‹ Histoire du diocèse et de la ville de Chartres (volume 2)Chapitre 12 sur 67 · CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII

Guerre entre la Ligue et les Huguenots. Opposition du cardinal de Bourbon contre la déclaration du roi de Navarre, pour premier prince du sang. Le Roi vient en habit de pénitent à Chartres, commanda d'y faire la garde. Le roi de Navarre déclaré premier prince du sang. Edit contre les Huguenots. Leur déclaration. Mort de Grégoire XIII. Sixte V lui succède, excom-munie le roi de Navarre. Capucins introduits à Chartres. Reitres en France. Procession des pénitens d Chartres. Bled cher.

An. 1585. -|->w Èsle pénultième jour de Tannée précédente, les ligués I 1 avoîent arresté au conseil de TUnion de faire des levées -L' d'hommes de tous côtés, sur l'avis qu'ils eurent que le roi de Navari'e et le prince de Condé, après la mort de Monsieur d'Anjou, avoient envoyé en Angleterre, Allemagne etDannemark, pour lever destrouppes, pour s'opposera leurs dessains, et du cardinal de Bourbon, qui prétendoit être premier prince du sang. Ce seigneur aiant été adverti que le roi de Navarre et le prince de Condé, ses neveux, étoient après, pour obtenir lettres de Sa Majesté très-chrétienne, par lequel il déclaroitle roi de Navarre, premier prince du rang, assembla ses amis, auxquels il déclara que son dessain étoit de s'opposer à ceste déclaration, tant parce que le rang de premier prince du sang lui appartenoit, comme plus proche parent du Roi, que son neveu, combien qu'il fût fils de son frère aisné, étant fondé en la loi salique, qui le vouloit ainsi, que pour ce que sondit neveu étant hérétique, étoit, suivant les saints canons et lois civiles, indigne de commander à des catholiques, en un roiaume très-chrétien, protestant que s'il avoit quatre cents couronnes, il en donneroit volontiers une à chacun de sesdits neveux, pouveu qu'ils suivissent la religion de leurs ancêtres et que ce qu'il en faisoit n'étoit qu'il eût ambition d'estre ro

de France, mais seulement de conserver la foi chrestienne An. 1585. catholique, apostolique et romaine en son entier dans ce roiaume, qui Tavoit conservée par plus de quinze cents ans, et dès lors fit une contre-ligue avec les princes de Lorraine et autres, contre lesdits deux princes et ceux de leur parti.

Le Roi qui avec ses pénitens étoit venu à pied en procession à Chartres, le vendredi de la seconde semaine de caresme, 22 de mars, aiant sceu les menées des ligués, conunanda aux faabitans de la ville de faire bonne garde, tant de jour que de nuit, de crainte de surprinse, et étant de retour à Paris fit un édit, le 28 dudit mois, pour les contenir en devoir, etempescher leurs armes.

Le Cardinal sachant que le Roi avoit donné des lettres patentes au roi de Navarre, par lesquelles il le déclaroit premier prince du sang, il publia le !•' jour d'avril, un manifeste fait à Péronne, par lequel il se plaignoit que depuis quatre-vingts ans que Fhérésie s'étoit glissée bien avant dans le roiaume , Sa Majesté n'avoit tenu conte d'y apporter les remèdes nécessaires, et que n'aiant aucuns enfants pour lui succéder, le Roi de Navarre ne pouvoit prétendre de le faire, pour être d'une religion contraire à celle recongneue comme la véritable par tout le roiaume, et pour la ruine de laquelle il avoit fait alliance et confédération avec des princes estrangers , hérétiques comme lui, qui travailloient de tout leur pouvoir à abolir la vraie religion, ainsi qu avoit fait la reine d'Angleterre en son roiaume et ses pais;* qu'à ce sujet, comme premier prince du sang, et cardinal de Téglise romaine, auquel pour ces considérations, la conservation de l'église catiioUque et de la religion ancienne et de l'état, appartenoient , de l'advis des autres princes, cardinaux, évesques, Ueutenans et gouverneurs des provinces, nobles, villes et communautés, qui faisoient la plus grande et la plus saine partie du roiaume , ils se trouvoient ligués et astreints par serment de maintenir la reUgion de leurs pères, extirper entièrement l'hérésie, rendre l'ancienne splendeur à son église, et respect aux suppôts dlcelle, l'hormeur à la noblesse, la Uberté et immunité des tributs et exactions au peuple, qui, depuis le règne du roi Charles IX, avoit été grandement oppressé, des tailles et impositions, et restituer la justice en son ancienne authorité, qui avoit été énervée par l'im-

An. 1585. porlunité de quelques courtisans; que ces causes leur avoient fait prendre les armes, lesquelles ils auroient résolu ne poser, jusqu'à ce que Sa Majesté eût entièrement satisfait à leurs justes demandes, qu'ils avoient si raisonnables et pleines d'équité, étant pour le bien de son état, et manutention de la religion , qui en étoit le plus fort appui ; qu'il prendroit leur procédé en bonne part, etlauroit aggréable.

Mais tant s'en faut qu'il en arrivast ainsi qu'ils le pensoient, veu que le Roi, par la déclaration ci-dessus, leur aiant fait commandement de poser les armes bas, puis qu'on leur répondroit, et envoie le 22 mai, maistre Philippe de Lenoncourt, abbé de Barbeau et de Rebais, commandeur du Saint-Esprit, avec les sieurs de Foigni de la maison de Rambouillet, et de Cueilli, docteur de Sorbonne, et antres, vers le roi de Navarre, pour l'induire à reprendre la religion romaine, il traversa fort leurs dessains, car bien que les députés n'eussent rien avancé, si estce que leur voiage aiant donné à penser aux uns et aux autres , les deux partis se mirent aux champs , et s'emparèrent chacun de quelques villes.

Le dimanche, veille de la Nativité de Saint-Jean, messire de Joieuse et sa fenune vindrentà Chartres. Dès le mesmejour, ledit seigneur en partit pour Chàteaudun, mais pour elle, s'arresta audit Chartres, où elle alluma le feu devant la maîtrise ou psallette des enfants de chœur, où se trouvèrent messire de Chartres avec plusieurs chanoines, et après, alla mettre le feu devant la chambre de ville. Ledit sieur de Joieuse y revint le 10 de juillet, sur les six heures du soir, accompagné de quantité de noblesse, et s'en alla dès le lendemain, sur les cinq heures du matin. M. de Montpensier y arriva huit jours après et y demeura deux jours, et en partit seulement le vendredi 22. Ce n'étoient qu'allées et venues de tous côtés , qui ne servoient qu'à entretenir les plus curieux.

Cependant le roi de Navarre se voiant déchiré par les libelles diffamatoires qui couroient contre lui, par lesquels il étoit appelé hérétique, relaps et déclaré indigne du sceptre françois, lit publier une apologie pour se purger et supplier le Roi de lui permettre de faire appeler devant ou dehors le roiaume, le duc de Guise qu'il croioit être celui qui faisoit courir toutes ces feuilles volantes, comme le vrai moien d'en acquérir un repos

à Sa Majesté, et la paix à ses sujets. Le Roi recongnoissant son An. 1585. faible, et que les forces de la ligue étoient grandes, jugea qu'il étoit besoin de coler le voile jusques à une meilleure raison , et se mit de ce côté-là, et pour se montrer zélé, il fit un édit, le 18 de juillet, par lequel il déclaroit qu*aiant recongneu par le passé que son peuple, divisé en deux religions, ne pouvoit s'accorder, mesme aux affaires et commerce civils, et que tout roiaiune divisé en roi ne pouvoit attendre qu'une extrême désolation, à cet effet Sa Majesté vouloit qu'il n'y eût plus par tout le sien, que l'exercice de la religion catholique qui eût lieu , à peine de la vie et perte de biens , révoquant tout édit fait par le passé en faveur, de ceux de la religion prétendue réformée , par lesquels il leur en permettoit le libre exercice , enjoignant à tout ministre de vider-dans un mois, et se retirer hors de la France , et les autres qui ne voudroient faire profession de la catholique, qu'ils eussent à en sortir dans six mois, les déclarant indignes de tenir aucims oflSces, approuvant tout ce qui avoit été fait par les ligués , tant dedans que dehors le roiaume, comme fait pour son service, et fit publier cet édit en Parlement, dès le même jour.

Le peuple en fut si content, que dès l'heure mesme on chanta le Te Deum^ en actions de grâces, dans la Sainte-Chapelle, et à la sortie du palais, jusques au Louvre. Il y eut si grande acclamation de Vive le Roi , que Sa Majesté dit que c'étoit le commencement de son règne qu'il n'avoit recongneu jusques alors. Après disner les mesmes actions de grâces furent rendues en la cathédrale, et par toutes les collégiales de Paris, et à Chartres, la veille de la Magdeleine, à l'issue de la procession du Roi, qui se doit faire après vespres.

Le roi de Navarre, le prince de Condé et le maréchal de Montmorenci, qui étoient en Gascongne et Languedoc, avoient fort sur le cœur ceste déclaration du Roi , c'est pourquoi le 10 aoust, ils publièrent à Saint-Paul-de-Capdejou, en Lauraguais, une déclaration par laquelle, après avoir déchifré les motifs qui avoient porté ceux de la ligue à prendre les armes , la vanité de leurs prétextes , et le fruit qui pouvoit arriver du traitté de Nemours, rompant la paix et faisant la guerre, ils exhortoient tous les seigneurs , villes et communautés , tant de Tune que de l'autre religion , d'opposer leurs armes aux autheurs de ces

An. 1585. troubles, pour leur juste et légitime deffense et celle du roiaume.

Les ligués avoient pressé par le cardinal de Pellevé, créateur de la maison de Guise , le pape Grégoire XIII d'excommunier le roi de Navarre. Il les en avoit éconduits tout-à-fait, jugeant ce procédé d'une trop grande conséquence pour aller si viste. Etant décédé le 10 d'avril, et frère Félix Perret, cordelier, général des conventuels , subrogé en son lieu, le 24 dudit mois, soubs le nom de Sixte V, ils obtindrent ce qu'ils demandoient, par une bulle du 9 septembre, qu'ils firent publier à Paris, sur la fin du mesme mois. Le Parlement s'oflensa des termes portés par icelle, bien éloignée de la modestie des anciens souverains pontifes, dont il fit remonstrance au Roi, et déclara qu'il ne pouvoit omologuer ceste bulle , que premièrement le Pape n'eût montré le droit qu'il avoit de ce faire. D'autre part, le roi de Navarre et le prince de Condé firent afficher à Rome quelques placards par lesquels ils soutenoient que le Pape étojt hérétique et anté-christ, et qu'il avoit menti, sauf Sa Sainteté, de les appeler hérétiques et relaps. Plusieurs s'intéressèrent dans leur différent, et écrivirent de justes volumes, qui se voient encores, contre ceste bulle qui donna bien de l'ébat.

Durant ces altercations , M. de Montpensier vint à Chartres , • le 14 d'aoust, avec les gentilshonmies de sa maison seulement. Il assista le mesme jour à vespres , le lendemain â la grande^ messe, où lui fut fait présent de l'épervier qu'avoit offert M. de Maintenon, à l'offrande. Après vespres , il voulut veoir la charpente de l'église, appelée communément la Forest, à cause qu'il y a si grande quantité de bois, qu'il en composeroit une fort grande, si tout ce bois étoit sur pied, et monta aux clochers. Le lendemain , il s'en alla de la ville.

Le 12 septembre suivant, la Reine vint aussi à Chartres pour y faire ses dévotions. Ce fut en la mesme saison et année que les Capuchins furent installés au prieuré de Saint-Lubin-les- Vignes-lez-Chartres, du consentement del'évesque, de l'abbé de Saint-Père, du prieur et de la ville. Ce qui leur fut confirmé par lettres patentes du Roi , lequel, estant à Paris , fit uu édit du 7 octobre, qu'il fit pubUer le 16 du mesme mois, par lequel il déclaroitque, pour la désobéissance et arrogance des Huguenots, il raccourcissoit le tems qui restoit de six mois, qu'il leur

avoit accordé) ou pour prendre la religion catholique, ou pour An. 1585. vuider le roiaume à quinzaine, excepté pour les femmes, auxquelles il accordoit tout le tems de six mois; ordonnoit que les biens de ceux qui avoient porté les armes, fussent annotés et leurs meubles vendus, leurs revenus saisis, et portés au receveur du domaine , pour être emploies aux frais de la guerre.

Le Roi de Navarre en fit autant à Bergerac, par droit de représailles , le dernier de novembre , aiant fait prendre les biens des catholiques, qui portoient les armes contre lui. Le prince de Condé tenoit d'un autre côté Brouage assiégé par mer et par terre. Aiant receu en mesme tems nouvelles que Rochemort , de Hallot et du Fresne s'estoient saisis du château d'Angers , il laissa Sainte-Mesme devant Brouage, et s'en vint sm* la flba d'octobre, avec quatre mille honunes choisis, pensant y rentrer. Mais aiant sceu que Rochemort avoit esté tué , le château recouvré par messire de Joyeuse, qui mit dedans le nommé Pigon, Chartrain, dit le capitaine Laborde, pour gouverneur, et, se voiant enfermé de toutes parts par les gens du Roi et les conumunes , il fat contraint de jouer à sauve qui peut, et se retirer par le Maine en Normandie, d'où il passa en Tisle de Grenesai et de là en Angleterre, où il fut bien receu de la Reine, qui le fit reconduire à la Rochelle. Ce qu'aiant venu à la congnoissance de Sainte-Mesme, il quitta le blocus de Brouage et se retira.

Cependant le Roi de France envoia vers le Roi de Navarre, le cardinal de Lenoncourt, avec le président Brulart, pour s'asseurer de sa bonne volonté , et tenter, s'il y avoit moyen , de le réduire à la religion catholique, tant pour le salut de sa conscience, que pour son établissement au roiaume, et de le desmouvoir de faire entrer l'étranger en France. Ils ne purent lui persuader l'un ni dissuader l'autre , combien que la Reine mère se fût mise de la partie, et y eût fait ses eflbrts, car il ne laissa de faire entrer les protestants en France , qui y accoururent comme aux nopces. Il se faisoit durant ce tems -là des allées et venues de part et d'autre.

Le lundi 4 de novembre, messires d'Espernon etBiron, revenant d'Orléans avec plus de douze mille chevaux, vindrent loger à Chartres, d'où ils partirent dès le lendemain matin, pour Nogent-le-Roi. Dès le soir qu'ils arrivèrent, le feu se print dans

An. 1586. la chemiuée de maistre Nicolas Thiersaut, chantre et chanoine en Téglise, chez lequel ledit sieur de Biron estoit logé, qui eût incendié la maison, si la cheminée n'eust esté bonne, d'autant qu'encores que le guet sonnât au feu, le bourgeois couroit, non pour Téteindre , mais sur la muraille pour s'en asseurer, craignant que ce ne fût une chose faite à la main pour s en rendre les maistres.

Messire de Joyeuse passa aussi à Chartres , le jour de la saint Martin, pour aller trouver le Roi qui estoit à Paris, d'où Sa Majesté vint audit Chartres , à pié , depuis le village d'Umpeau, qui en est distant de trois lieues, et y arriva le vendredi, veille de saint André, avec le cardinal de Joyeuse et autres seigneurs. Il fut receu par maistre Guillaume d'Aubermont, doien, aiant sa chappe de drap, et une étoile par dessus, qui lui présenta de l'eau bénite, à l'entrée de l'église, où tous les chanoines Tattendoient, revestus seulement de leurs chappes d'hiver. Le lendemain, il fit dire la messe en la chapelle des cryptes, par douze capuchins, qu'il avoit amenés avec lui. Le premier dimanche de l'advent, il ouït encores la messe desdits capuchins, depuis cinq jusques à six heures du matin, au mesme endroit. Retournant à l'évesché, il toucha les malades, et , après disner, il partit sur les onze heures, pour aller coucher à Nogent-le-Roi. Sur le commencement de l'année, les protestants, auparavant que d'entreprendre quelque chose, envolèrent vers Sa Majesté qui estoit à Paris, le prier de faire observer Tédit de paix, d'ouvrir les oreilles aux plaintes et soupii's de ses sujets, et considérer leurs larmes pour tant de misères qu'ils souffroient , et se rendît exorable aux très-humbles prières que lui eu faisoient ses voisins. Le Roi ne put gouster que des estrangers vinssent dedans ses terres , la force en main , se mesler de ses affaires et lui faire des remontrances , et pour ce il leur répondit que Dieu lui donnant la couronne , il lui avoit quand et quand conféré les grâces nécessaires pour la conserver, et gouverner le peuple qu'il avoit mis soubs sa conduitte, sans qu'il lui fust besoin de recourir aux autres princes pour eu prendre conseil, non plus qu'ils venoient à lui pour sravoir ce qu'ils dévoient faire. Qu'estant ce qu'il estoit, il pouvoit muer et changer les lois selon les occurrences, pour maintenir les peuples en l'obéissance qu'ils lui debvoient , et punir les re-

belles; qu'aiant la crainte de Dieu devant les yeux et l'amour An. !586: de ses subjets au cœur, il ne feroit rien contre sa conscience ni contre le repos de son peuple. *

De laquelle réponse, les protestants n'étant guères satisfaits, le roi de Navarre fit publier presque en mesme tems certaines lettres, données à Montauban, le i*"" de janvier 1586, adressantes aux trois États du roiaume de France , se plaignant par icelles de ce qu'on avoit fait décider à Rome le point de la succession du Roi encores vivant, que, quoiqu'il fût prince de France, on Favoit rendu justiciable du Pape; qu'on souffroit que le consistoire des cardinaux disposât des biens qui ne lui appartenoient , donnât, ostât les couronnes, ainsi que lui sembloit; que pour lui il se déchargeoit sur le clergé qui demandoit la guerre de tant de sang qui seroit répandu; souhaittoil que la noblesse qu'il chérissoit emploiast ses forces et ses armes en meilleure occasion, et le peuple, ses moiens à la recherche d'une bonne paix, pour le relever de ses chuttes, affermir son embonpoint et consolider ses plaies. G'estoit parler à des sourds , chacun aiant ce prince en une extrême aversion , plus pour sa reUigion que pour ses mœurs. D'ailleurs le Roi qui le voioit obstiné dans sa résolution , commanda à tous ses chefe de se jeter le plus tost qu'ils pourroient en campagne. Le Navarrois fit le semblable, de manière que voilà la guerre par tout le roiaume. Ces mouvements n'ôtèrent au prince de Condé la volonté de convoler en secondes nopces , avec dame Charlotte-Catherine de la Trimouille, sœur du seigneur dudit lieu, qu'il épouza dans Taillebourg, le 16 de febvrier, duquel mariage estoit issu Henri de Bourbon, prince de Condé, dernier décédé.

Le Roi avoit obtenu quelques trois semaines auparavant, sçavoir le 30 de janvier, permission au Clergé de vendre et aliéner jusques à cinquante mille escus de son revenu annuel , et en avoit fait adresser la commission à Charles, cardinal de Bourbon, Louis, cardinal de Guise, Hiérome Ragazzoni, évesque de Bergame, son nonce, Pierre de Gondi, évesque de Paris, et autres ecclésiastiques, et le fit publier en Parlement, le 27 mars. Le Clergé y forma son opposition, et l'évesque de Noyon en déduisit les causes, sans néamoins pouvoir en obtenir la remise.

An. 1586. Le jour précédent, 26dudit mois, le Roi partit des Chartreux de Paris , pour aller en procession à pied à Chartres , avec ses pénitens, au nombre de quatre-vingts. Il y arriva le vendredi de la Passion, 28 dudit mois, sur les huit heures du soir, et se présentèrent tous à Téglise avec douze capuchins devant eux , chacun tenant un gros flambeau de cire blanche en main. Le clergé de la ville et banlieue fut au-devant jusques à Saint- Barthélemi conune Tautre fois, et les conduisirent jusques en la cathédrale. W' de Thou les receut à la porte Roialle, revestu de ses habits pontificaux , et le Chapitre de chappes de soie, et les menèrent au chœur, où aiant prins leurs place» aux chaires basses et les chanoines aux hautes, ils conmiencèrent compiles de Nostre-Dame , à la fin de laquelle ils chantèrent la prose Stabat mater dolorosa, durant laquelle ils furent tous baiser la croix qu'ils avoient apportée, et y offrirent tous leurs flambeaux. Le service fini sur les dix heures, chacmi se retira. Le lendemain, tout le service de l'église étant achevé, sur les huit heures du matin, le Roi et sa suitte revinrent à l'église en pareil habit, où les chanoines, revestus de chappes de soie comme dessus , demeurèrent aux hautes chaires du chœur, tandis que lesdits pénitents chantèrent leurs matines, avec le reste de TofiBce de Notre-Dame, jusques à sexte, lesquelles achevées, ils firent procession à Tentour de l'église , tant par haut que par bas, en chantant les litanies, et au retour, M«' de Chartres dit la messe basse, à la fin de laquelle il les conmiunia, et s'en estant allé sur l'heure prendre leur réfection à Févesché, ils revindrent, sur les quatre heures, ouïr la prédication qui fut faite dans la nef par un capuchin , à l'issue de laquelle ils entrèrent au chœur, pour dire vespres et compiles. Le lendemain, jour des Rameaux, le Roi ayant ouï, au mesme habit, plusieurs messes, sur les huit heures, où après avoir touché les malades, la procession des pénitens commença l'hynme Vent creator, et s'en retourna comme elle estoit venue , quoiqu'il plût et fît un fort mauvais tems.

Peu après son retour à Paris, les ambassadeurs de Frédéric, roi de Danemark, et ceux des cantons des Suisses, que le roi de Navarre et ses alliés avoient fait venir, arrivèrent à Paris , pour faire semblables remontrances que les protestants, lesquelles eurent pareille réponse : et d'autant que le bruit estoit

qu'il en venoit encores d'autres, de la part des princes et villes An. 1587» protestantes , le Roi s'en alla en juillet aux eaux de Bourbon, et de là audit Bourbon , croiant par ce moien retarder leur entrée en France.

La Reine, qui estoit demeurée à Paris, vint à Chartres passer la feste de la Nativité de Notre-Dame , et y fit sa neuvaine en grande dévotion.

Dans ce mois, qui estoit celui de septembre, le bled fut fort cher et valoit douze et quinze livres le septier, ce qui avoit esté présagé par le débordement de la Loire, où il y eut quantité de bestiaux submergés , et ne avoit-on veu Teau si grande depuis 1527, qu'on disoit que s'estoient assemblés la Loire, Loue et Louet, rivières assez proches les unes des autres. Aussi parurent beaucoup de bestes féroces dans la forest d'Orléans et dans la Beausse, lesquelles dévorèrent non -seulement des enfans, mais encores des hommes faits et bien forts : ce qui donna subjet à beaucoup de personnes de parler et de vouloir deviner, combien que, ceste année, le Pape eût fait un décret contre les devins et sorciers.

Ce fut en ceste année qu'Elisabeth, reine d'Angleterre, fit coupper la tête à Marie Stuard, reine d'Ecosse, sa parente et sa plus prochaine héritière, douairière de France, après une prison de 18 ans, au château de Fresengaie. On lui imputoit qu'elle avoit voulu faire mourir la Reine , mais son plus grand mal estoit la religion catholique, dont elle faisoit profession et que la Reine haîssoit. Ce fut un artifice des calvinistes, lesquels, craignant que si ceste princesse d'Ecosse parvenoit à la cou* ronne d'Angleterre, elle changeât leur religion pour reprendre l'ancienne romaine, trouvèrent cet expédient de s'en défaire. Son arrêt ne fut néamoins exécuté que le 1 8 febvrier de l'année suivante, sans que les Rois, qui avoient part en ceste cause, se soient intéressés pour en avoir la raison. Le François fit quelqu'instance près Elisabeth pour la faire délivrer, mais si lentement qu'elle ne laissât dépasser outre. Ce qui auroit donné l'asseurance aux parlementaires d'agir contre Charles, leur roi, petit-fils de ceste princesse, le traitter criminellement et lui faire enlever le chef par la main d'un bourreau, et rechercher encores ses enfans pour les faire mourir et changer leur roiaume en république. Voilà les fruits de l'hérésie qui, avec ses protes- IV. 9

An. 1587. tatious d'obéissance envers le Roi et les Princes, n'en veulent recongnoistre aucun , mais commander partout.

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