin, à qui l'on doit Les antiquités de Metz, Histoire critique des Coqneluchons, Plagiats de J.-J. Rousseau de Genève sur l*éducation, Histoire du duché de Luxembourg,

(3) Fouillé du diocèse.

(4) Arch., L. K. «/iSg.

quatre-vingts pieds de long sur vingt-six de large ; les murailles devaient avoir trois pieds d'épaisseur et vingtdeux pieds de hauteur. La tour avec le beffroi fut bâtie seulement en 1773 et le dôme, en 1781 (1).

a» Montier-la-Celle. Le couvent de Montier-la-Celle, situé sur le finage de Saint-André, au sud de la ville épiscopale, remontait à Tan 65o. Saint Frobert, originaire de Troyes, qui avait fait Tapprentissage de la vie monastique à Luxeuil, en fut le fondateur. Le monastère qui s'appela d'abord Saint-Pierre de la Celle, puis la Celle de saint Frobert, la Celle de Bobin, enfin Montier-la-Celle, donna des patriarches aux ordres religieux, des archevêques aux métropoles, des évêques aux villes épiscopales, des abbés h plusieurs monastères, des savants aux lettres. Il comptait dix-sept pfiturés sous sa dépendance et nommait les curés de pins éê trente églises paroissiales (q), dont seize dans le dttoeèM et Trsyes. Son église était un monument fort wmmmÊqmMm^ d*«n gothique fiamboyant très léger; elle i ptods de long ; les ienétres hautes et larges ibre de 38. Le sanctuaire était pavé en bries avec compartiments à fleurs. Dans chaque \ milieu on voyait sur la brique principale les armes t Tabbé Benjamin Duplessis peintes en jaune sur un fond fe avec le millésime de i558. La principale ornementa* tion du sanctuaire consistait en tapisseries représentant la vie de saint Frobert. En 1 7712, les stalles du chœur furent remplacées par celles de Tabbaye de Macheret. Les orgues occupaient l'extrémité du bras septentrional du transept. Le trésor renfermait. entre autres objets précieux, une dent de lait de l'enfant Jésus, le chef de sainte Savine, un bras de saint Gond, un bras de saint Mesniin, un bras de saint Frobert, une jolie croix processionnelle donnée par François de Dinteviile, abbé commendataire de i534 ^ i538, un

(i) Notes de M. Defer, curé de Villenauxe.

(a) Arnaud, Voyage archéol, etpittor, dans le départ, de VAuhe* p. 14.

bréviaire manuscrit d*uiie très belle exécution, qui fut à Tusagede Charles de Refuge, abbé régulier de 1488 à i5i4. En un mot, l'église de Montier-la-Gelle était un chefd'œuvre.

L'emplacement des b&timents de Tabbaye avait une contenance d*nn arpent et demi, le jardin potager et les vei^ers occupaient trois arpents ; les dépendances consistaient en prés et en marais, d'une superficie de vingt-trois arpents (i).

L* abbaye embrassa en i66a la réforme de Saint- Vanne. Son dernier abbé, nommé le a4 décembre 1700, s'appelait Antoine-Marie de Bérard de Montalet de Villebreuil ; il conserva pendant soixante-dix ans cM important bénéfice. Les revenus de l'évêché de Trojw étant insuffisants, M^ de Barrai obtint du roi,en I770»k réunion de Montierla-Gelle à la mense épiscopale. Les moittM oontinuèrent à habiter la maison jusqu'à la RévolntiiMi, <pd l«i trouva au nombre de dix. Le prieur était Ja^yi»Igéaéé Augustin Herbin, &gé de 5o ans, et le doyen, Lodb-VrMçoIt de Gaulle, âgé de 55 ans ; les autres religieux élrtMl 9«Mlt Laborde, âgé de 77 ans, François-Laurent DwMy, égé de 68 ans Glaude-Memmie Guillemiu, âgé de 66 ans, Jean- Nizier Loyal, sous-prieur, âgé de 63 ans, Jean-B«plisle A rnould et Jean-François Roussel, âgés tous les deux de 60 ans, Louis i^'aivre, comptable, âgé de 4^ ans, et Jean- François Bourgeois, âgé de 4o ans.

Les officiers claustraux étaient le prévôt, l'aumônier, llnfirniier, le chantre, le cellerier et le trésorier.

L'inventaire de l'abbaye fut établi le 10 mai 1790. Les revenus étaient de 7.000 livres (a).

La vie commune avait cessé à Montier-la-Gelle le 5 avril.

3° MoNTiÉRAMEY. Lc mouastère, fondé au ix« siècle par Arremare et placé sous le vocable du prince des Apôtres,

(i) Arch., L. V. 1695, lias.

(a)Arch.. L. V. i566,lias.

dépendait, depuis i655, de la cougrégatioa de Saint- Vanne. Son dernier abbé, nommé par le roi en 1770, futTévêque de Tulle, Charles-Joseph de Rafélis de Saint-Sauveur. Les moines étaient Mathieu-Henry Huard, dit dom Henry, âgé de 73 ans, Nicolas-Claude Perrin, dit Père Placide, âgé de 67 ans, Jean-Baptiste Brincourt, âgé de 61 ans, François Lecomte et François Bernard, Tun et l'autre âgés de 58 ans, Jacques Conscience, âgé de So ans, Jacques Gilles et Claude-Cyrille Peuchot, lun et l'autre âgés de 45 ans, Urbain-François Bertilleville, âgé de 44 ^i^> auxquels il faut ajouter un frère cou ver s, Nicolas Lacour, âgé de 6a ans.

Les officiers claustraux étaient raumônier, le prévôt, rinfirmier et !• trésorier; Tévôque avait droit de visite (i)«

Nous conaaistoot Tétat des revenus de la mense conventuelle pour raonés 1767 ; ils n*ont pas dû subir de variation b&M Miuiible jusqu'à la Révolution. Le produit en argWBl ém priMurés, offices, redevances, s*élevait alors à ttgBo Urrm; htm redevances, en froment à 5i5 hectolitres, en ■tMS gftiAS à 55o hectolitres, en vin à 79 muids, en cire à §à Ihrrw, en foin à 55 voitures, en paille à 640 bottes, en MTvles de transports à ao charrois. La tuile, la volaille, I9 beurre et les œufs formaient aussi un chapitre de quelque ▼aleur. Les revenus étaient, en dernier lieu, de 10.000 livres en chiffres ronds. Mais un ancien vicaire général de Tulle, Charles-Joseph-Marie de Soissan, avait sur Tabbaye une pension de n.ooo livres que le roi lui avait accordée (q).

Le trésor de labbaye renfermait un diplôme de Charles le Chauve daté de 854, et le plus vieux registre de papier connu en France, remontant à Tannée 1809 (3).

U. — L'ordre des Bernardins, fondé par saint Bernard en iii5,avaitpour supérieur général dom François Trouvé

(i)B. G.,7. XIX — 176.

(a) Arch., L. V. i55a, lias.

(3)AafaaTre, Uabhaye de Montiéramey, i864-

résidant à Citeanx : il comptait dans le diocèse de Troyes cinq maisons.

4*" Glairvaux. La plus importante était Glairvaax sons le vocable de Notre-Dame. On y avait compté jusqu'à 700 moines. En 1780, il n'y en avait plus que 36. En i789,rabbé était, depuis huit ans, Louis Marie Rocourt. Né à Reims le 10 juin 1743, il avait fait ses études à Tuniversité de sa ville natale. Un de ses oncles^qui était prieur d un monastère de bernardins, Tenga^a k entrer dans la vie religieuse. Après avoir eùseigné la théologie à Glairvaux, il en fut nommé procui'eur en 17O8 et prieur en ijjS. Reçu docteor en 1775, il fut choisi par Tabbé Leblois en 1780 pour coadjutcur, et il lui succéda en 1783. Lorsqu'après son élection il eut rhonneur d'être présenté à la cour, la reine, frappée de son extérieur et de la noblesse avec laquelle il portait le costume de son ordre, ne put retenir cette exclamation : « Oh! le beau moine !» Le comte Beugnot, son ami. de qui nous tenons cette anecdote, ajoute :« Dom Rocourt était poli avec les hommes, galant avec les femmes, et avec ou malgré cela, fort bête. Je n*ai jamais pu lui faire comprendre au commencement de la Révolution que c'était fait de lui, de son abbaye et de ses moines, lesquels Tabandonneraient avec toute sorte de joie. Il disposait de trois ou quatre cent mille livres de rente, avait de belles voitures, ne marchait qu'avec quatre chevaux et un piqueur en avant ; il se faisait donner du Monseigneur par ses moines et les gens de sa cour et aussi par ceux en grand nombre qui avaient besoin de lui. 11 gouvernait despotiquement je ne sais combien de couvents dliommes et de femmes qui dépendaient de son abbaye et se plaisait beaucoup à la visite de ces derniers... (i) . Un extérieur aussi heureux lui avait donné la réputation d'un homne supérieur ; il ne Tétait par aucun côté, il avait l'esprit peu étendu, peu ou point d'instruction et pas la moindre prévoyance. Il

(i) Mémoires du comte Beugnot, 1. 1, p. 8u.

LISTB DBS COUVENTS SUPPRIMES 127

regardait comme impossible qu*on renversât rédifice de MÛnt Bernard. Quand il Ta vu renversé sous ses yeux, à peine il a pu y croire (i)x>.

Les religieux de Clairvaux étaient en 1790: Jean Thiérion âgé de 71 ans, ancien prieur et maître de Tinfirmerie, André Le BouUenger, sacristain et archiviste, âgé de 66 «18, Bernard- Marie Brunck, maître des hôtes, âgé de to ans, François Viénot, âgé de 69 ans, Etienne-Xavier Dolard, âgé de 49 ans.secrétaire (2), Louis-Nicolas Laramée, naître des novices, âgé de 56 ans, Pierre Gay, âgé de 44 ■Ds. prieur, Georges Febvre, âgé de 40 ans, Emmanuel- Joseph Mailland. boursier, âgé de 89 ans, Claude-Joseph Thirion, âgé de 87 ans ; François-Joseph Thorel, âgé de 34 ans, professeur, Jean-Baptiste Cavrois, âgé de 2222 ans, Vinot- Jean-Marie Allewaart, grandjchantre, âgé de 35 ans, Eloi- Théodore ClftlMalt, maître des bois, âgé de 36 ans, Gharles-£miiuinii«l David, receveur, âgé de 4B ans, Louis- Fraa^ois Demorlant, Agé de oa ans, Jacques-Guillaume Déair, prf dor de Belleaa, Agé de 64 ans, André Dreux, âgé daSSamay BiichelSchmitz, âgé de 47 ans, et Charles- Joseph , ^Vii^fUiier, Agé de Sj ans. ^ ^

Ovlre ces vingt religieux profès, le couvent comptait neuf frères convers, savoir : François Barbier, âgé de 70 ans , Edmond Boncomprain, âgé de 63 ans, Etienne Maladière, âgé de 5^ ans, Césaire Renard, âgé de 56 ans, Jean Dufour et Michel Beauûls, Tun et l'autre âgés de 55 ans, Charles Thierry, âgé de 5i ans, Jean Taprest, âgé de 65 ans, et Hubert-Bernard Weiwerle, âgé de 64 ans. Il n y avait à Tabbaye qu'un frère donné, £)dmc d*Huimuid, il était âgé de 65 ans ; Charies-Etiennc-Dcuis Louvot, âgé de 34 ans, habitait Belleau à Tépoque de la déclaration demandée par la loi de sécularisation. Un autre religieux, Joseph-Alexandre-Gaudence Uevial, âgé de 5^ ans, habitait également en

(i) Mémoires du comte Beugnot^ t. Il, p. 109.

(a) Lalore, Recherches sur le chef de saint Bernard, p. 33.

iS8 LA SPOLIATION DES BIENS DU CLSROÉ

dehors du district de Har-sar-Aabe (i). Enfin, an firèM donûé, Antoine Gambey.âgé Se 49Ai^Sy avait quitté le oo9» vent en 1787, pour faire une retraite à la Trappe et on pèHh rinage en Italie, sans cesser d'appartenir à la comoM* naaté (2).

Tel était exactement le personnel religieux de riiiii ni|| à la veille de la Révolution.Nombreux étaient les officiel^ citons le prieur, le maître des novices, le boursier» % secrétaire, le sacristain, le maître des bois, le rentier il|| maître des fours, Tarehiviste, le maître de l'infirmerie, Ht* sous-prieur, le maître des hôtes, le portier, le président IB[ le procureur. Les religieux avaient le droit d'élire lei^fcabbé, mais le pape devait confirmer Téiection sur la pNk sentation du roi.

A côté de Tabbaye, il y avait un personnel laie asseï considérable, formant la paroisse Sainte-Anne à laquelle était préposé un des religieux, dom Febvre en 1789. Il y avait aussi un bailli qui était alors le notaire Galle et d*autres ofiieiers de justice, car nombreuses éfaient les affaires occasionnées par les relations entre le cofij^ent et les paroisses dont il était seigneur temporel. Neuf and!â^* domestiques recevaient en 1790 une pension de retraite de Tabbaye.

Le dernier acte des cérémonies de yôture et de profession est du QQ septembre T789.

On dit que, quelques années avant la Révolution, déférant trop aux idées d'innovations qui commençaient à se répandre jusque dans les ordres religieux, l'abbé de Glairvaux introduisit dans son abbaye des changements tant pour le costume des religieux que pour la discipline de la maison, du genre de ceux adoptés à Saint-Germain-

(i) Arch., L. V. i5ia, lias. Le procureur général de Tubbaye, Louis Eloy, originaire de Bar-le-Buc,était décédé à Paris en septembre 1790.

(a) Arch.. L. K. 1/180.

des-Prés en 1^65 et qui tendaient à rapprochier les moines de Tétat des prêtres séculiers (i).

Ces innovations sont-elles un motif suffisant pour accuser Glairvaux d'« avoir abdiqué ces principes austères qui faisaient jadis sa puissance, et les héritiers dégénérés de saint Bernard, solitaires sans sainteté, prêtres sans aaréole » d'avoir subi la Révolution « sans résistance, incapables de reconnaître en eux-mêmes des religieux et presque des chrétiens ? d (2).

D'après]^ tradition, la conduite privée de dom Rocourt n'était pas sans reproches (3). Puissent les épreuves de la Révolution lui avoir permis d'expier les désordres, d'autres diraient les faiblesses de cœur dont sa mémoire reste chargée.

Au point de vue de la régularité, Tabbé de Glairvaux n'était pas davantage un modèle. Il ne présidait la table an.réfectoire que le jour de la fête de saint Bernard, jour auquel se faisaient des distributions d'aumônes aux pauvres et où Ton admettait les bourgeois des environs à dîner.

La Révolution ne trouva pas Tabbaye dans l'état de prospérité qu'on pourrait croire. Les dettes étaient de 117.036 livres 6 sous empruntées pour l'acquisition de la bibliothèque, plus 8197 livres pour achat de marbres de Carrare destinés au tombeau de saint Bernard. En retour, il était dû à l'abbaye 204.475 livres i4sous(4), d'après l'inventaire du 214 m&i 1790.

<x Le i^evenu était alors de 66.000 livres en argent, sept à huit cents setiers jde blé et sept à huit cents muids de vin;

(i) Ami de la Religion, a6 août 1899.

Xa) Vallet de Viriville, Les Archives historiques du dép. de l'Aube, p. 980.

(3) Mémoires du comte Beujpiot, 1. 1, p. 80.

(4) Apch., I. Q. 335, lias. Le revenu général représenterait 555.338 francs de monnaie actuelle, d'après d'Arbois de Jubainville, Etudes 9ur Vétat intérieur des abbayes cisterciennes, p. aSa.

ce revenu en nature augmentait encoi*e quelquefois de la moitié, et cette augmentation seule produisait plus de ao.ooo livres. Les murs de Tenclos avaient près de deux kilomètres de tour; outre les magnifiques bâtiments claustraux, cette vaste enceinte renfermait plusieurs églises, un cellier aussi spacieux que la salle des pas perdus do Palais de Justice de Paris, un pressoir banal, une boulangerie, des carrières, nn four à chaux, une tuilerie, une scierie hydraulique, des moulins à tan et à blé, une tannerie, une infirmerie, une prison, une glacière. L*église formait un beau bâtiment élevé. Tan 1174» P^i* ^^^ soins de Gauthier, évéque de Langres. La bibliothèque était remplie de manuscrits curieux. Les os de tous les religieux à qui saint Bernard avait donné Thabit, regardés comme autant de saints, étaient renfermés dans un caveau, sous Tautel de cette église (i) ».

S*" Mores. Le couvent de Mores, de la filiation de Clairvaux, fut fondé vers ii53 sous le vocable de Notre-Dame» sur le finagc de Celles- sur-Ource.

L'abbé commcndataire en 1790 était, depuis deux ans, Jean François-Marie Lel^appe de Trévern, vicaire général de Langres (12), dont la mense valait 3. 000 livres, tandis que celle du couvent montait à 4 000 livres. Le prieur était François-Xavier-Aimable Dumortier, âgé de 43 ans, prêtre décoré de la croix de Saint-Louis. Les quatre autres religieux s'appelaient Joseph Maudrillon, âgé de 4? R^s, Pierre-François Simonin et Pierre-François Willemot, l'un et Tautre âgés de 4o ans. et Joseph- Laurent Bourriot qui avait fait profession à l'âge de 22 ans, le 6 septembre 1786. Deux anciens religieux, profès depuis 177a, revinrent à l'abbaye en 1790, c'étaient Claude-François Leclerc, âge de 48 ans, qui habitait depuis près de vingt

{i)Bcnoisit Dictionnaire \de géographie. Collection Migne^ t. Il, col. 978, où le nom de Gauthier est écrit Gaate, (2) Arch., L. V. 1568, Uas.

ans le couvent de Morteiner (i) et Claude Percy, âgé de 39 ans, aumônier depuis 1784 du régiment de Berry. Ils accusèrent leurs confrères de dissiper le mobilier de la maison et de leur refuser les aliments pour leur nourriture. L'Assemblée nationale dut, le 5 avril 1790, donner ordre aux officiers municipaux de faire cesser cet abus (q). Les moines de Mores ne regardaient pas Leclerc et Percy comme faisant partie de la communauté, la profession de Tun et de Tautre ayant eu lieu, sans que le couvent en fût informé. Cette espèce de contrebande avait lieu quelquefois, parait-il, àCiairvaux, pour éviter le noviciat de province ou de Citeaux.

De son côté, le prieur, depuis quelques mois seulement entré en charge, se plaignait spécialement de Leclerc qui gardait la clé du coffre des archives et refusait de la lui remettre. Il demanda à la municipalité de veiller ellemême à la conservation de ce dépôt placé dans l'église (3).

La municipalité devant laquelle ces plaintes furent déposées était la municipalité de Celles. Cependant, du moins d'après les habitants de Landreville, c'est sur le finage de cette dernière commune que l'abbaye était située, quoique le directoire de Bar-sur-Seine l'eût attribuée à - Celles. Les officiers municipaux de Landreville présentèrent à l'Assemblée nationale, le 1 1 avril i79o,un mémoire contre ce qu'ils considéraient comme une usurpation. Ils ne se montraient d'ailleurs pas trop exigeants, ils demandaient que les biens de Mores fussent attribués par moitié aux municipalités de Landreville et de Celles (4)

Outre Leclerc et Percy, cinq religieux bernardins étaient affiliés au couvent de Mores, mais aucun n'y fit acte de présence à partir de Tannée 1789 : c'étaient Deni-

(1) Moplemer, (Seine-Inférieure, arrond. et cant. de Neafchàtel-en- Bray).

(a) Arch., L. V. i5oi, lias.

(3)Apch, L. D. aa/25.

(4) Arch., I. Q.3:«6 lias.

132 LA SPOLIAtlON DBS BIENS DU CLBROÉ

sot, prieur et docteur, Agé de 60 ans, résidant an monastère de Beaulieu, canton de Varennes, Hante-Marne; Louis Pellieux, âgé de 5o ans, procureur de la maison de La Faise, diocèse de Bordeaux ; Saudomont, âgé de 4^ ans, à Mortemer; Sillier, prieur curé de Cornay, Ardennes, âgé de 40 ans; Antoine Chappuis, directeur de Tabbaye de filles du Trésor en Normandie, âgé de 34 ans ; et Nicolas Rozet,du couvent de Trois Fontaines, diocèse de Châlonssur-Marne, né le 27 mars ijSi.

L'abbé de Mores payait depuis 1788 une pension de 860 livres à un prêtre du diocèse de Besançon, Charles- François Bachelu, ancien missionnaire, domicilié à Paris, une autre pension de ^3o livres au curé de Villeneuve-le- Roi près-Ghoisy(T) et une pension de 700 livres à Tabbé de Tournefort retiré à Venasque (a).

La mense abbatiale devait aussi la portion congrue de Landreville, 700 livres, et la même somme à un abbé Batanchon (3). La mense .conventuelle avait à sa charge la portion congrue de Buxières.

Un arrêt du Conseil du 8 août 1789 avait ordonné le partage des biens de Mores entre Tabbé et les religieux, pour appartenir les deux tiers à Tabbé et Tautre tiers aux religieux ; mais cet arrêt ne fut pas mis à exécution (4).

Les dignitaires étaient le prieur, le sacristain, le chambrier, l'aumônier et rinfiniiier. Un des religieux avait le titre de desservant et faisait les fonctions curiales pour le personnel laïc de la maison ; il signait « desservant de la chapelle de la porte de Téglise de Notre-Dame de Mores ». Nous le voyous aussi remplir le saint ministère à Thôpital de Bar-sur-Scine, probablement par intérim. La dernière

(i) Arch., L. V. i56o, lias.

(2) Arch., L. V.i5o6 et i56o, lias.

(3)Arch., L. V. i568. lias.

(4) Arch., L. K. V184.

sépultare faite à Mores remonte au 17 septembre 1783. Les dépendances du monastère formaient, avec le hameaa des Granges, une petite paroisse qui comptait onze feux en 1780 ; l'ancienne église de Saint-Benoit, siège de la cure, avait disparu au xviii« siècle et était remplacée par l'église de l'abbaye.

Cet édifice (i), vaste, hardi et bien proportionné, était orienté et avait 57 mètres 70 de longueur sur 35 mètres de largeur (2). Le sanctuaire irrégulier comprenait cinq autels. Les chapelles avaient chacune 5 mètres 3o de largeur et 7 mètres 3o de profondeur. Le maltre-autel se trouvait à l'extrémité du sanctuaire, qui avait i3 mètres de large. Des deux côtés se voyaient, à droite, la chapelle de Saint-Bernard et celle de Saint-Pierre ; à ganche.celle de Sainte-Béline et celle de Saint-Paul. Deux autres autels étaient adossés à deux piliers parallèles faisant saillie de 2 mètres 5o. La nef avait deux collatéraux ; le sanctuaire en était dépourvu. Une flèche élancée surmontait l'église.

Dom Guyton, qui visita les abbayes cisterciennes de la filiation de Clairvaux en 1744» ^^^ ^® celle de Mores : « On voit sur la porte d'entrée, faite du temps de dom Foyot, les armes de la maison qui sont trois têtes de Maures. On les voit aussi en d'autres endroits, entre autres sur le haut de quelques piliers de l'église, au septentrion, crosse et mitre au-dessus... Le portail de l'église est l'ancien, bien voûté, de la largeur de l'église. L'église est grande, belle et élevée. Au-dessus de la grande porte d'entrée est une galerie dans l'épaisseur du mur qui communique aux deux côtés de l'église. Elle est très malpropre, occupée dans la nef par de vieux bois en poutres et autres, des tonneaux neufs. Derrière les places de M. l'abbé et de

(i) R. L., t. m, p. 257, et Rouget, Histoire de Bar-sur-Seine, p. i3o. (2) D'après Arch., i Q. 332» lias., la surface couverte; par l'église était de Si cordes, soit un peu plus de i3 ares.

dom Priear, il n'y a ni autel ni chapelle, mais deux vieux tableaux en pièces.

« Le chœur est antique et malpropre ; il y a qoatone sièges de cliaque côté, non compris les quatre du dossier... Il y a quatre cloches dans Téglisc. Dessous et au pied du presbytère trois tombes de iront, sur lune desquelles on lit: Monseigneur de Chacenay; une autre plus bas, tirant au chœur, où les religieux assistent en couiies blanches à la messe et eu scapulaires et chaperons noirs aux autres ofBces. Ils ne se trouvent pas beaucoup fatigués de se lever à six heures pour aller à Téglise réciter matines, même eu toute saison.

« Derrière le grand autel est la sacristie, fort malpropre et mal assortie. De l'ancieune sacristie, qui est belle et bonne, on a lait un des beaux fruitiers qui se voient, qui n'a pas d'autre entrée que par Ta ne it* une })orte au-dedans de Téglise, car j'en ai vu tirer et porter par Téglise des fruits et des bouteilles de vin qu'on y met dans le sable. Dans la nouvelle, on voit une belle aueienne croix d'argent processionnale, négligée, car elle est comme noire ; un petit reli(|uaire d'argent, crasseux..,

« Le dortoir est passable, mais les cellules sont mal meublées et il n'y a pas de lieux nécessaires... Lescloitrca sont jolis, voûtés hors-d'(euvre et soutenus par de bons piliers... Le chapitre est joli, voûté, à deux piliers; on en a fait une vinée, il est plein de cuves et de tonneaux... L'armoire, où anciennenicnt les religieux conservaient leurs livres pour leur lecture qui se taisait en commun dans le cloître, est un endroit voûté dont on a fait une dépense, d'où on entre dans un cabinet bien obscur qui a une petite lucarne sur le cloître.

« Les religieux de Mores conservent encore plus de six cents pièces de vin dans dillérentes caves de M. le Commendalaire, toutes belles et bien voûtées. Dans leur jardin ils ont un colombier, un grand et un petit réservoir. La communauté de Mores a droit et est dans l'usage de

députer un d'entre eax, c'est ordinairemeat le prieur, aux Etats de la province de Bourgogne, qui se tiennent tous les trois ans dans la ville capitale, Dijon... Il y a du linge fort propre, même damassé, pour la table des hôtes, trois services complets. Mais le grand et seul autel de Téglise en manque, môme du commun, aussi bien que de propreté... Les femmes de ménage entrent dans Tintérieur de la maison (i). »

Quand des religieux, voués par profession au service de Dieu, se rendent coupables d'une si grande négligence pour l'entretien de leur église, est-il étonnant que leur bibliothèque soit dans un état lamentable ? Leur cœur est sans goût pour les choses divines ; leur esprit n'en a pas davantage pour les lettres. Cette incurie, c'est à Mores surtout qu'elle nous apparaît, de l'aveu même des tristes descendants de saint Bernard. C est encore dom Guyton qui rapporte, dans son voyage, l'état dans lequel il trouva la bibliothèque du couvent. Les livres s'y perdaient par la poussière et l'humidité et encore un peu, parchemins antiques, manuscrits rares et originaux, la plupart sur vélin, ne seront propres qu'à allumer le feu. Les moines en conviennent « plutôt à leur déshonneur », et ils les cèdent volontiers pour l'abbaye de Glairvaux, où on en aura sans doute plus de soin.

6** Larivour. Ce monastère eut pour fondateur, de Ii35 à ii4o, Aton, évêque de Troyes. Il était placé sous l'invocation de la Sainte Vierge et avait pour abbé commendataire, depuis le 23 mars 17^8, François-Camille de Duranti de Lironcourt évêque de Bethléem, dont les revenus comme évêque n'étaient que de 976 livres (a), auxquels il faut ajouter ceux du prieuré de l'Ile d'Ars au diocèse de Vannes, montant à 5oo livres, ceux du prieuré de Saint-Jean de Bion, au diocèse de Chartres, valant

(i) B. N., Ponds Français, a3.474, ^oi* ^^* (a) Arch., L. V. iS36, lias.

136 LA SPOLIATION DBS BIBN8 DU CLBROÉ

a.576 livres 6 sons, et une pension de i.5oo livres sur Tabbaye de Loos en Flandre.

Le prieur Jean-Bernard Vautier, âgé de ^5 ans, le procureur Philippe Manesse, kgé de 44 ^^s» Jean-Baptiste Ecureux, Agé de 63 ans, Jean Lochet, âgé de 56 ans, Jacques-Georges Quillery, âgé de 33 ans, dépensier, et Christophe Hémelot, âgé de d6 ans et récemment ordonné prêtre à Paris, composaient tout le personnel de Tabbaye. Le prieur avait le titre de vicaire général de la province de Champagne.

Les recettes pour Tannée 1790 furent de lo.oaa livres

3 sous 7 deniers et les dépenses, de 6.3ii livres i*j sous

4 deniers. L'année précédente, Tabbaye avait fait pour 337 livres 10 sous d'aumônes, non compris di6 livres i3 sous versées à une œuvre de charité et les sommes dépensées pour les réparations des églises de Bouy- Luxembourg, 11 7 livres 10 sous, de Thennelières, 7:1 livres, de Laubressel. Enfin, les moines ayant trouvé un mendiant dans la plus grande misère l'avaient ramassé, vêtu et nourri, d'où un surcroît de dépenses de 3d livres la sous.

L'abbaye payait une pension de i.qoo livres à Pierre Guérin du Rocher, ancien jésuite du diocèse de Séez, employé dans les hôpitaux de Paris (ij.

La tradition rapporte que les moines, s'ils sortaient trop souvent de leur couvent et oubliaient leur devoir d'édifier le pays, étaient cependant très exacts à célébrer chaque jour leurs ofiices.

Leur église avait été bâtie en briques, coumie le cloître lui-même. On y voyait plusieurs tombeaux élevés au XIII* siècle à la mémoire de pieux bienfaiteurs. Ce qu'on y admirait surtout, c'était le retable de l'autel en jaspe de Venise, représentant la vie de saint Joachim et celle de la Sainte Vierge, et duquel le célèbre Girardon disait que

(I Arch., L. V. i5aS^ lias.

certaines figures ne seraient pas payées leur pesant d'or. Ce retable, ouvrage de Jacques Juliot, sculpteur troyen, datait de i54o.

L'église de Larivour possédait, connue principales reliques, les ossements de Jeanne la Recluse, dont la vie est inconnue. On y voyait une descente de croix qu*on disait être de Raphaël (i).

L'abbaye était exempte de visite et de procuration de révéque, mais elle devait le recevoir (a).

y ScBLLiÈRES, de la filiation de Pontigny, paroisse de Romilly-sur-Seine. L'année 1167 vit les commencements de Tabbaye de Seellières qui avait pour abbé commendataire, depuis le 7 août 1755, Alexandre- Jean Mignot (3), simple clerc tonsuré, neveu de Voltaire. Le prieur était dom Malot, absent depuis près d'un an ; les autres religieux étaient François-Joseph-Udalric Meunier, procureur, âgé de ^o ans, et Jacques-Louis Decan, âgé de 62 ans. Un autre moine, Nicolas-Pierre Prieur, avait quitté la communauté eu 1786 et s'était retiré à Passy- Grigny, d'où il se transporta à Nogent le 12 janvier 1791, pour faire sa déclaration relative à la vie commune. Il devint curé des Grandes- Loges, près de Châlons-sur- Marne. Le Père Herman, professeur à l'abbaye de Gercamp, au diocèse d'Amiens, appartenait aussi à la maison de Seellières (4). Les propriétés de l'abbaye étaient assez considérables ; elles comprenaient 124 arpents de terres

(i) C, t. UI, p. loi, où Tannée //^6* est pour celle de /a^'ô'.

(a) On appelait procuration une certaine somme d'argent ou une quantité de vivres qu'une église devait fournir aux évèques ou aux autres supérieurs dans leurs visites.

(3) Nous ne savons pourquoi on donne ordinairement à l'abbé Mignot le prénom de Vincent. Jean-Alexandre, lils de Pierre-François Mignot et de Catherine Aronet, de la paroisse Saint-Paul de Paris, fut tonsuré à Troyes le 21 septembre 174^- ^ porte aussi les prénoms de Jean- Alexandre dans le procès-verbal de l'inhumation de Voltaire (Œuvres inédites deGrosley, t. II, p. 4^)«

(4) Arch., L. K., 1/191.

138 LA SPOLIATION DBS BIENS DU CLBBGÉ

labourables, Siii arpents de pré et nn'j arpents de bols. En 1790, les revenus de l*abbé montèrent à 4*9<^ livres, outre la part qu'il avait dans ceux du monastère qui furent de 11.596 livres i3 sous 4 deniers (i), mais, de cette dernière somme, il convient de déduire 3oo livres pour l'acquit des charges claustrales. L*abbatiale se trouvant inhabitable, labbé était obligé de louer un apparte* ment dans l'intérieur du monastère.

L'église, sous l'invocation de la Sainte Vierge, ne mérite une mention que pour avoir servi de sépulture au coryphée du philosophisme qui y tut inhumé le !i juin 1778, contre les règles de l'Eglise.

S*» La Piété-les-Ramerupt (2), de la filiation de Clairvaux. D'abord couvent de (emmes, puis couvent d'hommes, cette maison, fondée en 1229 sous le vocable de la Sainte Vierge, avait pour abbé, en 1790, Pierre-Gaspard Pierre de Velfrey, prêtre, religieux profès, nommé par le roi au mois d'octobre 1787, et âgé de 43 ans. Parmi les quatre moines, l'un était tombé en démence, c'était Antoine* Joseph Desprcz, âgé de 5o ans, sacristain ; les autres s'appelaient Jacques Gaubaux, t\gé de 4B ans, François- Régis Cattez, ûgé de 3i ans, et François-Louis Caltot. du môme âge, dépensier. Doni Cattez remplissait les fonctions de procureur et desservait le prieuré de Dampierre. La communauté fut dissoute le 19 décembre 1790 (3).

(i) Arcli., L. V., i.5o4, lias. Dans sa notice sur Notre-Dame de Seillièrcs, M. Le CAeri écril Caiiys au lieu de Decan, Passy-tirégny au lieu de Passy-drigny, Munier au lieu de Meunier; il indique le II aoûl pour date de la prise de possession de l'abbé Mignoi (le Il août est la date de rinsinualion de l'acle). Dans l'An. A. de 1875, M. A. Habeau do. me le chilfre de iu4 arpcnls de terre, tandis que M. Le Clerl en indique 184.

(a) El non La Pitié, comme l'indique le Dictionn, topog de l'Aube ^

(3) Arch., L. V., i5i4. bas. Le dernier prieur connu fut le frère Lépousé qui assista, le 9 janvier 1788. à la prise de possession de Tabbé.

Les revenns pour 1790 roontèrent à 5.o3o livres i4 sous et les dépenses à d.53o livres 6 sous.

III. — L'Ordre des Capucins, fondé en iSaS, avait pour supérieur général, en 1790, le Père Erhard de Rackerbourg-Rackasbourg en résidence à Rome. L'ordre comptait trois maisons dans le département de l'Aube ; elles faisaient partie de la province de Paris.

g^ Capucins de Troyes. Le monastère des Capucins de Troyes fut établi en 1610 au faubourg Croncels, où une rue a conservé longtemps leur nom. L'église était placée sous Tinvocation de sainte Mâthie et de sainte Hélène. La propriété occupait une superficie de cinq arpents d'un seul tenant (i). Composé d'abord de trente religieux, puis de huit seulement dont deux frères convers en 1790, le couvent avait pour gardien Philippe-Antoine Risbourg, dit Père Philippe de Bouchain. âgé de 5a ans ; les autres moines étaient Jacques-Philippe Moyniez, dit Père Timothée de Saiut-Pol, âgé de 55 ans, Louis La Fournière, dit Père Armand de Bar-le-Duc, âgé de 5o ans, prêtres tous les trois. Les autres profès étaient Jacques-Louis- Joseph fiailleul, dit Père Léon de Bouchain, âgé de 28 ans, Germain-Joseph Darquanne, dit Père Rigobert de Cambrai, âgé de 37 ans. Les frères lais s'appelaient Jean- Charles Dubord, dit frère Félix de Meaux, âgé de 68 ans, Barthélémy Flamant, dit frère Barthélémy de Bapaume, âgé de 39 ans, et Nicolas Poichet, dit frère Jean-Baptiste de Châtillon, âgé de 41 ans. Le Père ïiraothée desservait la paroisse Saint-Gilles depuis deux ans.

10® Capucins irlandais de Bar-sur-Aube. Ce fut en 1686 (a) que les Capucins irlandais remplacèrent à Barsur-Aube les Capucins français envoyés par le roi dans le

(1) Apch., I. Q., 344, lias.

(2) L'installation remonte à Tannée 1686, dit Chevalier, Histoire de Bar-auT'Aube, p. 62 ; la date de 1664 est donnée par Baugier, Mémoires historiques, t. II, p. 181. R. L. adopte celle de 1684 (^* L., t. m, p. aa3).

couvent de Charleville. Ils formaient comme une pépinière d*où sortaient des ministres catholiques pour la malheureuse Irlande opprimée pour la foi i). Les huit religieux étaient, en 1790, frère Archange 0*Ginnivan, âgé de 37 ans 10 mois, gardien ; frère Eugène 0*Daly, dit Père Eustache, âgé de 5o ans 10 mois, ex-provincial et supérieur ; frère Edmond Burk, âgé de 70 ans 6 mois, ex-provincial ; frère François 0*Donovan, âgé de 27 ans 6 mois ; frère Clément Murray, âgé de 38 ans 6 mois, ex-provincial ; frère Constantin- Jacques Saint-AIban O'Léhy, âgé de aS ans 2 mois ; frère Dominique Fitisimmons, âgé de 27 ans 9 mois ; frère Antoine O'Cahil, âgé de ni) ans «j mois. Outre ces religieux qui étaient seuls présents à IJar-sur-Auhc le aa décembre 1790, le couvent en avait quatre qui remplissaient par intérim le ministère pastoral à la campagne : Michel Gillaspie, dit Père Thomas, Agé de ()() ans 3 mois, défmiteur ; Casimir Nulty, dit Père Patrice, ùgé JViivirou 38 ans : Térence O'MuUan, dit Père Charles, Agé de 4<> ans 5 mois, et Michel Murphy, dit Père Jean - Chrysostùme. Us avaient pour frères coadjuteurs : Joan-Haptisle Bavard, âgé de 58 ans 4 mois ; Simon Forgool, Agé de Î27 ans a mois ; llemi Riot, dit frère Séraj)hin, Agé de 29 ans (u), novice en 1790, et un frère donné, Jacques Jeudi, originaire de Thil, âgé de 59 ans.

Le noviciat ne durait (|u'un au ; il n'y avait pas eu de profession depuis 1785, mais seuleuient deux cérémonies de prise d'iiahit en 178;") et en 1786.

IJu religieux, André Xugenl, avait lait profession au couvent de Bar, le Î24 sepleuil>re 17(30 ; comme les registres de la maison ne uieutiouniMit pas sa présence dans les trois dernières années, nous pcusoiis qu'il n'en faisait plus partie ; cependant il reviendra plus tard à Bar-sur-Aube exercer le culte dès son rétablissement.

(1) R. L., t. III, p. ao3.

(a) Arch.. L. V., i5;3, lias, et L. K., 1/180.

L'accord ne parait pas avoir existé entre les religieux en 1790. Le 25 juillet, six d'entre eux se plaignirent à la municipalité du Père Archange et du Père Patrice, nous ne savons pour quel motif. L'assemblée municipale décida de les entendre contradictoirement : mais TAssemblée nationale trancha la question en litige par un décret du a8 octobre. Le rapporteur, Chasset, avait mentionné au nombre des vingt-huit établissements faits en France par les Anglais, les Ecossais et les Irlandais, le couvent des Capucins de Bai'-sur-Aube. « L'institut de ces maisons, dit-il au nom du comité, ne permet d'y recevoir que des personnes de la même nation et les maisons religieuses sont, comme celles séculières, destinées à l'éducation et à renseignement des enfants des catholiques des trois royaumes. Les prêtres séculiers et les religieux y font en outre des missions continuelles. » C'était le cas du couvent de Bar. L'Assemblée porta à leur sujet le décret suivant :

« Article I. — Les établissements d'étude, d'enseignement ou simplement religieux, faits en France par des étrangers et pour eux-mêmes, continueront de subsister comme par le passé sous les modifications ci-après.

« Art. il — Ceux des dits établissements qui sont séculiers continueront d'exister sous le même régime qu'ils ont eu jusqu'à ce jour, sauf à y faire par la suite les changements que les lois sur Téducation publique exigeront.

« Art. III. — A l'égard de ceux qui sont réguliers, ils continueront d'exister comme séculiers et à la charge par eux de se conformer aux décrets de l'Assemblée acceptés ou sanctionnés par le roi sur les vœux solennels.

« Art. IV. — Tous continueront de jouir des biens par eux acquis de leurs deniers ou de ceux de leur nation comme par le passé (i). »

Les Capucins de Bar-sur-Aube se trouvaient supprimés par ce décret et ils partageaient le sort fait aux autres

(I) A. P., t. XX., p. 69.

142 LA SPOLIATION DBS BIENS DU CLEBOÉ

religieux du royaume : ils se séparèrent dans les premiers jours de 1791 ; quelques-uns seulement continuèrent d'habiter Bar-sur-Aube. où nous les retrouverons au cours de notre récit.

ii<* Capucins de Nogent-sur-Seine. Une maison de Capucins fut établie à Nogent-sur- Seine en i633 par Claude Bouthillier «le Chavigny, surintendant des finances, grand-père de l'évéque de Troyes, du même nom. Elle comptait, en 1790, six religieux, dont deux convers. André Matras, dit Père Donat, âgé de 44 ^^^> remplissait depuis peu de temps la charge de gardien qui. Tannée précédente, était occupée par le Père Pacifique de Paris (i). Ses confrères étaient Claude Gauche, dit Père Anselme, âgé de 5i ans, vicaire ; Quentin- Félix Melet, dit Père Jeau-Chrysostôme, âgé de 56 ans ; Charles Tardy, dit Père Aurélien, âgé de 39 ans. Les deux convers ou frères donnés étaient Nicolas Colot, dit frère Jacques, âgé de 33 ans, et Pierre Leclerc, dit frère Séraphin, âgé de 229 ans (a).

IV. — L'Ordre des Chartreux, fondé en 1086, avait pour supérieur général à la Révolution dom Hilarion Robinet, qui résidait à la Grande-Chartreuse dans le Dauphiné.

12° La Chartreuse de Troyks appartenait à la province de France. Klle fut fondée en 1315 par Pierre de Moussey sur la paroisse de Saint- Jeun-dc-Honne val, ensuite transférée sur le territoire de la paroisse de Saint- André, puis,en i6aG, à rextréinité de la paroisse succursale de Saint-Gilles. La Révolution y trouva sept pères et cinq frères lais. Les religieux profès étaient Jean Andrieu,(lit doin Maurice, âgé de 61 ans, prieur ; Louis Revol, dit aussi dom Maurice, âgé de 49 ans ; Mathias Uaud. frère Augustin, sacristain, âgé de 3(i ans; Paul Timothée de SersdeGensac,dom Jean-

(i) Almanach de la ville et du diocèse de TroyeSf 179U. (a) Arch.,L. V., 1696, lias.

Marie, âgé de 4^ ans; Jean- Joseph Gonet, frère coadjateur, âgé de 70 ans ; Jean-Baptiste Juillet, frère Antoine, âgé de 66 ans, et Paul Arnaud, dom Ambroise, âgé de 5a ans, qui se retira dans sa famille pour cause de maladie, le aj mai 1790. Les autres religieux étaient trois frères donnés : Nicolas Talon, dit frère Etienne, âgé de 53 ans ; Nicolas Larjot, dit frère Jean-Baptiste, âgé de 4^ ans, et François Pellerin, âgé de 58 ans, et deux frères oblats : Jacques Prin, âgé de 65 ans, qui avait la charge de dépensier, et Jacques Moine, âgé de 79 ans.

Les recettes de la Chartreuse furent, en 1790, de 1 3.950 livres 4 sous 3 deniers, et les dépenses de i3.3i3 livres 18 sous 6 deniers.

V. — L'Ordre des Gordeliers, dits aujourd'hui Mineurs conventuels, fondé en i2o5, avait pour supérieur, en 1790, le Père Barbarigo, qui résidait à Rome au couvent des Douze Apôtres. Les maisons du diocèse de Troyes apparnaient à la province de Champagne.

i3o Les Cordeliers de Troyes. Ils furent établis en i!i37 par Thibaud IV, comte de Champagne ; leur église, achevée en iî263, sous le vocable de saint Jean l'Evangéliste et de sainte Madeleine, formait un édifice long et étroit ; une seule partie du collatéral, celle du midi, était voûtée, et la grande nef, lambrissée en forme de berceau. Elle renfermait une chapelle non fondée de Saint-Crépin, siège de la confrérie des Cordonniers de Troyes. Le jubé en pierre, d'ordre dorique, était très bien composé, quoique un peu trop chargé d'ornements. La salle de l'importante bibliothèque comprenait cinq arcades voûtées et bien éclairées ; elle s étendait au-dessus d'une longue galerie vitrée précédant le cloître. La ville la réclama, dès qu'il fut question d'inventorier le mobilier des maisons religieuses (i).

Le vaisseau de la bibliothèque s'éleva en môme temps

(i) An. A., 1895, p. 37.

141 La spoliation dis Bisifs du clergé

que la chapelle de la Passion, dont les premiers fondements furent jetés en 1476. Le plan de cette chapelle était un carré long formant une seule nef divisée en cinq travées. Chaque travée répondait an midi à une arcade en ogive dont la première à gauche, entièrement ouverte, servait d*entrée principale.

Les contreforts extérieurs étaient décorés de niches peu profondes que terminaient des clochetons délicatement travaillés et ornés de fleurons ; au bas des niches on voyait, groupées en forme de culs-de-lampe, des figures grotesques de vieillards et de démous qui portaient autrefois des statues de saints, de deux mètres trente de hauteur (i).

L'intérieur de la chapelle se faisait remarquer par son effet pittoresque et par la pureté des courbes que formaient les arêtes des voûtes ; la retombée de ces courbes était soutenue par des colonnes avec chapiteaux ornés de sujets de Tancien et du nouveau Testament et de figures de vieillards vêtus de longues robes et tenant des rouleaux à la main, la plupart coilTés de bonnets en forme de turbans.

Les clefs des voûtes portaient, sculptées en relief, des allégories sacrées et des armoiries peintes et dorées. Aux intersections des nervures de la voûte centrale à double pendentif, on voyait cinq médaillons, dont les plus petits, en forme de trèfle, étaient ornés des figures assises des Pères de TEglise.

Au-dessus de Tautel en pierre, peint et doré, un basrelief représentait Jésus-Christ mort au pied de la croix et environné de la Sainte Vierge, de saint Jean, de sainte Madeleine et d'autres personnages en larmes.

Le pavé de la chapelle était composé, en général, de petits carreaux de faïence d'un rouge brun avec des fleurs

(1) Arnaud, dans son Voyage archéologique et pittoresque^ p. I05-III, donne une ample description du couvent des Cordeliers.

de lys et d^antres ornements. On y voyait, en ontre, plusieurs tombes gravées en creui^, entre autres celle des frères Pithou.

Le bâtiment des religieux n'avait de remarquable que le réfectoire, vaste salle carrée avec plafond en planchettes, soutenu par deux rangs de colonnes élégantes dont le chapiteau était doré et le fût d'une seule pierre. C'est là qu'autrefois se tenaient les assemblées des échevins de la ville.

Il ne restait plus que dix-huit religieux en 1768, et dix, y compris deux convers, en 1790. C'étaient Antoine Germain, provincial, né à Saulx le aS mars 174s ; Jean- Joseph Dequesne, né à Yenelle-Saint-Denis le a mai*s 174^; Jacques- Louis-Marguerite Garnesson, né au Quesnoy le 11 mai 175T ; Etienne - Martin Gâtez, né à Saulx le 11 novembre 1769; Pierre- Jacques Leclerc, né à Reims le 4 novembre 1743, attaché au service de l'Hôtcl-Dieu et bibliothécaire ; Jean-Baptiste Lopin, né à Reims le 19 août 1744 ; Jean-Baptiste Guilbert, né à Evergnicourt le 5 août 1787, chapelain de Notre- Dame-aux-Nonnains et gardien du couvent, et Pierre Cretté, né à Chaumes le 2*3 décembre 17 18. Les frères étaient Claude Henry, âgé de 60 ans, et René Perrin, ftgé de 48 ans.

Rarement la communauté se trouvait au complet, les Pères remplissant fréquemment le ministère paroissial à la place des curés malades ou absents. L*évéque, internée en 1769 par la fameuse Commission des Réguliers, avait rendu un témoignage tout en faveur de ces religieux, à cause des services que recevaient d eux les paroisses rurales (i) et à Toccasion desquels la Chambre ecclésiastique leur paya i5o livres en 1787 (a). Us restèrent chargés

(i) Gérin, Les Monnaièrea franeiacaina et la Commisaion dea Réguliera, 1876.

(9) Arch., G. »I9, lias.

iO

146 LA «FOLIATION DEC .BIBN8 DU ÇLKROÉ

de la chapelle du Paiaisjusqa'à ce qoe, le ai août ijS4,jfe caré de Sainte^Madeleiae Teût fait interdire par révêqae PoQcet, parce qu'elle était ea mauvais état, dépoorTue :d'ornemeQt8, qu*oa Q^avait pas la permission dY;dire la messe et qu'on ignorait même si elle était régulièremeat érigée (i). :

i4^ Lbs CoRixBLiBRs D*ÂRGis-8UR-AuBB. Le coavent 4*Arcis remonte à une époque inconnue (a). Il ne comprenait, en 1790, que deux religieux : le gardien Jacquet Camus, âgé de 53 ans, et François Viney, âgé de 5i ans, ancien gardien. La maison, située dans la rue de Troyes, ne pouvait contenir que quatre religieux et il n'y en avait jamais eu un plus grand nombre.

Les recettes pour 1790 furent de 1.171 livres 6 sons, et les dépenses de SOa livres 10 sous 9 deniers (3).

i5* Les Gordbliers de Bar-sur-Aube. Fondé en ia83 (4), le couvent de Bar-sur- Aube comptait, en 1790, quatre religieux : Pierre-Joseph Arnoux, gardien, âgé 4e 65 ans ; Charles-Joseph JuUien, âgé de 4^ ^ns ; Antoine ■ Dallerey, âgé de 29 ans, et le frère convers Antoine Henry, âgé de 27 ans (5). - [\

Lç Père Dallerey envoya, le 3 juillet 1790, un iiMSmpi)re

. au district 4c Bar-^ur-Aube pour se plaindre des mauvais

traitements de son supérieur, mais Taffaire n*eat [Mis de

suite De Téglise du couvent nous ne savons qn*ane

chose : c'est qu'elle était sous le vocable de saint Jeat)i-

- Baptiste. Elle servit, le 19 juin 1790, à la première asseqi-

(i) Ms. :j3i:, Biblioth. de Troycs.

(a) G. a laissé en blaoc dans sa Topographie la date de réiabllssemeiit de ce couvent.

> (3) Arch., L. X., 1/175. .

(4) Et non en 1284, comme dit Lalore.

(5) D'après An. A., 1837, les Cordelicrs s'appelaient Quillard^ Laqaille.el Qaillardet. Nous n'avons cencontré nulle part cesxtoms baroques, qui nous ont tout à fait Tair d'être trois^ sobriquets âf carrefoor. . . . , ,,^^ ;

U^TE P«9 i:OUYBNTS $.UPJPItIMjB8 ZHl

Uée du district (i). Diaprés le dernier compte, , ic^s dépenses dépassaient les recettes de 76 liTres a sous.

■ VI.— L'Ordre des Dominicains, Frères préchenrs ou Jacobins, fondé en laiS, avait, en 1790, pour supérieur général le Père de Guignonès en résidence à Rome, au monastère de la Minerve.

16^ Le couvent des fils de Saint-Dominiqub a Trotes

~fut établi vers Tan laaa. Il appartenait à la province de Paris et compta cent religieux pendant quatre siècles. Il

-n'y en avait plus que huit en 1768 et quatre en 1790, savoir : Claude-François Noirot, prieur et docteur de Sorbonne, âgé de 4^ ans ; César-François Dargelos, prédicateur général de l'ordre et sous-prieur, âgé de 7a ans ; Pierre Margery, procureur syndic, âgé de 48 ans, et Pierre Fournerot, âgé de 3g ans.

Depuis 1766, le couvent, situé primitivement à l'extrémité de la rue Saint-Paul, était transféré dans la rue du Bourgneuf, dans l'emplacement actuel du Palais de Justice.

On admirait, à l'entrée de l'ancienne église, la statue de saint Dominique et, dans le chœur, des chaises d'un travail exquis ; la bibliothèque renfermait de remarquables vitraux, ainsi que plusieurs bustes et autres

- pièces de sculpture (q).

Le monastère avait en bien-fonds un revenu de 5.654 livres ; les rentes actives n'étaient que de 6711 livres ; les dettes actives montaient à i.î2'j3 livres la sous ; les rentes

' passives s'élevaient à 3.914 livres a sous.

VU. -r- L'Ordre des Chanoines réguliers de la Congrégation dé France, fondé en 1148, ^vait pour supérieur génértil RouBselèt, abbé dé Sainte-Geneviève, qui résidait à Paris. La ville de Troyes comptait deux maisons de cet ordre, Tune et l'autre de la province de Champagne.

(i) Arch., L. p.,3/14.

(a> Baiigier» MérMireshiêtorigue^, t. ll,jp>. 19^ . .. -

148 LA 8P0UAT10N DBS BIBN8 DU CLIBOi

i;« SAiNT-MARTiN-is-AiRS8. Ed isaQ, 8«iiit Loois Yenail de faire bâtir à Paris Téglise de SaiQte*Gatheriiie-de*la Couture, qui, depuis, fut uoniDiée égii&e du Val-des-Booliers ; il y choisit quelques religieux, les envoya à Troyes et leur donna la conduite de Tabbaye de SaiQt*>Mariin-ès- Aires, élevée sur le tombeau de saint Loup. Ils n'étaient que trois en 1790 : le prieur Louis-François Labonret, ftgé de 53 ans ; Philippe Duserdon, ftgé de 69 ans, et Claude- Nicolas Guillaume, ftgé de a8 ans (i).

L*abbé commendatairc nommé pur le roi était Henri de Chambre d*Urgous, qui fut sacré évéque d'Orope en 1788. Il avait pris possession de Tabbaye le 214 décembre 1787, étant grand archidiacre de Metz.

L'entrée du chcrur de Téglise était ornée primitivement d'un jubé en bois,qui fut remplacé en 1760 par une tribune d*un goût plus moderne. L église avait des orgues, une tour, deux clochers. Elle mesurait ^1 mètres 5o de long sur la mètres 5o de large. La porte principale s'ouvrait sur la rue Saint-Martin-ès-Aires et introduisait sons nn vestibule de 5 mètres de long. La nef, moins longue que le chœur, avait deux bas-côtés, moitié moins larges qu elle. Quatre piliers supportaient les voûtes de chaque côté. Le bas-côté droit avait, presque à la hauteur dn chœur, une porte qui s'ouvrait sur le cloître. Quelques chapelles rayonnaient autour du chœur. Celle de sainte Maure était séparée de celle de saiut Vorles par un contrefort. Le trésor renfermait des reliques de sainte Maure, de saint Martin, de saint Sébastien, de saint Vinebaud, de saint Jacques le Majeur et de saint Vorles.

L'ahbavc possédait beaucoup de biens dans le canton actuel de Flogny (Yonne). Le revenu était, en 1789, de.

(I) L'abbc Dcfer. Histoire de SainUMartin-èS' Aires, p. 119, dit que Lobourct avait, en 179J, 54 ans. Or, ce religieux était né en 1737. Il écrit Ducerdon au lieu de Duserdon. Nous répondons . plus loin à sa question sur oe que devinrent ces religieux.

U8TX DBS COUVENTS SUPPRIMÉS 149

14.190 livres, charges non déduites (i). Le dernier compte de la mense conventuelle porte les recettes à 4*7 1^ livres t5 sous. L'évéque y avait le droit de visite (a).

i8» Saint-Loup. Elevée au ix« siècle, Tabbaye de Saint- Loup reçut des chanoines réguliers de Saint-Augustin en ii35. Gomme Saint-Martin-ès-Aires, elle fut réformée au XVII* siècle par la Congrégation de France sur Tordre du Pape et du roi. Son dernier abbé commendataii*e, nommé en 1789 par Louis XVI, fut Philippe- Auguste de Ronanlt d'Assy (3), chanoine de Saint-Pierre, licencié en droit civil et canonique (4).

Les religieux étaient au nombre de cinq, quatre prêtres : Pierre-Régis Nublat. âgé de 34 ans, prieur; Jean-Dominique Bezassier, âgé de 711 ans ; Joseph-Jean-Baptiste Vignon, âgé de 35 ans, secrétaire ; Benjamin-Isidore Leclerc, âgé de 3o ans, et Jacques-Gui Maheu, âgé de 59 ans, clei*c minoré.

Les chanoines de Saint-Loup avaient quitté, en i^^a» le bréviaire romain pour adopter le bréviaire troyen que Tévéque leur imposa.

Les revenus montaient à la.ooo livres. A elle seule la mense abbatiale valait, en 1768, 5.5oo livres.

L'église datait du xv« siècle. La flèche du clocher passait pour être une des plus belles de la ville. Les quatre cloches s'appelaient les Andoillettes. Les orgues et les vitraux étaient renommés. Il y avait une chapelle de Saint- Grépin qui servit, pendant quelques années, de lieu de réunion à la corporation des cordonniers et savetiers de la ville de Troyes.

Les marguilliers, les officiers et les domestiques de Tabbaye formaient une petite paroisse dont le prieur était

(i) Aroh., L. V., 1594, lias, (a) B. C, % XIX — i:^.

(3) On donne quelquefois au dernier abbé de Saint-Loup le nom de Rouault de Ga mâches.

(4) Il n'est pas mentionné dans La France pontificale de Pinqnei .

i5& LÀ SFÔUAriÔN 0SS ftlBffTB BIT CLBROt

le curé. L*abbé nommait à une prébende de Saint>BtienM: et aux cures de Laines-anx-Bois, de Maripiy^ de Bncey, de Blaincourt. de Lusigny, de Molins, d*Auxon et de Longsols. Il conférait aussi les prieurés de Chalette et de Saint- Vinebaud. L'évéque avait droit àc. visite et de pro-. curation à Saint-Loup. ...

Un des chanoines avait la prébende de Ghantemerle," depuis la suppression de cette abbaye (i).

YIII. — Les Trinitaires ou Mnthurins. Lee chanoines Réguliers de Tordre de ia Sainte-Trinité ou -*^ Mathurinr fondé en 1198 avaient pour grand-ministre, en 1790, M.Chauvier. Ils comptaient trois maisons dans le département, en comprenant celles qui avaient appartenu -4 Tancien diocèse de Langres.

JQ"" La Trinité Saint-Jacques. Le comte de Champagne, Thibaud V, établit, en iq6o les Mathurins dans Tancien prieuré de Saint-Jacques, au faubourg de ce nom. En 1790, le prieur était Jean-Baptiste Mauehe (u), âgé de 53 ans; et les religieux, tous jeunes : Claude-Antoine Boigey, âgé de 3o ans ; Jean-Baptiste Humbert, âgé de 3i ans; Bénigne-Victor Parvy, diacre, âgé de q4 ^^^ seulement, et Jacques Ride, clerc tonsuré, âgé de q3 ans.

Le premier auin(>nicr de riIôtel-Dicu, François Bertrand, âgé de 38 aus, appartenait aussi, nous Tavons dit» au couvent de Saiut- Jacques. Huit monastères de l'ordre avaient, en 1790, des religieux de la maison de Saint- Jacques qui y remplissaient diverses fonctions ou y laisaieut leurs études. Ils furent signalés comme absents ; parmi eux figure un troyen, Nicolas-Madeleine Drevelle, clerc minoré, âgé de îia ans. Jacques Ride avait quitté la communauté au mois de janvier 1790 pour se fixer à Toulouse, mais il revint à Troyes où il jouera un rôle marqué pemiant les premières années de la Révolution.

(i) Arch., 4 H. hi8.

(9) C, Top., t. II. p. 998, écrit Manche au lieu do Maache. .

. Leâ^recettes de la maison furent, en 1790, de 6>6a3 livres 10 sons eties dépenses ne s'élevèrent qa'à 6.i65 livres ^5 sons .10 deniers (i).

L'église, de construction récente, avait été bénite le 3o mars 178^ sous le vocable de l'apôtre saint Jacques^ p.atroQ de Fancienne église. 11 parait que le couvent était un lieu de repos pour les religieux fatigués de la pro-> vince (a).

. fào^ La Gloirb-Dieu. Sur le territoire de Conrteron s'élevait une maison de Trinitaires, appelée la Gloire-. Dieu. Son titulaire ou prieur était, en 1790, Josepb^ Léonard, âgé de 5o ans. Il avait fait profession à la Tri^ nité Saint- Jacques le 3o août 17^. Le registre des sépulful^s s'arrête à Tannée 178S. - — . .

D'après le dernier compte, les recettes montèrent à 4.516 livres 10 sous, dont 4*<>5o livres pour vente de 81 pièces de vin à 5o livres Tune. Les dépenses ne furent que de 1.693 livres 8 sous 6 deniers |3j.

'*ii* Couvent de Bar-sur-Seine. Fondée en laio-^ar Ktiion IV, dernier comte de Bar, cette Maison-Dieu; dite de Saint-Bernard, fut confiée aux Trinitaires en i3o3 (4): Elle avait pour prieur, en 1790, Joseph Henrionr né à Longwy, le 9 juin 173(3. Il habituit seul le couvent ; mais trois religieux y étaient afïiliés : Joseph Guillerin, âgé de 60 ans, dont le domicile était inconnu du prieur ; Antoine Puissant, né à Pars-les-Ghavanges, le 28 mai 1767, résidant comme simple religieux chez les Mat burins de Paris, efCharles-Nicolas Desplanches, âgé de 07 ans, membre du couvent de Vitry-le-Brûlé (5).

, (i).Arch.9.L. V., iâ97,.llas.

(9) Almanachde la ville et dn diocèse, 1784* : (3^ Arch.^ L. V.. i535, lias, et L. K., i/i85. R. L. n'indique pas- le jiernier prieur.

ifi), ConimiU Histoire de la aillei.^. de Barsui^SeineA. I» p..3$4. iH est dit à tort, p. 359 que la MaisonrDieu disparut, au. copunence- 'ment du xvn* siècle. . .. ; ,

(5) Arch.,I. Q.,33is. Uas.

15i LA SPOLIATION DBS B1KN8 tHV CUBBOt

Le couvent de la Gloire-Dieu et celui de Bar-sur-Scine, dédié à saint Jean-Baptiste, dépendaient du couyent de Saint-Jacques de Troyes. Les biens, estimés 4^.000 livres, étaient loués, en 1790, 1.873 livres 6 sous. Les habitants de Bar demandèrent inutilement la conserration de la chapelle en alléguant quelle pourrait servir à Thôpital, qui en avait une trop exiguë, et qu*on pourrait y tenir les assemblées primaires. D^ailleurs cette chapelle, depuis quelques années, n avait plus de caveau pour les sépultures, et le prieur ou, comme on disait plutôt, le commit* saire avait demandé à la ville la concession d*une place dans le cimetière.

IX. — Les chanoines réguliers de Tordre des Prémontrés, fondé en iiao, avaient, en 1790, pour supérieur général Lecuy, abbé de Préniontré au diocèse de Laon ; Tordre ne comptait plus qu'une maison dans le département (le TAube, elle était de la circarie de Champagne.

aa^" Beaulieu. Etabli de 1107 à ii4o sur la rive droite de TAube, au fmage de Trannes, par trois prêtres de Beurvillc. Osbert, Alard et Odon, le couvent de Beaulieu devint Tun des plus considérables de Tordre. Il avait pour abbé régulier, en 1790, doui Charles François-Philippe Pierre de Vellerrcy, prt^tre, âgé de 4« ans, nommé par le roi le 2 avril 1786 (1). Les religieux présents, au nombre de cinq, tous jeunes, étaient : Charles-Claude Coulbault, prieur, âgé de 35 ans ; Laurent Nérot, âgé de 3g ans; Théodore-Louis-Antoine-Alexandre-Fortunat Mailly, âgé

(i) L'orthographe était si peu fixée, même pour les noms propres, au xviii» siècle, (juc les abbés de la Piélé et de Beaulieu, qui étaient frères, sijcnaient, l'un de Velfrey et l'nulre de Vellefrey. Ce n'est pas pour la mieux llxer que A. Thcvenol écrit de X eKroy {StatisL générale du canton de liamernpt, p. 1881. Les Archives de l'Aube, A-1, 3io, écrivent de Vallelrey, et nous avons trouve de Villefeu aux archives de Brienne-le-Chàteau. Le village dont ils portaient le nom s'écrit Vellefrey.

LI8TX DBS COUVBNTS SUFFRIlrts 188

de q6 ans, tous les trois prêtres ; Pierre-Marie-Laarent de Véron Saint- Julien, diacre, âgé de a4 ^^^* ^^ Jean-Fran« çois Ecouchard, diacre également, âgé de a3 ans.

Un seul religieux était absent, c'était Jean Bertrand Le Lorrain, ftgé de 36 ans, habitant le couvent de Chambrefontaine, au diocèse de Meaux .

La bibliothèque de Beaulieu comptait a.ooo volumes. L'église avait trois nefs ; un lambris de huit pieds et demi de hauteur recouvrait les murs du sanctuaire qui renfer* mait, outre Tautel. deux crédences de marbre, deux bustes contenant des reliques et deux petites chAsses. Chaque collatéral se terminait par un petit autel en stuc avec un tableau ; une boiserie de neuf pieds dé haut régnait tout autour.

On voyait dans le chœur vingt stalles hautes et dixhuit stalles basses; il était fermé, ainsi que les bas côtés, de grilles en bois. Toute son ornementation consistait en deux tableaux représentant Tun la Résurrection de Notre- Seigneur, Tautre l'Ascension. Le clocher renfermait quatre cloches. Le mobilier, loin d'être riche, comprenait au fond de la nef une tribune avec un orgue de quatre pieds en mauvais état, un vieux confessionnal et une vieille chaire portative (i).

S*ils ne connaissaient pas le luxe, les Prémontrés possédaient l'estime de leurs concitoyens. En effet, après avoir dressé l'inventaire que nous venons d'analyser, la municipalité de Trannes crut devoir a rendre justice à la conduite que Messieurs les abbé, sous-prieur et religieux de Beaulieu ont tenue de tout temps dans le canton : aucun procès ne s'est élevé entre eux et les habitants des campagnes voisines, qui, au contraire, trouvent toujours à l'abbaye les secours spirituels et temporels dont ils ont besoin. Depuis la date du décret qui a mis les biens 'du clergé à la disposition de la nation, MM. les abbés et religieux de Beaulieu

(1) Aïob,. I Q, 3341» Ua8.

ont eontibné' de- donner les mêmes soins, d*exercer: là ménie surveillance sur ceux dépendant de la dite abbaye Le mobilier a été conservé avec une fidélité vraiiHienV i^ligieuse et le canton n*a vu dans, ces messieurs que .de vrais citoyens et de respectables ecclésiastiques.. . ,

« S*il est permis à la municipalité d*exprimer. i^n .VceVt ce serait de :voir conserver une maison qui a tant de titres au respect et à l'attachement de ses voisins. Beanlievi serait très propre à recevoir les religieux de . la fllia.UQQi ^Ui désireraient rester dan« leur ordre, et les. campagnes Voisines les y^rerraient avec nne vraie satisfaction (i). » :

Nous-avons tenu à reproduire en entier ce témoignage de» contemporains pour faire justice de là réputation d^iu*' dignité faite aux moines de Beaulieu, comme aux membres de beaucoup d'autres couvents. On a trop facilement admis que lea ordres monastiques étaient généralement en décadence en 1789 ; on a eu surtout le grand tort de conclure de Vindignité de quelques individus à. celle de tous. . . . . - . ^

Ce sophisme est en opposition avec Thistoire, avec les documents écrits^ àvcc les déclarations de iseux qui.eufNent Te plus de rapports avec les victimes de )a philosophie .et de la haine antireligieuse.

- D'après le dernier compte, les recettes de Beaulieu furent de i568o livres et les charges de 7917 livres 8 sous 49 deniers L abbaye valait à son titulaire 447^ livres 5 sous 4 deniers. Elle était imposée d'une pension annuelle de locio livres à payer, depuis 1776, à Tabbé Doin ville, prieur de Joyenval et vicaire au diocèse d'Evreux.

L abbé de Beaulieu uommait aux prieurés-cures de Jaucourt et de Blignicourt. Le monastère de la Chapellcaux Planches était une dépendance de Beaulieu, ainsi que Chartreuve et Bassefontaine. .

En T6oQ,le pape avait accordé à Tabbé le droit de porter

(i)Arch., iQ. 334Mia* ^'^ •* ' ''-^* '

ic ■astK'pEBr cou vznts: mn^pannls a : ISIIk

la mitre let. les ornements pontificaux dans lés prienrééi dépendant de Beaulieu(i).

En résumé, la loi du i3 février 1790 a .sécularisé dansle diocèse de Troyes vingt-deux maisons monastiques d*hommes appartenaal k neuf- ordres, différents. Toualoat été frappés, tous ont été expulsés de leurs maisons avec'' une modeste pension alimentaire sur laquelle IHncertitudr de la situation politique ne leur permettait .guère jd<B.

compter. /

- GèttêL sécularisation étant postérieure à la ccéatioadu: département, aous n'avons pas à parler, des couvents .d^ Hanciea dipcèse xéonis aux départements . voisins de Jà. Marne et de la Haute -Marne.. 11 nous suffira, pour être complet, d'en dimner ici la liste avec le nom de leurs supérieurs et rindication de leurs revenus.

ÂBBAYBS D*HOJ[MES. Doycuné de Pont-sur^Seine. L'abbaye de Gbantemerle, de la congrégation de France,fpndé^ avant iiSg (2) et d'un revenu de a.Soo livres; .était Sous Tinvocation de saint Lézin.

La mense conventuelle en avait été .réunie à celle de Saint-Loup en 1690. Le dernier abbé fut Antoine-Anne-. Gaspard Baltbasar de la Croix de Gastries, vicaire général du diocèse de Bordeaux, qui prit possession le 5 septembre 1787; il avait eu trente-six prédécesseurs. Il était collateur des cures de Potangis, Ëtrelles, Marciliy-sur-Seine, Ghantemerlc et du prieuré de la Gelle sous-Ghantemerle.

Doyenné de Sézanne. L'abbaye cistercienne du Reclus, fondée du vivant de saint Bernard (3), valait 3.5oo livres et avait pour abbé Pagel de Ycntoux, vicaii*e général de

(i) G.^ t. m, p. 4^^- Quelques auteurs ont confondu Beaulieu avec Tabbaye cistercienne du même noiil dans le diocèse de Langres.

(2) Avant ii35, d'après Fisquet, La France pontificale^ p. i5i.

(3)Pi8qaet ditenii4a< Cf. La France pontificale, p. 154. et Desgaerrois, ooi». cW., toi: 3(kv.

{96 LA SPOLIATION DBS BIWTS DIT CLBKOÉ

révéqae de Toul, nororaé le i*' février 1763. Le Reclus, qui comptait seulement quatre religieux en i^, n*étaitplus, à la Révolution, qu*une maison de force pour les moines.

Dans le même doyenné Tabbaye de Macheret, ordre de Grandmont, avait été fondée en 1168 ; elle valait 8.000 livres Le dernier abbé fut Sébastien Eloy, ancien vicaire général de Troyes, nommé en 1770 par le roi. H ne résidait pas.

Doyenné de Margerie. L'abbaye cistercienne de Boalancourt.sur le territoire de Longeville, remontait au xi^siècle et rapportait 7.600 livres. Le dernier abbé commendataire fut. de 1761 à 1791, Jean-Antoine de Castellane, évéque de Lavaur, mort à Florence en i8oa.

Même doyenné. L'abbaye de la Chapelle-aux -Planches, fondée vers i i^b, sur la paroisse de Puellemoniier, avait un revenu de a aoo livres. Elle eut pour dernier abbé Jacques Junot, du diocèse d'Autun, docteur en Sorbonne, vicaire général d'Evreux, nommé en 1789(1). Le prieur s'appelait, en 1790, Claude Cazin.

Abbaye de femmes. Une abbaye de bénédictines fut fondée dans le doyenné de Sézanne, sous le nom de Notre- Dame-des-Bois vers 1196(2). De Bricot, son premier siège, transférée dans la suite à Sézanne même, elle eut pour dernière abbesse Charlotte-Gabrieile-Abel-d* Armand de Blacons, d'une tamille du Dauphiac. Les revenus furent en 1^77 de 6000 livres.

Page 1