‹ Histoire du diocèse et de la ville de Chartres (volume 2)Chapitre 9 sur 67 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

Décès de Charles Guillardj évêque de Chartres: nomination de Nicolas de Thou, son entrée et réception. Visite et translation des reliques qui sont à Saint- Maurice. Décès du roi Charles IX. Henri III ^ roi de Pologne, lui succède; il tâche de mettre les sectaires en leur devoir et donner la paix à son roiaume, il ne peut. Couvent des Cordeliers bâti dans la ville de Chartres.

DURANT que tout ce que dessus se passoit, M' Charles Cuillard, notre prélat, amena avec lui à Chartres un certain moine des Vaux-de-Cemai, dont il étoit abbé, qu'a fit prêcher devant lui un jour de Toussaint en TégUse cathédrale. Ce moine aiant avancé quelques propositions mal digérées, devant le peuple de Chartres, qui a Toreille assés déhcate et l'esprit bon et la reUgion catholique en recommandation, il n'en fut content : cela fit élever un bruit durant sa prédication , qui ne pouvoit se terminer que par une sédition, ce que ledit sieur Guillard craignant, il fit descendre ce prédicateur de la

An. 1573. chaire et se retirèrent en Vhostel épiscopal, en attendant l'heure des vespres. L'évesque aiant apprins que la populasse étoit demeurée très-mal satisfaite de ceste prédication , il fit mettre ses chevaux au carosse et s'en alla de la ville avec son moine.

Quelques habitans, tant hommes que femmes etenfans, le poursuivirent avec huées, parolles contuméUeuses, mêmes â coups de pierre et de boue, jusques hors la porte Guillaume, et y eut quelques-uns à sa suitte blessés: il print ceste fâcheuse action si à cœur qu'il fit serment de ne jamais retourner à Chartres, et print résolution de se démettre de son évesché. Il le résigna à messire Nicolas de Thou, frère de messire Christophe, premier président du Parlement de Paris, lequel étoit archidiacre et chanoine en l'église dudit Paris, et conseiller en la cour.

Soit du. déplaisir que conceut ledit sieur Guillard de la frasque qu'on lui fit à Chartres , soit par quelqu'autre accident, il tomba malade et décéda en sa maison audit Paris , le dimanche 22 de febvrier 1573, après avoir receu tous les sacremens de l'église avec beaucoup de congnoissance et de piété , et fut inhumé en l'église des Blancs-Manteaux, près de messire Louis Guillard, son oncle et son prédécesseur en l'évesché de Chartres , suivant sa dernière volonté. Le Chapitre de Chartres lui fit son obit ou anniversaire des morts, ainsi qu'il est accoutumé pour les évesques de leur église. Ce qu'il n'y a apparence qui eût été fait s'il eût vu que ce Prélat fût mort hors la communion de l'égUse romaine, ainsi que quelques-uns lui ont, à monadvis, trop malicieusement imposé: j'en laisse le jugement à Dieu, qui seul congnoist les secrets des cœurs, ne pouvant le défendre d'une chose dont on l'accuse qui est hors de ma congnoissance : tous ceux-là à qui j'en ai ouï parler autrefois , qui jouissoient de l'honneur de sa conversation , ne m' aiant rendu témoignage de lui qu'avec beaucoup d'éloges d'honneur, j'aime mieux en croire ce qu'ils m'en ont dit, que douter de sa probité, avec les autres.

Je rapporterai ici une chose lilaisante si elle est véritable , comme on m'a assuré qu'elle l'étoit. Ce seigneur avoit un dogue en sa maison qui lui servoit conmie de messager, pour aller de Chartres à Paris, et de Paris à Chartres: quand on vouloit l'envoier en l'un ou en l'autre endroit, on lui mettoit les lettres

qu'on vouloit envoler dans un gros collier qu'il avoit, et après An. 1573. lui avoir donné à manger , on deschargeoit quelques coups de fouet sur lui qui le faisoient partir, et ne cessoit de courir jusques à ce qu'il fût parvenu au lieu où il devoit aller, où étant arrivé on le caressoit, l'on tiroit les lettres de son collier, on y mettoit la réponse, on lui donnoit bien à manger, et après cela quelques coups de fouet le faisoient retourner d'où il étoit venu; qui étoit un plaisant moien pour avoir bientôt des nouvelles, ce qui n'est pas sans exemple, s'en voiant de semblables dans Tantiquité.

Mais pour revenir à messire de Thou, il fut pourveu de Téveschéde Chartres par bulles de Grégoire XIÏI , du 8 apvril 1573, tant sur la résignation dudit Guillard que sur la nomination du Roi , lesquelles bulles sont infamantes contre la mémoire dudit sieur Guillard, ces termes y étant insérés :

• Sanè ecclesia Carnotensis, ex eo qxiod alias fœlicis recœ*- » dationis Plus papa IV, prœdecessor noster , detestandœ » memoriœ Carolum, olim episcopum Camotensem, iunc ia » humanis agentem, et, suadente humani generis hoste, in

• crimen hœresis prolapsum, ac tanquam talem auctoritate » sué declaratmn, regimine et administratione dictœ eccleslœ ,

• cui tu7ic prœsidebat y auctoritate apostolicâ privavit, etc. »

Il est vrai comme nous l'avons montré ci-dessus que le pape Pie rV avoit dès 1563 octroie commission pour faire citer à Rome le cardinal de Châtillon, quelques autres prélats franrois accusés d'hérésie, pour répondre de leur foi, et que Charles Guillard fut comprins avec eux, mais pas un d'eux n'étant comparu, ils furent contumaces et condamnés par défaut, conune hérétiques, quoiqu aucuns ne le fussent point, et furent privés de leurs bénéfices , desquels ils ne laissèrent de jouir et moururent en la communion de l'église romaine comme nous Tavons fait veoir ci-dessus, car craignant d'être mis à l'inquisition à Rome, ils n avoient garde de s'y transporter, et ne se mirent guères en peine de la sentence que prononça Sa Sainteté contre eux, aiant le roi de France pour leur protecteur et conservateur.

Ledit sieur de Thou aiant été pourveu de l'évesché de Chartres, n*en print sitost possession, et la régale demeura ouverte depuis le mois de febvrier jusques au mois de juillet, qu'aiapt

An. 1573. receu ses bulles et s'étant fait sacrer et après avoir preste le sermeut de fidélité au Roi , il fit prendre possession par procureur et envoia son grand vicariat à messire Pierre de Fontaine, chanoine de Chartres, le 17 dudit mois, lequel ne fut toutefois présenté que le 30 d'icelui au Chapitre avec lesdites bulles, en vertu desquelles il fut receu , comme dit est, par procureur, et la régale fut clause, durant laquelle le Chapitre fit tenir les ordres en TégUse de Chartres, aux quatre- tems de Pentecoste, par maistre Henri Maignan, évesque de Digne.

Le calme aiant été donné à l'Etat et aux affaires, ledit seigneur de Thou fit avertir le Chapitre le jeudi 22 d'octobre, qu'il avoit prins jour pour faire sadite entrée, le samedi 'dernier du même mois, qui étoit la veille de Toussaint, et désiroit faire l'office à vespres, si telle étoit la commodité du Chapitre : sur cet avis icelui Chapitre commit messire Roi Charpentier, chanoine théologal, pour le haranguer au chœur, ainsi quil est accoutumé.

Le lundi 26 du même mois, il députa encores maistres Nicolas Thiersaut, chantre, Jean le Mosnier, soubs-doien, Louis Boucher, soubs-chantre. Roi Charpentier, archidiacre deBlois, Jean Lefebvre, François Fidefame, Jean Blandin et Jean David, chanoines, pour aller à Saint-Martin-au-Val recevoir le serment que les évêques de Chartres ont accoutinné faire audit lieu à leur nouvelle entrée et devant la porte Roialle, ou principale entrée dudit Chartres.

Dès le vendredi 30 d'octobre, il se rendit audit Chartres par la permission du Chapitre et coucha à l'Evesché à cause des gardes qui se faisoient dans la ville. Le lendemain matin, dernier dudit mois, il se transporta au prieuré de Saint-Martinau-Val et s'arrêta soubz le viel moutier , c'est-à-dire soubz la tour du vieil clocher qui étoit encores debout, où il print son rochet et camail : frère Pierre Richard, prieur claustral dudit prieuré, avec frère Jacques Babour et Jean Chavigni, obédientiaires de Marmoutier audit lieu, et encores maistre Giles Geslain, curé de Saint-Brice, avertis de sa venue, furent au devant avec la croix et l'eau bénite et tous revestus de chappes et pluviaux.

A leur arrivée, ledit prieu r présenta audit prélat la croix à baiser et ledit curé l'aspersoir avec l'eau bénite, de laquelle il

aspergea lesdils religieux et curé, puis toute Vassistance; l'as- An. 1573, persion faite, ledit prieur commença le répons de saint Martin, Ecce verCy etc., que lui et ses religieux chantèrent en conduisant ledit seigneur à Téglise, où étant parvenu près l'autel, il chanta le verset et l'oraison , puis se tournant le dos vers Tautel , il conunença le pseaume De profundis pour les fondateurs et bienfaiteurs dudit prieuré, et pour les évesques de Chartres, ses prédécesseurs, qui y sont inhumés, et les prières €t oraisons finies, il donna sa bénédiction sur l'assistance.

Au même instant maistre Claude Prévost, bailli dudit lieu de Saint-Martin , s'approcha dudit seigneur, et après lui avoir rendu une profonde révérence, il lui fit une harangue latine, par laquelle il le supplioit, au nom desdits religieux, de leur <M3nserver les droits de leur monastère, les maintenir en leurs privilèges et exemptions et de n'entreprendre sur iceux, ce que leur aiant promis faire, le prieur célébra la messe devant lui, à la fin de laquelle il se fut reposer dans l'appartement du prieur. Environ deux heures après, il fut averti que les députés du Chapitre étoient arrivés en l'église dudit lieu, et qu'ils l'attendoientdans le chœur d'icelle, à cause que le lieu capitulaire dudit prieuré auquel se devoit faire le serment, avoit été ruiné par les Huguenots durant le siège de Chartres l'an 1568 : il s'y transporta aussitost, et y étant entré, ledit sieur Thiersaut lui exposa le sujet de leur venue et le contentement que recevoil leur compagnie, de la part de laquelle ils étoient là, pour lui témoigner de l'avoir à prélat et pour recevoir le serment que ses prédécesseurs évesques étoient tenus faire en leur première réception, de les conserver et maintenir en la possession et jouissance de leurs anciennes coutumes, libertés et franchises, ce qu aiant promis, aiant une main sur le pis et l'autre sur le livre des évangiles, chacun se retira.

Ledit seigneur aiant disné audit prieuré, lesdits religieux de Saint-Martin , sur Tune heure après midi , avec leur curé de Saint-Brice, conduirent processionnellement ledit seigneur jusque dans la basse-cour de la porte Saint-Michel, où les échevins de la ville l'attendoient pour le saluer : après leur compliment il entra dans le corps de garde, où, s'étant revestu de ses ornemens pontificaux, il se présenta au clergé de la ville et banlieue, qui l'attendoit ep chappes à l'entrée de la ville, par lequel il fut

An. 1573. mené processionnellement jusques à la tour du Roi, en la grande salle de laquelle il monta et presta le serment sur Tautel de la chapelle de Saint-Blanchard, tel que les évesques font aux comtes ou ducs de Chartres, d'où étant retourné audit clergé qui l'attendoit, il fut conduit par icelui jusques à la porte Roialle de Téghse cathédrale, laquelle il trouva fermée. Les mêmes commis que dessus s' étant présentés, il réitéra le même serment qu*il avoit fait à Saint-Martin , et incontinent les portes du bas de Téglise furent ouvertes.

Le Chapitre l'attendoit là en corps, revêtu de chappes de soie, auquel ledit sieur Thiersaut, pour l'absence du doien, présenta la croix, puis l'aspersoir avec lequel il aspergea d'eau bénite ceux qui estoient les plus proches de lui, et au mesme tems, l'orgue aiant conmaencé le Te Deum, il fut poursui\â alternativement par le chœur et l'orgue, et durant que cela se passoit il fut installé aux trois chaires dudit chœur, l'une après l'autre , en la dernière desquelles estant assis , ledit sieur Charpentier l'harangua en latin; auquel ledit seigneur aiant reparti en mesmes termes, il s'en alla pi'endre des habits convenables à la feste de Tous les Saints, desquels il dit les vespres. Le lendemain, il fit l'offlce tant du jour que des Trépassés , et le jour des Morts semblablement. Messire Christophe de Thou, seigneur de Celi, Bonneuil et autres lieux , premier président au Parlement de Paris , l'accompagna en ceste prinse de possession, avec messire Achille de Harlai, seigneur de Beaumont, président en la mesme cour; messire Jacques- Auguste de Thou, advocat général; Jean de Thou, et Nicolas Hector, maistre desrequestes ordinaires de l'hostel; Jacques Sanguin, escuier, sieur de Livri, lieutenant général des eaux et forests de France; François Brissonnet, conseiller en Parlement, sieur de l'Aulnai; Nicolas Galoppe, conseiller au grand Conseil, chanoine de Paris; Augustin le Prévost, baron de Brévan, l'un des quatre notaires et secrétaires de la Cour; Claude Perrot, sieur de la Malmaison, procureur du roi en l'hostel-de-ville de Paris; Mathieu de Machereau, chanoine de Paris et depuis de Chartres , et prévost d'Ingrai au mesme lieu; Jean de Breda, chanoine et grand archidiaci-e de Paris; Jacques Thouin, prieur d'Argenteuil et prévost d'Anjou en l'église de Saint-Martin de Tours, chanoine de Paris; Jacquet Damet, sieur du Jan, advocat en Parlement, et Hugues le

Maçon , son fils , qui se rendit Chartreux au Val-Dieu, où il est An. 1573. mort prieur, tous lesquels estoient venus avec ledit sieur évesque , pour honorer ceste prinse de possession.

Tous les principaux oflBciers du baillage , siège présidial et prévosté de Chartres voulurent prendre part à ceste cérémonie , à laquelle ils assistèrent avec quantité de personnes de condition et de peuple.

Les premières actions épiscopales que je trouve qu il ait faites, fut d*aller, quinze jours durant, par toutes les paroisses de la ville pour y faire sa visite et donner le sacrement de confii-mation à ceux qui le demandoient; il voulut aussi faire une revue des reliques de plusieurs saints qui sont en T église de Saint-Maurice-lez-Chartres, et en fit la translation des vieilles châsses en de nouvelles. Toutes ces reliques avoient esté, sur l'appréhension du siège qui fut mis devant la ville en 1568, portées en Téglise de Saint-André de Chartres, ot environ deux ans après remises en leur premier lieu. Mais d'autant qu il y avoit quelques-unes de ces châsses grandement vermoulues, vieilles, pourries et entrouvertes, qui menaçoient de quelques fractures, Jean Suard et Jean Durand, gagiers de la fabrique dudit Ueu, en firent faire de mesmes et raccommoder les vieilles, dans lesquelles , la veille de Pasques 1570, maistre Jean Le Mousnier, grand- vicaire, conunis par M' Charles Guillard, évesque de Chartres , en fit la translation en présence des chanoines dudit Saint-Maurice et de plusieurs autres, tant ecclésiastiques que laïcs.

Depuis la Ucence qu' avoit donnée l'hérésie de blasmer et contredire tout particuUèrement les reliques et le respect qu'on devoit aux Saints, quelques-uns prirent occasion de parler mal des reliques des Saints, niant que ce fussent véritables reliques, pour lesquelles remettre en la vraie croiance, de l'église, ledit sieur de Thou se transporta sur les lieux, le 26 décembre 1573, où , après avoir dit la messe , il visita les ossemens , poudres et cendres qui estoient dans lesdites châsses avec leurs écriteaux qu'il remit en leurs lieux, fit la procession à l'en tour de l'église, où il fit porter lesdites châsses par le clergé du lieu , et fit faire la prédication de la vénération des Saints et culte de leurs reliques, et déclara, par un acte qu'il renferma dans l'un desdits coffrets ou châsses , qu'elles estoient les véritables reliques des

An. 1574. Saints, soubs le nom desquels elles estoient vénérées et honorées.

Le roi Charles n'aiant, comme Ton dit, fait beau fait depuis le départ de M' d* Anjou, pour s'en aller en Poloigne, les Huguenots firent ce qu'ils peurent pour faire soulever M' d*Alençon, frère puiné de Sa Majesté. Sur la fin de febvrier, ils envoièrent vers Saint-Germain-en-Laie, où estoit la cour, deux cents chevaux sous la conduitte de Jean de Chaïunont , sieur de Guitri, gendre de Michel de Champrond, bailli et originaire de Chartres, pour favoriser la retraitte dudit seigneur d'Alençon, ce qui donna de l'appréhension au Roi. M' d'Alençon en aiant eu le vent, fut trouver Sa Majesté à laquelle il découvrit toute l'affaire et le rasseura tellement qu'il ne bougea du lieu. La reine-mère et le reste de la cour, aiant prins l'épouvante , jouèrent à sauve qui peut et partirent de Saint-Germain à neuf heures du soir, et se rendirent à rfiinuit à Paris. Le Roi y arriva le lendemain avec les princes, d'où huit jours après, il s'en alla au Bois de Vincennes, où aiant demeuré quelque tems, sçavoir jusques au 3 mai , il fit prendre les maréchaux de Montmorenci et Cossé que la reine-mère soubçonnoit estre autheurs de ce tumulte et les fit conduire dans la Bastille. Joseph de Boniface dit la Mole, et Aimibal, comte de Coconas, et plusieurs autres furent aussi constitués prisonniers , d'où ils ne sortirent que le dernier d'avril pour la Grève.

Le Roi envoia cependant Jacques Gougeon, sieur de Matignon, en Normandie, contre Mongommeri, LorgeetGallardon, ses enfans , qui estoient venus de nouveau des isles de Gerzai appartenant à F Anglois, où ils s'estoient réfugiés, lequel les aiant enfermés et prins dans Domfront, les conduisit à Paris où la reine-mère, qui haïssoit Mongommeri à cause de la mort du roi Henri II son mari, lui fit coupper la tête en Grève, le 26 de juin.

Tandis que cela se passoit, l'abbé de Vendosme passa par Chartres, retournant de Paris, un jeudi absolut, où il fit veoir et baiser à plusieurs la sainte Larme que Notre-Seigneur plora sur le Lazare, laquelle il reportoit dans son abbaïe, suivant l'arrest qu'il avoit obtenu contre la dame abbesse deJouarre, chez laquelle ceste reUque avoit esté déposée, durant les troubles, comme en un lieu emprunté.

La maladie du Roi reugrégeant de jour à autre, il déclara la An. 1574. reine , sa mère , régente du roiaume, jusques à ce que Henri , son frère , roi de Pologne , qu'il recongnoissoit vrai et légitime successeur de sa couronne , fût venu pour en prendre la possession , et peu après il décéda le jour de Pentecôte, dernier de mai, âgé seulement de vingt-trois ans onze mois trois jours. Il ne laissa aucuns enfans légititimes d'Elisabeth d'Autriche , sa femme, et disoit qu'il sortoit très-content de ce monde, de n'en avoir aucuns, pour ce que les laissant en bas âge, ils auroient beaucoupà souffrir et le roiaume avec eux; que la France avoit besoin d'un homme fait et non d'un enfant. Il laissa toutefois un bastard nommé Charles comme lui , premièrement grand-prieur de France, puis) par testament de Catherine de Médicis, comte deClermont, d'Auvergne et de Lauragois, baron de la Tour et de la Chaize, et donataire de tout ce qu'elle avoit en Auvergne et en Languedoc.

Sitôt que le roi Charles eut rendu l'esprit, la reine-mère dépescha Chemeraut en Pologne, vers le roi Henri; il arriva le 13 dans Cracovie. Henri , préférant le sceptre gaulois au sarmatien, partit le 16 de juin pour la France, où il se rendit à Lion, le 3 de septembre.

Depuis la mort dudit roi Charles, les Huguenots avoient levé les cornes, et Montbrun avoit été si téméraire que de donner sur le bagage du Roi revenant du Piémont à Lyon , et lui en avoit enlevé ime partie. Le roi, picqué de ceste bravade, en voulut tirer sa raison, et pour ce, aiant tenu conseil à Lion, il fut conclu qu'on feroit la guerre aux Huguenots , s'ils ne vouloient obéir et lui rendre les villes dont ils s'estoient emparés dans son roiaume. Il fit publier ensuitte deux édits, l'un du 10 septembre, l'autre du 13 octobre, par lesquels il invitoit les rebelles à se remettre en leur devoir, leur promettant part en ses bonnes grâces avec leurs alUés, pourveu qu'ils se tinssent cois et lui rendissent les places qu'ils avoient prises durant son absence, avec injonction aux gouverneurs des provinces de les traitter suivant les précédents édits et de pourveoir à leurs asseurances.

Etant sur son départ de Lion pour Avignon, il en écrivit, le 10 novembre, la lettre suivante au sieur d'EguiUi, gouverneur de Chartres : « Monsieur d'Esguilli , désirant mieux pourveoir

An. 1574. » aux afTaires duDaufiiié, Provence et Languedoc , pour le bien

» général de mon roiaume , j'ai prins résolution de m'approcher

» davantage desdits pais et me rendre dans peu de jours en

» Avignon, où je m achemine présentement, etencores que je

» m'asseure que, pendant mon éloignement de vos quartiers,

» vous userez de tout soin et diligence à maintenii* et consei*ver

» toutes choses en bon état, au dedans de votre charge, si est-

» ce qu'étant plus requis que jamais d'y avoir l'œil ouvert, je

» vous ai bien voulu écrire ce mot et prier, qu aiant toujours

» votre principal but devant les yeux, de maintenir les lieux de

0 votre dite charge en toute tranquilUté, vous ne souffriez qu'il » soit fait aucun tort ennui ni déplaisir à ceux qui ont été

» ci-devant et sont encores de la nouvelle opinion , qui se main-

» tiendront doucement, ains les mainteniez soubz ma protec-

» tion et sauve-garde, comme mes autres bons sujets catho-

» liques , sans en faire aucune différence ni distinction : là

» aussi où il y en auroit aucuns qui se voulissent émouvoir, à

» la faveur de ceux qui se sont soulevez et armés pour troubler

» le repos de mes autres sujets, je veux et entends que d'heure

» vous ayez à les prévenir et empescher de parvenir au but de

» leurs malheureuses intentions, leur faisant courre sus et

» les tailler en pièces avant qu'ils aient moien d'exécuter leurs

» mauvais dessains. Je désire aussi que vous aies un singulier

» soin à empescher la foule de mes sujets, et qu'ils ne soient

» travaillés de gens de guerre , ainsi qu'ils ont été ci-devant,

» qui est le plus agréable service que me sauriez jamais faire,

» lequel me promettant de vous, je ne vous en dirai rien davan-

» tage, mais prierai Dieu, M' D'Esguilli, vous avoir en sa

» sainte et digne garde. Ecript à Lion, le 10 novembre 1574, » et plus bas estoit écrit : « M' d'Esguilli , je ne serai que bien peu

y> de jours audit Avignon, étant mon intention de me rendre à

» Reims , le 1 2 du mois de janvier prochain pour me faire sacrer

» le 15 ensuivant, et de là m' acheminer en ma ville de Paris,

» pour. Dieu aidant, y faire mon entrée le dimanche gras,

» aussi prochain, ainsi qu'il est porté par les publications que

» j'en ai fait faire. Signé .-Henri, et plus bas Pinard. » Tant s'en faut que ces édits et déclarations du Roi opérassent quelque chose pour remettre la paix dans le roiaume, qu'ils donnèrent aux rebelles plus grand sujet de défiance, qui, au lieu de poser

les armes bas, les levèrent de plus belles en Daufiné et Poitou. An. 1574.

Cela n'empêcha pas les Cordeliers de Chartres de solliciter la ville de leur faire édifier dans son enceinte un couvent au lieu de celui dans lequel le sieur de Lignères avoit fait mettre le feu durant le siège de 1568, conune préjudiciable à ladite ville, car ce ne fut pas les Huguenots qui y mirent le feu , comme beaucoup sHmaginent, mais ceux de la ville. On leur assigna pour ce faire un clos de vigne, dépendant de Tabbé, religieux et couvent de Saint-Père-en-Vallée de Chartres , qui étoit derrière les maisons de la grande rue Saint-Michel. La ville acheta ce lieu spacieux , à la charge, outre le prix de lavendition, que le gardien, tant pour lui que ses religieux, présenteroit tous les ans un cierge de cire, le jour delà saint Pierre, à l'offrande de la messe conventuelle de ceste abbaie, par forme de reconnoissance. L'achat en fut fait et p|yé des deniers provenus du legs fait aux pauvres de la ville de Chartres par feu maistre Louis GuiUard, naguères évesque de Chartres, par son testament. Messii-e Charles d'O, seigneur de Vérigni, dame Denise de la Barre, dame de Villebon, et autres seigneurs et dames du pais, tant ecclésiastiques que laïcs et bourgeois de Chartres, y contribuèrent de leurs biens, de sorte qu'en ceste année Téglise fut fort avancée et les vitres données par les particuhers, ainsi qu'il se peut veoir par le chiffre de Tannée, qui est au bas d'icelles.

En l'an 1572, comme Ton faisoit les fondements de ladite église, on y en trouva plusieurs autres d'ancienne maçonnerie, et quelques années après fouillant au même clos, pour y faire les bâtiments réguliers, on découvrit, dit Rouillard, les fondements d'une bibliothèque, connue s'ils étoient faits autrement que les autres, et quelques voustes et ruines d'édifice d'une brique d'épaisseur et largeur admirable, à l'égard de celle d'à présant qu'on accourcit et appetisse tous les jours, et peut-être semblable à celle de laquelle j'ai parlé au troisième chapitre du premier Uvre de ceste histoire ; qui est une marque, non que l'égUse de Saint-Père ait été autrefois bâtie avec le reste du monastère en cet endroit, ainsi que quelques-uns se le sont imaginé, mais que la ville de Chartres a été autrefois plus étendue et advancée de ce côté-là, comme j'en ai touché quelque chose, au lieu sus-allégué.

An. 1574. Fr. François de Brilhac, abbé dudit lieu, avoit eu intention de faire bâtir sur ceste place un château qu*il avoit déjà fait tailler et jetter quelques fondemens, qui pourroient être ceux dont nous venons de parler. La ville, lui en aiant interdit la poursuite, pour le préjudice que cela pourroit apporter, étant conune une forteresse qui eût commandé partie du haut et tout le bas de ladite ville, il fit voicturer lesdites pierres à GourviUe, lieu dépendant de ladite abbaie, en la paroisse de Prunai-soubz- Ablis, et y fit élever ledit château, tel qu'il 8*y veoit à présent. Fr. François de Gonzague, autrefois général de l'ordre des / CordeUers de l'observance, remarque en la troisième partie des Annales de son ordre, couvent 15 delà province de France, qu'il est sorti deux martires de ceste maison, sçavoir frère Louis Balei ou Balée, tué par les hérétiques à Meaux, et frère Louis Pauvert ou Pauvet, massacré par les mesmes à Etampes, ce que je rapporte ici, pour n'en pas perdre la mémoire, laquelle est prétieuse devant Dieu, ne sachant précisément l'année en laquelle ils ont scellé leur foi de leur sang, quoique je m'en sois enquis à plusieurs religieux anciens de ceste maison, lesquels ne m'en ont pu rien dire.

La veille de Noël de ceste année, fut ouvert à Rome le jubilé universel par le pape Grégoire XIII, à laquelle ouverture se trouvèrent plus de trois cens mille personnes de toutes les provinces catholiques, lesquels y furent défraies aux dépens dudit Pape: depuis l'ouverture d'icelui jusques au jour de Pentecoste suivant, 96,848 pèlerins, qui est une grande charité.

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