‹ Histoire du diocèse et de la ville de Chartres (volume 2)Chapitre 31 sur 67 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Jubilé. Citadelle de Chartres ruinée. Mariage du Roy. Guerre en Savoye. Mort de la Royne douairière. Paix avec le duc de Savoye, qui baille au Roy la Bresse et autres pays, pour le marquisat de Salusses. Jubilé à / Orléans pour le restablissement de V Eglise. 5'* Croix ruinée par les hérétiques. Naissance du roi Louis XIII et d'Anne d* Autriche sa femme, en mesme temps. Conjuration contre le Roi; faict coupper la teste au maréchal de Biron. Manufactures instituées en France. Mort de la princesse de Béarn. Carmélites receues en France, Clément VU I meurt, Léon XI lui succède, puis Paul V. Déceds de ii*" Augustin le Prévost, doyen de Chartres; Robert Boûete luy succède. De 3f'" Philippes des Portes et Regnault de Beaulne, archeuesque de Bourges.

ON couroit de touttes parts à Rome, en 1600, pour y An. 1600. gaigner le jubilé, ouvert par le pape Clément VIII, auquel se trouvèrent plus de trois cent mille François. Le cardinal de Sourdys, qui avoit receu le bonnet par le comte Ludovic Languisciola , camérier de Sa Saincteté, partit de Chartres, où il demeuroit avec son père, gouverneur de la ville, pour s'y en aller et rendre ses debvoirs et remerciements au Pape de ce qu'il luy avoit pieu l'admettre au sacré collège des cardinaux. Il se trouva à l'ouverture de la Porte Saincte, le 13 janvier, auquel jour elle avoit esté remise de la veille de Noël, où elle se doibt faire, à cause de la maladie de Clément, qui es toit incommodé de ses gouttes.

Le 3 dudict, mourut messire Louis Boucher, doyen de Chartres, au lieu duquel fut esleu maistre Augustin le Prévost, archidiacre de Pinserais en laditte église, le 11® suivant. Quasi au mesme temps, les Chartrains , ennuyés de fournir la solde des garnisons de la citadelle, que le Hoy avoit fait bastir en leur

An. 1600. ville après sa réduction en son obéissance, députèrent messire François Chouayne, président et lieutenant-général au baillage dudict lieu, pour aller en Cour supplier Sa Majesté de leur oster ceste espine du pied, qui ne servoit qu'à les ruiner et le pays, sur lequel se levoit de grosses sommes, pour le payement et entretien des Suisses et Gascons, qui les gardoient sans besoing ny nécessité, ceste ville estant au milieu de la France, qui jouissoit d'une profonde paix. Ledict sieur Chouayne, estant allé trouver Sa Majesté, luy fit la harangue suivante: « Sire, » parmy tant de grâces que Dieu a faittes à votre Majesté, » ceste-cy se peult bien dire la plus grande et comme miracu- » leuse d'avoir estably ime paix si entière par tout son » royaulme, en im temps que l'espérance en estoit du tout » désespérée en l'opinion des hommes. A l'honneur. Sire, de » vos victoires , la fortune et ceulx qui ont suivy vostre Majesté » ont eu quelque part ; mais, à ce grand ouvrage de la paix, la » France advoue qu'à vostre Majesté seule elle en doibt la » louange et la gloire. La France aussy à cette occasion bénira » sans fin en ses vœux et prières le règne de vostre Majesté ; et, » de vérité, Sire, conmie vos plus belles actions ne sont point » encores tant estimées, que le bien , où pour but elles aspirent, » aussy tant de haults faicts et d'actes glorieux de Vostre » Majesté, bien qu'ils ayent porté son beau nom par tout le » monde, ne couronnent poinct pourtant ses louanges d'une » gloire si luisante et si belle, que faict ce dernier chef-d'œuvre » delà paix, par lequel. Sire, Dieu vous a faict la grâce de » redonner, se peult dire, l'âme et la vie à la France et à vos » subjects. n est vrayque touttes les villes, mesmes les plus » éloignées, jouissent désjà de ce bien tant aymé, et Chartres, » qui est aux portes de Paris, au milieu de la Beaulce, et le » lieu. Sire, où vostfe Majesté a esté sacrée, a seulement ouy » le nom de la paix et sent encores les effects de la guerre. » Nous avons dans nos murailles une citadelle et une garnison, TU nous logeons encores dans nos maisons des soldats, et con- » tribuons tous les jours à leur entretenement. C'est pourquoy, » Sire, nous confiant en la clémence de Vostre Majesté, nous » venons à ses pieds luy faire une très-humble requeste, qu'il » luy plaise nous oster du tout ces marques de continuation de 3» guerre et nous laisser au lieu la garde de nos cœurs et de

» nos volontez à son service, l'amour et la crainte seule de An. IGOO.

» Vostre Majesté, afin que désormais, nous puissions vivre en

» quelqu^asseurance et en repos, soubz Tobéissance de ses lois

» et de sa justice. Que s il plaist à Vostre Majesté nous faire

» ceste grâce entière, comme touttefois nous F espérons de sa

» bonté, nous la supplions au moins qu'en considération des

» grandes et continuelles charges que nous avons portées jus-

» ques icy, elle ait agréable do nous descharger de Tentretene-

» ment des soldats et nous rendre la porte de la ville et l'église,

» qui est enclose dans la citadelle avec les tombeaux et les

» sépulchres de nos parens, dont les âmes bienheureuses, qui

» sont au ciel, joignent. Sire, leurs sainctes prières avec les

» nostres, pour obtenir de Vostre Majesté ceste grâce, laquelle

» remportant avec nous, tous vos habitans. Sire, prieront

» Dieu incessamment et de plus grande affection, qu'il luy

» plaise pour longues années conserver Vostre Majesté à la

» France et la bénir de plus en plus de ses grâces. »

Le Roy, l'ecognoissant que ceste citadelle estoit véritablement inutile au milieu de son royaulme, ne subsistoit qu'au détriment de ses finances et à l'oppression de ses sujects, consentit qu elle fust abbatue, en payant par la ville au sieur de Valiraux, qui en estoit gouverneur, la somme de dix-huit mille livres. Messire de Montescot, thrésaurier des parties casuelles, fit ce plaisir aux habitans, ses compatriotes, d'advancer cette partie pour eux, moyennant le payement de laquelle la citadelle fut remise entre les mains desdicts habitants, le jeudi 9 febvrier de ceste année, qui ne mirent tant à l'abattre, qu'on avoit esté à la bastir. Dès le 13 dudict moys, qui estoit le lundy gras, on commença d'entrer dans l'église de Saint- Michel, et le mardy on y dist la messe dans la chapelle de Sainte-Anne, qui estoit demeurée en son entier en icelle, pour faire les dévotions, tant du gouverneur que de ses soldats. Le reste de la sepmaine, Ton ti^availla à vuider l'église des terrasses qui estoient jusques aux voultes, le long de la première allée du costé du cimetière, et à restablir le grand autel auquel on dict la messe de paroisse, le dimanche suivant, au grand contentement des paroissiens, qui avoient, durant tout le temps que la citadelle fut debout, esté fort à l'estroict es cryptes de l'église de Saint- Anian, qui leur avoit esté assignée pour faire leurs dévotions.

An. 1600. Le mercredy des Cendres, maistre Adrian Hobescour, curé de laditte église, estant venu en icelle, après disner, comme il parloitdans le chœur d'icelle à plusieurs personnes, du nombre desquelles j*estois, leur dict : « Je n*ay plus de regret de mourir, » puisque je me revoy dans mon église, » et se tournant vers un vicaire, luy dict : « Messire Jehan, voilà où je veux estre » enterré. » Et s'en estant retourné en son presbytère perdit la parole, et décéda, le 20» du mesme moys, et fut enterré le premier dans le chœur de laditte église, après son restablissement. Pendant ce temps-là, le Roy, qui avoit obtenu la dissolution de son mariage d*avec la reyne Marguerite, fut supplié par son Parlement et ses sujects de prendre alliance en quelque famille, digne de sa grandeur, pour laisser un daufin à la France, successeur de sa couronne et de son sceptre. Il s'y trouvoit fort empesché, ne trouvant party qui le peust contenter. Enfin le Pape luy proposa Marie de Médicis, princesse de Florence, fille de François, grand-duc de Toscane, et de Jehanne, archiduchesse d'Autriche, royne née de Hongrie et de Bohême, laquelle il accepta de sa main et envoya les sieurs de Sillery et d'Alincourt, pour passer le contract de mariage, qui fut signé le 25 d'apvril.

Si les pensées du Roy voloient de delà les monts , touttes n'estoient pour elle, il y en avoit aussy pour dompter la contumace du Savoyard qui lui retenoit le marquisat de Saluées et reculoit à le rendre. Il promettoict la Bresse en eschange, mais qu'on le print au mot, on ne tenoit rien. Sa Majesté, lasse de ces délayements, se rendit à Lion, le 8 de juillet, où les députés du Duc vindrent la trouver : elle leur parla hault, disant qu'il n'entendoit plus endurer que leur duc l'amusast de parolles, qu'il demandoit des effects et voulpit sçavoir sa dernière résolution. Le Duc n'ayant contenté le Roy, il délivra commission pour la creue des gens de pied et pour la levée des pionniers, desquels Chartres fournit bonne partie, que Saditte Majesté appeloit ses allouettiers de Chartres , à cause que le pays fourmille d'allouettes et s'y en prend quantité par les paysans, et fit telle diligence qu'en douze jours il fut prêt de marcher. Il ne perdit point temps, il attrapa Bourg-en- Bresse et Chambéry, qui se rendirent avec tout ce qui est audeçà du Rhosne.

Bonnaventure Calalagirona, général des Cordeliers de VOb- An. 1600. servance, qui avoit esté employé pour la paix de Vervins entre les roys de France et d'Espagne en 1598, et en ceste année créé patriarche de Constantinople , s'entremit pour accorder le Roy avec le Duc : il ne put, pour ce que ce dernier se faisoit tenir à quatre et ne vouloit ouyr ny parler d'aucun accommodement. Ce que voyant le Roy, qui avoit renforcé ses troupes, il poursuivit ses premières terres et surmontant la difficulté des rochers et précipices, fit monter à force de bras le canon, lequel ayant fouldroyé des villes et chasteaux, qu'il sembloit que la nature eust rendues imprenables, les força et les print. Le Duc ne s'en remuoitpas, endormy par quelques pronostiquemens qui lui avoient asseuré que ceste année-là il n'y auroit poinct de roy en France, mais ils ne luy avoient pas dict qu'il seroit en son pais, pour conquérir son estât. Monmélian, assis sur un roc qui sembloit ne pouvoir estre dompté que par la patience de plusieurs années , à cause de son assiette, ou par une extrême nécessité qui n'a point de garand, ne peult échapper de ses mains, non plus que la Maurienne et la Tarentaise. Le reste eust suivy de mesme, et cet inconsidéré prince se fust veu despouillé de tout ce qu'il avoit, n'eust esté que le Pape se mit en peine de le réconciUer avec le Roy. Il envoya pour cest efiect Pierre Aldobrandin, cardinal, son nepveu, vers le Roy, pour parler d'accommodation.

Passant par Florence, il y trouva messire Roger de Bellegarde, grand-escuyer de France, qui y avoit esté envoyé par Sa Majesté, avec pouvoir d'espouzer la princesse de Florence en son nom, par paroles de présent. Il fut bien ayse de trouver ceste occasion , pour se faire recognoistre au Roy et de faire comme légat la cérémonie de leurs espouzailles qui fut le 5 d'octobre. La solennité passée avec de très-grandes magnificences, que fit le duc de Florence, pour honorer sa niepce, elle partit, pour venir trouver le Roy qui l'attendoit à Lion. Le légat print un autre chemin pour avoir moien de s'abouscher avec le duc de Savoye et le disposer à la paix. Il le trouva à Turin, où luy ayant fait sçavoir le suject de sa venue, il n'ouït que des menaces , semblables à ces grands vents qu'une petite pluye abbat, ayant esté contraint de venir luy-mesme deipander la paix au Roy, dans le moys de décembre. Sa

An. 1601. Majesté se rendit à Lion , le 9 du mesme moys, pour accomplir son mariage avec la royne qui Fy attendoit. Le légat s'y trouva aussy et y bénit de nouveau les nopces de Leurs Majestés; durant les solennités desquelles madame Louise de Lorraine, royne douairière de France, veufve du feu roy Henry IH, comme si elle eust esté contente de voir une autre royne en sa place pour le bonheur de la France, passa à ime meilleure couronne. Ce fut une des plus sages et vertueuses princesses de son aage, qui venoit souvent à Chartres, pour y faire ses dévotions et austérités qui estoient grandes, à Tégard mesmes des religieuses plus réformées.

Les nopces du Roy passées, le Roy donna audience aux ambassadeurs du duc de Savoye, avec lesquels il transigea pour le marquisat de Saluées, qu'il laissa audict duc, en eschange de la Bresse, Bugey, Valromey et le bailliage de Gex et autres places, tant de cela que delà le Rhosne, pour estre désormais réunis et incorporés à la couronne de France, comme domaine et patrimoine d'icelle, sans qu'elles en puissent estre désimies ni séparées à l'advenir, pour quelque occasion que ce soit. Ceste paix ayant esté accordée et publiée à Lion au moys de febvrier ( comme elle le fut par tout le royaulme au moys de mars), le Roy s'en revint à Paris pour y passer le reste de l'hiver.

Cependant le Roy qui avoit obtenu du Pape la continuation du jubilé pour toutte Tannée 1601, à Orléans, pour ayder au restablissement de l'église de Sainte-Croix , détruitte par les hérétiques durant les trouJ[)les derniers, s'y transporta avec la royne pour en recueillir le fruict, en attendant celuy qu'on espéroit de son mariage, la royne estant désjà grosse. Ayant faict leurs dévotions, ils furent à Blois et à Chambort, où ayant faict quelque séjour, ils s'en allèrent à Fontainebleau, où quelque peu après la reyne accoucha, le 27 septembre, sur les onze heures du soir, d'un daufin, au grand contentement des François. Sitost que la nouvelle en fut venue à Chartres, on chanta le Te Deum en actions de grâces, et les feux de joie furent faits par toutte la ville. Les naturalistes disent que les diamants ne se découvrent point qu'après un tremblement de terre qui ouvre la mine qui les enterre; aussy a-t-on remarqué que, quelques jours auparavant l'accouchement il y eut un grand tremblement de terre, comme si, par cest effort, la nature eust

voulu nous descouvrir ce daufin, plus précieux que tous les An. 1602. diamants que cest élément cache dans son sein.

Sitost que cest enfant tant désiré fut venu au monde, son père luy mit en main une espée, priant Dieu qu'il fust le défenseur de son église et de la religion catholique. Bon augure qui a très -bien réussy, ce prince ayant esté le fléau des hérétiques et le protecteur des catholiques, tandis qu'il a régné.

Cinq jours au précédent, sçavoir le 22 du mesme nwjys, estoit née à Madrid, dame Anne-Marie-Maurice, première fille de Philippes III, roydes Espagnes, et de dame Marguerite, son espouse, comme si le ciel eust voulu faire naître en mesme temps que nostre prince, pour estreun jour joincte avec luy par un saint hyménée.

Sur la fin de Tannée, 27 décembre, décéda à Saint- Arnoulten-I véline, dame Jeanne de Coesmes, fille imique de Louis de Coesmes, seigneur de Lucé, et de dame Anne de Pisseleu, veufve en premier Ut de Louis, comte de Montafier, et en second de messire François de Bourbon, prince de Conti, s'en allant à Lucé au Mayne, pour y faire espouzer madame Anne de Montafier, sa fille, à messire Charles de Bourbon, comte de Soissons, ce qu'elle fit faire de son vivant audict Arnould, d'où, après son décès, son corps fut apporté à Chartres et delà audict Lucé.

Le Roy, se voyant à bout de la guerre contre le Savoyard, croyoit jouir de la douceur de la paix , à l'ombre des palmes et lauriers qu'il s'estoit acquis à la poiucte de son espée ;. mais il fut bien étonné, quand il seveid traversé dans le commencement de son repos par les mouvements qu'excitèrent quelquesuns jaloux de sa gloire, pour luy ravir non-seulement le fmict de ses travaux, mais encores sa couronne, voire sa vie. Ils faisoient courir le bruict que le Roy vouloit mettre des garnisons dans plusieurs villes pour estabUr le sol pour livre et autres subsides, à dessein d'aigrir le peuple, qui ne reçoit qu'à regret telles déjoies. La Guyenne et le Poitou conamencèrent les premières à faire du bruict et menacèrent les commissaires, s'ils ne sortoient bientost de leurs provinces, de faire main basse sur eux. Le Roy y envoya, puis alla luy-mesme à Orléans, Blois, Tours et Poitiers, où ayant faict entendre à ses sujects qu'il ne désiroit d'autres forteresses ou garnisons, que les cœurs de ses

An. 1603. subjects, ni d'autres subventions que celles qui procédoient de leurs bonnes volontés pour le maintien de sa couronne, rompit par sa présence tous les mauvais desseins de ces brouillons, qui taschoient de troubler son repos, et par ceste cavalcade apaisa tous les remuements que ces factieux prétendoient faire, et, au lieu de malédictions qu'ils s'imaginoient debvoir tomber sur son chef par les peuples, qu ils vouloient intéresser en leur rébellion, il s en retourna chargé de bénédictions. Les François se laissent emporter facilement aux premières impressions qu'on leur donne, mais Famour qu'ils portent naturellement à leur prince est si puissant que, sitost qu ils le voyent, ils sont contents et se mettroient volontiers en pièces pour son service. Aussy le Roy de France est appelé : Rex Franœnim , roy des François, où les autres ne prennent que la dénomination du pays où ils régnent , comme : Hispaniarum y Aixgliœ, Scotise, ainsy des autres, pour faire veoir que les autres possèdent des provinces, les roys de France possèdent les cœurs de leurs sujects.

Le Roy donc, ayant désabusé les siens de la mauvaise impression qu'on leur avoit donnée, s'en revint avec Tasseurance de leur fidélité. Il y avoit encores le duc de Bouillon, qui faisoit de la peine à Sa Majesté. Comme il estoit d'un esprit remuant, il ne pouvoit trouver le repos ; le mareschal de Biron encores moings, qui, par une présomption excessive de son mérite, pensoit n'estre assés recongneu de ses services. Ceste passion est un aveuglement de l'âme, qui l'a porté dans les précipices de la mécongnoissance, et tient pour trop basses et petites les récompenses que d'autres plus judicieux tiendroient pour fort haultes et très-grandes. Le duc de Biron avoit rendu de grands services au Roy, il est vray, mais si l'on considère les advantages qu'il avoit receus de sa libéralité , il debvoit estre content de se tenir pour bien recongneu. Néantmoings , Sa Majesté aiant descouvert qu'il brassoit soubz main quelque trahison contre sa personne et son Estât, le fit saisir par messire de Praslin , capitaine des gardes, et, par jugement du pénultième de juillet, luy fit coupperla teste dans la Bastille, le dernier du mesme moys. Ceux de Chartres n'en furent faschés, les ayant fort gourmandes durant et après le dernier siège de la ville.

L'année suivante fut assez paisible, fors que vei's Pasques,

les Huguenots, demeurants eniœlle, ayant demandé une église An. 1604, et cimetière , il cuida y avoir rumeur, qui fut apaisée par la prudence de M. François Chouayne, lieutenant- général, et, selon les édils, leur fut assigné lieu au Pont-Tranchefestu , à deux lieues de Chartres , pour y faire leur presche , et un cimetière au bout de la rue de la Bourdinière, proche Sainte-Foy.

Le Roy, se voyant en paix , feit venir de divers Ueux des ouvriers pour la manufacture des ouvrages de soye, et pour ce, conunanda qu'on fist planter des meuriers blancs , pour nourrir les vers à soye et députa personnes pour en avoir le soin, avec officiers, pour conduire les ouvrages. Ce commandement estant venu à Chartres, on planta quantité de ces meuriers sur les grands chemins, qui n'y demeurèrent guères, ayant tous esté rompus et arrachés par la malice des passants, ou négligence des conunissaires, de manière qu'à peine pourroit-on à présent en trouver un seul, quoiqu'ils eussent prins le solage à gré.

Sur le commencement de Tannée suivante, sçavoir, le 3 du moys de febvrier, décéda sans enfans Madame Catherine de Bourbon, sœur du Roy, fenune de Henry, duc de Bar, marquis du Pont, fils aisué de Charles III du nom, duc de Lorraine, qu'il avoit espouzée, le pénultième de janvier 1599. Le duc de Bar la fit embaumer et mettre dans un cercueil de plomb, couvert d'un autre de bois , puis dans un carosse tiré à quatre chevaux , bardés de velours noir, comme estoit aussy couvert le carosse, qu'il fit conduire jusques sur la frontière de France, où ceux qui avoient ordre du Roy la furent recepvoir et la conduisirent à Vendosme, pour y estre inhumée près d'Antoine de Bourbon , son père, roy de Navarre, ainsy qu'elle Favoit désiré par son testament et en avoit fait instance à son frère. Ce fut une bonne princesse, en laquelle on ne remarquoit rien à reprendre, que ceste obstination qu'elle avoit en la reUgion prétendue réformée, en laquelle elle voulut mourir, conameeUe avoit vescu.

Les Carmélites vindreut ceste année en France , à la poursuitte de Mademoiselle Catherine d'Orléans, sœur de messire de Longueville, et furent mises au prieuré de Nostre-Dame-des- Champs, du faubourg Saint- Jacques, à Paris, prieuré dépendant de Mairemoutier, qui leur fut donné par le cardinal 4e Joyeuse, abbé dudict lieu, et confirmé par le pape Clément VIIL

An. 1606. Quelques devins ou généthliaques avoient prédict à ce souverainpontife qu'il devoit mourir ceste année; ils ne furent assés ponctuels en leur prédiction , estant seulement décédé Tannée 1605, le 3 de mars. Soixante cardinaux estant entrés au conclave, esleurent, le 1" d'apvril, Alexandre de Médicis, cardinal-prebstre du tiltre de Saint-Jean et de Saint-Paul , dictle cardinal de Florence, qui avoit naguères esté légat en France, lequel print le nom de Léon XI.

Le Roy receut force contentement de ceste élection, espérant qu'estant parent de la Reyne et de mesme famille qu'elle, il se porteroit pour les intérêts de son Estât. Il manda par touttes les cathédrales du Royaulme , par ses lettres données à Fontainebleau, le 11" apvril suivant, qu'on en rendît action de grâces à Dieu. Le Te Deum en fut chanté à Chartres le 13 du mesme moys. Mais ceste joye fut courte, n'ayant siégé que vingt-sept jours, au bout desquels on receut nouvelles de sa mort. Camille Borghèse, romain, cardinal - prebstre du titre de Saint-Chrysogon, aagé de 53 ans, fut esleu en son lieu et print le nom de Paul V, le 16 may, et fut couronné le jour de Pentecoste 29 du mesme moys.

Ceste année fit veoir trois éclypses, deux de lune et une de soleil. Ceste dernière parut le 2 d'octobre, fort grande et espouvantable, sur l'une heure après midy. Cest astre étoit tellement obscurci qu'on ne voyoit presque goutte ; et ceux qui estoient malades, lors d'icelle, voire ceux qui estoient en pleine santé, eurent beaucoup à soufifrir.

Le 18 d'apvril 1606, décéda maistre Augustin le Prévost, doyen de Chartres, au lieu duquel le Chapitre esleut maistre Robert Bouete , qui luy avoit déjà succédé en Tarchidiaconé de Pinserais en la mesme église.

Le 6« d'octobre suivant, trespassa en son abbaye de Bonport, diocèse de Rouen, maistre PhiUppes des Portes, chartrain, aagé de 61 ans, grandement chéry des roys Henry III et IV pour son humeur doulce et complaisante. Il s'estoit, dès sa jeunesse, addonné à la poésie françoise, en laquelle il excella. Ceste estude n'empeschoit qu'il ne fust employé aux affaires de conséquence , veu que , tandis que M^ de Joyeuse posséda l'esprit du Roy Henry III , ce seigneur, qui l'affectionnoit, s'en servit en plusieurs occasions; après la mort

duquel il se retira de la Cour et composa sa versiou des An. 1606. Pseaulmes de David en vers françois, très -bien receue d'un chacun. Il fut pourveu de l'abbaye de Josaphat-lez-Chai-tres , dès Tan 1582, et d'une prébende dudict Chartres, le dernier jour de may 1583, qu'il garda jusques en 1595, qu'il la résigna à JeanTulloue, son nepveu. Il fut aussy abbé de Tyron, du Vaulx de Cemay et Bonport, et chanoine de la Sainte-Chapelle, et prieur de Vannes. Le roy Henry IV le fit son conseiller d'Estat et voulut luy commettre la direction de M' le Dauphin , depuis Roy de France, soubz le nom de Louis XIII , de laquelle grâce il remercia Sa Majesté, à cause des incommodités de son aage.

Décéda aussy à Paris R. P. M' Regneault de Beaulne, archevesque de Bourges, puis de Sens, abbé de Coulombs et Bonneval au diocèse de Chartres et grand aulmosnier de France, personnage des plus savants de son temps , et à la prudence duquel la France doibt beaucoup , pour l'avoir, s'il le fault ainsy dire, garantie du naufrage, lequel elle sembloit ne pouvoir éviter durant les divisions et désordres de la Ligue, par l'heureuse conversion du Roy, à laquelle il travailla beaucoup et en vint à bout, ayant par son sacre et onction appaisé toutes les tempestes qui tourmentoient le royaulme, comme Ton dict que l'huile jetée dans la mer calme tous ses orages.

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