CHAPITRE VI
Spoliation et vente des monastères, bénéfices, et collégiales supprimés.
SoMM AiRB. — Loi ordonnant le dépôt A la monnnie des vases et ustensiles de enivre et de bronze provenant des maisons religieuses. — Enomération des cloches envoyées à Paris ; échange de quelques-unes. — Dépenses occasionnées par le transport des métaux. — Inventaire et vente du mobilier des maisons religieuses. —Réclamation par des moines de leur linge. — Transfert des reliques dans les églises paroissiales. ~ Réunion des bibliothèques des maisons monastiques. — La principale collection de livres est fournie par l'abbaye de Clairvanx. ~ L'orgue est déposé à la cathédrale. — Suppression du jubé. — Destruction de la collégiale Saint-Etienne. — Translation des corps des comles de Champagne. — Le département décide de réserver les reliques et les objets d'art. — Etat des monuments conservés. — Les cendres de Hugues, seigneur de Romilly^ sont transférées dans l'église paroissiale. — La Société des Amis de la Constitution demande les restes de Voltaire. — Réclamation de la municipalité de Romilly.
-La Constituante décide que Voltaire sera inhumé au Panthéon. — Estimation des biens du clergé. Ils sont vendus sous le nom de biens nationaux. — Enumération de quelques-unes de ces ventes.— Opposition de M. de Mesgrigny à la vente de l'église des Jacobins . Des curés achètent des biens nationaux. —Désintéressement du clergé du diocèse
Le toariste, l*archéologae qui visite aujourd'hui la ville de Troyes, y chercherait en valu les édifices religieux supprimés par la Révolution, la plupart ont péri et même leur emplacement est inconnu non-seulement aux étrangers, mais môme à un grand nombre de nos concitoyens.
Etiam periere ruinœ(i), pourrions-iious dire tristement avec Fauteur de la Pharsale. Essayons du moins ici de faire connaître le sort des principales maisons religieuses: monastères, prieurés, collégiales, avant leur complète disparition.
Ces établissements possédaient des cloches. Ce fut le député de Bar-sur-Seine, Bouchotte, qui proposa à TAssemblée constituante d*eu utiliser le métal pour le mettre en monnaie (a). Comme il était boiteux, ses collègues^ en le voyant descendre de la tribune, crièrent : a Bouchotte a des cloches aux pieds ! x>.
Ils eurent le tort de voter, le <i5 juin 1791, la fabrication de la monnaie de billon avec le métal des cloches supprimées dans le département de Paris (3) ; puis, trouvant le produit au-dessous des besoins d'argent de plus en plus pressants, ils décidèrent d'appliquer cette mesure spoliatrice à toutes les églises supprimées du royaume.
Un pasteur protestant, député de Nîmes, Rabaut de Saint-Etienne, fut Fauteur de ce projet (4). Gomme il devait être élu en i^ga député de TAube à la CSonvention, il ne sera pas sans intérêt de tracer ici le portrait de cet astucieux prédicant :
(( La souplesse dans les moyens, Thypocrisie dans le maintien et les manières, Tart de former et de nourrir des intrigues par des moyens si minutieux qu'ils échappent à l'observation, la soif du sang, toujours voilée par des paroles emmiellées, une infatigable activité, la longue habitude des plus basses flatteries envers ceux dont il a
(i) Lucain, Phars., ix, 129.
(a) Coûtant, Histoire de Bar-aur-Seine, t. I, p. 177.
(3) A. P , t. XXVII, p 524.
(4) A. P., t. XXV, p. \Sô, On lit dans le Journal de Marat, n. CLXXvi: « Quand rhypocrisie sera bannie de la terre, elle se réfugiera dans son cœur (de Lasource), si toutefois Kabaud de Saint-Elieime n*est plus. » Bûchez et Houx, Histoire parlementaire de la Réifolution française, l. xxvi, p. 298.