CHAPITRE DE SAINT-URBAIN
TEglise, à laquelle seale il appartient de les juger, les en aura dispensés, sans que la soumission qu exigent d'eux les circonstances impérieuses où ils se trouvent puisse jamais leur être opposée comme un consentement de leur part, laissant le jugement de leur cause à Dieu qui, dans sa profonde sagesse, sait toujours tirer sa gloire et le salut des hommes du mai même (i) ».
Gomme bien on pense, cette noble protestation ne fut pas admise et n'eut aucune suite. Les chanoines se réunirent encore le aa novembre, puis le 39, pour traiter des affaires ordinaires du Chapitre ; enfin, ils s'assemblèrent le 6 décembre pour la dernière ibis. Leur délibération fat consacrée tout entière à la rédaction de la protestation qu'ils se proposaient de remettre au commissaire du directoire. Elle est conçue dans les termes les plus dignes et les plus touchants.
« M. le doyen a fait part à la compagnie qu'il était instruit que les officiers du département, district et municipalité, n'avaient pas cru pouvoir se rendre à la prière que le Chapitre leur avait faite, tendant à les faire jouir de l'exemption prononcée en faveur des fondations faites dans le royaume par des puissances étrangères, ni suspendre à son égard l'exécution du décret de l'Assemblée nationale concernant la nouvelle Constitution du clergé ; que Paupe, chirurgien, membre du district, l'était venu trouver pour le prévenir qu'il était chargé delà part de Messieurs les officiers du département de le notifier au Chapitre et que cette notification allait être faite à l'instant.
« Messieurs, justement consternés de se voir au moment douloureux de ne pouvoir plus remplir en commun les pieuses intentions du grand et vertueux chef de l'Ëglise leur fondateur, de voir succéder dans leur église un lugujiire silence à la pompe des cérémonies du culte divin, mais considérant que, (fuelque juste que soit leur désir de
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continuer les tbnetions saintes qulis ont fait serinent de remplir dans leur église, et qui n'y ont point été interrompues depuis plus de six siècles, quelle que soit leur douleur de s*en voir arracher, ils ne peuvent résister à la circonstance qui les contraint, et qu^ils doivent même Texemple de la soumission aux lois qui portent Tempreinte de la souveraineté, intimement convaincus que c'est rhommage du cœur qui est le plus agréable à Dieu, après avoir relu les actes ci-devant faits sur les mêmes objets et qu'ils confirment, sont unanimement convenus :
i^ Que M. le doyen fera a Paupe, au nom de la compagnie, la réponse dont il vient de faire la lecture, qu*ils ont tous approuvée comme contenant leurs véritables sentiments, qui sera écrite sur le registre et dont copie, signée de tous, sera remise à Paupe. pour être jointe à son procèsverbal.
a*" Qu'il sera au plus UH présenté à TAssemblée nationale un mémoire contenant leur moyen d'exemption de la suppression générale, l'intérêt particulier de la ville pour la conservation d'une église qui n'a rien coûté à la nation, et qu'il fera de nouvelles représentations au corps administratif pour l'engager à ne pas la priver d'un secours aussi avantageux.
3^ Que, pour se rapprocher, autant qu'il est en eux, de l'obligation de la prière publique et de ce qu'ils doivent aux fidèles, chose dont ils ne se croiront jamais dispensés, ils se rassembleront tous les jours aux heures ordinaires pour réciter l'office et entendre en commun la messe dans une chapelle de Téglise, devant le Saint-Sacrement, qui y sera porté, et qu'ils y acquitteront les obits et fondations.
4° Que, dans le cas où cette faculté leur serait ôtée ou l'espérance d'être conservés leur serait culevée, ou qu'ils fussent obligés de se disperser, comme le prophète Daniel dont ils ont le bonheur de posséder le chef dans leur trésor et ses compagnons de captivité, leurs pensées seront toujours tournées vers cette église et qu'ils s'y réuniront
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d'esprit et de cœur aux heures ordinaires, parce que le Seigneur ne connaît pas les distances. »
Voici maintenant la protestation remise aux délégués du directoire par le doyen ; on ne la lira pas sans émotion.
« Monsieur, nous ne pouvons vous exprimer la douleur vive et profonde dont a été pénétrée notre &me à la lecture du décret qui anéantit les églises premières dans chaque diocèse, la forme et le modèle des autres, et tous les établissements destinés à la prière publique, monuments <ie la piété de nos pères, la gloire et Tornement de Téglise ^llicane. Dans cette consternation générale, il nous reste une espérance particulière, d'autant mieux tondée qu'elle est appuyée sur des exceptions prononcées par T Assemblée même en faveur des établissements religieux faits <iansce royaume par des puissances étrangères.
« La fondation de notre Chapitre est entièrement due à la libéralité d'Urbain IV, souverain pontife, natif de cette ville, devenu puissance étrangère par la haute dignité à laquelle son mérite Ta élevé ; mais qui n'a jamais cessé d'être notre concitoyen par son attachement à sa patrie. G*est avec les trésors de l'église romaine qu'il a racheté le local de sa maison paternelle, qu'il a fait bâtir ce temple et qu'il a doté le Chapitre ; il n'en a rien coûté à la nation.
« Ce monument, qui devait annoncer aux générations les plus reculées sa piété envers Dieu et son amour pour ses concitoyens, qui décore notre ville, dont la hardiesse fait Tadmiration des connaisseurs, serait-il moins un propre de l'église romaine, parce qu'il en a laissé la jouissance à la patrie et n'en aurait réservé que la juridiction immédiate et la légère redevance d'une obole d'or par chaque année à la souveraineté de son église ?
« Nous ne chercherons pas à connaître les motifs qui ont empêché messieurs les officiers du département, du district et de la municipalité, d'entendre nos représentations
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et la prière que nous leur avons faite, d'appuyer la demande que nous nous proposons de faire à l'Assemblée nationale ; mais ne nous rendrions-nous pas coupables envers TËglise romaine, notre fondatrice, véritable propriétaire de notre dotation, envers nos concitoyens à qui elle a laissé l'usufruit et qui peut-être ignorent, pour la plupart, le droit particulier de la ville à ce biei\Cait, et envers la postérité qui nous Te reprocherait, puisque nous avions des motifs aussi puissants et que nous ne les avons pas fait valoir ? Nolis vous prévenons donc, Monsieur, et nous vous en demandons acte, que pleins dCrfjnB^ confiance nous nous adresserons à elle. L'espérance de réussir est ce qui nous soutient dans la douleur de nous yi(ÔP arrachés aux autels que nous avons fait serment de desservir ; mais, quelle que soit notre espérance, si la commission que vous remplissez auprès de nous est si impéra^ive que vous ne puissiez en retarder Texécution, nous savons qu'il est des circonstance^ impérieuses auxquelles il faut céder. Nous avons appris de notre divin Maitre qu'il faut obéir aux lois qui portent l'empreinte de la souveraine autorité ; nous douuerons lexemple de la soumission qui leur est due, et nous nous conformerons provisoirement au décret que vous nous siguiliez. Si nous étions trompés dans l'espoir qui nous- anime, si tout était consommé pour nous, nous adorerons la divine Providence, qui est au-dessus des jugements des gommes ; nous trouverons dans la religion que nous avons le bonheur de professer notre consolation ; nous ne perdrons jamais de vue nos obligations, et nous les rcinpliroos dans toute rétendue de nos pouvoirs. Nous continuerons de faire des vœux pour le maintien de la religion catholique^ apostolique et romaine, hors de laquelle il n'y a point de salut, qui est le soutien de l'empire et qui, jusqu'à ce moment, l'tf été spécialement de ce royaume très chrétien, pour la patrie et son auguste chef que nous ne cesserons d'aimer et de servir de tout notre pouvoir, pour cette ville en par--