ENVOI DES CLOCHES
besoin, les dehors de cette pitié traîtresse poar des cruautés que 1*oq a ordonnées, et que Ton a Tair de réprouver quand elles sont consommées, Thabitude de ces caresses de tigres qui semblent vpus sourire au moment qu^ils vont vous déchirer, voilà lé portrait de M. Rabautde Saint-Etienne, Tami de M. Necker et son agent dans le parti calviniste (i) ».
Tel est rhomme qui fit décréter, le !i6 août, Tenvoi aux hôtels des monnaies des vases, meubles et ustensiles de cuivre et de bronze provenant des communautés, églises et paroisses supprimées. Le métal était destiné à la fabrication de pièces de i5 sous et de 3o sous (a).
Mais, malgré la réduction de prix consentie par les fermiers des messageries pour le transport des cuivres et des métaux des églises, malgré l'indication par le ministre des contributions publiques des moyens et des précautions à prendre pour effectuer la descente et le transport des cloches, un tiers seulement des départements avaient, à Tautomne de 1791, fait quelques envois peu considérables de vieux cuivres à la Monnaie.
Celui de TAube était du nombre des rebelles. Le comité des monnaies lui avait cependant écrit le ai juillet 1791 : «.... L'Assemblée nationale, ayant décrété, lundi 11 de ce mois, que les pièces de 3o sous et i5 sous dont elle a ordonné rémission seraient fabriquées avec Targenterie devenue inutile au culte et envoyée par les districts aux hôtels des monnaies, rexécution de ce décret ne peut plus être retardée. La nécessité d'une même monnaie se faisant sentir de plus en plus, on ne peut trop se hâter de satis-
(i) Audainel. Dénonciation aux catholiques français des moxens employés par l'Assemblée nationale pour détruire en France la reli" gion catholique, l^aris, 1791.
(2) A. P., t. XXIX, p. i35 «l p. 733. Un placard, iDiprimé à Troyes chez Andréa donne la date du 6 août au lieu du 3 et celle du 1x9 au lieu du 96, Nous ferons observer que les dates postérieures sont celles de la sanction de la loi par le roi.
faire les besoins da peuple et du commeroe. Veuilles done. Messieurs, vous faire rendre compte par les mmiicipalités de votre ressort des matières d*or et d'argent dont elles ont fait Tinventaire, suivant rinstruction décrétée If 19 octobre 1790.
« Il serait possible que les municipalités n'eussent pts bien connu la destination de cette argenterie et qu'elles eussent cru pouvoir la transmettre d'une église à l'autre, ce qui n'est pas autorisé par la loi... ».
Cet appel du comité étant resté sans effet, le roi lança, le 20 novembre, une proclamation pour accélérer l'envoi aux hôtels des monnaies des cloches et des vieux cuivres des églises et communautés supprimées. Cet envoi devait être accompli avant le i**^ janvier par le soin des direc« toires. Mais très peu d'églises paroissiales étaient asses riches pour pouvoir envoyer de l'argenterie superflue à la Monnaie. Citons seulement celle d'Assencières qui, le ai novembre, iit le dépôt d'un pied de croix pour se conformer à la loi.
Dans la seule ville Je Troyes, tant dans les églises que dans les chapelles, il y avait laG cloches pesant ensemble 160.680 livres (i). Les trois églises de Saint*Aventin, Saint-Denis et Saint-Frobert, rHôtel-Dieu, les Ursulines, les Jacobins et Foissy, en avaient quatre chacune ; il y en avait trois au Bon-Pasteur, aux Cordeliers, au Petit*Saint- Nicolas, à Notre-Dame-aux-Nonnains. à la Trinité, aux Chartreux. L'ancien prieuré de Saint-Biaise, la chapelle de Saint-Jean du Temple, celles de TOratoire du Saint- Esprit, de Saint-Quentin, du Grand Séminaire, des Carmélites, de Saint-Martin es-Aires, n'en avaient que deux. Les Capucins et la Visitation n en avaient qu*une. De plus
(1) Revue caihol. de Troyes, i5 avril 1899. ^^ convient d'ajouter à ces laO cloches celles dos Capucins, des Cliartreux et de la Vigitation qui ne ti)çurent pas dans ce nombre. H est vrai que les Chartreux, pas plus que Foissy, n'étaient situés sur le territoire de Troyes.
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presque toutes les communautés fournirent les timbres de . leur horloge et même de simples sonnettes (i).
De toutes ces cloches, 54 seulement pesant ensemble q4-oo6 livres étaient parvenues à la Monnaie de Paris à la date du 29 janvier 17912(2); à cette même date, les églises et les communautés avaient fourni 467 marcs 5 onces s gros d*argenterie (3). Dans le cours de Tautomne, 69 cloches furent descendues par un sieur Debresse. 34 d'un poids de 5.948 livres, provenant du seul district de Troyes, furent déposées par Leblanc dans la maison des Gordeliers. Cannois, fondeur, reçut 3o livres pour les avoir démontées et emballées ; Mathieu et Rondot 3n reçurent 180 pour remballage des autres pièces de métal des différentes églises.
Toutes les cloches, cependant, ne furent pas cassées. On en accorda aux paroisses qui en firent la demande. Ainsi Saint-Lyé fut autorisé à échanger deux des siennes contre deux de la collégiale de Saint-Etienne ; et les marguilliers se virent dans la nécessité d*emprunter mille livres pour payer Texcédcnt de la valeur des nouvelles cloches. Une des trois autres de Saint-Etienne fut accordée par échange à Pont-Sainte-Marie et une à Téglise Saint-Remy de Troyes. Celle-ci reçut aussi les cloches de Saint-Loup (4). Deux cloches de Larivour farcnt échangées contre celles de l'église de Doches.
Soligny-les-Etangs fournit les trois cloches cassées de son clocher contre trois de Saint- Aventin de Troyes, à charge de payer le surplus de la valeur et de venir les chercher. Les églises de Saint-Benoit-sur-Seine et de
(i) Ce qui concerne les biens nationaux se trouve aux Archives de TAube dans les liasses i Q. 826 à 1 Q. 346 et Q. 6-99. (i) A. P., t. XXXVIII, p. 229.
(3) A. P., t. XXXVII, p. aa'j.
(4) Le compte de la Fabrique pour 179a porte que Bertrand, maçon, demaoda a.4^ livres pour déplacement des cloches de Saint-Loup et leur remonte dans le clocher de Saint-Remy. B. C.,7, xxx-a77.
Layères reçurent chacune deux cloches du couvent de Montier-la-Celle en échange des leurs. La cloche de Poligny (i) et une de Téglise SaintrJacques-aux-Nonnains furent accordées à la paroisse de Ruvigny. Torvilliers reçut deux des autres cloches de Saint-Jacques et Estissac obtint la quatrième. Thennelières fit l'acquisition de deux cloches de Notre-Dame des Prés. La grosse fut payée en argent; et la petite, échangée.
La paroisse de Montangon avait deux cloches, l'une cassée et Tautre d'un son faible. Dans une assemblée municipale tenue le ao novembre 1791 sous la présidence du curé Janson, il fut décidé de les donner au département en échange des deux plus petites cloches de Saint- Denis. Le département y consentit moyennant une soulte de 173 livres l'i sous payée par la commune, la Fabrique et une souscription (2). Les officiers municipaux d'Avantlès-Marcilly achetèrent la cloche de la chapelle de Tremblay pour sonner les incendies dans ce hameau, moyennant un poids égal « de bon cuivre rouge ». Les habitants de Trouan-le-Cirand se firent autoriser à échanger une de leurs cloches cassées contre une cloche d'une église supprimée du district d'Arcis. La cloche de la chapelle du château de Géraudot, transportée à l'église de la paroisse, y sert de timbre pour l'horloge provenant elle-même de l'abbaye de Montiéramey (3). Trois cloches de cette abbaye furent vendues à l'église de Loisy-sur-Marne, moyennant SI. «198 livres, eu plus des trois vieilles cloches de cette paroisse.
(i) Le petit village de Poligny, quoique sans ëgllHe, avait une cloelie cjue les habitants demandèrent en vaiu à conserver pour sonner lei» incendies (Arcli., L. 1>. V 7) Pour la remplacer, ils sollicitèrent une des cloelies <le l'église de MaroUes-les-Bailly, mais on la leur refusa le i6 juin 1793. (Areh., L. G. </4^)-
(a) Archives de Montangon, Aube.
(3) D'après une tradition locale, c'est à Tabbaye de Larivonr qu*anrait appartenu cette liorloge.