‹ Histoire du diocèse de Troyes pendant la RévolutionChapitre 94 sur 201 · TRANSLATION DES CENDRES DE VOLTAIRE · texte numérisé non relu

TRANSLATION DES CENDRES DE VOLTAIRE

déjà cette faible marque de son respect pour ce grand homme et de son zèle pour sa patrie (i) ».

Grâce à une chaleureuse plaidoirie de son procureur, Beugnot, le département autorisa la translation des cendres de Voltaire dans un lieu désigné par Tévôque, après qae le curé de Komiily aurait fait Texhumation et aurait célébré un service funèbre. Le district de Nogent, dans lequel est situé Scellières, avait émis de son côté un avis favorable ; mais la municipalité de Romiily fit opposition, et au moment où s'organisait la cérémonie, elle demanda an préalable une décision formelle du Conseil général, se réservant en tout cas, par un vœu exprès, la tête et le bras droit du philosophe. Cette prétention fut mal accueillie du directoire. Le procureur s*éieva contre un démembrement qui rappelait a les procédés barbares )» de la cour de Rome . Car, ajoutait-il, « nous sommes arrivés à un temps où rien n*a droit de surprendre et où tout appelle à réfléchir. £t certes, c'est un sujet profond de réflexion que de voir une municipalité disputant les os du philosophe pour leur conférer d'office les honneurs de la béatitude. Rien, à mon gré, n'indiijue mieux Tétrange Révolution qui s'est faite dans les esprits et que la Constitution a placé des siècles entre Tannée 1^91 et Tannée 1778 ».

Pressés d'en finir et par peur que Voltaire ne leur échappât, les Amis de la Constitution écrivirent au département le i^*" mai qu'il n'était pas nécessaire que l'évoque rendît une ordonnance pour exhumer le corps du philosophe. Ils ajoutaient qu'il fallait se hâter, par crainte d*une réclamation de la ville de Paris. Non seulement la ville de Paris intervint, mais encore l'Assemblée constituante décida le 8 mai que les restes de Voltaire seraient transférés provisoirement dans Téglise de Uomilly, en ittendant qu'on eût statué sur les honneurs à leur

(i)Arch.» L.M. 4 f. 35;.

356 SPOLIATION ET VENTE DBS IfONASTl^RES

rendre (i). L'exhumation eut lieu le lo mai ; le corps, trouvé entier, fut exposé pendant deux jours aux regards du public dans Téglise de Romilly, puis renfermé dans un sarcophage placé d*abord dans la sacristie, déposé ensuite sous une tente dans le chœur. Le curé, Bouillerot, ardent patriote, célébra le no mai (q) en Thonneur ou plutôt pour Tftme de Tinsulteur du christianisme, un service solennel auquel le directoire, « jaloux de donner des preuves de son respect pour la mémoire d'un homme célèbre dont le génie honore la France et dont les écrits ont éclairé la nation », envoya deux de ses membres, Fromageot et Lamy. Fromageot prononça un discours dans lequel il loua Voltaire d'avoir préparé le règne de la liberté. Dix jours après, l'Assemblée décida la translation du philosophe au Panthéon.

a Messieurs, dit le rapporteur Gossin, c'est le 3o mai 1778 que les honneurs de la sépulture ont été refusés à Voltaire, et cest ce même jour que la reconnaissance nationale doit consacrer, en s'acquittant envers celui qui a préparé les hommes à la tolérance et à la liberté. Oui, Messieurs, la philosophie et la justice réclament pour l'époque de leur triomphe celle où le fanatisme persécuteur a tenté de proscrire sa mémoire.

« Les cendres de Voltaire qui furent rejetées de la capitale avaient été recueillies dans l'église de l'abbaye de Scellières, la vente du Lieu de leur sépulture a excité le zèle de la municipalité de Paris qui a réclamé la possession de ces restes précieux.

« Bientôt les villes de Troyes et de Romilly les ont ambitionnés, et Tune d'elles avait délibéré qu'ils seraient

(i) A. P., t. XXVI, p. 156.

(2) Arch.,L. M. 4 f • '^57. B. H., t. I, p. 44'» dit que le service eut lieu le 18 mui^ mais c'est une erreur ; ce fut le 18 mai que le département délégua ses représentants au service qui eut bien lieu le 90 mai. Cf. Arch. L. D. ^/ib. A. Babeau a publié Tacte de TexhamatioQ dans An. A. 1876.

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