‹ Histoire du diocèse et de la ville de Chartres (volume 2)Chapitre 18 sur 67 · CHAPITRE XXXIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIL

Nogenl-le-Roi reprins par la Ligue; Pontgoën brûlé: Le Puisel ruiné; Châteaudun pris; Courville pris et repris; Paris assiégé , avi taillé par ceux de Char^ très. Le Roi va au-devant des Espagnols. Nogent-le-^ Roi repris par les roiauXj comme aussi Courville. Le sieur de Falandre tué devant Condé. Trois Papes en une année. Dessain dassiéger Chartres, exécuté par le maréchal de Biron. Prodige,

TANDIS que tout cela se passoit à Paris et es environs, le Au. 1590. capitaine Béthime, duquel nous avons parlé ci-dessus, fâché que ceux de Chartres lui avoient voulu enlever Nogent-le-Roi, où il commandoit, faisoit le pire qu'il pouvoit contre eux et leurs voisins: il prenoit les tailles, les asseoit, augmentoit et contraignoit les villages à les lui paier et autres grandes sommes, tous les mois. Il venoit jusques dans les faubourgs de Chartres tii*er des contributions et apportoit des commissions aux curés de Saint-Maurice et deSaint-Barthélemi, pour faire paier les habitans de ces lieux, sans que personne s opposât à ces entreprises: peu sortoient de Chartres de ce côté-là, sans être détroussés, durant huit ou neuf mois quil continua ceste vie, au bout desquels il se retira avec un gros butin et laissa en sa place le nommé Guitonnière qui pensoit faire de même. 11 ne mena guères toutesfois ce train qu'il ne fût pris par le sieur de la Bourdaisière , qui le mit à rançon, de sorte quêtant en Uberté, il fit plus de maux qu'auparavant, jusques au mois d'avril, que quelques habitans de Nogent-le- Roy réfugiés à Chartres, aiant sceu quil en étoit absent et n avoit laissé que fort peu de garnizon audit lieu, se résolurent de lui dormer Tescalade et le prendre, comme ils firent. Le château demeura aux roiaux , qui , Tannée précédente, l'avoient pris sur le capitaine du Pastis, que le sieur de Sagongue, qui Qvoit épouzé Diane de la Mark , douairière de Nevers et dame

An. 1590. dudit Nogent, y avoit mis pour le garder; et ce par trahison d*un nommé Moinet, lequel s'étant réfugié à Chartres, ses autres concitoiens le noièrent de dépit, près la porte Drouaise.

Nogent ainsi reprins , les habitans envoièrent incontinent à Dreux vers le sieur de Falandre qui en étoit gouverneur, le prier de les assister. Il vint à Chartres, pour avoir de Tartillerie, poudres et munitions, lesquelles aiant obtenu, les sieur delà Parlière et Danvilliers, lors dans la ville, avec plusieurs volontaires, se mirent en chemin pour aller assiéger le château.

Le capitaine la Trille qui conduisoit ceux d'Orléans se mit de la partie, tellement qu'ils étoient nombre pour le battre. Maistre Jean Salmon, chanoine de Chartres, et Claude Ilichier, couvreur en ladite ville, jugeant que Tartillerie étoit mal placée pour faire effet, trouvèrent moien de la monter sur un heurt, où ils la pointèrent contre le château ; ils n'eurent tiré deux ou trois volées de canon que ceux de dedans demandèrent à sortir, la vie sauve.

Il leur fut accordé, mais mal gardé, veu que ceux de Chartres, extrêmement picqués des maux qu'ils avoient receu de ces gamizons, allèrent les guetter et firent main basse sur tous ceux qu'ils purent rencontrer, si bien que peu échappèrent. Poussemotte, natif de Chartres, commandoit là dedans et étoit celui contre lequel on en avoit le plus : il échappa ce coup , mais aiant été du depuis repris par ses compatriotes, il fut pendu en la place des Halles dudit Chartres.

La ville et le château de Nogent aiant été repris, le capitaine Viane, natif de Blois, y fut mis gouverneur, lequel y fut tué, lorsqu'il fut reprins sur la Ligue. La Guitonnière se voiant frustré de Nogent, s'empara de la Malmaison, prêtrière appartenant au Chapitre de Chartres, à côté d'Epemon , et du depuis du château de Giroudet qui n'en est beaucoup éloigné. Il exerçoit là ses voleries, qu'il continua jusques à sa mort, qui arriva peu de tems après. Hiérome Rotrou, dit Manceau, sergent roial audit Chartres, prit la charge de ses gens, après son décès; et, quoique sa femme, fille naturelle du lieutenant-général dudit Chartres, fût demeurant en ladite ville, il ne laissoit de commettre plusieurs hostilités, étant venu jusques dans l'abbaie de Saint-Cheron prendre frère Philippe Bouteroue, avec un autre religieux d'icelle, nommé Mulot, et un laboureur du village

dudit lieu, lesquels, à cause de sa congnoissance , il traitta fort An. 1590. mal.

D'autre part, tout ce pais étoit presque en semblables transes, à raison des passages des compagnies qui passoient chacun jour, pour se rendre au camp du Roi devant Paris. Le seigneur de la Trémouille tenoit le quartier de Beausse, et le comte de Soissons celui du Perche, où, en passant le 17 septembre, il brûla la ville de Pontgouen, appartenant à Tévêque de Chartres. Le sieur de Saint- Amould-des-Bois et quelques nobles du pais s'étoient retirés dans le château avec quelques habitans, pensant éviter le dommage. Le comte aiant trouvé de la résistance, et même quelques-uns des siens aiant été tués aux approches , il fit mettre le feu dans la ville, en laquelle il y eut plusieurs femmes et enfans bn\lés, et, voiant qu'ils ne pouvoient avoir le château, qui étoit bien défendu, il fit mettre le feu dans Téglise qui le joignoit, de laquelle aiant sauté dans icelui, il fut bientôt réduit en cendres, et contraignit par ce moien ceux qui étoient dedans de se rendre à sa merci, auxquels toutefois il ne fit mal que par la bourse, les aiant rançonnés, sans aucune considération de leurs pertes.

Ledit sieur de Saint- Arnould avec plusieurs autres échappés de leurs mains, se réfugièrent à Chartres, lesquels servirent beaucoup au ravitaillement de Paris. Presqu'en même tems, messire de la Chastre ruina la tour du Puiset qui étoit ime retraitte de voleurs et se résolut d'enlever Meun qui travailloit fort ceux d'Orléans. Il manda le sieur de la Bourdaisière pour l'assister, lequel s'y en étant allé avec ses Chartrains, ils le prirent quoiqu'avec perte, s'emparèrent de Châteaudun en retournant et en tirèrent grosse somme de deniers. Messire de Longueville, auquel elle appartenoit, envoia incontinent le maréchal d'Aumont, beau-père de la Boui-daizière, pour l'aller reprendre. Celui-ci, en aiant eu le vent, et jugeant la partie trop mal faitte pour lui, s'en revint à Chartres avec ses gens, aimant mieux faire ceste retraitte doucement qu'hazarder témérau-ement sa vie et celle des siens à la défense d'une place qui n'étoit pas tenable.

Les sieurs de la Patrière et de Danvilliers, estimans qu'il y alloit de son honneur d'abandonner ceste place, prièrent le sieur de la Bourdaisière les laisser dedans, promettant de la

An. 1590. garder contre le maréchal. Ils ne purent faire ce qu'ils avoienl promis, ce seigneur les aiant surprins sans munitions de guerre ni de bouche, il les contraignit se rendre la vie sauve. Pour le peu qu'ils y furent, ils y firent bien du dommage, aiant fait brûler les faubourgs qui valoient mieux que la ville. Peu de tems après ledit sieur Danvilliers, aiant fait entreprinse sur Illiers, il fut lui-même pris et mené audit Châteaudun: on lui remit devant les yeux l'incendie de ce faubourg et lui fit-on perdre la tête.

Au retour du sieur de la Bourdaizière, il y eut quelque rumeur à Chartres, à cause du butin que le capitaine Basile avec ses guespins sout^noient n'avoir été bien départi. S'étant picqués sur ceste contestation, ils s'en voulm'eut aller. Ils prindrent leur chemin par la Beausse, où étant à Saint-Léger-des- Aubées, ils furent chargés par les Maheutres et le capitame prins; étant peu après délivré et amené à Chartres, il y servit beaucoup, pour envitailler Paris. Ceux de Chartres qui y avoient conduit des vivres s'en retournèrent du côté de Longjumeau , pour gaigner Dourdan , où étoit le capitaine Jacques; ils furent rencontrés et chargés par les ennemis , qui tuèrent quelques habitans de Chartres et tuèrent un nommé Miles Bari qui fut porté à Montlhéri , où il mourut , et fut enterré à la Trinité. Le sieur de Réclain ville , par cas fortuit, s'étant rencontré sur les lieux , sauva les autres et les reconduisit à Chartres.

Nous avons remarqué ci-devant que le sieur de la Trimouille, s'en allant au camp du Roi devant Paris, passa par la Beausse; étant à Sours, à deux petites lieues de Chartres, où les habitans avoient fait un fort près l'église, il les somma de se rendre. Ce qu' aiant fait et leur aiant fait prêter le serment de tenir le parti c^u Roi, ils le gardèrent si bien qu'ils donnèrent force ébat à ceux de Chartres, qui étoient d'un parti contrah'e. Un jour, aiant pris un laquais du sieur delà Bourdaisièie, lui baillèrent les étiivières et proférèrent plusieui*s sottes parolles et injurieuses contre l'honneur de son maître. S'en étant plaint à son retour, ledit sieur print de l'artillerie et s'en alla battre ce fort, qu'il print et pilla: de là faisant semblant de s'en vouloir aller assiéger Giroudet, où étoit Rotrou avec une troupe de brigands, il tourna la tête devers Gallardon , qu'il s'attendoit de surprendre, mais aiant trouvé les habitans

sur leurs gardes, il n en eut que la veue et s'en revint sans rien An. 159a. faire.

Le sieur de la Patrière, qui avoit esté blessé devant Sours, étant guéri de ses blessures, s'en alla prendre Gourville, dans le château duquel estoit la dame des Ligneries qu*il mena prisonnière. Il pensoit en faire autant à Maintenon où il surprint le bourg. Il envoia à Dreux vers le sieur de Falandre qui resta derrière pour favoriser sa retraitte, après avoir donné ordre à la Patrière et à la Gaignerie de sauver leur artillerie. Ce qu'au lieu de faire, s étant amusé à repaitre par le chemin, ils donnèrent loisir audit sieur de Rambouillet et à ceux de sa compagnie de tailler en pièces la plupart de nos Ghartrains , qu'ils trouvèrent en désordre. Il en demeura plus de cinquante sur la place, sans les blessés qm moururent puis après, et faisoit-on état que ceste défaite avoit enlevé plus de deux cens soldats tant des habitans de la ville que de la garnison, sans la perte de deux pièces d'artillerie qui y demeurèrent.

I^a Patrière et la Gagnerie picquèrent des premiers , aiant abandonné leurs compagnons et n'aiant attendu le choc. Ils rapportèrent la nouvelle de ce combat, le soir de la saint Michel, asseurant que le sieur de Falandi'e y avoit esté tué, ce qui se trouva faux, estant revenu à nuit close dans Chartres avec quelques-uns des siens. On soubçonna la Patrière de lui avoir fait cette pièce , pour le faii-e prendre ou tuer, d'autant que les ennemis, chargeant l'infanterie, crioient : Où est Falandre? Cela toutefois pouvoit venir d'ailleurs et de la haine que ceux de Maintenon avoient contre lui, pour le mal qu'il leur faisoit.

Après ceste défaitte , qui releva le courage aux Maheutres , ils s'en allèrent d'un même pas à Houdanc et Montfort, qu'ils surprindrent et pillèrent. D'im autre côté, ceux du même parti reprindrent Courville et le pillèrent aussi , sans toucher au château, dans lequel étoit la garnison de Chartres. Le même jour, feste de saint Denis, 9 d'octobre, le sieur d'Arpentigni, gentilhomme de la religion, demeurant près de Châteauneuf-en-Thimerais, se sauva de Chartres, où il étoit prisonnier du sieur de Pescherai, gentilhomme du Vendosmois, qui avoit épouzé une fille de la maison de Courtalain. Ce gentilhomme avoit fort guerroyé les pais auaii Vendosmois, de Touraine et Blésois et s'estoit emparé du château de Laverdin où il faisoit sa retraitte.

An. 1590. Quand Paris fut délivré du siège que le Roi avoit mis devant^ ledit sieur de Pescherai vint à Chartres , pour aider à conduire des vivres en ceste capitale , en quoi il servit beaucoup.

Vers le même tems , le sieur de la Saulsaie accusa de trahison plusieurs habitans et oflBciers dudit Chartres pour ce que, voiant le train des affaires et qu'enfin la Ligne ne pouvoit subsister, ils conseilloient de recevoir le Roi de Navarre de bonne heure conmie vrai et légitime successeur de la couronne. On leur opposoit davantage qu ils avoient sollicité le Roi de venir assiéger Chartres et qu'ils se saisiroient d'une porte pour l'y faire entrer. On s'asseura là-dessus de messires François Chouaine, président et lieutenant-général; Gui Robert, prévôt; Hector le Beau, sieur de Chamblai, conseiller au bailliage et siège présidial de Chartres, qui estoit beau-père dudit président ; Raoul Haligre, sieur de Chauvilier, greflBer du bailUage, et de plusieurs autres, qu'on constitua prisonniers. On fit publier contre eux des quérémonies scandaleuses , pour découvrir s'ils estoient coupables de ce dont ils estoient accusés. Sur quoi personne n'aiant déposé, ils furent élargis à pur et à plain. C'étoit assés d'avoir un ennemi pour estre mis en peine.

Il arriva sur ces grabuges que le duc de Parme, aiant perdu la plupart de son monde devant Corbeil qu'il print, le 26 d'octobre, comme il s'en retournoit en Flandres, le Roi de France le fut attaquer au passage, croiant l'en empescher, ce que néamoins il ne put faire. L'absence de Sa Majesté donna asseurance à ceux de Chartres de mener des convois de vivres à Paris ou d'y aller pour leurs affaires particuUères, soubz la conduitte du sieur de Saint-Amould-des-Bois et antres; les Charvilles de l'ancienne maison des de Chartres estant de parti contraire et de la religion prétendue, qui ont leur maison près Anneau, en estant avertis, les furent attendre au mesme endroit où les Reistres furent mal accommodés par le duc de Guise, elles chargèrent si furieusement d'abord qu'ils tuèrent ledit sieur de Saint-Arnonld et en blessèrent quantité d'autres, entre lesquels fut messire Jean de Lespine, advocat , lors échevin de Chartres, lequel estant porté à Aimeau, y rendit les derniers soupirs de sa vie. M. Maurice Mariau, chanoine et archidiacre de Vendosme en l'église de Chartres, et plusieurs marchands et habitans dudit Chartres y furent arrêtés prisonniers, desquels ils

tirèrent de grosses rançons et eurent toutes les marchandises An. 1591. «t vivres qu ils menoient.

Au mesme tems que le Roi partit d'Escoui en Normandie , pour aller au-devant du duc de Parme , il laissa son armée soubz la charge du maréchal de Biron , pour Temploier où il recongnoîtroit qu'il seroit nécessaire, et messire Philippes Hurault, chanceUer de France , avec trois secrétaires d'État, pour vaquer aux affaires d'importance, qui se présenleroient pendant son voiage. Le maréchal, pour incommoder Chartres, envoia, le 27 novembre, assiéger Nogent-le-Roi qui fut pris et pillé, et le capitaine Viane, qui estoit dedans, pendu.

Le seigneur de Longni, averti qu'après ceste conqueste Biron tiroit à Arpentigni, où il estoit, y fit mettre le feu et se retira avec ses gens à Chartres. Biron, à la sollicitation du sieur des Ligneries, fut attaquer Courville, qui appartenoit à sa femme, lequel il print et lui rendit. De là il alla à Verneuil, d'où il fut repoussé par les sieurs de Ta vannes et Médavi, puis étant allé à Nonancour. il le fit démanteler et donna jusques à Coudé, ville et château , appartenant à l'évesché d'Evreux , qu'il prit aussi et y mit garnison pour le Roi.

Quelques trois semaines après, sçavoir le 17 de décembre ^ le sieur de Falandre, étant allé escalader Couches, il y fut tué, lui seul , d*un coup de mousquet. Ses gens , irrités d'avoir perdu leur capitaine, pour venger sa mort, forcèrent la ville et la pillèrent, et, chargés de butin, ils s'en revindrent avec à Dreux,

Geste année veid trois papes en moins de quatre mois : Sixte V estant décédé le 27 d'aoust, cinquante-quatre cardinaux éleurent, le 15 de septembre, Jean-Baptiste Castanea, romain, cardinal prêtre de Saint-Marcel, qui fut nonuné Urbain VIL II ne fut couronné à cause qu'il trépassa treize jours après son élection , sçavoir le 27 du mesme mois , de manière que , s' estant rassemblés , le 8 d'octobre, ils éleurent, après plusieurs altercations , Nicolas Sfondrat , dit le cardinal de Crémone, et le publièrent pape, le 5 décembre, soubs le nom de Grégoire XIV, et le couronnèrent, le 8* jour, après la fête de la Conception de Notre-Dame.

Dès le conunencement de l'année 1591 , le Roi aiant touché de l'argent de la Reine et de certains marchands d'Angleterre, il s'approcha de Paris et le resserra de plus près qu'il n'avoit

An. 1591. fait par le passé. Il essaia de le prendre du costé de Saint- Honoré, soiibz prétexte d*y faire conduire des farines; mais, la fourbe aiant esté découverte, il ne put effectuer ce qu'il désiroit. Le Roi d'Espagne, qui avoit toujours un œil ouvert, pour veoir ce qui se passeroit, jetta cependant quelques forces et régimens dans Paris et dans Meaux , et messire de Mercœur fut recevoir Tarmée en Bretagne à Blavet , port de mer. Le Roi, qui estoit à Senlis, print son chemin par la Bric et se rendit à quatre lieues de Paris, qu'on croioit qu'il deust assiéger ou bien Troies ou Sens. Il n' avoit dessain sur pas une d'icelles, mais sur Chartres qui lui nuisoit pour ce qu'il fournissoit de vivres à Paris.

Sa Majesté estant de retour de Normandie, elle manda au maréchal de Biron, qui estoit à Mantes, qui avoit presque réduit ceste province soubz son obéissance, lui ordonnant de faire mine de vouloir traverser toute la Beausse pour le venir joindre, mais que tout d'un coup il tournât la teste devers Chartres, pour l'investir auparavant quelle put recevoir du secours. Ceste menée ne put estre si secrette qu'on ne donnât avertissement de tous costés du dessain que Sa Majesté avoit sur ceste ville. Le sieur de la Bourdaisière l'avoit dit souvent aux habitans d'icelle, lesquels croiant que ce fussent artifices pour tirer de l'argent d'eux, ou les obliger à y laisser entrer des garnisons qui estoient aux faubourgs, n'en auroient fait d'état. Un laquais, venu de la part d'un gentilhomme du Roi, apporta des lettres enveloppées d'un morceau de terre à potier, qui avertissoit la ville de ce dessain , duquel on se mocqua. 11 sembloit que les Chartrains crussent qu'on n'osât les attaquer, ou qu'ils fussent insensibles au mal qui les talonnoit. On ne laissa pourtant de tenii* chambre de ville, où le sieur de la Bourdaisière asseura que tous ces advertissemens lui venoient de bonne part de ses amis et qu'ils estoient véritables, protestant de vivre et mourir avec les habitans à la deffense de leurs biens, de leurs vies et de leur ville.

Là-dessus on fit de belles ordonnances sur le fait de la police, qui furent aussi bien observées que les auti-es. Sur le bruit du siège , le capitaine La Croix Cottereau partit d'Orléans avec trois ou quatre cens chevaux, ou, comme le disent quelques-uns, que je crois plutost, avec environ soixante cuirasses et deux

cens arquebusiers à pié, pour se venir jetter dans Chartres. An. 159!. Aiant prins sa marche par Prunai-le-Gillon, un vendredi 1" jour de febvrier, il fut assiégé dans ce village par les sieurs de Sourdis et MaroUes, gouverneur de Janville, qui le contraignirent de se rendre avec ses troupes, le samedi suivant avec perte de tous leurs chevaux et équipages.

Plusieurs d'iceux ne laissèrent de venir se rendre à Chartres un bâton à la main et se logèrent à Saint-Martin-au-Val. La nuit du 10« febvrier, ils y furent attaqués par le régiment de Valiraux, gentilhomme Commingeois, qui les contraingnit de se retirer dans la ville le long du fossé du Bar-Bourg ; qui vint fort à propos pour la defFense du siège , qui y fut mis incontinent après, veti que, lorsqu'il y fut posé, n'y avoit dedans que huit cens hommes de pié et de cheval au plus.

L'on veid ce mesme jour sur la \i\\e de Chartres une chose prodigieuse, qui estoit im grand étendard ballotant en Fair, qui apparut sur Tabbaïe de Saint-Jean-en-Vallée et fut veu tout le long du jour s'advançant peu à peu sur la porte des Epars, où il disparut et se perdit sur les sept heures du soir. Cela donna sujet de penser à plusieurs , chacun en parlant selon son sens et ce qui lui venoit en fantaisie.

Le maréchal de Biron faisoit cependant ses approches et fut-on bien étonné, que le dimanche de la Septuagésime , 10'' dudit mois, la ville se veid investie. Ce sera l'endroit où je finirai ce livre pour veoir es premiers chapitres du suivant les particularités de ce siège, qui méritent bien être sceues.

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