CHAPITRE XXV
Sacre, couronnement et mariage du roi Henri III, roi de France et de Polongne. Troubles par les Huguenots. Cliapitres provinciaux des Jacobins et des Cordetiers à Chartres. Evasion de hV d'Alençon de la Cour; accommodement avec lui. Trépas du sieur d'Eguilli. Heistres viennent en France. Assassin dans Véglise de Chartres. Jf de Vassé, gouverneur de Chartres. Paix. Croix imprimée dans du bois. Aliénation. Ligue. Estats de Blois. Institution de lordre du Saint-Esprit. Omemens donnés à l'église de Chartres par le Roi.
LE roi Henri III sentant approcher le tems préfix par lui An. 1575. pour son sacre, partit d'Avignon le 3 de janvier 1575 et se rendit à Reims, au mois de febvrier, le 13 duquel il y fut sacré et couronné par Louis, cardinal de Guise, évesque de Metz, attendu la vacance du siège archiépiscopal de ceste ville par le décès de Charles de Lorraine, décédé en Avignon, le 26 du mois de décembre précédent, et que Louis son neveu nommé à cet archevesché par le Roi n'eu étoit encores pourveu.
Le Roi, le lendemain de son couronnement, épouza en l'église dudit Reims, Madame Louise de Lorraine, fille de Nicolas, comte de Vaudemont, princesse d'tme excellente beauté et vertu, et, après avoir rendu ses vœux à Saint-Marcoulf, suivant la forme ancienne de ses prédécesseurs, il s'en vint faire son entrée à Paris, laquelle fut fort magnifique. Peu de jours auparavant, il avoit envoie la reine douarière du feu roi Charles IX à MaximiUan son père. Au mois d'avril suivant, étant à Paris, il donna audience aux agents du prince de Coudé, qui s'étoit déclaré chef des Huguenots et autres dits PoUtiques, qui nageoient entre deux eaux et ne sçavoient à quoi se résoudre. N'aiant voulu accorder leurs demandes déraisonnables qu'ils faisoient, ils prindrent les armes et se saisirent de plusieurs villes en diverses provinces où ils faisoient plusieurs maux.
An. 1575. Les Jacobins de la province de France se rendirent à Chartres au mois de mai pour y tenir leur chapitre provincial : il fut ouvert le vendredi, lendemain de l'Ascension 13 dudit mois, et le sabmedi après vespres , les religieux de cet ordre furent en procession en Téglise de Saint- André , et le lendemain en la cathédrale, où ils assistèrent environ quatre-vingt-dix ou cent; ils portèrent le Saint-Sacrement, et les rues par où ils passèrent furent tendues comme à la Feste-Dieu. La messe fut dite au chœur par maistre Roi Charpentier, chanoine théologal, archidiacre de Blois, à laquelle les chanoines députés aux épitres et évangiles firent le sous -diacre et diacre, et deux anciens chanoines tindrent chœur, et après disner, chapitre.
Le 16 de septembre suivant, le duc d'Alençon suborné par les hérétiques, s enfuit de la cour et se rendit le même jour à Dreux : les nouvelles en vindrent dès le lendemain à Chartres, et quantité de troupes s y rendirent. Les Huguenots se promettoient beaucoup de ceste escapade et espéroient que ce prince, venant à épouzer leur parti, toutes choses leur viendroient à souhait; les mieux interprétoient cette sailUe à un essort de jeunesse mal conseillée et n'en attendoient que du mal. Deux jours après sa retraite, il fit publier un manifeste, contenant que son intention étoit de s emploier de tout son pouvoir, aux dépens même de sa vie et de ses biens, pour chasser hors du roiamne les perturbateurs du repos public , remettre la justice en sa splendeur, rabbaisser les tailles, os ter les subsides et imposts qui accabloient le peuple, croiant, par ce leurre et autres beUes promesses, attirer le clergé, la noblesse et le tiersétat à le recongnoître pour chef. Le Roi, pour rompre ses dessains, envoia par toutes les provinces aux gouverneurs d'icelles qu ils eussent à les tenir en devoir et en son obéissance et énerva de beaucoup ses affaires.
Monsieur de Nemours arriva à Chartres le dimanche 18, accompagné de M. le Grand -Prieur de France, du sieur de la Louppe de la maison de Rambouillet et autres seigneurs, ansquels le lundi et mardi suivants se joignirent les compagnies des sieurs de Carrouges, Matignon et Lansac, qui en partirent tous, le mercredi, de grand matin pour aller trouver le Roi à Paris.
Le samedi 24, Monsieur d'Alençon sortit de Dreux avec toute
sa suitte, le lendemain messire de Nevers qui alloit après, vint An. 1577. à Chartres et ouït la grand messe au chœur de l'église, et le mardi 27 il en partit avec toutes ses trouppes, pour aller coucher à Bonneval. La Reine-Mère, avertie du départ de Monsieur de Dreux, se rendit dès le 26 à Courville et s'en alla gaigner Blois à la traverse, où elle s arrêta, sachant que Monsieur étoit entré dans Romorantin, vers le commencement d'octobre.
Le Roi qui avoit eu avis que la noblesse de l'un et Taulre parti se joignoit à son frère, craignant que leurs menées n'altérassent le repos de l'état, fit défenses dès le 1" du même mois à tous ses sujets qu'ils eussent à se ranger du costé de Monsieur à peine d'être tenus pour criminels de lèzemajesté. Il avoit convoqué le ban et arrière-ban, pour courir, disoit-il, sur ses ennemis, et d'autant qu'il y avoit quelques compagnies dans Chartres, le Roi prit la peine d'écrire, le 12 dudit mois, audit sieur d'Eguilli de ne les faire loger aux maisons des chanoines et, qu'en cas qu'il en eût aucuns de logés, soit de sa compagnie, soit d autres, qu'il eût à les faire incontinent déloger, afifin que les chanoines fussent libres de vacquer à leurs exercices ordinaires , sans pouvoir être distraits du service de l'égUse.
Cependant le prince de Condé aiant fait entrer douze à quinze cents chevaux et cinq cents fantassins reitres dans le roiaume, le duc de Guise , avec ce qu'il avoit pu ramasser de monde en son gouvernement de Champagne, s'étant joint à Biron, Fervaque et au marquis de Maienne, les fit investir au port de Pinson près de Chasteau-Thierri, où il les bastit, rompit^ vainquit, et y fut blessé en la joue gauche d'un coup de pistolle qu'il porta toute sa vie.
La nouvelle de ceste défaite étant arrivée à Chartres le 13 du même mois, le maréchal de Montmo ranci (que la reine avoit mis en liberté avec le maréchal de Cossé) s'en vint à Chartres le 21 du même mois, et en partit dès le lendemain sur les neuf heures du matin , pour aller trouver Monsieur qui étoit eu Poitou, avec lequel la Reine-Mère, qui l'avoit devancé, et lui firent trêves , depuis le 22 de novembre prochain jusques au 25 de juin suivant. Le Roi eut ceste négociation aggréable, combien qu'elle ne le fût ni à l'un ni à l'autre parti.
An. 1578. Le 15 novembre, messire Pierre le Vavasseur, chevalier, sieur d'Eguilli, gouverneur pour Sa Majesté à Chartres et pais chailrain , décéda sur les sept heures du soir. Le lundi 21 , son corps fut porté dans Téglise de Notre-Dame: il y eut à son convoi six douzaines de torches aux dépens de la ville, ausquelles étoient attachées les armes tant de ladite ville que dudit sieur d'Eguilli, et les lieutenant-général et particulier avec les advocats et procureur du Roi portèrent les quatre coings du poêle : ledit corps reposa en ladite église durant l'obit et toute la nuit soubz ime chapelle ardente, et le lendemain durant la messe d'obit, au milieu de laquelle il y eut une oraison funèbre prononcée parmaistre François des Vaux, lun des curés de Saint- André dudit Chartres, doctem* en théologie; à la fin de laquelle le Chapitre conduisit le corps d'icelui jusques hors la porte des Epars, d'où messire Jean Groignet, son gendre, seigneur de Vassé-au-Maine, le fit mener à Saint- Avi près d'Illiers, où il fut inhumé, le 3 de janvier suivant.
Le 22 du même mois, il arriva qu'en Véglise de Chartres, sur le soir après vespres, comme les marreghers faisoient la recherche à leur ordinaire, pour en faire sortir le monde, aflin de la fermer, trois habitans de la ville, sçavoir un tailleur, nommé Jean Carnevilier, un boulanger, surnommé Besnard, et un quinquailler, dont je n'ai sceule nom, se promenant dans icelle, furent sollicités de se retirer de ladite église, de quoi l'un desdits habitans s'étant picqué il tira une dague qu'il avoit, et en bailla au-dessus de la mamelle gauche de Sébastien Sagot , l'un desdits marregliers, de laquelle plaie sortit grande effusion de sang, qui tomba dans l'égUse. Dès le lendemain le Chapitre la déclara pollue et la fit fermer, et cependant l'on fit l'office canonial dans la chapelle de Saint- Nicolas du cloître. Messire de Thon vint exprès pour en refaire la réconciliation, le dimanche 29 dudit mois; maistre Raoul Charpentier, chanoine théologal, fit la prédication, et après messire de Thou dist la grande messe.
Le 4 de février, le roi de Navarre, duquel le Roi ne se défioit pas, faisant semblant d'aller voler l'oiseau, sortit de Paris et arriva le dimanche suivant à Châteauneuf en Thimerais, qui étoit à lui, d'où il rebroussa à La Fère en Picardie qui lui appartenoit aussi et de là se retira en ses terres de Gascongne. Tout
fut en troubles durant ce mois et le suivant à cause des Reitres, An. 1578. que le prince de Condé avoit fait venir, lesquels aiant passé la rivière de l'Allier et de Loire étoient venus vers Etampes, où étoit messire de Maienne avec les troupes que le Roi lui avoit baillées. La noblesse Beausseronne fut fort blâmée, de ce qu au lieu de s'opposer à ces étrangers, ils avoient fait la canne et s'étoient pour la pluspart rendus bourgeois de Chartres ou des villes prochaines d* eux: aussi le Roi leur rendit ce témoignage de leur lâcheté qu'il ne les avoit congneus propres qu'à picquer Tavène et savoir battre le paisan.
Le lundi de Pasques 23 d'avril, quatre compagnies de gens de pié arrivèrent aux portes de la ville, avec lettres du Roi, en datte du jour précédent, adressant à messire de Vassé, qui avoit succédé à messire d'Eguilli, son beau-père, au gouvernement de Chartres, par lesquelles il luimandoit qu'il lui envoioit quatre compagnies du sieur de Beauvais pour tenir la ville de Chartres pourveue, selon que l'on en auroit requis, sur les avis qui lui avoient été donnés qu'il y avoit entreprinse sur icelle. Les habitans n'aiant voulu les laisser entrer, ils furent contraints de se loger comme ils purent aux faubourgs, où ils demeurèrent trois semaines, jusqu'à ce qu'on eût sceu la volonté du Roi. Messire de Vassé vouloit qu'ils rentrassent, le peuple n'en étoit d'avis et fust-on près d'en venir aux mains î on demeura enfin d accord que ledit sieur de Vassé enverroit quelqu'un de sa part au Roi, et le clergé et le corps de ville de mesme, pour dire leurs raisons : expédient qui demeura inutile, veu que la paix conclue en l'abbaie lez Loches, en Tourraine, > pacifia le tout.
Le 21 du mois de mai, comme l'on fendoit un morceau de bois, achapté parmi d'autres au marché par im nommé Guignard, pâticier à Chartres, il fut trouvé dedans deux croix de couleur noire, marquetées de rouge, lesquelles furent veues par plus de 4,000 personnes et furent portées en l'église de Saint-Saturnin 9 comme la plus prochaine.
Ce fut ceste année que le Roi obtint du Pape aUénation du bien du Clergé de France jusques à cent cinquante mille livres de rente annuelle. Pour quoi Sadite Sainteté en addressa sa bulle du 18 juillet à Charles, cardinal de Bourbon, à Louis, cardinal de Guise, Louis, cardinal d'Est, étant lors en France, Antoine
An. 1578. Marie, évesque de Sain t-Papoul, son nonce, Pierre deGondi, évesque de Paris, qui avoit été envoie en cour de Rome, pour obtenir ladite permission, Florentin Regnaud, chanoine de Chartres, et Bon Broue, conseiller en la cour et chanoine de la Sainte-Chapelle. Geste bulle fut leue au Parlement le 7 de septembre, sans toutefois approuver que la distribution des biens se feroit malgré les oppositions des possesseurs, el passa moiennant quelques modifications qui y furent apposées en faveur du Clergé.
Le Pape envoia en mesme tems un jubilé à Chartres, semblable à celui qui avoit été gagné Tan précédent à Rome, lequel commença le lendemain de Notre-Dame de septembre et dura trois mois. Messire de Thou, évesque dudit Ueu, voulut empescher que le Chapitre le fît publier par les parroisses qui dépendent do lui, mais ledit Chapitre aiant fait recongnoître audit seigneur son droit et possession, en laquelle il étoit de ce faire, il donna les mains et consentit qu'il fût pubUé de Tauthorité dudit Chapitre, par toutes les églises qui sont dan» son destroit.
Quelques jours après la publication de la paix, le Roi fit publier un édit fort avantageux pour ceux de la religion prétendue réformée : ceux de Picardie ne voulurent y obéir et se liguèrent pour des prétextes véritablement spécieux et plausibles, qui étoient de maintenir Tancienne religion et l'état, prétendant faire rompre ceste paix si préjuciable à la religion romaine. Plusieurs se jettèrent à yeux clos dans ce parti, sans sçavoir comment ni pourquoi: quelques-uns n'avoient en veue que la manutention delà religion ancienne, autres plus fins leur profit et intérêt particulier, prétendant pescher, comme l'on dit, dans Teau trouble et faire leurs affaires. Le Roi se déclara chef de cette ligue, la suitte de laquelle aiant recongneue être très-pernicieuse, à cause des menées qui s'y firent elles guerres civiles qui en arrivèrent, il voulut s'en retirer mais trop tard, aiant trouvé sa perte où il espéroit son bien. Pensant la rompre, il assembla les états à Blois qu'il assigna au 16 novembre. Maistre Roi Charpentier, théologal et archidiacre dudit Blois en l'église de Chartres, et maistre François des Vaux, un des curés de Saint- André dudit Chartres, furent députés pour le clergé du baillage de ladite ville ; Messire Louis d' An-
gennes, chevalier, sieur de Maintenon, pour la noblesse, et An. 1578. messire Ignace Olive et Nicole Guillard, avocats au baillage et siège présidial de Chartres, pour le tiers-état. Comme ceste assemblée se tenoit dans le diocèse de Chartres, et le désir que chacun avoit, qu ils pussent bien réussir à la gloire de Dieu, au soulagement du pauvre peuple, qui souffroit beaucoup à cause des guerres civiles, et à la conservation de Tétat, il fut ordonné, le 3 de novembre, qu'on feroit un jeûne des mercredi, vendredi et samedi suivants : il fut commencé le mercredi 6 dudit mois par une procession générale, qui se fit en Tabbaie de Saint-Père-en-Vallée, et le dimanche après on communia par toutes les paroisses de la ville à la même intention.
Le soir du mesme jour, MM. de Conti et de Soissons, frères du prince de Condé, arrivèrent à Chartres, et dès le lendemain, après la messe qu'ils ouïrent en la chapelle de Vendosme, partirent pour Blois.
Ceste assemblée n'eut l'effet qu'on attendoit, d'autant que les Huguenots, qui ne vouloient point démordre de leurs prétentions et demandes , firent revenir les Reitres en France et firent alliance contre les catholiques avec les rois d'Angleterre, de Suède, de Danemark , les protestants d'Allemagne et les cantons des Suisses. Ce que considérant plusieurs cathoUques Romains, que le mécontentement avoit jettes dans le parti huguenot et que ceste alliance estoit pour anéantir et supprimer l'ancienne religion qu'ils professoient, ils se retirèrent vers le Roi.
Sa Majesté avoit mis deux armées en campagne, lesquelles, grossies de ceux qui défiloient de ce parti, les Huguenots, voiant leurs affaires en mauvais train , recherchèrent le Roi de pabc, duquel ils l'obtindrent à Bergerac, où elle fut conclue avec le roi de Navarre et publiée à Poitiers où estoit le Roi.
A cause de ces troubles, les étrangers avoient cessé, dès le mois de mars, et chacun s'estoit retiré en sa maison, comme le reste fit après ceste publication de la paix. Le chanceUer passa par Chartres le samedi 19 octobre; la reine mère, le 25, sur les 4 heures du soir et la reine régnante un peu de tems après. Ceste bonne princesse ne voulut qu'on lui fit d'entrée, ni qu'on la récent avec cérémonie dans l'église, où Tévesque et le Chapitre l'attendoient, mais s'en alla descendre à l'Evesché où la reine mère avqit déjà son logment. Elles en par-
An. 1 578. tirent le lendemain, après avoir ouï la messe dans le chœur de la cathédrale et disné.
Le Roi estant de retour à Paris, désirant jouir du bénéfice de la paix comme les autres, fut fort content que Monsieur d'Alençon, son frère, s*en alla chercher de remploi aux Pays-Bas, qui estoient aussi en guerre pour la religion , afifln d'avoir ses franches coudées, et n'avoir personne qui lui pût troubler son ' repos. L*hmneur de ce prince ne lui plaisoit pas, et ne désiroit rien tant sinon qu'il s'éloignât de lui.
Le roi de Navarre et le prince de Condé s*estoient semblablement retirés de la cour et vivoient chacun en privé sans faire semblant de remuer, de façon que le Roi , jouissant d'une profonde paix , divertissoit son esprit à des plaisirs innocens parmi des Capuchins ou Feuillents, qui ne faisoient que naître, ou à faire des processions soubz un sac de pénitent, ou encores à bastir des églises ou monastères, faire imprimer ou débiter des livres de dévotion , de sorte que plusieurs voulant se conformer à son humeur contrefaisoient, plutost qu'ils ne l'étoient, les dévots.
La reine mère estoit bien aise de le voir dans ces entretiens, pour faire tout ce qu'elle vouloit, le Roi son fils lui rendant tous les respects qu'elle pouvoit souhaitter. Le plus grand mal estoit qu'il n'avoit point d'argent en l'épargne, les coffres estoient vides, la dépense excessive, les dons inunenses, qui dégénéroient en prodigalité. Un tas de mignons, vraies sangsues de la cour, raffloient tout ce qu'ils pouvoient. Le peuple s'en oflensoit et méditoitime rébellion ou révolte, le Roi s'en défioit. Pour s'asseurer contre lui et réprimer les fougues de ceste populace irritée, si elle venoit à remuer, il voulut s'appuier de la noblesse, et pour la gratifier il institua un ordre de chevalerie , soubz le nom du Saint-Esprit. Les motifs qui lui portèrent, furent qu'il estoit né, le jour de la Pentecoste, avoit à pareil jour esté élu roi de Polongne, et Tannée suivante reconneu roi de France.
Cet ordre de chevalerie fut plutost renouvelé qu'inventé , veu que, dès environ 1352, Louis de Jérusalem et Sicile Tavoit installé, pour avoir esté receu roi de ces roiaumes, un jour de Pentecoste. Ce qu aiant esté montré audit roi Henri III passant par Venise à son retour de Polongne, il lui prit envie d'en faire
autant. Ilavoit dessain d'y assigner jusqu'à cent gentilshommes, An. 1579. nobles de trois races, quatre cardinaux et autant d'évesques, un grand aumosnier, un thrésorier, un greffier ou secrétaire , un héraut et huissier. J'ai lettres qu*il écrivit du dernier jour de novembre à messire Jean Blosset, sieur de Beaumont-le- Chartif, baron de Torci, et gouverneur de Caen, qu'il avoit choisi pour un de ceux qu'il vouloit honorer de son ordre, duquel il avoit délibéré de conunencer la première feste et célébration le premier jour de l'aii prochain , et pour ce qu'il eust à se rendre à Paris, le 20 de décembre, pour lui communiquer les articles, statuts et ordonnances d'icelui, auquel il n'entendoit admettre personne qu'il ne fût tenu et congneu pour bon catholique , faisant actuellement profession de la reUgion catholique, apostoUque et romaine, et n'eût fait preuve d'estre gentilhomme de trois races paternelles, pour quoi il le prioit d'apporter attestation bien et dûment faite devant larchevesque ou évesque du diocèse, où étoit sa principale résidence, de sa vie, mœurs et profession de foi, et pour le regard de son extraction, qu'il eût aussi certificat d'icelle depuis son bisaïeul, faite par notables témoins, actes et contrats authentiques, pour représenter le tout à sa réception audit ordre, auquel son dessain étoit de l'admettre pour les notables services que la couronne avoit receus de lui, pour ses vertus, vaillances et mérites; ce qu'il fit le premier jour de l'an suivant en l'église des Augustins de Paris.
Tandis que tout cela se passoit, maistre Etienne Boudet, doien de Chartres, aiant remis sa dignité entre les mains du Chapitre, il procéda à l'élection d'un autre doien, le 18 d'aoust, et élut maistre Guillaume d'Aubermont, chanoine et chambrier en l'égUse dudit Chartres et Ten mit en possession dès l'heure même, pour ce qu'en éhsant il confère.
D'un autre costé, messire René de Birague, chancelier de France, aiant été fait cardinal, le 21 février, en la création des cardinaux du pape Grégoire XIII, il remit les sceaux de sa charge entre les mains du Roi, qui les bailla en même tems à messire PhiUppes Hurault, baron de Ghiverni-au-Blésois, beau-frère de notre Prélat, personnage de grand mérite qui lui avoit rendu de grands services et avoit été chef de son conseil , lorsqu'il étoit seulement duc (l'Anjou, et depuis lefitchevaUer
An. 1579. de SOU ordre, et chancelier de France, après ledécès dudit sieur de Birague.
Le Roi et la Reine vindrent en dévotion à Chartres , où ils passèrent la feste de la Chandeleur: dès la veille ils assistèrent à vespres, qui furent dittes à sept heures du soir, le lendemain à matines, procession qui se fit par le hault et le bas de TégUse, à laquelle le Roi et la Reine portèrent des cierges du poids de chacun une livre de cire blanche et couverts de velours jusques au dessus du poignet, et tous ceux de la maison du Roi et les seigneurs qui les assistoient avoieiit pareillement un cierge blanc de la même sorte; ils assistèrent aussi à la messe à laquelle ils communièrent et après disner ils vindrent à vespres et à la prédication: tout VofTice fut fait ce jour-là par M' de Thou, et le lendemain aiant ouï la messe dans le chœur de la cathédrale, ils s* en allèrent. Devant que de partir,' ils firent présent à Téglise d'une chasuble, deux tuniques, avec trois chappes et le parement d'autel avec le pavillon, qui sert pour couvrir le Saint-Sacrement, qui pend sur le grand autel, le tout de drap d'argent, à fleurons de velours rouge et à leurs armes avec des orfraies auxquelles sont plusieurs représentations de la vie et actions de Notre-Seigneur et de Notre-Dame, et autres mistères, faits en broderie, si artistement élabourées que la peinture n'est pas si belle, présent véritablement digne d'un grand roi, n'estimant qu'en tout le royaume il s'en puisse trouver de semblables ni de plus belles, non tant pour l'étoffe que pour l'art de l'ouvrier.
Durant ce tems-là, il arriva un tremblement de terre à Chartres, Châteaudun et Blois, les 16 janvier et 7 de février, sur les sept heures du matin, qui passa incontinent, mais fut comme un présage delà maladie de la coqueluche, qui suivit par après, laquelle prenoit à la tête et à la gorge, dont plusieurs décédèrent es dites villes, Orléans et Bourges.
Le Roi s' étant trouvé incommodé, vint en voiage à Chartres , le 22 septembre, pour rendre grâces à Dieu du recouvrement de sa santé; la Reine l'y accompagna, et furent receus à l'entrée de l'église par Mp* l'Evesque et le Chapitre, revestus seulement de eurs sm^plis et aumusses, qui les conduisirent dans le chœur, où ils demeurèrent en prières , tandis qu'on chanta le Te Deum , avec le pseaume In te Domine speravi, etc., avec l'orgue et
faux bourdon; lesquels finis, Leurs Majestés furent conduites au An. 1579. palais ou manoir épiscopal: le lendemain, ils ouïrent matines, qui furent dites à trois leçons de Notre-Dame, furent à la procession par le hault et le bas de Téglise, suivis de messire de Guise et autres seigneurs, ouïrent aussi la grande messe qui fut chantée de Notre-Dame à laquelle ils communièrent, et à fin d'icelle présentèrent deux chappes pareilles qu'ils avoient données au voiage précédent : après disner le Roi aiant touché les malades des écrouelles dans la grande salle dudit évesché, il vint à vespres, et le lendemain jeudi 24 dudit mois, aiant du matin ouï la messe au chœur de l'église, il s'en alla après disner coucher à Maintenon, où il tint sur les fonts im fils du seigneur dudit Ueu.
Devant que partir de Chartres, il y fit recevoir gouverneur messire François d'Escoubleau , sieur de Sourdis, qui étoit écuier de sa grande écurie, au lieu de messire de Vassé. Le mardi 29 du même mois, on receut nouvelles à Chartres que Monsieur le duc d'Anjou étoit retiré dans Alençon, et ledit de Sourdis écrivit de Châteauneuf-en-Thimerais, qu'on prit garde à la ville, sur laquelle il avoit du dessain.
La Reine-Mère retourna au mois de septembre de son voiage de Languedoc, et le Roi la fut recevoir à Blois.
Le 4* du même mois, frère Pierre Morcelain, natif de Provins, qui avoit été gardien des Cordeliers de Paris, puis de Chartres, par l'espace de quarante ans, et avoit fait rebastir le nouveau couvent des Cordeliers dudit Chartres en partie, étant monté, environ les deux heures après midi, au hault étage de l'Hostel-Dieu de Saint-Hilaire, qui étoit où est à présent le tripot de Charlemagne, lequel leur avoit été donné pour rebastir leur maison, tomba en bas et se tua âgé de soixante et dix ans. Ce personnage fut fort regretté des habitans de la ville pour les bonnes instructions qu'il leur avoit données par ses doctes prédications, bonne vie fort reUgieuse et exemplaire: il fut inhumé dans la nef de la nouvelle égUse de son couvent, devant la chapelle de Saint- Antoine de Padoue, soubz une pierre taillée en lozange, qui y étoit encore il n'y a longtems, avec le nom et l'année.