X68 HISTOIRE DU DIOCÈSE
Ali. Ï59Î. d'adresse que M' de Thou, évesque de Chartres, disoit, comme par admiration , qu'il estoit impossible qu'il eust peu faire ce qu'il fist, sans une particulière assistance de Dieu.
Devant que faire l'ouverture de laditte assemblée, ledict sieur de Thou chanta la messe du Saint- Espricl, après laquelle fut chanté l'hymne Veni Creator, et iceluy achevé et avec Toraison convenable, lesdicts seigneurs s'en allèrent audict lieu capitulaire, où, durant quinze jours, ils se trouvèrent depuis huit heures du matin jusques à on?e; et enfin, il fut arresté et résolu que la bulle publiée contre le Roy et ses adhérents estoict nulle et de nul effect, et firent publier la déclaration et jugement qu'ils en avoient faict :
« Les cardinaux, archevesques et évesques, abbez, chapitres » et autres ecclésiastiques, convoqués et assemblés à Mantes » et depuis à Chartres, pour adviser et pourvoir aux affaires » de l'égUse, à tous Estats , Ordres , ViUes et Peuples catholiques » de ce royaulme, salut :
» L'Apostre parlant aux Pasteurs de l'Eglise : Prenez garde, » dit-il, à vous et à tout votre troupeau, sur lequel Dieu vous a » establis pour régir et gouverner son Eglise, qu'il a acquise par » son sang : ce que recognoissant estre de nostre debvoir et ne « souffrir les âmes chrestiennes qui sont soubz nostre charge » divertir des lois et commandemens de Dieu, advertis que » nostre saint Père Grégoire XIV, à présent séant, mal informé » des affaires de ce royaulme et de nos déportemens, auroit, par » les practiques et artifices des ennemys de cest Estât, été per- » suadé d'envoyer quelque monition, suspension, interdict et » excommunication, tant contre les prélats et ecclésiastiques, » que contre les princes, nobles et peuple de France, qui ne » voudroient adhérer à leur faction et rébellion ; après avoir » meurement conféré et délibéré sur le fait de la bulle, avons » recongneu par l'authorité de TEscriture sainte, saincts Dé- » crets, Conciles généraux, Constitutions canoniques et Exemples » des SS. Pères, dont l'antiquité est pleine, Droicts et Libertés » de l'Eglise gallicane, desquelles nos prédécesseurs évesques » se sont tousjours prévalus contre pareilles entreprinses; et » par l'impossibilité de l'exécution de laditte bulle, pour les » inconvénicns infinis qui en ensuivroient au préjudice et ruisue » de nostre religion , que lesdittes monitions , suspensions et
» excommunications sont nulles, tant en la forme qu'en la ma- An. 1591.
» tière, injustes et suggérées par les artifices des estrangers,
» ennemys de la France, et qu'elles ne nous peuvent lier et
» obliger, ny autres François catholiques estant en l'obéissance
» du Roy. Dont nous avons jugé estre de nostre debvoir et
» charge de vous advertir, comme par ces présentes, sans en-
» tendre en rien diminuer de l'honneur et respect deub à Nostre
» Saint-Père, vous en advertissons, le signifions et déclarons ^
» afin que les plus infirmes d'entre vous ne soient circonve-
» nuz , abusez et divertis de leur debvoir envers le Roy et leurs
» prélats, et lever en cela tout scrupule de conscience aux bons
» catholiques et fidèles François, nous réservants de repré-
» senter et faire entendre à Nostre Saint-Père, la justice de
» nostre cause et saintes intentions et rendre Sa Saincteté sa-
» tisfaicte, de laquelle nous devons nous promettre la mesme
j» response que fit le pape Alexandre, escrivant en ces mots à
» l'archevesque de Ravenne : Nous porterons patiemment,
» quand vous n'obéirez à ce qui nous aura esté par mauvaises
» impressions suggéré et persuadé. Cependant nous admones-
» tons au nom de Dieu tous ceux qui font profession d' estre
» chrestiens, vrays catholiques et bons Françoys , etparticu-
» lièrement ceux de nostre profession , de joindre leurs vœux et
» prières aux nostres, pour impétrer de sa divine bonté qu'il
» luy plaise illuminer le cœur de nostre Roy et le réduire à son
» EgUse catholique, apostolique et romaine, comme il nous eu
» adonné espérance à son advénement à la couronne, et a
» promis par ses déclarations de conserver nostre religion et
» tous les ecclésiastiques en touttes leurs Ubertés, authorités et
I) franchises , et que nous soyons si heureux de voir VEgUse
» catholique, apostolique et romaine, florir en ce royauhne,
» comme auparavant par une bonne et saincte paix. Faict en
» laditte assemblée à Chartres , le xxj* jour du mois de septembre
» 1591. £f plus bas, est mandé à tous curez de publier la pré-
i> sente déclaration en leurs prosnes et par afiiches es portes
» des églises. Collation faitte à l'original, signé Eslienne. »
Les présidiaux de Chartres, après Tarrest donné à Tours contre la bulle, la condamnèrent aussy et firent défense de la publier. Durant ceste assemblée du clergé de Chartres, la fenune du sieur de Sourdis accoucha d'un fils, qui fut levé sur les font»
An. 1591. de baptesme, le mardy 3 de septembre, après midy, el nommé Charles par M' le cardinal de Bourbon; messire Philippe Hurault, chancelier de France, fut Fautre parrain, et Madame Catherine de Bourbon, abbesse de Soissons, la marraine. La magnificence fut très-grande et telle qu'on n en avoit veu de pareille, après celle qui se faict aux enfans de France et celle qui fut faicte au filz d'un nommé Gravelle, ambassadeur d'Espagne. M' de Chartres le baptisa et fit l'exorcisme à la porte royale, qui estoit ouverte avec les deux autres portes qui sont à costé, lesquelles estoient rêves tues de riches tapissenes, comme aussy les pilliers de TégUse. Les portes d'icelle estoient gardées par les compagnies du sieur de Valiraux et les Suisses, et n'y eut que les capitaines , noblesse et peu d'autres qui entrèrent dans laditte église. L'exorcisme faict, l'enfant fut porté dans le chœur où estoit une table dressée soubz un dais, attaché à la perche, à laquelle les cierges sont posés , où il fut baptizé. Durant ceste cérémonie , touttes les cloches des trois clochers sonnèrent et les hautbois jouèrent dans la nef de l'église, et fut chanté à l'aigle du chœur sur la plate-forme , par les chantres et l'orgue alternativement, le pseaulme Laudaie pueri, et à la fin, les parrains et marraines furent tirer les cordes des con^nandes, et s'en retournèrent avec la mesme magnificence qu'ils estoient venus.
Le dimanche 22 dict mois de septembre, ledict seigneur cardinal de Bourbon voulut voir à nud le chef de saint Matthieu, qui fut porté derrière le grand autel. Il en demanda un morceau grand de deux doigts, pour mettre dans un reliquaire, qu'il avoit tout prest. On n'osa le refuser et luy fut octroyé en présence des ôvesques de Chartres et de Nantes. Ceste civilité luy donna l'asseurance d'en demander des autres châsses qui sont dans l'église et par toutte la ville. Ledit jour, fut faicte procession générale par le hault de la ville, en laquelle la saincte châsse et autres reliques furent portées en grande dévotion, et les rues furent parées, comme à la Feste-Dieu. Maistre Charles Miron , naguères chanoine de Chartres , et lors évesque d'Angers, prescha sur partie de l'Evangile du jour, dans la nef de l'église, auparavant partir. Après qu'il eust fini, tous les seigneurs tant cardinaux , archevesques et évesques et autres de l'assemblée estant entrés dans le chœur, quatre enfans
d*aulbe, tenant chacun un cierge blanc en main et à ge- An. 1591. noux, commencèrent Tantienne Domine noii secundum , lequel achevé, la procession partit. Au retour d'icelle, M"" de Chartres dit la grande messe de Nostre-Dame pontificalement, et â la fin d'icelle donna à disner à tous les seigneurs.
Vers ce temps, le comte de Soissons, qui estoit allé prendre l'air à Nogent-le-Rotrou , qui luy appartenoit et où il avoit esté nourry en ses plus tendres ans , vmt à Chartres et n'en sceut-on le suject. Quelques-uns s'imaginoient qu'il alloit donner advis à Sa Majesté que le secours que le Pape et le Roy d'Espagne envoyoient aux Ligués et celuy qui devoit venir d'Allemagne et d'Angleterre pour le Roy estoient entrés en France, mais ce n'estoit que discours et faisoict-on courir ce bruict, pour faire advancer les ouvriers qui travailloient à la citadelle que le Roy faisoitbaslir à Chartres, afin de la mettre en estât de défense contre un siège qu'on disoit que les Ligués debvoient venir mettre devant. Ledict seigneur retourna audict Chartres, le 12 d'octobre, avec de soixante à quatre- vingtz charettes de boulets, qu'on disoit estre pour battre Rouen , Dreux, ou Paris. Ce fut pour Rouen , que le duc de Parme vint secourir, seulement sur la fin de novembre.
Le dimanche 6 octobre précédent , le cardinal de Bourbon pria le Chapitre de luy faire voir le corps de saint Piat , jadis premier évesque de Tournay, qui est tout entier en l'église de Chartres. On le descendit de son lieu après compiles et fut posé sur une table au milieu du chœur d'icelle, au-dessoubz de la perche. La châsse estant ouverte, le corps fut trouvé tout entier en tous ses membres, fors la teste, qu'il avoit couppée, mais si bien adjustée au corps, qu'il ne paroissoit que conune une cicatrice autour du col, et de là fut porté à la sacristie. Le lendemain 7 dudict moys, l'archevesque de Bourges et l'évesqup de Beauvais le furent veoir, et le mardy 8 , il feut porté sur les neuf heures du matin dans la chapelle des Apostres ou des ChevaUers, en laquelle ceste relique fut veue jusques au soir. Tandis qu'elle reposa, maistres Claude Robert, soubz- doyen; Jacques Oudineau , archidiacre de Pinserais ; Philippe Lefebvre, archidiacre de Dreux ; Claude Couart , et autres chanoines la gardèrent avec les Suisses , pour empescher le peuple , qui y abordoit à la foule. Le soir, il fut porté dans le Chapitre, où il
Ad. 1591. demeura trois jours et n'y laissoit-on que personnes de condition, pour y faire leurs prières. Dans le grand cercueil ou coffre estoit un autre moindre de sapin, dans lequel fut trouvé le corps aussy frais et beau, que, s'il n'eust esté mis alors, d'où s'exhaloit mie odeur très-sottefve. Il estoit enveloppé de trois suaires de lin bien délié , couverts de trois toiles cirées , d*un tapis de soye rouge, brodé et cousu d*or, par-dessus lequel estoit encores une autre toile cirée. Le médecin Duret s'y estant trouvé, ledict seigneur cardinal luy demanda combien de temps un corps humain se pouvoit naturellement conserver, estant bien embaulmé , lequel respondit qu il n' estoit possible de le garder plus de cent ans, quelque artifice qu'on y peust apporter, et que la durée de ce corps , qui avoit souffert le martyre, il y avoit douze cent quatre-vingt-huit ans , estoit miraculeuse et par dessus la nature.
Quelques - uns disent que les corps qui naissent les 9 febvrier, 6 mars et 23 d'aoust ne sont sujects à pourriture et se gardent contre la maUce du temps et longueur des années. J'ay veu autrefois à Tolose des corps tout entiers dans le charnier des Cordeliers, dans le cimetière de la Daurade, sur la porte de l'église Saint-Nicolas, au faubourg de Saint-Fabra et ailleurs, lesquelz on ne peult dire estre nais quelqu'un de ces jours-là, pour ce que la mesme chose se trouveroit aussy bien ailleurs, et qui plus est, les corps qui n'ont que les os et la peau se gastent et corrompent peu à peu et ne demeurent en la mesme consistance que celuy de saint Piat, qui est frais et beau; qui ne peult estre après tant d'années que par un grand miracle. Geste mesme châsse avoit esté ouverte, l'an 1520, par Louis, cardinal de Bourbon, évesque du Mans, qui le trouva tout entier et luy mit la main gauche sur l'estomach, en laqueUe posture elle fut encores trouvée en ceste dernière ouverture. Ce corps sainct, aiant esté renveloppé en la mesme forme et manière qu'il estoit, dans un linceul fort blanc, que donna M' de Liepvre, chanoine de Chartres, lequel fut ciré et la châsse scellée et clause, elle fut posée le samedy 12 , dans la nef, devant l'imago de la Vierge, et le lendemain dimanche 13, fut portée processionnellement à l'entour de TégUse, à la fin de vespres, puis remontée et remise en son Ueu. Ledict seigneur cardinal assista à laditte procession avec les prélats cy-dessus,
et luy furent données deux gouttes de sang dudict corps avec An. 1591. un morceau du linceul , dans lequel il estoit enveloppé , auquel se remarquoit du sang encores aussy vermeil, que s'il eust esté récemment espandu.
Le mardy 15, mourut à Rome le pape Grégoire XIV, d'un flux de ventre et du calcul. Lequel, s'il eust eu autant d'expérience aux affaires du monde qu'il avoit de piété et bonté , eust peu estre comparé aux plus excellents qui ont occupé le siège romain après saint Pierre; et fut inhumé au Vatican dans la chapelle Grégorienne. Jehan - An thoine Faschinetti, Boulonnois, cardinal des SS. Quatre-Couronnez, fut eslu en sa place le 29 du mesme moys , et le dimanche suivant, 3 de novembre , fut couronné soubz le nom d'Innocent IX. Il n'eut quasi loysir de gouster les fruits de la Papauté , estant décédé dès le 30« de décembre.
Vers la saint Luc, le sieur de Sourdys fit sortir de l'artillerie de Chartres, pour battre la tour de Fermencour, quelque demie-lieue par delà Dreux , dans laquelle plusieurs Ligueurs s'estoient retirez. Le sieur de Montlouet de la maison de Rambouillet l'avoit prinse sur eux et s'y estoict niché avec quelques volleurs qui faisoient bien du mal au païs. Il y fut assiégé et blessé et la tour enlevée, dont les voysins furent grandement soulagés.
Le 27 octobre, fut baptizée sur les fonts de l'église de Chartres, Marie , fille du sieur de Vérigny, président au grand Conseil, par maistre Marin Sainxe, porte-croix en ladicte église, qui, à cause de ceste charge, estoit comme le curé du Chapitre. M. François le Bouleur, chanoine de Chartres, chez lequel ledict seigneur président estoit logé, fut le parrain et luy donna le nom , et dame Marie d'Ingauville , femme de messire Pierre le Cheneux, heutenant particulier au baillage de Chartres, fut la marraine. Ce que je remarque pour faire veoir que, de toutte ancienneté , il y a eu fonts baptismaux es cryptes de laditte église de Chai'tres, non -seulement, pour y aller en procession les fériés de Pasques, mais encores pour y baptizer les enfans de ceux qui demeuroient dans le cloistre de l'église et des officiers d'icelle, ou es maisons canoniales, qui en esloient parroissiens (suivant la transaction de l'an 1328) et non de Sainte-Foy, qui n'a esté érigée en paroisse que parla souffrance IV. 18
An. 1591. du Chapitre, qui luy a donné les droicts paroissiaux qu'elle a, que les prieurs-curez d*icelle ont rétorqué contre le Chapitre du depuis et les ont obtenus sur luy.
Dans ce mesme moys d'octobre, décéda M' Claude de Saincles, évesque d'Evreux, natif de Chartres , l'im des plus doctes de son temps, n estoict fils de Pierre de Sainctes, nottaire et procureur en cour d'Eglise, et de Cantianne Bouguier, sa première femme. Dès Faage de douze ans il fut mis religieux en l'abbaye de Saint- Cheron-lez-Chartres, de Tordre des chanoines réguliers de Saint- Augustin. Il estoict d'un esprit fort pesant et à peine pouvoit-il retenir quelque chose par cœur. Il luy falloit huict jours pour apprendre une leçon , encores n'en pouvoit-il venir à bout. Frère Phillippe Bouthroue, qui est mort prieur de laditte maison et qui estoict novice avec luy, me Ta dict plusieurs fois, et, qu'attendu sa stupidité, les Religieux furent en pensée de le rendre à son père. L'appréhension qu'il en eust, croyant que ce luy eust esté un affront de sortir de ces te maison , luy suggéra la pensée de s'en aller à l'église un soir, où il se mit à prier Dieu et la Vierge qu'il leur pleust luy ouvrir l'entendement , pour servir quelque jour à leur gloire ; s'estant endonny là-dessus , il luy sembla , à ce qu'il dist audict Bouthroue , que la Vierge luy toucha la teste. A son réveil, faisant réflexion sur ce qui luy sembloit luy estre arrivé, il print courage et se mit tout de bon à l'estude, auquel les autres religieux, voyant qu'il faisoit quelque progrès, le receurent à la profession en 1533. Peu de tems après, son père l'envoya à Paris, soubz la conduite de M' Pelletier, natif de Chalet et curé de Jouy, qui tenoit des pensionnaires au collège de Boncour. Ayant considéré ce jeune garçon qui estoit court et ramassé, la teste grosse et la bouche grande, fit ce jugement de luy qu'il debvoit estre un jour un grand personnage, et conseilla à son père le pousser le plus qu'il pourroit. Le père, qui avoit plusieurs autres enfans et de divers lits, faisoit quelque difficulté d'employer ses moyens à le faire estudier, l'ayant néamoings poussé jusques à ce qu'il fust capable d'entrer au cours de philosophie, il vouloit le retirer. Ce que voyant, messire Jehan Prévost, chanoine de Chartres, luy résigna, moyennant dispense de Rome, qui se donnoit facilement alors, la cure do Béville-le-Comte, le 8 mars 1548, le revenu de laquelle luy servit pour faire ses estudes,
sans incommoder son père. Il n'estoit encores que tonsuré el An. I59i.
receut seulement les quatre mineurs, la veille de Pasques au-
dict an, ausquels il fut présenté par Hugues Salel, son abbé. Il
receut les ordres sacrés de M' Qaude André, évesque de Sébaste,
Tan 1549, en vertu d'un extra tempora, dansFéglised^Umpaut,
dépendant du Chapitre, sçavoir le soubz - diacre , le samedy
28 juin; le diacre, le dimanche 30 dudict moys; et la prestrise,
le dimanche 7 juillet suivant. Il s'adonna entièrement à Testude
de la philosophie et théologie, en la dernière desquelles il ac-
quist le degré de docteur et y excella tellement, qu'en touttes
les affaires de conséquence, il estoict toujours employé pour la
faculté. Ce qui le fit considérer particulièrement fut la dispute
que maistre Simon Vigor, aussy docteur en théologie, lors curé
de Mon treuil en ce diocèse, et depuis archevesque de Narbone,
et luy, eurent avec de Spinâ et le Rosier, fameux ministres; et
le colloque de Poissy, où il monstra la subtilité de son esprict
et sa profonde doctrine contre Théodore de Bèze et ses adhérens,
qu*il rembarra avec tant de vives raisons que l'honneur de ceste
dispute luy demeura, pour ce qu'il leur avoit tenu teste et
n*avoit voulu rien relascher au préjudice de la religion catho*
lique.
Catherine de Médicis, royne de France, qui assistoit à ce coK loque , Tappelloit du depuis son petit moyne testu. Ce fut où il se fit connoistre au cardinal de Lorraine, qui l'ayant prins en afTeclion, lui donna un prieuré en Bretagne, qui luy servit à advancer ses estudes, avec la principaulté du collège de Boissy à Paris, de laquelle il fut pourveu, comme estant de la famille des Bouguier de Chartres, à laquelle le collège est principalement affecté. Quelques temps après, il fut choisy par la Faculté de théologie à Paris, pour assister au Concile de Trente; de quoy ledict seigneur cardinal de Lorraine fut fort content, son dessein estant de l'y mener avec luy à cause de sa rare doctrine et grande cognoissance qu'il avoit des Conciles et des Pères, en la lecture desquels il estoit fort versé. Il avoit déjà mis en lumière quelques livres contre les hérésies , entre autres l'Examen de la doctrine de Calvin et Bèze; les Athéismes de Calvin; le Saccagement des églises; la Liturgie des Grecs, et avoit prest cest ouvrage admirable du saint Sacrement qu'il a intitulé : De rébus Eucharistiœ controverm, qu'il porta à Rome,
An. 1591. et en fit présent au pape Pie V; lequel l'ayant veu et considéré, le trouva si bien et judicieusement fait, et si utile à TEglise qu il dist au cardinal de Lorraine, que ce livre n'estoit Touvrage d'un simple moyne, mais d*un évesque, et qu'il ne vouloit pas qu il fust imprimé, que le Roy ne luy eust donné un évesché. Sa Sainteté en escrivit au Roy et pria le cardinal d*y contribuer de sa part, ne pouvant faire une œuvre plus agréable à Dieu et utile à son Eglise, qu'en procurant que les éveschés fussent remplis de grands docteurs, tels qu'estoit ledict de Sainctes.
Le cardinal de Lorraine, estant de retour en France, asseura Leurs Majestés de la bonne volonté qu'avoit le Pape pour ledict de Sainctes et leur rendit les lettres qu'il escrivit en sa faveur. Le cardinal de Bourbon , s'estant trouvé présent, y joignit ses prières, qui eurent tel effect que Leurs Majestez, désirant gratifier les uns et les autres et récompenser son mérite, le nommèrent à Tévesché d'Evreux, vacant par le décès de M' Gabriel le Veneur. Le Pape fut fort content de ceste nomination et donna au nommé ses bulles gratuitement, et sans en payer aucune finance , dont ledict de Sainctes remercia Sa Sainteté dans Tépistre liminaire qu'il luy adresse au commencement de son livre de l'Eucharistie.
Sy tost qu'il fut consacré évesque, il se retira de Paris et de la suitte de la Cour, pour se rendre dans son diocèse et y faire sa charge. Il print pour sa principale demeure Condé, chasteau dépendant de son évesché , où il vivoit religieusement avec sa famille, et se rendoit aux bonnes festes en son église, pour y faire son office. Il s'absentoit rarement de son diocèse, si quelque affaire de conséquence ne Tobligeoit d'en sortir. Il assista au Concile provincial de Rouen, tenu en 1581 par Chai-les, cardinal de Bourbon et archevesque du lieu, duquel il dressa les statuts et décrets, qu'il fit recevoir dans son diocèse. Il assista aussy aux Etats de Blois en 1588 et 89. Evreux, estant tombé entre les mains du roy Henri IV, qui faisoit encores profession de la nouvelle religion, il se tint dans Condé, estant bien asseuré que les huguenots ne l'eussent espargné, s'ils eussent peu le tenir. Il y a d'apparence qu'il fut recommandé, veu que ledict Henry IV, estant parvenu à la couronne de France, conune il fut entré à Chartres, on logea le chancelier
de Navarre chez la veufve de messire Pierre de Sainctes, son An. 1591. frère, lieutenant criminel du bailliage d'icelle, avec quelques prédicants, l'un desquels luy disoit qu'il eust voulu avoir perdu Tévesché d'Evreux , tant il étoit odieux à ceux de leur secte, comme estant le plus fort adversaire qu'ils eussent.
Le comte de Soissons, ayant prins Condé, le laissa dans son chasteau, s'asseurant sur sa prudhomie et sur la promesse qu'il lui avoit faitte de ne laisser entrer dedans aucunes garnisons pour la Ligue. Le mareschal de Biron fut moings respectueux, veu qu'après qu'il eust prins Nogent-le-Roy, il alla à Condé, où il chassa ce prélat de sa maison et y mit garnison pour le Roy. Les sieurs de Touannes et Médavy en ayant esté advertis, l'allèrent quérir et le conduisirent dans Louviers, ville de son diocèse, en laquelle il demeura jusques à ce qu'estant rendue au Roy pai' la trahison de quelques habitans, il y fut en grand danger de sa vie, estant tonJ)é entre les mains de Hallot de Montmorency, lequel, quoyque catholique en apparence, suivoit le party du Roy, qui estoit de contraire religion , lequel le conduisit, non à Tours, comme cei-tain historien huguenot Tescript, mais àCaen, où Sa Majesté avoit transféré le Parlement de Rouen. Ledict sieur de Sainctes avoit eu quelque démeslé avec les conseillers d'iceluy, pour raison d'un cordelier nommé fr. Julian Bernard, que j'ay ouy depuis prescher à Chartres, que le sieui' de Larchaut, gouverneur d'Evreux, avoit fait prescher le caresme dernier dans l'église cathédrale dudict Evreux contre la volonté dudict prélat, qui, à raison de ce , l'avoit excommunié.
Ce cordelier, estant pourveu au Parlement, où il appela comme d'abus deceste excommunication, l'évesque le récusa et eut recours au Chapitre de Rouen, le siège vaccant, lequel confirma l'excommunication fulminée contre ce cordelier, auquel elle fit défense do se pourveoir ailleurs. Le Parlement , indigné de ce que, contre son authorité, le Chapitre de Rouen entreprenoit le maintient de l'évesque, qu'ils avoient entre leurs mains et tenoit le party contraire du Roy, voulurent luy faire son procès, comme à un rebelle ennemy de l'Estat. Le sieur de Montmorency, considérant qu'il pourroit en revenir du blasme, s'il luy arrivoit du. mal, le tira d'entre ses ennemys, et , par le commandement du cardinal de Bourbon, nommé à l'arche-
An. 1591. vesché dudit Rouen, qui Tavoit demandé au Roy, qui le lui avoit donné, le conduisit à Crèvecœur, puis à Carrouges, et de là à Falaize, où, par une insigne perfidie, après avoir esté rançonné de trois mille escuz, il fut emprisonné et y décéda dans ce moys d'octobre 1591. Voylà en peu de mots le tesmoignage que j*ay creu debvoir rendre à la mémoire et à la vertu de ce docte personnage, en attendant qu'un religieux de Saint-Gheron, que j*ay apprins travailler à son plus ample éloge de se» mérites, le mette en lumière.
M¥M¥M¥M¥M¥miM¥m¥im^