‹ Histoire du diocèse et de la ville de Chartres (volume 2)Chapitre 30 sur 67 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

An. 1595.

Il n*y eut que quelques villes de Picardie, qui persistèrent dans leur rébellion. Le Roy s'attacha à Laon, qu'il emporta le 22 juillet à composition. Le sieur de Givry , Fun des plus beaux et accomplis seigneurs de la Cour, qui avoit espouzé à Chartres, quelque quinze ou seize mois auparavant, dame Anne Hurault, fille du chancelier de Chiverny, fut tué devant; qui fut un grand dommage. Quantité d'autres villes vindrent faire leurs submissions, et le duc de Guyse et ses frères, avec nombre de noblesse, vindrent asseurer le Roy de leur fidélité. Il n'y eut que le duc de Mayenne qui, entretenu par les promesses d'Espagne, se retira en Bourçongne , où il pensoit recouvrer quelque table de son naufrage.

Vers la fin de juillet, le cardinal de Bourbon décedda en l'abbaye de Saint-Germain des Préz à Paris, et fut porté inhumer dans les Chartreux de Gaillon.

Sur la fin de l'année, les pahnes et lauriers du Roy cuidèrent estre ensanglantés par un coup de cousteau que le nommé Jehan Chastel lui donna dans la bouche, pensant donner dans le sein. Sur Tadvis qu'il estoit escholier aux Jésuites, ausquels on en vouloit desjà, pour ce qu'ils avoient faict difficulté de recognoistre le Roy, on fut fouiller en leur collège, où s' estant trouvé quelques escrits injurieux contre la mémoire du Roy Henry IIP, et contre Thonneur de Sa Majesté régnante, recogneus par Jehan Guignard, chartrain, professeur en théologie en leur collège de Clermont, estre partys de luy auparavant la conversion du Roy, fut condampnè à estre pendu en Grève; qui fut exécuté le 7 janvier 1595. Ce personnage méritoit une fin plus honneste pour sa rare doctrine, s'il ne se fust laissé emporter par le courant du temps contre le debvoir et respect que les subjects sont obUgés rendre aux personnes sacrées de leurs Roys.

Le 17 janvier suivant, le Roy ayant fait dénoncer la guerre

An. 1595. au roy d'Espagne, commença par la Bourgongne, où le duc de Mayenne s'estoit cantonné. Il avoit envoyé cependant Henry d'Orléans, duc de Longueville et comte de Dunois, en son gouvernement de Vermandois et Boulenois , pour visiter les villes d'iceluy, les fortifier et mettre en estât de défense. Comme il faisoit son entrée en armes en celle de Dourlans en Picardie, au moys d'apvril, un soldat tirant fortuitement luy donna une balle dans la teste, dont il fut tellement offensé, que peu de jours après il mourut à Amiens. Ce fut grand dommage de ce seigneur, qui avoit rendu de grands services à la France, soubz le règne des deux Henrys III et IV«. Son corps fut apporté à Chasteaudun, où il fut inhumé en la chapelle du lieu avec ses ancestres. Deux jours auparavant son déceds, Catherine de Gonzague de Clèves, sa femme, fille du duc de Nevers, estoit accouchée d'un fils, qui fut aussy nommé Henry par le Roy; qui est messire de Longueville, à présent vivant, auquel Sa Majesté confirma tous les estais de son père.

Sa mort donna la hardiesse au comte de Fuentès, que le roy d'Espagne avoit envoyé pour gouverneur des Pays-Bas, d'entrer dans la Picardie, desgarnie d'hommes et de forces, le Roy en estant bien éloigné et occupé à Lion; où, durant les moys de juin, juillet et aoust, il print Han (qui touttefois fut bientôt recouvert), le Castelet, Dourlans et Cambray.

Tandis le Roy pressoit fort sa réconcihation avec le Saint- Siège. Sur l'advis que Arnault d'Ossat, simple prebstre, natif de Cassagnabere , au diocèse d'Aux, mais depuis, par un grand bonheur, évesque de Lisieux et cardinal , qui soubz main manioit les affaires du Roy, donna à Sa Majesté qu'ayant veu 6n particuUer le pape Clément, il l'avoit asseuré de la bonne volonté qu'il avoit pour luy et pour toutte la France ; laquelle s'il ne luy avoit tesmoigné auparavant, estoit pour s'accommoder au temps et à la nécessité des affaires, et que la sienne n'empiroit pour attendre, pouvant espérer de luy toute sorte de contentement, le Roy envoya vers Sa Saincteté M' du Perron, nommé à l'évesché d'Evreux, qui mesnagea si bien ce négoce, que , le dimanche 17 de septembre, le Pape luy donna l'absolution du passé et le recogneut fils aisné de l'Eglise, au grand mescontentement des Espagnols et Ligueurs, qui avoient faict tous leurs efforts pour empescher ce bon œuvre. J'ay trouvé

entre mes mémoires ces vers qui furent faicts sur ce suject au An. 1595, mesme temps, qui pourront trouver icy leur place:

Aspice ut humanas versant pia sidéra sortes

Et paribus certant omnia ntjmmibus : Impius flenricnm confecit vulnere Clemens,

Henricum Clemens sanat at ipse Plus.

A Medicis morbum Galli fluxisse ferebant,

A Medicis fîuxit nunc medicina mali.

Belli ardor stolidus pater est, confusio mater,

At prudens paci taxis et ardor adest.

Laus tibîy Rex, Clemens Medice, ardœ^ et ordo supernè

Ordine qui pacem reddis et igné foves.

Ceux qui sont tant soit peu versés dans Thistoire du temps n'ignorent que tous les malheurs de la France ont esté attribués à Catherine de Medicis, femme de Henry II et mère de François II, Charles IX et Henry III, roys de France, et que ce fut Jacques Clément qui tua ce dernier. Or ce poète, voulant faire allusion aux noms de Henry, Medicis et Clément, veult dire que, si ceux-là avoient causé du mal à la France, le pape Clément, qui estoit de la famille de Medicis, y avoit apporté le remède en la personne de Henry IV.

Le duc du May ne, voyant le Roy bien remis avec Sa Saincteté, estoit bien empesché de sa contenance. Le roy d'Espagne ne le considéroit plus, la Ligue Tavoit abandonné, son crédit estoit perdu, le Roy de France n'en faisoit d' estât, la maison de Lorraine, de laquelle il estoit issu, l'avoit quitté, ses confédérés avoient renoncé à son alliance : il ne sçavoit à qui se retirer. Dans ces transes il se résolut, au moys d'octobre, de se remettre à la miséricorde du Roy, duquel par l'entremise de ses amys, il obtint sa grâce. L'estant venu trouver, il le récent, avec tant de tendresse et tesmoignages de bonté, qu'im chacmi s'estonnoit comment il avoit daigné seulement le veoir, après luy avoir faict tant de frasques et entretenu sy longtem» la rébellion et fomenté la division parmy son royaulme , qu'il jouoit à luy faire perdre. Il le fit en partye par considération pour s'asseurer de Soissons, Pierrefons et autres places qui lui estoient de conséquence, que le duc luy amena avec luy.

Le duc d'Amnale, son frère, seigneur d'Annet, vouloit se

An. 1596. faire prier, mais il fut trompé de son jeu, s^estant veu reculé bien loing de ses prétentions, car, au lieu de le rechercher, le Parlement de Paris luy fit son procès ; par son arrest, le déclara criminel de lèze- majesté au premier chef, ordonna qu'attendu qu il ne pouvoit estre appréhendé et saisy au corps, il seroit faict une figure et représentation de sa personne, laquelle seroit tirée à quatre chevaux, ses biens confisqués, sa belle maison d*Annet rasée, les boys d'allentour couppés en détestation de sa félonie. Le premier chef seulement fut exécuté , les autres non. Ce seigneur print ce procédé contre luy à tel contre -cœur et desplaisir, qu'il se retira du depuis en Flandres, où il a passé le reste de ses jours au service du roy d'Espagne.

Vers le moys de novembre, passa par Chartres un homme, que le mareschal de Bois-Daufin envoyoit au Roy, lequel avoit esté trouvé, dans les boys ou forests du Mayne , comme sauvage , et avoit une corne à la teste.

Au commencement du moys de janvier, le Roy s'estant allé divertir à Monceaux, le duc du Mayne l'y fut trouver avec le marquis de Saint-Sorlin, qui avoit prins la qualité de duc de Nemours, après le trespas de son aisné, décédé à Anecy près Genève; où ils obtindrent déclaration en leur faveur pour tout ce qui s'estoit passé durant la Ligue. Dans celle du duc de Nemours (depuis 1589 jusques alors), donnée à Folembray, est porté que, sur la relation faicte à Sa Majesté, que Alfonse d'Est, duc de Ferare, oncle dudict de Nemours, estoict fort affectionné aux affaires de la France et du Roy et au bien de sou royaulme, désirant le traicter selon ses mérites et pour plusieurs bonnes causes justes et raisonnables et considérations à ce le mouvant, il avoit ordonné que le duché de Chartres, comté de Gisors, vicomtes de Can, Bayeux, Falaise et autres terres, qui appartenoient audict duc de Ferare en son royaulme à quelque titre que ce feust, ensemble les greffes desdittes terres, luy seroient conservées et qu'il en jouiroit ainsy et en la mesme forme et manière qu'il en jouissoit devant les guerres , sans qu'il y peust être troublé ny empesché, mesme sans qu'aucun rachapt desdittes terres et greffes peuct estre faict pour quelques causes et soubz quelque couleur et prétexte que ce fust, durant la vie dudict duc de Ferrare, si ce

n'esloit de son consentement exprès, voulant qu il fust pleine- An. 1597. ment et paisiblement conservé en la jouissance desdittes choses comme auparavant , selon ses contracts.

n ne Teust longtemps, d'autant que, dès le 27 octobre de ceste année, Alfonse décéda, aagé de 64 ans. Son décès sans enfants apporta du changement tant au duché de Ferrare qu'à celuy de Chartres, à cause que César d'Est, fllz d'un autre Alfonse, bastard de cestui-cy, voulant contester sa succession, à laquelle il prétendoit, pour avoir esté institué héritier, par testament du deffunct, de Rege, Modène et de tous ses autres biens meubles, et se qualifioit duc de Ferrare, fut privé de cest Estât parle Pape, à certaines conditions assés advantageuses pour luy. Il voulut en faire autant du duché de Chartres. Mais Madame Anne d'Est, fenune en premières nopces de François de Lorraine, duc de Guise, et en secondes de Jacques de Savoye, duc de Nemours, connue seur aisnée d' Alfonse, s'y opposa, prétendant ledict duché de Chartres luy appartenir, et de faict l'emporta par arrest, par lequel elle fut maintenue au duché de Chartres et en tous les autres biens, que ledict défunt Alfonse de Ferrare possédoit en France.

La Ligue n'estoit encores du tout ensevelie, elle remuoit encores en Bretagne soubs Philippes-Emmanuel de Lorraine, duc de Mercœur, lequel, nonobstant les remonstrances du Pape, ne laissoit encores de faire la guerre. Le Roy envoya contre luy le mareschal de Biron et le suivit en queue. Toutte la province, à la veue du Roy, fit joug et se rendit, de manière que le duc, se voyant abandonné d'un chacun, envoya à sa femme, fille de Sébastien de Luxembourg, duc de Martigues, pour disposer Sa Majesté à le recepvoir en sa grâce: de quoy luy ayant donné asseurance, il y vint luy-mesme et fit sa paix beaucoup moings advantageuse qu'il Teust peu faire , s'il fust venu plus tost ; qui fit dire au duc de Mayenne que ce seigneur ne sçavoit faire ny la guerre ny la paix. Pour faire donc sa paix avec le Roy, il consentit que la seule fille qu'il avoit fust accordée à César Monsieur, filz naturel du Roy, et de Gabrielle d'Estrée, duchesse de Beaufort, nourrie dans ses jeunes ans à Chartres, avec la dame de Sourdys, sa tante. Il créa à cest effect ledit César duc de Vendosme et pair de France , luy donnant son propre héritage, qu'il tenoit de sesayeulx, comtes

An. 1598. de Vendosmois, et donna abolition audict duc de tout le passé. Ce fut la mort de la Ligue, et où elle trouva son tombeau, pas un de tous les chefs d'icelle n'ayant osé du depuis rien dire. Les affaires n'alloient sy bien en Savoye, où le duc avoit reconquis tout ce quemessire François de Bonne, sieur de Lesdiguières, avoit prins sur luy , Tan précédent ; il fut mis pourtant à la raison par le moien de la paix de Vervins, qui fut faitte entre les roys de France et d'Espagne, en laquelle le duc fut comprins. Elle fut publiée, le 10 de juin, à Saint-Germain-en-Laye et jurée à Paris, le 21 du mesme, et à Bruxelles le 24, et encores à Ghambéry le 2 d aousl. Le roy d'Espagne ne dura guères après, estant décédé à Saint-Laurent-de-rEscurial, le 13 septembre. Fan 71 de son aage, et de son règne le 41 et 9 moys.

Au moys de novembre suivant, le jeudy 5 d*iceluy. M*' Nicolas de Thou, évesque de Chartres, trespassa en son chasteau de Villebon , à quatre lieues de Paris, et fut enterré en l'église de Saint- André-des-Arts de laditte ville , au sépulcre de ses ancestres. Le lundi 9 dudict moys, sur l'advis que le Chapitre de Chartres eut de son déceds, il commit M"" Fleury d'Aubermont, chantre; Jacques Soreau, grand-archidiacre; Jacques Mestivier, soubz- chantre, et Florent Mathieu, chanoine dudict Chartres, pour se trouver à son inhumation. Sur la contestation qui arriva au convoy dudict seigneur entre les chanoines de Nostre- Dame de Paris et ceulx de Chartres, pour le port des quatre coings du poésie , ceulx de Paris prétendant ceste prérogative leur appartenir , pour ce que ledict sieur prélat avoit été autrefois leur confrère et archidiacre de Josas en leur église, ceulx de Chartres remportèrent pourtant par arrest, donné sur le champ, pour ce que l'évesque et le Chapitre ne faisant qu'im corps, et ledict seigneur estant mort évesque de Chartres, cest honneur debvoit estre adjugé aux chanoines dudict lieu.

Dès l'heure mesme que la nouvelle de son trespas fut apportée à Chartres, le Chapitre, usant de ses droicts, fit apposer le sceau aux meubles qui estoient demeurés à l'évesché, pour la conservation des droicls de ses héritiers et successeurs, par Ignace Loyseau, son premier huissier ; maistre Jehan Amelotte, archidiacre deBloys,et Claude Louppereau, chanoine, furent commis pour y assister. Messire Jehan Grenet, procureur du

Roy au baillage de Chartres, fit aussy sceller de son costé, An. 1599. mais quand se vint à la confection de l'inventaire, elle fut faitte en présence des susnommés et de messire François Chouanne, président et lieutonant-général audict baillage, le samedy 7 dudict moys, par Goret, commis au greffe , et ledict huissier de Chapitre assistant à tout. Ce que je remarque pour sçavoir ce qui s*y est passé et s'en servir en mesmes ou semblables occurrences.

M*" le chancelier de Chivemy obtint Tévesché pour messire Philippe Hurault, son fils, qui estoit desjà abbé de Saint-Pèreen-Vallée et de Pont-levoy, quoyque fort jeune. Chapitre ayant eu advis de sa nomination , luy envoya faire civilité à l'ordinaire, et attendu l'ouverture de la Régale, nomma aux offices despendants de la justice spirituelle et ecclésiastique dudict évesché. Il laissa messire Hiérosme Le Beau, chancelier de Téglise, en la charge de grand-vicaire et d'offlcial, qu'il avoit exercée du vivant de M' de Thou, institua pour vice-gérant maistre Thomas Mauguin, chanoine officiai du Chapitre , et du depuis maistre Florent le Noir, aussy chanoine, qui luy avoit succédé en la première charge : maistre Gilles Lusurier fut nommé secrétaire et pour recepvoir l'émolument du sceau, qui debvoit servir à faire les charges de la cour ecclésiastique. Le greffier civil demeura. Maistre Anthoine Hussard, secrétaire du Chapitre , fut commis au greffe criminel, qui l'emporta par arrest contre maistre Charles Paiilier qui en avoit esté pourveu par ledict sieur Hurault, évesque de Digne. On adjousta pour grands-vicaires audict Le Beau, messire Fleury d'Aubermont, chantre, et, à la prière dudict seigneur nommé, maistre Gilles Gaultier, chevecier et chanoine de Chartres, qui estoit déjà son grand-vicaire en ses abbayes de Saint-Père et Pontlevoy.

Au mesme temps, messire François d'Escoubleau, fils du sieur de Sourdys, gouverneur de Chartres, quitta son office d'escuyer chez le Roy et son espée pour prendre la soutane, ayant esté pourveu de l'abbaye de Saint- Jouin-de-Marne, diocèse de Poitiers , et peu après de l'archevesché de Bordeaux , vaccant de Tan 1591 par le déceds de maistre Anthoine Prévost de Sansac. Le Pape, à la recommandation du Roy, le créa cardinal-diacre, le 3 de mars, avec le cardinal d'Ossat. N'estant que

An. 1599. cardinal désigné, il chanta sa première messe dans le mesme moys, au grand autel de Téglise de Chartres, quil aimoit particuUèrement et eust bien voulu l'avoir pour Bordeaux, ainsy qu il m*a faict quelquefois l'honneur de me le dire et qu'il n'avoit jamais souhaité bénéfice que celuy-là. Ce fut un bonheur pour luy d'avoir été sitost pourveu d'une abbaye, archevesché, cardinalat et autres, pour ce que Madame de Beauford, sa cousine-germaine, qui les luy avoit procurés, mourut le samedy de Pasques suivant, avec laquelle il perdit la pluspart de ses espérances, et que, quoyque le feu roy Henry IV et Louis XIII raient tousjours considéré et veu de bon œil pour sa vertu et ses belles quaUtez, il pouvoit espérer davantage, ceste dame estant tellement chérie de Sa Majesté, qu'elle obtenoit tout ce qu elle demandoit.

Le Roy estoit tellement coêffé de ses appas, qu'il avoit dessaigné de l'espouzer. Il en avoit communiqué avec le cardinal de Florence, légat, pour faire dissouldre son mariage avec la reyne Marguerite et la prendre à femme et légitimer M' de Vendosme, Alexandre, son frère, et Catherine leur sœur, par un subséquent mariage. Le légat fit ce qu'il peut pour le desmouvoir de ceste entreprinse, en laquelle persistant, il practiqua les princes et grands du royaulme, pour s'y opposer. On n'en fut en peine, la mort l'ayant enlevée dans ses couches avec son enfant, le 10 d'apvril. Autant qu'elle avoit été belle en sa vie, autant elle parut layde en sa mort, étant partie de ce monde avec des convulsions horribles, qui la rendirent si difforme et hydeuse qu'elle faisoit de la peine à la veoir. Le médecin du Roy, qui estoit présenta sa dernière heure, ne peult se tenir de dire que véritablement c'estoit une œuvre de Dieu, et le Roy qui estoit à Fontainebleau s'estant mis en chemin pour la venir veoir, adverty de la façon qu'elle estoit morte, s'escria en pleurant qu'il recognoissoit que Dieu aymoit la France, pour n'avoir permis qu'il effectuast son dessein. Le sieur de Sillery, qu'il avoit envoyé à Rome pour suivre la dissolution du" mariage d'entre luy et laditte reyne Marguerite, ayant, auparavant qu'arriver à Rome, qui fut seulement le 19 apvril, receu nouvelle du déceds de laditte duchesse de Beaufort, obtint facilement du Pape la cassation de ce mariage de leursdittes Majestés ; qui ne luy eust esté accordé

par Sa Sainteté, ny consenty par la reyne Marguerite du vivant An. 1599. de laditte duchesse. Le Roy en attendant s en alla à Bloys passer les chaleurs de Taoust.

Quelque temps auparavant, messire Philippes Hurault, chancelier de France, par les practiques de quelques hayneux qu'il avoit près le Roy, fut commandé se retirer de la Cour. Il passa quelques moys en sa maison d'Esclimont, d*où il s* en alla à Chiverny, autre sienne maison dans le Blésois, où il trouva sa tombe, comme il y avoit eu son berceau, y estant décédé le 29 juillet de ceste mesme année, aagé de 72 ans. Ce personnage estoit fort accord et qui sçavoit touttes les intrigues de la Cour, avoit si bien mesnagé sa fortune que, quoyque Tenvie Teust attaqué souvent, elle estoit tousjours demeurée vaincue par sa prudence, qui sçavoit parer à ses disgrâces, et n*eust esté que la mort couppa le filet de sa vie en ceste dernière retraicte, il s'estoit rendu tellement nécessaire dans les afTaires, qu'on eust esté obUgé de le faire retourner, avec plus de gloire que ses ennemys ne luy avoient practiqué dlgnominie, le faisant retirer. Il avoit, dès le 13 may 1566, espouzé dame Anne de Thou, fille aisnée de Christophe de Thou, chevallier, seigneur de Celi, de Boureil, premier président au Parlement de Paris, et de Jacquehne de Tules, sa femme, qui décéda le 27 juillet 1587. Il eut d'elle Henry, qui décéda au château de Vibray, aagé seulement de dix-huit mois, 1574; Henry, comte de Chiverny, baron d'Uriel, seigneur d*Esclimont, de Gallardon, de Bréteucourt et la Tremblaye, capitaine de cent hommes d'armes des ordonnances du Roy^ gouverneur pour Sa Majesté des villes de Chartres et des pays Chartrain et Blésois, et son heutenant-général au gouvernement d'Orléans et bailly de Chartres ; Philippes , évesque de Chartres, abbé de Saint-Père-en-VaUée dudict Chartres, Pontlevoy, Royaulmont et la Valasse, et premier aumosnier de la reine Marie de Médicis; Louis, comte de Limours, vicomte du Tremblay, baron d'Uriel, conseiller du Roy en ses conseils d'Estat et bailly de Chartres; Marguerite, Anne et Catherine.

Messire Pompone de Belièvre, seigneur de Tiberval en ce diocèse, de Chartres , succéda en la charge de chancelier audict sieur de Chiverny, au grand contentement d'un chacun.

Dès le moys de mars de cesle année, messire Henry, duc

M. 1599. de Joyeuse, comte du Bouchage et seigneur d'Aulneau, qui, après la mort de sa femme, sœur du duc d*Espernon, s'estoit rendu capuchin, et depuis, par un bref du Pape, obtinct, par les importunités de la Ligue, de sortir de cet ordre avec commutation de son vœu en celuy de chevallier de Malthe, pour servir de chef aux Ligueurs de Languedoc et faict mareschal de France, retourna aux Gapuchins de Paris reprendre son ancien habit. Ce changement, autant prompt qu* inespéré, appresta bien à dire et penser aux courtisans, qui en eurent plus de suject, quand ils veirent ce seigneur soubz le nom de Père Ange de Joyeuse paroistre dans les meilleurs chaires de France et passer pour un des meilleures prédicateurs de son temps, quoyqu'il n'eust d^autre estude que des humanités, soutenues d'une grande éloquence.

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