CHAPITRE XIII
Quelques mouvements s'eslevèrent dans quelques salons de la part des princes contre le marquis d'Ancre, qui avoit espouzé Aliénor Galigay, sœur de lait de la Reyne, auquel ils s'imaginoient que ceste dame déféroit trop et à quelques autres. Le prince de Condé se retira à Chasteau-Raoul en Berry, le duc de Mayenne à Boissons, le duc de Nevers en Champagne et M. de Longueville à Amiens. M' de Vendosme estoit demeuré à Paris avec le duc de Bouillon. La Reyne fit arrester le premier dans sa chambre au Louvre ; et pour l'autre, ayant seu la détention dudict seigneur de Vendosme, s'enfuit de Paris à Sedan, craignant encourir mesme peine que luy. La Reyne estimant que ce fustun party formé, dépescha incontinent vers tous les gouverneurs des provinces, pour les advertir de ce qui se passoit et les exhorter à continuer au service du Roy et au maintien de l'Estat.
Le comte de Saint -Paul, gouverneur et lieutenant du Roy en rOrléanoiset pays Chartrain , vint aussitost à Chartres, le
(1) Il y a dans THistoire de Souchet deux lacunes : Tune, que nous avons déjà signalée , et qui devait comprendre le récit des cérémonies du sacre de Henri IV dans l'église de Chartres ; Tautre qui se trouve en cet endroit , et qui comprend , outre l'histoire des dernières années du règne de Henri IV, le récit de l'assassinat de ce prince et de la réception de son cœur dans la cathédrale lorsqu'il fut transporté à La Flèche. Cette lacune est considérable , car elle embrasse les années de 1607 à 1614 Au reste, ce sont là assurément des omissions volontaires, car dans le manuscrit original l'ordre des pages est régulièrement suivi.
1*' febvrier, qui donna ordre de faire la garde aux portes de An. 1614. la ville. On ne commença pourtant à la faire que le 18 dudict moys, pour ce que la Reyne, qui taschoit mettre à la raison ledict prince de Condé, ayant envoyé vers luy le duc de Ventadour, son beau-frère, pour le ramener en cour, on attendoit Tissue de sa négociation. Mais, ayant sceu que ledict seigneur prince étoit allé en Champagne trouver ledict duc de Nevers qui avoit assiégé Mézières, ville qui luy appartenoit sur la frontière de la mesme province, la Reyne commanda faire garde exacte partout. Et cependant , sur ce que d'Escurolles , lieutenant du marquis de la Vieuville, seigneur de Vérigny, tous deux du pays cbartrain , Tadvertit que le duc de Nevers vouloit le contraindre à luy rendre la citadelle; la Reyne y envoya les sieurs de Praslin et la Curée pour Ten empescher. Ce fut trop tard , pour ce que ledict seigneur estoit déjà dedans. Il escrivit de là à la Reyne les motifs de sa retraicte et le suject pour quoy il avoit désiré avoir laditte place.
Le 19 febvrier, le prince de Condé escrivit semblablement à Sa Majesté ce qui Tavoit meu et les autres princes s'absenter de la cour, et, sur la fin de sa lettre, la suppUoit accorder la convocation des Estats-Généraux du royaulme, pour réformer les désordres qui s*estoient glissés dans iceluy, depuis la mort du feu Roy, de différer les mariages du Roy avec l'Infante d'Espagne et de Madame avec le Roy dudict royaulme, et de faire revenir en cour Alexandre, chevalier de Vendosme, lequel estoit à Malte. La Reyne , voulant faire veoir la justice de son procédé, escripvit, le 28 du mesme moys, une lettre qu'elle joignit à celle du prince, et les fit pubUer ensemble, pour justifier la sincérité de ses actions.
Elle ne laissa de lever trois mille Suisses, pour envoyer en Champagne, et deux mille pour augmenter le régiment des gardes, afin de se tenir la plus forte. Et néantmoings pour tesmoigner qu'elle ne désiroit rien tant que la paix et rendre contents les uns et les autres, elle envoya le président de Thou à Sedan, où estoit le prince de Condé, pour le disposer de se trouver à Soissons , pour entrer en conférence avec les députés de Sa Majesté. Ce qu'aiant faict, il vint leur en donner advis.
Cependant messire de Vendosme s'évada du Louvre et se re-
An. 1614. tira en Bretagne, et deux jours après, qui estoit la veille de Pasques, le sieur de la Frette, avec le sieur de la Ventouse, son fils, arrivèrent à Chartres, et le II® dumoys d'avril suivant doublèrent les gardes des portes d'une escouade, qui estoit en faction vingt et quatre heures.
Durant ces entrefaictes , la Reyne fit la paix avec les princes , et, le 19 dndict moys, les nouvelles en furent apportées à Chartres. Ce nonobstant, ledict sieur de la Frette demanda , le 21 , les clefs de la ville aux habitants, disant les vouloir garder. Ce que luy ayant esté refusé par le lieutenant-général et les eschevins, il s'en alla trouver la Reyne, de laquelle il apporta lettres, le 25, pai' lesquelles elle enjoignoit aux habitants, nonobstant leur opposition et jusqu'à ce qu il en fust autrement ordonné , de bailler les clefs de leur ville audict seigneur.
Le 6 may, la gelée et les neiges furent fort grandes à Chartres.
Dès le 13 septembre 1610, la Reyne ayant eu dévotion d'orner le devant du Thrésaur des reliques de l'église matrice dudict lieu, avoitfait marché avec Toussaint de Saint-Jean, maistre menuisier, demeurant à Paris, pour faire le dôme, qui s'y veoit à présent, moyennant la somme d'onze cents livres tournois. Il fut seulement achevé de dorer le 17 mai, veille de Pentecoste.
Le dernier dudict moys. Sa Majesté escripvit aux officiers de la justice, eschevins et habitans de Chartres, que les occasions, pour lesquelles il leur avoit au précédent faict commandement de se tenir sur leurs gardes , estant cessées , l'effect en debvoit de mesme cesser. C'est pourquoy il avoit voulu les en advertir par sa lettre, afin de les libérer des peines et soings qu'ils prenoient â garder leur ville. Ensuite messire de la Frette leva les gardes le 3 de juin, et, deux jours après, messire de Longue ville vint audict Chartres, et le dimanche suivant, 8« dudict moys, y arriva un commissaire de la part de Sa Majesté, pour informer entre les mains de qui les clefs de la ville avoient accoustumé d'estre en temps de guerre , soit du gouverneur, soit du lieutenant -général, pour en rapporter au Conseil.
M' de Vendosme , quoyqu'il eust signé le traicté de Sainte- Menehou, ne laissa de surprendre Venues; ceste bluette estoit pour allumer un grand feu, qui commençoit déjà à prendre en Poitou, où le marquis de Bonnivet commettoit de grands excès. Pour Testeindre, le Roy partit le 5 juillet de Paris poui*
la Bretagne, où estant arrivé , mit le duc de Vendosme à la rai- An. 1G14. son et le réintégra en son gouvernement.
La Reyne, estant encores à Nantes, escrivit audict sieur de la Ventouse, le 23 d'aoust, qu'il eust à se trouver à Chartres, le 8 ou 10 du moys suivant, où elledebvoit passer en ce tempslà. Tout estant pacifié en ceste province, leurs Majestés reprindrent leur marche vers Paris. Pendant leur voyage, Ton fit des assemblées, pour députer aux Estats, qui avoient esté assignés à Sens, au 10 septembre, et depuis transférés à Paris, au 10 d'octobre suivant. Les sujets du Chapitre s'assemblèrent particulièrement le 29 de juillet, en la justice de Loên, pour députer. Les ecclésiastiques, le 8 daoust, se trouvèrent dans la grande salle de Tévesché; la noblesse à la Tour; et le Tiers-Estat . .
Le dimanche 17 d'aoust, M*" Philippes Hurault, évesque de Chartres, flst la dédicace de Téglise des Capuchins, qui devoit d'abord avoir lieu le sabmedy 16 dudict moys.
Sur la fin du mesme moys. Madame de Guise et le marquis d'Ancre se rendirent à Chartres , revenant de Bretaigne. Le jour de Nostre-Dame de septembre, M^de Mayenne, s'estant rencontré audict Chartres, y fit ses dévotions et s'en alla de la ville après disner.
Le jour précédant, sur le bruict qui couroit que le Roy debvoit passer et y faire son entrée , les habitans firent une monstre générale hors la porte des Espars , où tous les capitaines des quartiers se trouvèrent avec leurs hommes, entre Lucey et Nicochet, pour faire une reveue de tous ceux qui pourroient porter les armes; par l'imprudence de quelques-ungs, y eut un enfant de 5 ans tué et un autre blessé par l'oreille.
Le vendredy 12®, le Roy arriva à Chartres sur les quatre heures du soir et fut receu par tous les corps de la ville. Les habitans furent en armes au-devant et s'y trouva de bons soldats, qui furent estimés par Sa Majesté de quatre à cinq mille hommes. A l'entrée de la ville, messire François Chouaine, président et lieutenant-général, le harangua, et les eschevins le receurent soubs un dais de velours rouge cramoisy aux armes du Roy et de la ville (qui fut depuis donné aux Cordeliers pour le jour du Saint-Sacrement) et le conduisirent par la grande rue
An. 1014. de la porte des Espars, du Bœiif-Couronné et du Cheval-Blanc, en la cathédralle , devant la porte Royalle de laquelle il descendit de dessus une petite haquenée blanche. En entrant dans l'église , y fut receu par M' de Chartres revestu de ses habits pontificaux, et par les chanoines et habitués d'icelle, tous en chappes de soye, Torgue et le chœur chantant le Te Deum. Après ses prières faites, il se retira à Tévesché. La Reyne estoit arrivée dès les onze heures du matin , qui fut logée au mesme lieu. Le lendemain, fut faire ses dévolions et ouyr messe en la chapelle basse, et après disner fut jouer une partie au tripot de Régnier. Et ayant ouy parler d'une femme nommée la Maunie, qui jouoit fort bien à la paulme, il voulut avoir le plaisir de jouer avec elle, laquelle ayant prins un caleçon, gaigna Sa Majesté , en jouant seulement par soubs sa jambe. Le mesme jour, après vespres, M^ de Vendosme et autres seigneurs firent partie contre quelques jeunes hommes de la ville à la longue paulme dans le Marché-aux-Chevaux, que ces derniers gaignèrent en présence de Sa Majesté.
Le dimanche 14, le Roy partit de Chartres, sur les 7 heures, après avoir ouy la messe, pour s'en aller à Paris; et la Reynemère environ une heure après.
Le 16, le cardinal de Sourdis arriva à Chartres, allant aux Estats conune député du bailliage de Bordeaux, avec M' Antoine de Cons, nommé successeur de M' Jean du Chemin, son oncle, évesque de Condom , et n'en partirent que deux jours après pour Paiis.
Le Roy estant parvenu en son aage de majorité, dès le 27 septembre, fut au Parlement, dès le 2* d'octobre, où il fut déclaré majeur.
Le samedy 18 dudict moys, la châsse dans laquelle estoit contenu le corps de saint Cheron , laquelle depuis deux jours avoit esté trouvée entre deux murailles de la salle dudict Sainct- Cheron, assize en la rue de la Foulerie de Chartres, où elle avoit esté cachée dès les premiers troubles , fut reportée avec cérémonie et processionnellement en l'abbaye dudict Sainct- Cheron par les religieux d'icelle, accompagnés de ceux de Saint-Jean-en-Vallée du mesme ordre et des curés paroissiens dudict Sainct-Gheron et de Sainct- Barthélémy, dépendants de ladicle abbaye.
Tandis que les Estais se tenoient, fut ordonné un jeusne à An. 1615. Chartres, et procession générale, qui se fit aux Cordeliers, le dimanche dernier de novembre , pour prier Dieu d'inspirer les députés ausdicts Estats de faire chose agréable à Dieu et utile à son peuple. Ils furent achevés le 13 febvrier 1615, et les députés congédiés le 24 mars, avec beaucoup de belles promesses du Roy, qui sont demeurées sans effect.
Quelque temps après, la Reyne désirant effectuer le mariage du Roy avec Tlnfante d'Espagne et de Madame avec le Roy du mesme royaulme, se résolut à faire le voyage de Guyenne. Les princes, qui ne Vavoient agréable , se retirèrent de la Cour et s' estant abouchés à Soissons, reprindrent les armes, pensant l'empescher. Le Roy ne laissa de partir de Paris, le 17 d'aoust, avec la Reyne, sa mère, et Madame sa sœur, et un grand appareil, tant pour faire veoir sa grandeur que pour se défendre en cas qu'il fust besoing. Il escrivit cependant à Chartres, dès le 30 juillet , que, sur l'occasion du refus qu'avoict faict le prince de Condé, assisté des ducs de Longueville et de Mayenne, du comte de Saint-Paul et mareschal de Bouillon, de l'assister en son voyage de Guyenne , ce qui luy auroit donné suject d'entrer en défiance de leurs intentions, les habitans eussent à faire bonne et exacte garde aux portes de leur ville. Il en escrivit autant au sieur de la Frette, qui arriva à Chartres le vendredy 21 d'aoust, et dès le mesme jour assit la garde, laquelle fut faite fort soigneusement.
Le Roy, ayant entreprins son voyage, avoit M"" de Guise qui le suivoit avec une grosse armée : qui donna de l'espouvante à certains factieux de Poitou , qui prétendoient arrester Sa Majesté et l'empescher de passer, lesquels se dissipèrent tout à coup, sans savoir ce qu'ils estoient devenus. Le Roy estant arrivé à Bordeaux, le 7 d'octobre, le cardinal de Sourdys, archevesque du lieu, fit les fiançailles, le 17 du mesme, et, le 21 , Madame partit pour l'Espagne, où elle arriva le 9 de novembre, comme aussi le mesme jour, Vlnfante d'Espagne arriva en France et se rendit à Bordeaux le 21 , où le 25 elle fut espouzée par ledict cardinal de Sourdys; nostré prélat, M' Philippes Hurault, y estoit présent.
Durant que cela se passoit en Guyenne, les princes faisoient la guerre à outrance en Picardie, Champagne, Berry, Poictou,
An. 1616. Gascongne. Le pays Chartrain ne fut exempt de leurs courses et ravages. Le sieur de Renoir, fils du marquis de Souvré y passa tout au travers avec un régiment de mille hommes, lequel s' estant présenté devant Patay en Beaulse, appartenant à messire de Longueville, et les portes lui ayant esté refusées, le força et pilla. Le sieur de la Louppe, avec ses trouppes, courut le Mayne , sans déclarer quel party il tenoit. Le duc de Vendosme qui estoit au Vendosmois, print lesdittes trouppes, qui se montoient à environ trois mille hommes, lesquelles, joinctes à cinq ou six cents chevaux que lui avoit envoyés le marquis de Carmars, il se déclara du party des princes et fut trouver le prince de Condé, qui estoit en Berry.
Le Roy, sa mère et sa nouvelle espouzée vindrent cependant i. Poitiers, où le duc de Nevers les vint trouver avec l'ambassadeur d'Angleterre, pour chercher quelque expédient pour la paix et mettre fin à ces troubles. Trefves furent accordées de part et d'autre, le 23 janvier 1616, par lesquelles Sa Majesté, estant à Chastellerault, déclara que, voulant embrasser tous moyens convenables pour mettre son royaulme en repos et faciliter la tenue de la conférence qui se debvoit faire à cette fin , il ordonnoit qu'il y auroit suspension d'armes et de toutes actions mihtaires par tout son royaulme, pays et terres de son obéissance, à commencer du jour de la publication de la présente ordonnance, jusques au 1" jour de mars prochain; pendant lequel temps ne pourroit estre prins aucuns prisonniers de guerre, ni faict aucune entreprinse de part ny d'autre, mandant à ceste fin à tous gouveraeurs, lieutenants-généraux, capitaines, chefs et conducteurs desdicts gens de guerre et à tous ses autres justiciers, ofiiciers et sujects qu'il appartiendra , de faire publier la présente ordonnance et icelle faire entretenir et observer et réparer toutes contraventions qui pourroient estre faictes.
Tandis la paix fut résolue à Loudun, où les députés, tant du Roy que des princes , s'esfoient assemblés , et fui signée à Blois par Sa Majesté, au moys de may, le 9 duquel elle fut publiée à Chartres, et les gardes levées après-midy par le sieur de la Frette , gouverneur. Toutes choses estant pacifiées et les troupes retirées, il sembloit que la France deubt jouir d'un profond repos, quand tout à coup elle se veid troublée par la prinse di^
prince de Condé. Il avoit eu bien de la peine à venir en Cour, An. 1617. où s'estant rendu à la semonce du Roy, sur quelque bruit arrivé en Picardie et des advis qu'eut Sa Majesté qu'on avoit entreprins sur sa personne et de laReyne, sa mère, auquel party on vouloit attirer ledict prince; le Roy s'asseura de lui et le fit arrester au Louvre, le J®'de septembre, parle sieur de Themines. Dès le lendemain , il donna advis aux eschevins de Chartres de cette détention, leur enjoignant de se tenir sur leurs gardes. Les princes, espouvantés de l'arrest du prince de Condé, s'absentèrent de laCoui* et se retirèrent chacun où il peult. Le Roy, pour les faire retourner, fit une déclaration , publiée au Parlement, le 6 ou 7 de septembre, par laquelle il leur enjoignit de revenir et se rendre près de lui dans quinzaine, à faulte de quoy il les déclaroit criminels de lèze-majesté, et au bout de la huictaine, fut publié par les carrefours de Paris, que tous gentilhommes et autres, dp quoique qualité et condition qu'ils fussent, qui estoient à la suitte du prince de Condé, ducs de • Vendosme , de Mayenne et Bouillon , eussent à vuider de Paris dans vingt-quatre heures, à peine de la vie. Les princes, picqués de ceste déclaration et de ce que le prince de Condé avoit esté transporté du Louvre à la Bastille , soubs la garde du sieur de Themines, créé de nouveau mareschal de France, en demandèrent l'explication au Roy, protestant tous de la sincérité de leurs intentions et de vouloir vivre et mourir pour son service, ce qu'ils ne firent, d'autant qu'ayant obtenu de Sa Majesté ce qu'ils demandoient, pas un d'eux ne revint en Cour, ains se retirèrent en leurs gouvernements ; et sur le commencement de l'année 1617, ils armèrent puissamment en Champagne, où ils firent venir des reistres avec quantité d'autres trouppes, lesquelles, vers le 18 ou 20 febvrier, coururent le Perche, le Thimerais, le May ne et les lisières de Normandie.
Ceste équippée des princes offensa fort le Roy, qui les déclara tous et avec eux le mareschal de Bouillon, le marquis de Coêmes et le Président leJay, criminels de lèze-majesté, confisqua leurs biens et les réunit à son domaine, à faculté d'obéir. Le prétexte de leur retraicte estoit l'espouvantable grandeur de Conchini , que la Reyne avoit tellement élevé aux biens et honneurs, qu'il vouloit aller non-seulement de pair ^vec les princes , mais les gouimander et trancher de l'absolu
An. 1617. enVEstat, comme s'il en eust esté le maître. Ce faste Tavoit rendu odieux aux petits et aux grands , qui ne pouvoient le veoir qu'à contrecœur tenir le haut du pavé et tyrannizer la France d'une façon extraordinaire. Le Roy mesme ne Taimoit pas , ne pouvant gouster ceste sotte humeur qui abusoit des grâces de Leurs Majestés. Ceste aversion le fit résouldre à s'asseurer de sa personne, pour se donner quelque satisfaction et contenter les princes qui demandoient son reculement. Ce qu ayant voulu faire, comme il enlroit dans le Louvre, et lui s'estant mis en estât de se défendre, fut tué de trois coups de pistolet par ceux qui assistoient le sieur de Vitry, le 14 d'apvril. La nouvelle de sa mort ne fut plustôt divulguée, que les princes mirent les armes bas et s'en vindrent trouver le Roy à Paris, le 5® may, jour de TAscension.
Dès le jour précédent, la Reyne-mère, outrée de ce coup, qui redondoit sur elle , demanda congé au Roy de se retirer de la Cour. Il lui permit volontiers et lui assigna Blois, pour s'aller divertir et passer une partie de sou ennui. Mais, tant s'en faut que le lieu et le temps adoucissent le desplaisir qu elle avoit receu en la perte de ce marquis, sa créature, qu'elle en receut un plus sensible , quand elle sceust l'arrest donné contre la mémoire du défunt et l'exécution de sa femme, décapitée en Grève à Paris, puis bruslée et ses cendres jettées dans la Seine, le 8 juillet; leur fils unique, déclaré décheu de noblesse et incapable de tenir offices et dignités en ce royaulme; M' Sébastien Galigaï, frère de la marquise, pourveu de l'archevesché de Tours, de Tabbayede Mairemoustier et d'autres bénéfices , privé de tous et réduit à une simple pension sur Nontonville-en- Beaulse, ferme dépendant de ceste abbaye, dans ce diocèse, où il a finy ses jours, en personne privée, avec beaucoup de patience et constance, et y a esté inhiuné sans pompe ni éloge.
Durant que cela se passoit, mourut à Chartres M' Charles de Bourgneuf, évesque de Nantes, le 16 de juin, retournant de Paris, pour s'en aller en Bretagne. Par son testament, il voulut être inhumé en l'église de Sain t-Père-en- Vallée, près Fulbert, autrefois évesque de Chartres , et autres bons évesques bretons. Son corps fut porté , premièrement en la cathédrale de Chartres, où le Chapitre lui rendit toute l'assistance deue à sa dignité , et, après un service fort solennel qu'on y fit pour le repos de son
âme, le conduisit eu laditte église de Saint-Père, où il est en- An. 1618. core conune en dépost sans estre enterré.
Au moys d'octobre , fut veue à Chartres , à Tentour du soleil, une couronne fort grande qui demeura un long temps sans se résouldre ou disparoir.
Sur la fin de Tannée, le Roy assembla des notables à Rouen, pour revoir les cahiers présentés par les Estats, et leur assigna le 25 de novembre. Sa Majesté s'y transporta pour en faire Touverture, qui fut le 4 décembre, et y ayant laissé Monsieur, pour y présider, s'en revint à Paris, sur le commencement de Tannée 1618. Il y fut bientost suivy des députés des provinces, pour achever ce qu'ils a voient commencé à Rouen. Le fruict n'en fut pas grand, les affaires du Roy ne le permettant pas.
Environ ce temps, le président de Cusse, premier président au Parlement de Bretagne, vint à Chartres pour avoir le corps du feu évesque de Nantes, son frère, qui repose à Saint-Père et le faire transporter au sépulchre commun de leur famille. Il avoit lettres de M' de Chartres , qui estoit aussy abbé dudict lieu, par lesquelles il permettoit Tenlèvement d'iceluy. Les religieux refusèrent absolument de le bailler, ne jugeant raisonnable de frustrer les dernières intentions du défunct, qu'ayant choisi leur église pour y avoir son tombeau , ils ne debvoient consentir que ses ossements fussent traduits ailleurs , de manière qu'ils sont demeurés en leur possession.
Le 3 d'apvril suivant, les Minimes furent receus à Chartres par acte de la Chambre de ville, dudict jour, et leur fut permis par le Chapitre de Chartres de bastir une église pour célébrer leur service, et de faire un couvent, soit en la ville, soit es faubourgs, en lieu non préjudiciable, ni incommode aux habitants, qui leur seroit désigné par Tadvis commun du procureur du Roy, eschevins et gouverneurs de laditte ville et des religieux , autre qu'en celuy qui leur avoit esté donné par maistre Ives le Breton, chanoine de Chartres et prieur du Grand- Beaulieu, au bout du pont qui va de la porte Guillaume à Saint- Barthélémy, et outre à la charge que lesdits religieux ne pourroient quester ny mendier, faire aucuns acquêts, ny accepter legs ou donations entre vifs, ou par mort, d'héritages et biens immeubles, sinon à la charge et condition de s'en défaire et
An. 1619. vuider les mains dans Tan et les vendre, pour les deniers en provenants estre employés, pour leur nourriture ou autres affaires particulières de leur couvent, en ce non comprins les lieux qui leur seront nécessaires pour le bastiment, closture, jardinages et autres commodités de leur église et maison. Et au cas que les rentes qui leur avoient été assignées par ledit sieur le Breton sur la terre de Gourtemanche au pays du Mayne , et ailleurs, pour partie de leur fondation, vinssent à estre racheptées ou amorties, de Targent qui en proviendroit, ils en pourroient acquérir d'autres de pareille valeur et somme, à condition aussy de le faire avoir agréable à leurs supérieurs, comme tout ce que dessus, et d'en consentir arrest.
Le 28 novembre, apparut une comète horrible tirant du septentrion au midi, laquelle estoit chevelue et avoit une fort longue queue en forme de lance fumant par le bout; qui fut comme le pronostic de tous les maux qui sont arrivés du depuis.
Le Roy, ayaut eu ad vis que quelques-uns taschoient de préoccuper l'esprit de lareyne, sa mère, pour la faire entrer en doubte de sa bonne volonté envers elle, avoit envoyé quelques compagnies de Suisses à Blois, pour garde qu'il ne se passast rien contre son service, et manda à Chartres qu'on fist bonne garde et principalement au guet, à cause que nuictamment on oyoit passer quantité de gens à cheval, et en mesme temps commanda le sieur deRoissy, conseiller d' Estât, de se transporter près ladicte dame pour luy servir de conseil et l'assister en ses affaires.
Le sieur d'Espemon, qui taschoit se venger de quelquesuns, représenta à ceste dame que le Roy avoit envoyé ce personnage près de Sa Majesté, pour esclairer ses actions et l'advertir de tout ce qu'elle feroit ou diroit; que la liberté qu'elle pensoit avoir luy estoit une honneste prison, qu'elle estoit pour y demeurer longtemps, si de bonne heure elle ne pensoit à s'en tirer, qu'elle avoit assés d'amys pour l'assister en son évasion et la protéger, quand elle seroit en lieu d'asseurance, qu'il ne restoit qu'à se résouldre à l'exécution, qui luy seroit facile, pourveu qu'elle voulust s'ayder. S'estant laissée persuader, elle monta en carrosse, sur la fin de janvier, comme si elle eust voulu aller se promener, et estant
allée en Tuu des faubourgs delà ville de Blois, elle y trouva An. ICIO. bien trois cens chevaux qui la conduisirent à Loches. La reyne estant, ce luy sembloit, en lieu d'asseurance, escripvit au Roy les motifs et raisons, qui Tavoient meue à sortir de Blois, le priant de trouver bon qu'elle se retirast à Angoulesme, d'où elle pourroit plus librement luy escripre. Sa Majesté receut ses lettres à Saint-Germain-en-Laye le 23 febvrier, desquelles s'eslant grandement picqué contre le duc d'Espernon, autheur de cette escapade, envoya en mesme temps commissions de touttes parts pour lever de la gendarmerie , pour envoyer en Poictou et Limosin contre le duc , qui armoit de son costé ; et s en estant, dès le mesme jour, retourné à Paris, escrivit le lendemain aux eschevins de Chartres, qu'ils eussent à y mettre tel ordre pour la seureté de la ville, qu elle ne peust estre surprise.
Cependant il envoya le sieur de Béthune, conseiller d'Estat et homme d'esprit, vers sa mère , pour lui faire veoir le tort qu'elle se faisoit de s'estre ainsy retirée de Bloys, où elle eust peu vivre avec contentement, ou bien prendre telle autre maison qui luy eust aggréé, soit du Roy, soit des siennes, pour y demeurer et estre visitée de Sa Majesté, qui n'avoit autre intention, que luy donner toute la satisfaction qu elle eust peu souhaitter. Il y fit quelque chose, mais non ce qu'il eust bien voulu et s'en retourna vers le Roy.
Pendant ce voyage, le bled es toit fort cher à Chartres. Arriva que le mercredy de la sepmaine saincte im petit enfant de sept à huict ans, retournant de Tescholle au village de Champhol, demanda du pain à son père pour désjeimer. Cest homme n'en ayant point, print un cousteau et couppa la gorge à cest enfant et s'en alla jetter dans la marre du village pour se noyer. Dequoy, ayant esté empesché par les voisins, il fut amené prisonnier, premièrement es prisons de l'évesché, puis à celles de Saint-Père, où le lendemain on le trouva mort.
Sur le commencement de may, le Roy partit pour Tours, et estant à Orléans , escripvit, le 15 du courant, à ceux de Chartres, qu'il leur envoyoit le sieur de HaUot de Lestourville, pour les advertir d'une entreprinse qu'il y avoit sur leur ville, afin qu'ils prinssent garde à leur seureté et missent ordre, qu'ils n'en peussent recepvoir desplaisir. Il escripvit sembla-
An. 1619. blement au sieur de la Frette, gouverneur, de s y rendre, le plus promptement que faire se pourroit, afin que, selon le deub de sa charge etafifection, ilveillast à la conservation et seureté de la place. Ledict sieur de la Frette s'y rendit aussitost, fit renforcer les gardes et y mit tel ordre qu'il n*y eust rien à craindre. Gela ne dura longtemps, veu que la reyne s'estaut i-éconciliée avec Sa Majesté, il escripvit de Tours, le 29 du mesme moys, qu'incontinent les siennes receues on eust à lever les gardes, ce qui fut faict, au grand contentement d'un chacun.
Il ne restoit plus qu'à résouldre la Reyne mère à venir trouver le Roy, qui l'attendoit audict Tours. Le prince •Maurice, cardinal de Savoy e, etAmédée, son frère, qui es toient venus en France pour le mariage de ce dernier avec madame Christine, sœur du Roy, qu'il avoit espouzée durant les jours-gras, la furent trouver à Engoulesme, pour luy persuader son retour en Cour, n'attendant plus qu'à veoir les affections de Leurs Majestés bien réunies pour s'en retourner contents et satisfaicts chez eux, ce qu'ils ne pourroient faire si le malentendu qui estoit entre eux continuoit davantage, sachant asseurément que le Roy avoit trop de tendresse pour elle, pour ne luy rendre les debvoirs ausquels la nature Tobligeoit envers elle, et qu'elle ne debvoit suivre le conseil de quelques brouillons qui, soubz prétexte de la servir, vouloient advancer leurs affaires aux dépens de celles de TEstat et de son honneur. Ils n'eurent assez de persuasion pour la première visite; à la seconde, elle se laissa vaincre et se mit en chemin pour s'en aller à Tours, où le Roy l'attendoit. Après leur entrevue, la reyne désira se retirer à Angers, que le Roy luy accorda, pour y faire sa demeure, et luy, print le chemin de Paris. Il passa par Chartres, le 26 septembre, avec la reyne, son espouze, à laquelle il voulut qu'on fist entrée, connne on avoit faict à la Reyne, sa mère, et promit aux chanoines de la cathédrale leur donner cinquante grands minots de sel, pour faire la feste de saint Louis, solemnelle en ladite église, suivant le bref que Sa Majesté en avoit obtenu du Pape Paul V, le 5 juillet de l'an 1618, et l'obit de feu Henry le Grand, son père, de glorieuse mémoire, ce qu'il fit du depuis.
Ayant sceu que la peste estoit à Paris, il ne voulut y aller, ains print sa marche par Pon toise, pour aller à Compiègne,
d'où, le 17 d'octobre, il renvoya à Chartres le sieur de Luines, An. 1620. pour rendre grâces à Dieu et à sa saincte mère de ce que les affaires d'entre luy et la reyne s estoient passées si doulcement. Durant l'esté, il parut en Normandie et sur les confins de ce diocèse de Chartres, certains oiseaux, non encores veus, d'une couleur grisastre et de la grosseur d'un merle, qui avoient de gros becs, et estoient en telle abondance, que volant en trouppe, ils desrobèrent la lumière du soleil; ils gastèrent tous les fruits, qu'ils infectèrent de telle sorte, que tous ceux qui en mangèrent moururent, comme firent aussy ceux qui mangèrent desdicts oiseaux, sans qu'on peust y apporter remède.
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