‹ Histoire du diocèse et de la ville de Chartres (volume 2)Chapitre 28 sur 67 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Cérémonie des Chevaliers de l'Ordre en Véglise de CJiartres. Diverses déclarations du Roi et de la Ligue touchant l'assemblée de Paris. Le Légat propose d' eslire un autre Roy et la réception du Concile de Trente^ qui fut refusé. Conférence des députez du Roy et de la Ligue. Le Roy demande d'estre instruict; sa conversion. Siège et prinse de Dreux. Le Roy vint d Chartres, d'où il alla à Mantes. Les Huguenots luy présentèrent une requeste fort impertinente sur ce qu'il les avait quittés.

COMBIEN que le Roy ne fust à Chartres , les chevaliers de Tordre du Saiut-Esprict, qui estoient à sa suitte, firent le jeudy de l'année 1592 et le vendredy de l'an 1593, leur service dans le chœur de la cathédralle et le Chapitre fit le sien à Saint -Piat; pour le faire, furent dressés dans ledict chœur, trois daiz, l'un sur le grand autel, l'autre soubz la perche, le dernier sur la chaire, proche celle de pierre où le

sieur de Chartres se sied quand il officie pontificalement , au- An. 1593. quel on adjousta un dossier avec un agenouilleur d*une étoffe grandement belle et riche. Les deux parements de l'autel, la chazuble , les deux tuniques et chappes esloient de mesme fort excellents, sur lesquelz estoient les armes du Roy Henry III et Henry IV. Et proche de là estoit M' de Bourges, comme grand aumosnier de France , M' le cardinal de Bourbon ne se mit en rang aux dittes chaires, ains print la place près de l'autel. M. le chancelier estoit aux basses chaires devant celles des Roys, avec un hérault revestu de sa cotte d'armes et livrées. M' Dugay, maistre des cérémonies , y tenoit son rang avec un gentilhomme qui portoit le sceptre du Roy. MM. de Nevers, de Souvray, gouverneur de Tours, de Grillon, de Chemerand, grand-mareschal des logis de France, de Sourdys , gouverneur de Chartres, assistèrent au service avec leurs grands habits, manteaux et colliers de l'ordre par dessus et assièrent du costé droict. M" d* Antragues , de Pongnis, de Manou, deBiron, créé de nouveau admirai de France, estoient au costé gauche, avec leurs armes et qualitez au-dessus des sièges où ils estoient.

Le lendemain, fut faict un service solennel des Trespassés par les chantres de la chapelle du Roy, auquel Tautel et la place du Roy furent parez d'ornemens de velours noir, semé de larmes d'argent, de la mesme façon qu'estoient les chazuble, tunique et chappes. M. de Chartres fit l'office tous les deux jours; le doyen de Bayeux fit le diacre, et y eut chapelle ardente en chœur; le reste de la cire de laquelle demeura à Tœuvre, mais pour l'offrande, elle fut baillée aux chantres du Roy de la chapelle.

Trois jours après, le duc de Mayenne fit publier à Paris, le 5 janvier, certain escript, portant tiltre de déclaration pour la réunion de tous les cathoUques du Royaulme : c'estoict une invective contre le Roy, prétexte de la religion, qui estoit le suject ordinaire que ceux de la Ligue prenoient, une exhortation aux catholiques de se retirer de robéissance de leur prince légitime et souverain , et une convocation de ceux du party de la Ligue, pour se trouver à Paris le 17 dudict moys, pour choisir, comme portoict cet escript, sans passion ny intérest de qui que ce fust, le remède qu'ils jugeoient en leurs cons-

An. 1593. ciences le plus propre pour la conservation de la religion et deTEstat. A ceste déclaration, le Roy, qui estoit retourné à Chartres dès le mesme jour 17 janvier, en opposa une autre, le 29 dudict moys, par laquelle il descouvroit les artifices de ses ennemys et la féloanie du duc de Mayenne, et monstroit que, quand à luy, il soustenoit et maintenoit un droict que sa naissance luy avoit acquis par le moyen de la loy salique; qu'il s'estoit tousjours offert et s*offroit encores d'estre instruict en la religion romaine, ainsy qu'il Tavoit déclaré assés, lorsqull avoit permis aux princes et officiers de la couronne députer vers le Pape, pour luy faire agréer et faciliter ladicCe instruction; qu'il n'y avoit rien que les Ligueurs appréhendassent tant, se servant du prétexte de religion pour deschirer le royaulme et en prendre chacun son morceau; aussy l'avoientils tousjours empeschée le plus qu'ils avoient peu, combien qu'il l'eust proposée dès son advénement à la couronne, depuis lequel il avoit vescu avec les catholiques, avec toutte la paix qu'ils eussent peu souhaitter, sinon qu'avec les rebelles; qu'il avoit honoré l'ordre ecclésiastique qu'il avoit maintenu en ses droicts ; qu'enfin , pour venir au poinct principal de la déclaration du duc de Mayenne, que, de l'advis de son conseil auquel estoient présens les princes du sang, les prélats et seigneurs du royaulme, il déclaroit ceste prétendue assemblée de Paris estre entreprinse contre les lois, le bien et le repos de l'Estat et de ses sujects, et tout ce qui seroict proposé, dict, faict, statué, résolu et arresté en icelle, abusif, nul et de nul effet, avec défense à tous ses sujects d'y aller, s'y trouver, ou envoyer, donner conseil, faveur ou ayde, à peine d'estre déclai*ez criminels de lèze majesté au premier chef, avec celuy qui les a convoqués, si dans quinzaine, ils ne revenoient à résipiscence.

Ceste déclaration du Roy, envoyée à Paris, imprima divers mouvements en l'esprit de ceux qui s'estoient acheminés auxdicts estats , mais particulièrement , quand ils la virent appuyée d'une autre des princes et seigneurs catholiques romains, qui leur fut envoyée sur la fin de janvier, par laquelle ils demandoient qu'il en fust député de part et d'autre, pour adviser aux moyens d'assoupir ces troubles et conserver la religion catholique, apostolique et romaine avec l'Estat. Le duc de Mayenne en demeura d'accord avec ses adhérents. Il n'y eut que le légat

qui, au lieu de le trouver bon, publia une exhortation aux An. 1593. catholiques, farcie d'injures contre le Roy, quil disoit estre dès longtemps retranché du corps de Téglise , et partant indigne de la couronne françoise, admonestant les catholiques de procéder à une nouvelle élection d'un Roy qui professast mesme religion qu'eux, blasmant les arrests donnez par les Parlements de Tours et de Chaalons, contre les monitoires du nonce Landriano et la déclaration des évesques assemblez à Chartres, qu'il appeloit Conciliabule, et au contraire louant avec éloge les estats de la Ligue, qui rejetoient un hérétique relaps et obstiné pour leur Roy , conformément à la volonté du Pape.

Laurent Souarès Figuera de Cordoue, duc de Feria, qui avoit esté subrogé au duc de Parme, s'estant trouvé en laditte assemblée, qui se tenoit au Louvi^e, y présenta lettres delà part duroy d'Espagne, lesquelles exhortoient semblablement de procéder à l'élection d'un nouveau Roy, de quoy il fut remercié au nom de tous par le cardinal Pellevé, archevesque de Reims. Ces estats n'alloient qu'à bastons rompus, ayant esté intromis pour l'absence du duc de Mayenne, qui estoit allé recepvoir du secours qu'on luy envoyoit d'Espagne.

Durant ceste intromission, dame Marguerite Hurault, fille de messire le chancelier, veufve de Guy de Laval, marquis de Nesle et comte de Joigny, fils unique de Jehan et de Renée de Rohan, sa femme, mort sans hoirs des blessures qu'il avoit receues à la bataille d'Yvry, le 12 apvril 1590, espouza à Chartres, en secondes nopces , messire Anne d'Anglure, seigneur de Gi\Ty, baron de Beauvais et de Boursault et comte de Tancarville^ lieutenant du Roy au gouvernement de Brie et mestre de camp de la cavalerie légère de France. Le Roy assista à leurs noces et partit peu après de Chartres , sravoir le 8 febvrier, et y revmt le 28 de mars, dimanche de Lœtare : il y coucha seulement une nuict et dès le lendemain s'en alla à Rambouillet.

Le 2 apvril , les Ligueurs renouèrent leur assemblée en laquelle, le 9*^ dudict mois, on mit sur le tapis, à l'instance du légat, la réception du concile de Trente, sans exception ou modification, ce qui fut refusé absolument , ne pouvant subsister avec les franchises et libertés de l'église Gallicane : messire Jehan le Maistre, président au Parlement, avec quelques autres, furent conunis , pour discuter la disconvenauce et disproportiou

Ad. 1593. qui pouvoient causer cest empeschement. Ils remarquèrent vingt-six articles à raison desquels le Concile ne pouvoit estre admis en France. Plusieurs les approuvèrent; beaucoup les rejettèrent, chacim selon sa passion. Le légat, jugeant que ceste diversité de sentimens estoit capable d'altérer les esprits et leur donner suject de rompre, promit d'en remettre la discussion à une meilleure saison, et cependant voulut qu'on parlast de l'affaire pour laquelle on avoit esté assemblé.

Ce non-obstant, les députés de la part du Roy et de la Ligue ne laissèrent de s'assembler à Surennes, le 29 d'apvril, sçavoir du costé du Roy : messire Regnauld de Beaulne, archevesque de Bourges; François le Roy deChauvigny; Pompone Belièvre; Nicolas d'Angennes, sieur de Rambouillet; Gaspard de Schomberg, comte de Nantueil, et quelques autres, et du costé de la Ligue : messire Pierre d'Epinac, archevesque de Lion ; François Péricard, évesque d'Avranches; Geoffroy de Billy, de la maison de Pnmay-le-Gillon, abbé de Saint- Vincent de Laon; André de Broucat ; de Villars, créé par le duc de Mayenne admirai de France. S'y estant assemblés, le 1*' jour de may , y eut de grandes contestations entre les deux archevesques pour la religion du Roy qui sembloit estre le seul obstacle qui retint la Ligue de le recognoistre. Ce que voyant, les députez de Sa Majesté demandèrent temps pour advertir ceux qui les avoient engagés en ce colloque, et cependant cessation d'armes. Ce qu'estant accordé, le sieur de Schombei^fut trouver Sa Majesté pour l'instruire de Testât de la France : Qu'il ne tenoit qu'à un seul poinct que touttes choses ne fussent paisibles, qui estoit sa religion ; que professant la romaine uii chacun le recognoistroit; que, pour rompre tous les desseins de sesennemys, il luy estoit comme nécessaire de se déclarer de ceste dernière , qui estoit souhaité de tout son peuple. Le Roy qui avoit de l'inclination de ce costé-là ayant demandé à ses ministres, s'il se pouvoit sauver parmy les catholiques, et eux, luy ayant asseuré qu'ouy, et les catholiques luy ayant nié qu'il peust se sauver parmy les Huguenots, il se porta tout de bon à demander d'estre instruict. A cet effect, il ordonna une assemblée à Mantes de quelques prélats et docteurs catholiques seulement, au 15 juillet, ne voulant qu aucun de la religion prétendue réformée s'y trouvast.

Le comte de Schomberg, ayant rapporté au colloque de An. 1593. Surenne le dessein du Roy, ceux qui estoient de la part de la Ligue se trouvèrent estonnez, et ne pouvant que respondre là-dessus, demandèrent temps, pour en communiquer au duc de Mayenne, au légat, aux princes ambassadeurs d'Espagne et députez des Estats. Ce qui leur ayant esté accordé, Tarchevesque de Lion fut trouver lesdits seigneurs, ausquels il proposa ce qui avoit esté rapporté par les députés du Roy. Ce discours les troubla fort, particulièrement le légat et les Espagnols, qui ne demandoient que la continuation de la rébellion, lesquels pressèrent le duc de Mayenne de faire en sorte, avec les députez des provinces, qu'on procédast à l'élection d'un nouveau Roy au plus tost, y allant de son honneur de quitter si laschement la partie. Ils s'assemblèrent le 20 may chez le légat, où le duc de Feria proposa Clara-Izabella-Eugenia, fille de Dom Philippes II, roy d'Espagne, fille de Taisnée de Henry II, roy de France, pour estre royne, et, sur ce qu'on alléguoit la loy salique, il répartit que les Estats assemblés pouvoient y desroger. Ce que néantmoings ne fut bien résolu et receu.

Les députez du Roy les pressant de leur rendre response sur les trefves et sur l'instruction du Roy, ils se rassemblèrent encores le 2 juin. Le légat proposa d'eslire Ernest d'Autriche, frère de l'empereur Rodolphe, désigné gouverneur des Pays- Bas par le roy d'Espagne qui le marieroit avec la susditte fille ; mais, voyant que les Estats ne pouvoient gouster d'avoir un autre Roy que de leur langue et naturel du pays, fist demander par les Espagnols qu'il fust permis à leur Roy d'en nommer tel qu'il luy plairoit de la nation françoise, auquel il promettoit de donner sa fille.

Cette insolente demande ayant choqué le Parlement, quoyque de la Ligue, donna arrest, le 28 juin, par lequel le duc de Mayenne fut prié , en présence des autres seigneurs de la Ligue, de ne permettre que, contre les lois fondamentales du royaulme, la couronne d'iceluy fust transportée aux estrangers masles ou femelles, et qu'au cas qu'on passast oultre, le Parlement avoit, dès à présent comme dès lors, et dès lors comme à présent, déclaré le tout nul et de nul effect, comme entreprins contre la loy salique et autres fondamentales du royaume.

An. 1593. Le président Le Mirlui ayant esté signifier, le duc luy dist, comme en cholère, que le Parlement n'avoit peu donner cest arrest à son insceu et qu'il le casseroit. La Cour, sur le rapport que luy fit le président de ceste response, déclara que tant qu'ils estoient de conseillers perdroient plustost la vie que souffrir qu'on altérast en façon que ce fustles lois de TEstat, et le fit signifier au Duc.

Le duc de Feria, se voyant au bout de son roulet, proposa d'eslire le duc de Mayenne pour Roy; Bassompierre, d'élire Charles, duc de Guyse, comme chef de la famille de Lorraine en France, et que beaucoup considéroient de bon œil, pour la mémoire de son père. Celui-cy ayant remercié l'assemblée de ceste grâce, le duc de Mayenne jugeant que son nepveu pourroit l'emporter sur luy, changea de game, et représenta les noises, contentions et guerres civiles qui pourroient arriver, sî ceste élection estoit référée au roy d'Espagne, que la noblesse ne consentiroit jamais, ny le peuple Tapprouveroit ; que pour la trefve, il estoit comme nécessaire de l'accorder, puisque la noblesse la désiroit et de crainte d'une sédition parmy le peuple qui la demandoit; qu'il seroit à propos de remettre ceste élection d'un Roy à un autre temps que les esprits estant calmes, on en pourroit d'autant mieux, y ayant danger de perdre tout en pressant trop. Ce fut au duc de Feria de passer par là, quoyqu avec beaucoup de desplaisir de n'avoir peu venir à bout de ceste entreprinse , qu'il tenoit comme faitte.

D'autre costé, le Roy pensoit sérieusement à son instruction en la religion catholique. En considérant que la response que les députez de la Ligue avoient faicte aux siens qu'ils ne pouvoient rien arrester, sans en avoir communiqué au Pape, n'estoit qu'un honneste resfus, ne s'en mit plus en peine, ains d'avoir personnes qui peussent l'instniire. Il escrivit à cest effect la lettre suivante à messire René Benoist, docteur en théologie, curé de Saint-Eustache :

a Monsieur Benoist, dès l'heure que j'ai eu la volonté de » penser à ma conversion, j'ay jette l'œil sur vous, pour l'un » desquelz j'auray l'assistance fort agréable en cette occasion, » pour la réputation , doctrine, laquelle ensuivie d'une vie non » moins louable , me faict espérer beaucoup de service et con- ^ tentement de vous, si j'en suis assisté. Qui est cause que je

» vous fais ce mot, pour vous faire cognoistreà combien je An. 1593.

» Tauray agréable, mesme que vous vous prépariez à cest

» effect aucuns de votre collège, que vous recognoistrez avoir

» la crainte de Dieu, et estre accompagnée d'esprict doux, et

» aymant le bien et repos de mes sujects. Advisés des moyens

» que vous tiendrés pour me venir trouver, et m'en donnez

» advis, afin que j'y apporte ce qui dépendra de mon auctorité.

» Cependant que j'aye part à vos prières, et je vous asseure de

» ma bonne volonté en votre endroict. Et sur ce, je prie Dieu

» quil vous aye (Monsieur Benoist) en sa sainte garde.

» Escrit à Mantes, le 9 juin 1593. Signé Henry. Et plus bas

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