‹ Histoire du diocèse et de la ville de Chartres (volume 2)Chapitre 3 sur 67 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

Deffense aux hauts^justiciers de souffrir des Assemblées eu leurs seigneuries. Prince de Condé déclaré chef des Protestans. Tumulte d'Amboise. Estais d'Orléans. Chanoines de Chartres exempts du logement des gens de guerre. Mort du roi François IL Charles IX dé-claré roi de France, sacré et couronné à Reims. Edit contre les Huguenots. Colloque de Poissi. Entreprise des Huguenots sur Chartres, avec V ordre qu'on tint pour sa deffense,

PENDANT le commencement de l'année, on ne parloit que An. 1560. de tenir les Etals suivant le règlement de Tan 1484, de policer le roiaume , réformer les abus, reculer du gouvernement de l'État tous ceux qui estoient suspects, faire rendre compte à ceux qui avoient manié les finances et trouver un moien d'accommoder les affaires de la religion pour empescher l'efRision de tant de sang qui se répandoit aux punitions qui se faisoient de ceux qui avoient autre croiance que la catholique, pour à quoi remédier, ou trouvoit à propos d'assembler un concile national.

La reine Catherine de Médicis, princesse douce, d'un bon esprit, et ceux qui estoient près du Roi , voioient bien à quoi tout cela tendoit, et pour ce reculoient le plus qu'ils pouvoient. Ils estoient assés avertis de tous côtés des menées qui se faisoient par tout le roiaume au préjudice de la dignité roiale et de ceux du conseil ausquels on en vouloit. Ce qui donna sujet à un édit, par lequel il fut défendu à tous seigneurs hauts justiciers de permettre qu'il se fit des assemblées en leurs terres, au contraire, il leur fut enjoint de les empescher et de courir sur les auteurs d'icellés et sur ceux qui s'y trouveroient, à peine de commettre leurs justices, et aux officiers roiaux de faire le mesme à peine d'en répondre et de privation de leurs oflBces, et d'envoier tous les mois les informations et diligences qu'ils en au-

An. 1560. roient faites contre eux, à faute de quoi ils seroient punis, conmie désobéissants aux ordonnances du Roi.

Les protestants se voiaiit à la veille d'estre aussi maltraités que par le passé, emploièrent le prince de Condé, la dame de Roie, sa belle-mère, et l'Admirai, qtii estoient les principaux d'entre eux, pour obtenir de la Reine qu'on cessât les poursuittes qu'on faisoit contre ceux de leur secte. La Reine leur accorda, pourveu que chacun véquit secretlement et sans scandale et qu'on ne fist point d'assemblées. Le Roi fit publier à cet effet un édit, par lequel il défendoit de les poursuivre par supplices et leur remettoit tout le passé, pourveu qu'à l'avenir ils voulussent vivre en paix et professer la religion catholique, excepté aux ministres et semblables boutefeux qui , soubz prétexte de religion, avoient conspiré contre son Estât, sa personne, de la reine sa mère , de la reine son épouze , des princes ses frères, et des principaux de son conseil et avoient corné la guerre pour distraire ses sujets de son obéissance et les porter à la rébellion.

Quelque tems auparavant, les protestants s' estoient retirés au prince de Condé pour les prendre en sa protection et se déclarer chef de leur parti. Il ne fallut prendre beaucoup de peine à lui persuader d'accepter ce qu'il souhailtoit. La haine qu'il portoit à la maison de Guise lui estoit un assés puissant motif pour le lui faire prendre. Il ne vouloit néamoins découvrir sa mauvaise intention et n'agissoit qu'en cachette. Le duc de Guise et son frère , avertis de ce qui se passoit, et qu'en une assemblée faite à Nantes, le 1*' février, il avoit esté arresté se saisir de leurs personnes, le 10® de mars, dans la ville de Blois, pour ester, disoient-ils, le Roi des mains de ses ennemis et des leurs, ils le menèrent à Amboise, croiant qu'il. y seroit en plus d'asseurance , et mandèrent quelques princes et seigneurs pour résister aux entreprinses de ces rebelles.

Le prince de Condé, de son côté, délivra des conmiissions pour informer de plusieurs malversations défendues faites par ceux de Guise, mesmement de ce qu'ils vouloient s'emparer de la couronne, et en mesme tems, La Renaudie, gentilhomme périgourdin, entreprint se saisir des deux frères. On l'appuie de cinq cens gentilhommes soubz la conduite de Gastelnau qui , bien qu'il eust esté découvert, ne laissa de se présenter à Am-

boise avec ses trouppes. Le duc de Nemours l'alant surprins , û An. 1560. eut la teste tranchée à Amboise et plusieurs de ses gens furent pendus : Pardaillau, de la maison de Saint- André, aiant rencontré La Renaudie, voulut tirer sur lui, mais son arme aiant manqué, La Renaudie le tua de deux coups d'épée, dont il ne porta le péché bien loing, le valet de Pardaillan Taiant renversé mort d'un coup d*harquebuze au travers du corps. Il fut porté mort à Amboise , où il fut mis en quatre quartiers , et sa tête sur le pont au bout d*une pique.

Ce mouvement appelé le Tumulte d' Amboise , où les Calvinistes furent premièrement appelés Huguenots, estant passé, le Roi, pour oster aux princes tout sujet de mécontentement qu'Us avoient de l'avancement du duc de Guise, qu'il avoit déclaré son lieutenant général , retint auprès de sa personne le prince de Coudé, qui avoit esté référé par La Bigne, secrétaire de la Renaudie, de crainte qu'il ne fit quelque escapade, donna à M. de Montpensier le gouvernement de Touraine, Anjou et le Maine, et celui des duchés d'Orléans, Berri et Chartres au prince de la Roche-sur- Yon , pardonnant par ses lettres du 18 mars à tous ceux qui se seroient trouvés enveloppés en ceste rébellion , pourveu qu'ils se retirassent chez eux pour y \ivre en paix. Le prince de Condé , s'étant retiré chez lui , sur l'avis qu'il eut qu'on le soubçonnoit d'avoir excité ce tumulte d' Amboise, retourna en cour pour s'en justifier, et de là s'en alla en Béam trouver le roi de Navarre son frère.

Le Roi, considérant que, de jour à autre, la rébellion augmentoit, écrivit à l'évesque de Chartres qu'il fît faire prières et processions pour l'exth'pation des hérésies et le repos du Roiaume. Elles furent faites les 24 et dernier jour de mars es églises de Saint-Pierre et des Cordeliers.

Durant ce tems-là, le Roi envoia le maréchal de Saint- André vers le prince de Condé qui estoit à Nérac pour le faire revenir en cour. îl s'en excusa sur les grands ennemis qu'il disoit y avoir. Le Vidame de Chartres fut arresté et mis prisonnier dans la Bastille par le capitaine Boursal pour avoir trouvé La Sague, basque, valet de pied du prince de Condé, chargé d'un paquet que lui écrivoit ledit Vidame et s'offroit à son service , pourveu que ce ne fût point contre le Roi; qui fit juger que ce prince avoit quelque pernicieux dessain , puisqu'il pratiquoit des per-

An. 1560. sonnes desquelles il prétendoit se servir. Ce qui engendra de grandes deffîances de part et d'autre, qui causèrent la guerre soubz prétexte de religion , mais qui estoit plutôt pour se venger de quelques querelles particulières.

Tandis que M«" les ducs d'Orléans et d*Angoulesme, frères de Sa Majesté, vindrent à Chartres et y allumèrent le feu de la saint Jean, qui se fit à Tordinaire devant la Tour. Cependant, la reine mère, pour remédier aux plaintes des particuliers, indiqua une assemblée à Fontainebleau, qui fut ouverte le 23 du mois d'avril, où F Amiral, qui suivoit la confession de Calvin, présenta deux requestes de la part des églises prétendues réformées esparses par la France, par lesquelles les Huguenots supplioient Sa Majesté de faire cesser les poursuites qu'on faisoit contre eux, tant en leurs personnes qu'en leurs biens, les prendre en sa sauvegarde et protection et de leur permettre l'exercice libre de leur religion.

Le Roi se picqua de ce procédé et de l'avis de quelques ecclésiastiques qui approuvoient en leurs opinions les traductions des pseaulmes de David faites par Marot et Bèze et demandoient un concile national : pour s'accorder on remit d'en ordonner à l'assemblée qui fut assignée à Meaux au mois de janvier suivant.

Le 7 du mois d'avril précédent, fut baptizée dans l'église de Chartres, devant le grand autel, une fille de l'ambassadeur d'Espagne , dont la mère estoit accouchée , il y avoit déjà trois semaines, en la maison canoniale de maistre François Fidefame, chanoine de Chartres et prieur de Troies, et fut nommée Catherine par M°** la comtesse de Surgères au nom de la reine mère. Il y fut fait plusieurs cérémonies et solemnités qui ne serviroient qu'à emplir le papier, si on vouloit en faire plus ample description.

Le Roi , considérant que ni la force ni la douceur n'avoient de rien servi pour mettre les Huguenots à la raison, envoia par deux fois le sieur de Carrouges vers le roi de Navarre et le prince de Condé qui estoient en Gascongne, pour les inviter de se trouver à ladite assemblée. Sur le refus qu'ils en firent la première fois , Sa Majesté manda au Roi de Navarre qu'il eût à lui amener son frère, autrement qu'il l'iroit quérir lui-mesme, avec telle compagnie qu'il espéroit estre le plus fort. En attendant sa

réponse, le Roi, par ses lettres données à Saint-Germain-en- An. 1560. Laie, le 8 octobre, demanda quatre mille livres au Cîhapitre de Chartres pour Ventretien des gens de guerre qu'il avoit esté contraint de mestre sur pié pour résister aux religionnaires , et commit messire Christophe Herouard, lieutenant-général audit heu, pour les y contraindre, par engagement mesme de leurs plus précieux meubles jusqu'aux reliquaires et joiaux de leur église, pour mettre iceÛe somme entre les mains du thrésaurier de l'Epargne ou du receveur-général du Roi à Paris, promettant de la faire rendre sur les confiscations des biens des rebelles.

Quelques cinq jours après, arrivèrent à Chartres les compagnies des gens de cheval et de pied du duc de Lorraine, que les commissaires vouloient loger chez les chanoines, lesquels en fiu^nt déclarés exempts par le Roi en vertu de leurs privilèges. Ils paièrent promptement deux mille Uvres pour obtenir ceste grâce, espérant avoir quelque remise de l'autre moitié, à tout le moins surcéance de terme, ce qu'ils obtindrent, et enfin la remise des deux mille Uvres restans.

Pendant que le Roi changea de dessain et assigna ses Estats à Orléans, où il se rendit au mois d'octobre : le cardinal de Bourbon y amena ses deux frères, le roi de Navarre et le prince de Condé, la veille de Toussaint, que le Roi récent assés froidement, et après avoir reproché au prince de Condé qu'il estoit cause du tumulte d'Amboise et de la conjuration de Lion faite par le jeune Maligni et des troubles de Provence et Daufiné , il le fit arrester prisonnier par Chavigni, capitaine de ses gardes, et envoia Renouard et Carrouges prendre la dame de Roie , sœur de T Amiral et de Dandelot, belle-mère du prince de Condé, qui estoit à Amci, sienne maison en Picardie, et la fit conduire à Saint-Germain-en-Laye.

Durant ces grabuges. Madame Renée, duchesse de Ferrare et de Chartres, vint en France, vers laquelle le clergé députa maistre Louis Charpentier, théologal , pour la saluer et compUmenter, le 27 novembre. Les députés des villes commençoient à arriver à Orléans pour les Estats. On donna au prince de Condé messire Christophe de Thou, président au Parlement de Paris, et quelques conseillers pour instruire son procès , avec messire Michel deTHospital, chancelier de France. Le prince les récusa, sur ce qu il remontra, qu'estant prince du sang et pair de

An. 1561. France, il de voit estre jugé par le Parlement de Paris qui est celui des Pairs et ne devoit répondre ailleurs.

Ces exceptions estant prinses pour fuittes, maistre Gilles Bourdin, procureur général, conclud qu'il répondroit, autrement qu'il seroit déclaré convaincu des cas à lui imposés et condamné conune criminel de lèze-majesté. Le chancelier, le comte de Sancerre et messire André Guillard, seigneur du Mortier, père de Tévesque de Chartres, tiroient tant qu'ils pouvoient TafTaire en longueur, ce qui succéda fort bien pour le prince, d'autant que le Roi aiant esté atteint d'un catharro sur Toreille gauche, dont il décéda audit Orléans , le 25 de décembre, sans laisser aucuns enfans, le prince de Condé sortit de prison.

Le Vidame de Chartres estant tombé malade dans la Bastille où il estoit en arrest, en sortit, et du monde en son hostel de Graville , près les Tournelles, à Paris : n'aiant laissé aucune postérité de Jeanne d'Estissac, sa femme, sa succession vint à Jean, fils de Louis de Ferrières et de Louise de Vendosme, son cousin-germain, qui, par ce moien, fut Vidame de Chartres.

On ne fut guères en peine de trouver un successeur au Roi déhmct : Charles-Maximilian , son frère , estant sur les lieux , fut salué roi de France, soubz le nom de Charles IX : son aage ne lui permettant encores de gouverner le roiaume de soi, n' aiant encores que de dix à onze ans , Catherine de Médicis , sa mère, piincesse accorte, craignant que le gouvernement tombât es mains du roi de Navarre , qui y pouvoit prétendre comme premier prince du sang, prit si bien son tems, que les Etats lui déférèrent la régence, et la lieutenance-générale au roi de Navarre.

Le prince de Condé se voiant hors de prison, se retira en Picardie jusques au mois de mars où il attendit l'issue de son procès.

Le Pape qui vouloit rompre le dessain d'un concile national demandé par les Etats, envoia presque au mesme tems une buUo de continuation du concile de Trente, du 29 novembre, et une autre d'un jubilé qui fut célébré à Chartres le 8 de décembre. Il se trouva quelque chose dans la première qui choqua l'esprit du Roi, mais qui fut incontinent essuie de par la prudence de messire Philibert Babou de la Bourdaisière, évesque d' Angoulesme , ambassadeur pour le Roi à Rome.

Au commencement de l'année 1561, le Roi fit assembler à An. 1561. Paris les ecclésiastiques , pour dresser, disoit-on , des mémoires pour envoier au concile de Trente, mais plus véritablement c estoit pour leur demander de l'argent pour ce que l'Epargne estoit vuide et n'y avoit de quoi paier les montres de l'armée. Le 14 febvrier, y eut pour cet effet assemblée du clergé à Chartres, où les lettres du Roi furent leues, par lesquelles il demandoit, par forme de subside et don gratuit ou charitatif , la valeur de quatre décimes sur le clergé du diocèse de Chartres, paiables à deux termes, sçavoir le 15 mars et le 15 octobre d'après , qui lui furent accordées. Et pour ce que les résolutions des Estats tenus à Orléans n'avoient esté arrestées , Sa Majesté les continua à Pontoise au mois de mai et voulut que les baillages nommassent leurs députés pour s'y trouver. Les hostes du Chapitre nommèrent les leurs par devant le maire de Loên , juge ordinaire dudit Chapitre, le 11® de mars, et non par devant le bailli de Chartres, comme on l'a voulu prétendre du depuis.

Le 17« dudit mois, le Roi dépescha à Rome le sieur de Rambouillet, avec mémoires, pour traitter avec Sa Sainteté touchant le concile , et en avril il y envoia messire de l'Isle , beau-frère de M«' de Chartres, pour son ambassadeur, et le 18 du mois il se fit sacrer à Reims.

Sa Majesté, voiant les cartes bien brouillées entre les catholiques et huguenots, fit un édit au mois de juillet pour tascher de les retenir en devoir, mais il ne fut possible de gaigner ce point contre ceux-ci. Le Roi de Navarre, bien empesché, d'autant que l'un et l'autre parti estoient bien forts et puissans et avoient de grands hommes chacun de son costé , proposa de faire un colloque entre les docteurs catholiques et huguenots. Les prélats furent mandés pour ceste conférence et sauf-conduit octroie aux ministres pour s'y trouver. Le lieu fut Poissi dans ce diocèse de Chartres, où il se fit au mois de septembre, en présence du Roi, de la Reine sa mère, de Messeigneurs frères de Sa Majesté, du Roi de Navarre, des princes du sang, prélats et docteurs et quantité de noblesse, trop curieux de nouveauté, qui surtout doit estre évitée en matière de religion. Les cardinaux de Bourbon, Tournon, Lorraine, Armagnac, Chastillon et de Guise s'y trouvèrent, avec quarante tant archevesques qu'évesques, abbés et docteurs tant en théologie qu'en canon.

An. 1561. Du costé des huguenots y vindrent Théodore de Bèze, leur coriphée; François de Saint-Paul; Jean Raymond ; Pierre Viret; Augustin Marlorat, lorrain, augustin défroqué; Jean Malo, simple habitué de Saint- André-des- Arts à Paris, devenu prédicant; Jean de Lépine, jacobin renié, ministre de Zuric; Pierre Martio Vermilius , florentin , chanoine régulier de Fezoles. Le duc de Wittemberg y envoia aussi Jean André; Jacques Bukelin et Balthazar, pasteurs de Ihibinge, de la confession d'Ausbourg, comme fit le comte Palatin qui y députa Michel d'Illiere et Pierre Bocquin, luthériens.

Le Pape , averti de ce colloque par le cardinal de Ferare , son légat en France, lui manda quil eût à s y opposer, comme préjudiciable à son authorité et celle de TEglise, n'appartenant qu'à lui ou à un concile général deuement congrégé et assemblé de déterminer des articles de la religion et de la foi. Mais il estoit trop tard quand cet avis fut receu, le Roi aiant fait l'ouverture du colloque et commandé au chancelier de l'Hospital qui favorizoit les Calvinistes, par le témoignage mesme de Bèze, de dire ce qu'il lui avoit enchargé. Il parla en termes généraux à son ordinaire , exhortant les Catholiques à vivre en paix avec les hérétiques comme estant régénérés d'un mesme sacrement au baptesme et faisant profession d'adorer im mesme Christ, de rechercher quelque bon moien d'accord et d'empescher les conventicules et assemblées qui se faisoient par le roiaume, que ce colloque en pouroit ouvrir quelqu'un , de la nécessité duquel parlant et de son utilité , il n'épargna les conciles généraux ni le Pape, auquel les principaux points de sa harangue aiant esté envoies dès le 5 septembre, il en témoigna du mécontentement à M. de risle, ambassadeur du Roi près de Sa Sainteté.

Dès l'heure mesme que le chancelier eut achevé sadite harangue , le cardinal de Toumon lui en demanda copie pour y répondre, n'estant possible de le faire, sans l'avoir, à cause des divers chefs qu'il avoit touchés; il se garda bien de la bailler, se doutant qu'il ne demeureroit sans repartir pour la trop grande liberté dont il avoit usé en ceste harangue.

Bèze ne voulant perdre de tems, se présenta, auquel la Reine aiant commandé de parler, il se mit à genoux et, après quelques prières, il se plaignit de ce qu'on vouloit faire passer ceux de

sa secte pour séditieux et perturbateurs du repos public, com- An. 1561. bien qu'ils ne chei*chassent que la paix et le repos de conscience. Puis , passant à la doctrine , après avoir fait un dénombrement des points desquels ils conviennent avec les Catholiques et de ceux desquels ils estoient en différend , il s'emporta tellement en autres discours qu'il en fut blâmé des siens et mal receu des catholiques , principalement au fait de la Cène , contre laquelle il vomit plusieurs paroles impies et blasphématoires, qui excita un grand murmure en l'assemblée et fit dire à François Beaudouin, jurisconsulte d'Artois, qui avoit autrefois été imbu de leur doctrine, qu'il ne falloit s'étonner si Bèze nioit que le corps de Jésus-Christ fût en la Cène, veu mesme qu'il ne croioit pas que Dieu fût au ciel.

Le Cardinal de Tournon , indigné des paroles blasphématoires de Bèze, se plaignit au Roi et lui dit que les Prélats avoient accordé ce colloque contre leur gré et forcé leurs consciences, lorsqu'ils consentirent que ces nouveaux évangélistes y furent admis, aiantpréveu qu'ils ne s'abstiendroient jamais de dire des mauvaises parolles contre Thonneur de Dieu, et pour ce, après avoir ouï parler le prédicant avec une telle témérité et indiscrétion, n'eût esté le respect deu à Sa Majesté qui les retenoit, ils eussent rompu l'assemblée et se seroient retirés, qu'ils supplioient Sadite Majesté de n'ajouter aucune foi à tout ce qu'il avoit ouï, pour ce que les prélats lui feroient veoir nettement la fausseté de son dire , autant éloigné de la vérité comme il est rapproché du mensonge.

Le cardinal de Lorraine entreprint de le réfuter le 16 de septembre, et après avoir rapporté l'opinion des sectaires, conclut qu'il n'y avoit aucun moien d'accord avec eux , s'ils vouloient y persister. Sur quoi tous les autres, tant cardinaux qu'évesques et autres prélats, s'étant levés, dirent hautement qu'ils vouloient vivre et mourir en la même foi que le cardinal de Lorraine avoit professée, suppliant Sa Majesté de persévérer en icelle, promettant que, si les huguenots ne refusoientde soubscrire à cet article qu'ils ne feroient refus de leur part de disputer sur les autres ; que si les sectaires ne vouloient l'accorder, il falloit leur dénier toute audience, les bannir du roiaume et finir le colloque.

Aiant toutefois esté renoué le 24 du mesme mois et Bèze

An. 1561. s' estant mis en peine de répondre au cardinal de Lorraine, en quoi il se trouva assés empesché, il disputa avec maistres Claude d'Espence et Claude de Saintes , chartrain , docteur en théologie et religieux profès de Saint-Gheron-lèz Chartres , de Tordre des chanoines réguliers de Saint-Augustin , des mesmes points qu'avoit touchés le cardinal et autres, qui furent proposés, ausquels ce nouveau docteur de Genève ne pouvant satisfaire et se voiant pressé sur la vocation et mission des ministres, au lieu de répondre , il se mit à reprendre Tinstitution et ordination des Prélats, soutenant qu'estant vicieuse , elle ne pouvoit passer pour légitime.

Après plusieurs prinses, la dispute aiant esté continuée, les docteurs catholiques, voiant que les Protestans n usoient que d*échapatoires et d'invectives et n'alléguoient que des extravagances au lieu de répondre à ce qui avoit esté proposé et qu'ils ne vouloient recevoir aucun juge, que l'Ecriture qu'ils interprestoient à leur mode et non suivant le sentiment des Pères de l'Eglise, ce colloque fut rompu le 25 de novembre sans aucun fruit.

La Reine mère fut blâmée du Pape , du Roi d'Espagne et des Catholiques d'avoir permis ceste conférence, qui fut la première fois que la liberté fut donnée aux sectaires de France de disputer de la religion , par un dangereux exemple de mettre en compromis ce que nous avons de plus asseuré, qui est notre foi, et tous les articles d'icelle qui ne doivent jamais estre révoqués en doute. Le bon accueil que la Reine avoit fait aux sectaires leur fit lever les crêtes et leur donna l'audace de sortir hors de leur devoir contre les ordonnances, aussi bien que de leur cachette pour paroistre en pubUc et vouloir donner la loi aux Catholiques desquels ils la dévoient prendre. Comme l'hérésie s'accompagne toujours de mensonge et de présomption, ils publièrent qu'en ce colloque ils avoient emporté le dessus de la dispute sur les Docteurs et Prélats, encores qu'ils y eussent eu du pire, perdu leur estime et remporté seulement de la confusion, ainsi que le fit veoir ledit de Saintes en l'Apologie qu'il fit contre eux. Se voiant néamoins supportés de l'Amiral et autres qu'ils avoient gaignés, ils firent leurs presches publiquement aux endroits ausquels ils estoient les plus forts, nonobstant toutes les défenses qu'on leur eût faites.

Pendant que cela sepassoit, le Chapitre de Chartres receut An. 1561. avis qu'il y avoit entreprinse sur leur ville : pour la rompre, il ordonna, le jeudi 30 d'octobre, qu'outre les deux hommes qui esloiênt au guet du clocher neuf de Téglise tant pour la sûreté d'icelle que de la ville , deux autres leur seroient adjoints pour y veiller et faire le guet tant de jour que de nuit, afin d'avertir par signe ou étendard vers Tendroit d*où ils verroient venir du monde en troupe ou à la file en trop grand nombre, avec défense toutesfois de sonner, sinon es cas susdits et par commandement qu'ils en recevroient dudit Chapitre , qu'ils seroient tenus d'à* venir, ou s'il arrivoit fortune de feu dans la ville;

Que toutes les grandes portes de l'égUse seroient fermées jusques au jour et n'y auroit que les guichets des croisées ouverts, et, le jour venu, les deux grandes portes desdites croisées seroient ouvertes durant le service, et seroit posé gardes à chacune d'icelles de deux hommes, pour éloigner ceux qui voudroient entrer dans l'église avec armes à feu ;

Que lesdit^s deux portes seroient fermées incontinent après, le service fait, tant le matin qu'après disner;

Que les maregliers, tant clercs que laïcs, ne s'absenteroient point de l'église et y coucheroient, selon la coutume, et qu'ils y sont tenus, ausquels, pour la défense et seureté de ladite église, seroient baillées armes par inventaire et plus grande garde si la nécessité le requéroit;

Que les grandes portes de l'église seroient barrées par le bas jusques à la hauteur de sept pieds, pour ce qu'elles pouvoient estre facilement enfoncées , ou accommodées de telle sorte qu'il seroit avisé par les commis; que les clefs des quatre viz des deux croisées et des huit de la forêt seroient mises entre les mains des commis à l'œuvre , ausquels il ne seroit loisible d'introduire qui que ce fût, sans l'exprès commandement ou permission du Chapitre;

Que les portes des maregliers près le Vidame , de l'oflBcialité, du Chapitre et des grottes seroient murées par derrière : seroit pareillement muré l'huis par lequel on entre de dessoubz la galerie de l'évesché dans le cimetière de Saint-Hiérosme, aussi par derrière et jusques à certain tems, du consentement de l'archidiacre de Blois, vicaire-général de M*^' de Chartres. Et quand à la porte de l'évesché entrant dans l'église, il y seroit IV. 3

An. 1561. pourveu, ainsi que ledit sieur archidiacre avoit promis aviser avec les autres officiers dudit seigneur prélat ;

Qu'il n'y auroit que quatre portes du cloître qui ouvriroient, sçavoir : celle de la rue des Changes, la Percheronne, celle du Cheval-Blanc et celle qu'on appelle la Porte-Peinte (qui est celle du Marché-aux-Chevaux); à chacune desquelles il y auroit deux hommes pour empescher que quelqu'un portant aimes n'entrât audit cloistre;

Qu'il n'y auroit jusques au jour que les guichets des portes des Changes et du Cheval-Blanc ouverts , lesquels seroient fermés, la nuit venant; qu'ausdiles portes seroient mis, par les portiers, deux flambeaux allumés, sçavoir est le matin, lors de l'ouverture du guichet, pour durer jusques au jour; et le soir, quand les grandes portes seroient fermées ;

Que lesdits huit hommes qui seroient le jour ausdites portes se sépareroient ausdites deux portes des Changes et du Cheval- Blanc, sçavoir est à chacune porte, quatre depuis le matin jusques au jour qu'elles s ouvriroient, et depuis le soir qu'elles seroient fermées, jusques à ce que l'on fermast lesdits deux guichets.

Furent conunis maislres Nicole Regnard, archidiacre de Blois; Hugues de Bonshoms, chevecier; François Fidefame, Etienne Martin, Jean Cochard et Michel Gazier, chanoines, pour visiter toutes les autres portes du cloistre, ensemble celles des maisons canoniales, aiant issue hors d'icelui, du Vidame, et l'huis du jardin de Saint-Etienne par lequel on pouvoit facilement introduire les ennemis dans le cloistre, et pour faire exécuter tout ce que dessus et estre soigneux de veiller et de prendre garde aux inconvénients qui pourroient arriver, pourveoir diUgemment sur le tout et en avertir le Chapitre.

Il fut aussi enjoint aux chanoines prébendes et prestriers de faire annoncer aux prosues des paroisses à eux subjettes , que les habitans d'icelles eussent à les venir avertir ou les notaires du Chapitre , quand il viendroit des gens de guerre ou autres à troupes ou à la file en compagnies, d'où se pouvoit tirer quelque soubçon d'entreprise affin d'y donner ordre.

Page 1