CHAPITRE XIV
Permission de bastir une chapelle à Villarceaux en la jmroisse de Voves. Déceds de 3r Huraulty évesque de Chartres. Nomination d^offlciers en l'ofjicialité de Chartres, grands-vicaires et autres officiers, le siège épiscopal vacant. Nomination à Vévesché de Chartres, faict par Sa Majesté , de la personne de messire Léonor d^Etampes. Son sacre et sa première entrée à Chartres. Guerre des Huguenots. Mort du sieur de la Frette, gouverneur de Chartres. Fondation de la lampe d'or. Paris faict archevesché. Papes. Ornements de Louis XIII, Peste à Chartres, if d'Aligre fait chancelier.
ENVIRON le moys de mars 1620, M' de Nemours, duc de Chartres, escripvit à la ville d'admettre les Barnabites, autrement clercs de Saint -Paul, pour la direction du collège et instruction des enfans d*icelle ; ce qui n'ayant esté jugé à propos, il en fut remercié.
An. 1620. Le jeudy 19 mars, Monsieur, frère du Roy, fit présent à l'église de Chartres d*un chandelier de cristal taillé, à cinq branches, gerbées d'or, pendant à un lac de soye rouge et d'or, qui fut mis dans le thrésaur des reliques. On fit aussy le mesme moys un jubilé audict Chartres; et au moys d*apvril suivant, se descouvrit une fontaine, près le bourg de Saint-Clair, en un lieu appelé la Hacquinière, à costé gauche du chemin de Chartres à Paris , Teau de laquelle est souveraine contre la pierre et la gravelle.
Le 29 du mesme moys, le Chapitre de Chartres permit à messire Anne Mangot, garde des sceaux de France, de bastir une chapelle en sa maison de Villarceaux, paroisse de Voves, dépendant dudict Chapitre, pour luy et sa famille, à la charge que le prebstre qui la desserviroit, seroit approuvé par iceluy Chapitre et ne pourroit que y dire la messe seulement, sans aucune administration de sacrement, ny pouvoir y faire aucun office curial, et que tant ledict seigneur que sa famille adsisteroient aux festes solemnelles en leurdicte paroisse de Voves.
Dès Tannée passée, messire Philippes Hurault, évesque de Chartres et grand-aulmosnier de la reyne mère, avoit esté commandé par Sa Majesté de se rendre en son diocèse, pour y faire sa charge : il estoit venu en intention d*y résider tout à faict et d'y vivre avec son Chapitre avec plus d'union, qu'il n'avoit faict par le passé. Sur la fin dudict moys d'apvril, s'en estant allé rendre visite au comte de Chiverny, son fière, demeurant audict lieu dans le Blésois, ainsi qu'il se promenoit après soupper dans une galleriedu chasteau, le 27 may, vigile de l'Ascension, il fut surprins d'un estourdissement, qui l'obUgea s'approcher d'une fenestre, sur laquelle s' estant appuyé, il fut saisi d'une apoplexie de laquelle il mourut sur le lieu. Il estoit d'une constitution fort pleine et grasse, laquelle, avec le desplaisir qu'il avoit de se veoir reculé de la Cour, où il avoit tousjours esté nourri, et réduit à faire une charge, qu'il n'aimoit guères, l'avoient disposé à ceste maladie. Les derniers honneurs luy furent rendus par sondict frère, qui le fit enterrer en l'égUse dudict Chiverny, près M' le chancelier leur père.
Les nouvelles de son déceds, ayant esté apportées à Chartres, dès le vendi^edy 29 suivant , le Chapitre, usant de son droict, déclara la régale ouverte. Et au mesme temps commit messire
Fleury d'Aubermoiit, chantre; Claude Robert, soubz-doyen, An. IGIO. Jean Amelotte, archidiacre de Bloys, avec Florent le Noir, chanoine, pour faire iipporter le sceau au lieu épiscopal. Ils en furent empeschés par le président Simon, qui a^noit succédé en la charge à messire Chouaine, son beau-père, et le procureur du Roy, contre lesquels ils protestèrent se pourvoir, etnéantmoings ne laissèrent-ils commettre de rechef ledict soubz-doyen, Thomas Thoret et Jean touvin, qui firent apposer le sceau du chapitre avec celuy du Roy par leur premier huissier. Et dès le samedy 30, pourveut aux officiers pour la direction du diocèse, le siège vacant : messires Robert Bouete, doyen ; Claude Grenet, archidiacre dePinserais, et Florent le Noir, chanoine officiai du Chapitre, furent créés grands vicaires; M' Hiérosme le Beau, chancelier de Téglise , continué officiai et ledict le Noir son vicegérant : ce que furent pareillement messires Jacques Mulot et Hiérosme Loyseau en leurs charges de secrétaire et de greffier civil ; le greffe criminel de Tofficialitô fut donné aux notaires et secrétaires du chapitre : Messire Nicolas Janvier, chanoine préceptorial , fut institué promoteur avec messire Laurent Martin, advocat à Chartres, et messire Florent Matthieu, conunis pour la garde du sceau de Tévesché ; messires Robert Bouete, Renard, le Bel et Janvier, pour pénitenciers, et Jacques Boc* quillon , continué geôlier.
Le Roy nomma à iceluy messire Léonor d'Estampes, de la maison de Valencey-en-Berry, parent de par sa mère du deffunct évesque, qui en donna incontinent ad vis au Chapitre, qui l'envoya complimenter le 1*' juin par messires les doyen, chantre et le Bel.
Les Carméhtes qui, dès le 15 d'apvril 1619, avoient esté admises par la ville, furent receues le 14 ou 15 dudict moys et installées en leur maison au bas du tertre de TEtappe-du-Vin par les grands-vicaires, le siège vacant.
Vers le mesme temps, quelques princes et seigneurs s*estaiit armés pour la liberté de la j*ey ne-mère, Sa Majesté envoya, dès le 2* de juillet, le sieur de la Frette en son gouvernement de Chartres, où il posa les gardes, et, comme en un péril, il fault tousjours courir au plus proche, le Roy, contre l'advis de plusieurs de son conseil, alla en Normandie, où, à son arrivée, toutes les tempestes se calmèrent, et chacun fit joug à son com-
An, 1620. mandement. Ayant donné ordre à ceste province, ilpriutsa marche, pour s'en aller au Perche et au Mayne, où la noblesse rebelle avoit son rendez-vous, et passant par Dreux la remit à son obéissance, et Verneuil luy envoya ses clefs. La Ferté-Bernard et Yendosme firent le mesme. Le Mans et la Flèche jeliurent, où ayant faict reposer son armée, il fut attaquer le Pontde-Gé, qui luy fut rendu. Messire Philippes Hurault, sieur de» Marais, fils d'un premier lict de madame de Rosny-Vaucelas, y fut blessé à mort et y estant décédé, fut apporté au Val-de- Saint-Germain, où il fut enterré de force dans Téglise, ayant de son vivant tousjours fait profession de la religion prétendue réformée : cela fit im grand bruict et l'église fut déclarée pollue et interdite par lesdits grands-vicaires, jusques à ce qu*aiant eu preuves par témoings qu'il estoit décédé en la communion de l'église catholique, on leva l'interdict et on y laissa ledict corps.
Le Roy estant demeui'é maistre duPont-de-Cé, il fut conseillé d'aller à Angei-s, ce qu'il refusa faire pour le respect de sa mère, laquelle il feit gouverner soubs main et s'accorda avec elle le 10 d'aoust, et signa les articles qui luy furent envoyés par Sa Majesté. Ils se veirent à Brissac, où toutles choses fui'ent accommodées, tant pour elle que ceux qui avoient suivi son party. La joie fut augmentée par la conversion du marquis de Rosny à la religion catholique, dont il fit profession, le jour de la Nostre-Dame d'aoust , combien que ce changement ne fust guères agi'éable à son père , l'im des plus avant dans le party des sectaires.
De là le Roy s'en alla à Poictiei-s, puis à Bordeaux et de là en Béarn, où il restablit la religion catholique et fit dire messe dedans Pau, cinquante ans après qu'elle en avoit esté bannie par la reyne Jeanne d'Albret, son aïeule. Les huguenots des autres pays de l'obéissance du Roy, croyant qu'on en vouloitàla cause, s'assemblèrent à la Rochelle etàMilhaud, nonobstant les défenses de Sa Majesté, où ils résolurent se •défendre, au cas qu'on les voulust attaquer.
Gela remarqué, comme en passant, il fault venir revoir nostre pays, où messire d'Estampes, nommé à l'évesché de Ghartres, estant sur le point de se faire sacrer, en donna advis au Ghapitre, afin de députer quelqu'un de leur corps, pour s'y trouver à la ^cérémonie. Le jour fut prins le second dimanche des Advents,
le 13 de décembre, en l'église des Carmes Deschaussés du fau- An. 1620. bourg Saint-Germain-des-Prez à Paris. Le Chapitre y députa les sieurs d'Aubermont, chantre, et Dutronchay, ancien chanoine, et avec ceux qui vouldroient y aller. La consécration fut faicte par messire Henry de Gondy, cardinal de Retz, évesque de Paris, assisté de messires François Péricard, évesque d'Avranches, et Jacques Camus , évesque de Séez, autrefois chanoine de Chartres.
Le lundy 21® dudict moys, il fit sçavoir au Chapitre, à Fissue de matines, que son dessein estoit de prendre possession de son évesché, le lendemain, et cependant en fit prendre possession par messire Pierre Quedarme, chanoine de Chartres, qu'il avoit créé son grand-vicaire et procureur, pour clore la régale. Messire Jean Girardot, que ledict seigneur avoit aussi nommé pour grand- vicaire, ayant faict sçavoir en la chambre des comptes de l'église, que les eschevins et corps de ville en avoient député d'entre eux, pour aller complimenter iceluy seigneur à la descente de son carrosse et l'assister le lendemain à sa prinse de possession , le Chapitre voulant luy rendre les mesmes civilités, commit messires Jacques de Havard, soubzchantre; Claude Grenet, archidiacre de Pinserais; Guillaume le Houic, archidiacre de Vendosme; Gilbert Laurut, Noèl Tulloue et Estienne Robert, chanoines, pour luy aller présenter le pain et le vin du Chapitre, avec les prières de l'égUse , ainsi qu'il est accoustumé. Ils se rendirent le lendemain, avec les officiers du Chapitre, sur les quatre heures et demie, à la Courtille, lieu appartenant au président Simon, où ils ne furent guères que ledict seigneur n arrivast. Dès l'entrée, ledict sieur de Havard le harangua, et après s'estre retiré, ledict seigneur alla aux flambeaux faire ses prières à Saint- Martin-au-Val, et n'ayant trouvé heu où se retirer, ainsi qu'il estoit anciennement observé, s'en revint coucher audict lieu de la Courtille.
lie lendemain, dès le grand matin il retourna audict Saint- Martin, pour y dire la messe et y attendre les députés du Chapitre, qui ne mirent guères à s'y trouver. Sur les sept heures , messire Robert Bouête , doyen ; Fleury d'Auber mont, chantre; Louis Chicoineau, archidiacre de Dunois; Jean Robert, soubz-doyen; Florent Matthieu, Florent le Noir,
An. 1620. Eloy Jourdain et Damieii du Tronchay, chanoines, commis pour recepvoir de luy le serment accoustumé esire faict par les nouveaux prélats à leur advénement, estant arrivés en ladicte église avec les huissiers du tour, porte-masses, notaires et secrétaires, Tun portant le livre des Evangiles, l'autre des Serments, et les huissiers et soubz- huissiers avec celuy des Fiefs, trouvèrent ledict seigneur, assis dans un fauteiiil violet, au coing du grand autel, du costé de TEpistre, revestu d'une sottanne aussy violette, avec son rochet et un camail par-dessus, assisté de ses domestiques et de quelque noblesse , bourgeois et autres, tant de ses officiers que de ceux dudict Saint-Martin. Ledict sieur doyen luy ayant exposé le sujet de leur venue, le soubz-doyen présenta le livre des Serments audict seigneiu-, auquel ayant mis son étoile sur le col, tenant la main droicte sur le pis et la gauche sur le livre des Evangiles , presta ledict serment. Lesdicts sieurs du Chapitre, s en estant retournés en pareil ordre qu'ils estoient venus, ledict seigneur sortit de ladicte égUse Saint-Martin, pour faire l'appel des barons et seigneui*s, qui le debvoient porter à son nouvel advénement, pas un desquels n'estant comparu, furent mis en défault; et ce faict fut conduit processionnellement par lesdicts religieux de Saint-Martin et leur curé de Saint-Brice, jusques dans le corps de garde de la porte Saint-Michel , où ils le laissèrent, pour se revestir.
Tandis le clergé de la ville et banlieue (fors et excepté le Chapitre) partit de l'église cathédralle, où il s'estoit assemblé, revestu de pluviaux ou chappes de soye, et fut conduict jusques à ladicte porte de Saint-Michel par ledict sieur de Girardot, qui fit une harangue en peu de mots audict seigneur, qu'il trouva revestu de ses habits épiscopaux, dans ledict corps de garde, d'où ils s'en allèrent tous processionnellement, frère Denys le Sage, religieux de Saint-Jean-en-Vallée, portant la crosse devant ledict prélat, au lieu de son abbé auquel ceste prérogative appartient, jusques à la Tour ou Palais Royal, devant lequel ladicte procession s'arresta, et cependant ledict seigneur monta dans la chapelle de Saint-Blanchard, où il fit le serment ordinaire d'estre faict aux ducs de Chartres, et vint reprendre son dict clergé, avec lequel il fut jusques au-devant la Porte-Royale de l'égUse, qu'il trouva fermée, et ayant réitéré
le sennent entre les mains desdicts commis, qui estoient tous An. 1621. revestus de chappes de drap d*or, le chantre donna de sou baston contre ladicte porte, qui fut ouverte. A rentrée de laquelle ledict seigneur trouva les chanoines et habitués de Téglise, tous en chappes de soye, et le doyen Tayant aspergé d'eau bénite, Torgue commença le Te Deum qui fut poursui\^ alternativement par les chantres, et fut mené dans le chœur, où «stant entré, il print sa place en la première chaire proche le doyen, sans qu aucun Tinstallast, Farchidiacre de Sens, auquel ce droict appartenoit ne s*y estant trouvé pour le faire, et ayant demeuré en icelle chaire, jusques au verset per singuloSy s'en alla en la grande de pierre, en laquelle les évesques ont accoustumé se seoir ofiBciant pontificalement, et y estant demeuré juques à la fin de Thymne , y donna la bénédiction au peuple et passa en une autre petite chaire de pierre, qui est proche Tautel, où s'estant assis, ledict sieur doyen Tharangua en latin, auquel ledict seigneur ayant respondu en mesmes termes, s'en alla devestir, pour se retirer en son hostel épiscopal. Les jours suivants, il traicta son Chapitre, mais non tous ensemble, comme on avoit accoustumé, ains à diverses fois, ainsy qu'il le jugea à propos.
L'année suivante 1621 , les Huguenots ayant levé le masque et s'estant rebellés, le Roy fut obligé de marcher contre eux, non-seulement en Poictou, mais encores en Guyenne, Vivarès, Languedoc et Quercy. Je n'en parlerois point, n'estoit que quelques seigneurs et gentilshommes de ce pays Chai-train y ont eu quelque part.
Le sieur de Lestourville, gentilhonune beaulseron, demeurant dans ce diocèse, estoit gouverneur de Caumont, place forte au-dessus de Marmande sur la rivière de la Garonne, appartenant au comte de Saint -Paul. Le marquis de la Force avoit dessein dessus et pour en venir à chef, il partit, le 21 juin, de Castelgeloux , avec un nommé Lentillac, autrefois capitaine des gardes de son père , qui estoit le conducteur de l'enlreprinse. Ils attaquèrent la ville, qui fut bravement défendue et non-obstant emportée. Le chasteau tenoit cependant, pour lequel avoir ils pensoient fourber ledict Lestourville, l'ayant faici prier d'un baptosme, duquel sVstant desrobbé finement, il se retira dans ledict chasteau. 11 n'y fut
An. 1621. plustost rentré qu'il ouït le bruit d'une émeute dans la ville et veid plusieurs catholiques qui accouroient pour se sauver au chasteau dans lequel il les récent. Le pétard mis à la porte de la ville leur fit ouverture et s'en rendirent maistres, où les trouppes de Tonneins , qui n'en est qu*à environ lieue et demie, se rendirent la nuict. Lestourville ne les laissa en repos, tirant luy-mesme le canon sur eux , dont il accabla une partie soubz les ruines des maisons qu'il fit tomber sur eux. Cependant il fit advertir messire de Mayenne, qui estoit à Nérac, lequel s'y rendit, six heures après. Il trouva que désjà quantité de trouppes des villes voisines y estoient accourues, avec lesquels il se résolut de dénicher les ennemys des retranchemens dans lesquels ils estoient. Ce qu'il fit avec tant d'ardeur et de courage, qu'il ne leur demeura que de la honte et confusion de leur entreprinse, et audict sieur de Mayenne de la gloire et de rhonneur de les avoir chassés, et au sieur de Lestourville, la louange de les avoir battus et rompu leurs desseins.
De là, ledict sieur de Mayenne, estant retourné à Nérac, qui se rendit à luy, le 9 juillet, il alla à Montauban. Sitost qu'il eust investy ceste ville rebelle, le comte d'Orval, à présent baron de Courville, fils du sieur de Rosny et gendre du sieur de la Force, se jetta dedans avec une promesse de s'acquitter de la charge, par luy acceptée à Millau, le 17 d'aoust. Le 4 septembre, ledict sieur de Mayenne ayant voulu donner l'escalade à une demie lîeue du fort Bourbon, et les eschelles s' estant trouvées trop courtes, cent soixante braves hommes y demeurèrent, entre autres le sieur de la Frette, gouverneur de Chartres, y fut griefvement blessé, et n'ayant peu remonter du fossé, fut prins par les ennemys et conduit dans la ville, où deux ou trois jours après il fut massacré à coups de cousteau par des femmes, lesqudles, non contentes de luy avoir ravy la vie si meschamment, exercèrent encores leur cruauté sur son corps , luy couppant les pieds et les mains et jettant puis après le tronc par dessus leurs murailles. Indigne traictement pour un seigneur de sa valeur, qui estoit une des meilleures espées de France et des plus braves et courageux de l'armée. Sitost que les nouvelles en furent apportées à Chartres, on luy fit un service solemnel en la cathédrale, tant sa mémoire estoit doulce à un chacun !
Vers le mesme temps, le 12 septembre, toute la nuict, furent
veues à Chartres des flammes de feu, qui voloient parmy Tair An. 1627. sans aucune intermission, et ne se dissipèrent qu à la venue du jour, qui absorba la lumière de ces météores.
Quatre jours après, ledict sieur de Mayenne, visitant avec messire de Guyse et Schomberg, le lieu où il proposoit faire sa batterie, fut atteint d un coup de mousquet, tiré de la ville, qui le renversa mort sur la place. Le desplaisir de sa mort fut si grand, que les Parisiens en ayant receu la nouvelle osèrent faire une grande émotion. Le dimanche 26 dudict moys, les catholiques attaquèrent les Huguenots sortants de leur presche de Gharenton, en tuèrent quelques-uns, brûlèrent leur temple, et la sédition eust passé plus oultre sans l'authorité du magistrat, qui intervint, pour calmer ceste bourrasque.
La Reyne mère vint après passer la feste de Toussaint à Chartres, et y arriva dès la veille. On ne sonna point les cloches à matines pour ce qu'elle se trouva incommodée. Ce fut lors qu'elle fonda la lampe d'or qui est devant le Thrésaur des reliques, estimée à quatorze mille livres, et assigna ladicte fondalion, qui est de trois cent soixante livres de rente, sur le comté de Dourdan, à la charge de Tentretenir nuict et jour de cire blanche.
Le comte de Saint -Paul vint aussy à Chartres, le 12 du mesme moys, où il fut receu comme gouverneur et lieutenant de Roy au pays Orléannois et Chartrain par le Chapitre , revestu en chappes , lequel luy fit présent d*une chemise d'or du prix de trente livres. Le 14 dudict moys de novembre, il donna advis que Sa Majesté, à cause des pluyes fréquentes et dissenteries, qui incommodoient son armée, avoit levé le siège de devant Montauban, exhortant les habitans dudict Chartres à faire bonne garde et bon guet, et de ne laisser que trois portes ouvertes par chacun jour, lesquelles s'ouvriroient alternativement pour la commodité de la ville et soulagement des gardes.
L'année suivante se passa en guerre contre les Huguenots. En laquelle le siège, ayant esté mis devant Montpellier, messire Léonor d'Orléans, fils dudict seigneur comte de Saint-Paul et de dame Anne de Caumont, fille et seule héritière de Geoffroy de Caumont, marquis de Fronsac, et de dame Louise d'Estarac , fut tué en une sortie des assiégés, rombaliant vaillamment, quoyqu'il n'eust que 17 ans. Son corps fut rapporté à Chas-
Au, 1623. teaudun où il repose dans la Sainte-Chapelle du lieu, et son cœur en Téglise de Sainte -Croix d'Orléans, en la chapelb Nostre-Damo.
Au moys de may, les prières de quarante heures et processions furent faittes à Chartres et autres endroits du diocèse^ pour la conservation de Sa Majesté et la prospérité de ses armes, employées pour dompter Thérésie et la rébellion.
L*au 1623, messire Jean-François de Gondy, ayant succédé à messire Henry, cardinal de Gondy, son frère, décédé en cour le 16 d'aoust de Tan passé, fut créé le premier archevesque de Paris par le pape Grégoire XV , qui avoit succédé au pape Paul V, dès le 9 febvrier 1621. Et à la requeste de Sa Majesté, la bulle de ceste érection d'évesché en archeveschè est du 20 octobre 1622, par laquelle Tévesché de Paris est dislraict de celuy de Sens, érigé en archevesché, avec attribution des éveschés de Chartres, Meaux et Orléans tirés aussy dudict archevesché de Sens. Le siège de Sens estoit lors vacant par le décès de messire Jean Davy du Perron, trespassé dès^ 1621. Le Chapitre de ladite église s'y opposîj.
Dès le 20 juiu précédent, que ledict cardinal de Gondy estoit encores vivant, et qui soUicitoit ce démembrement de son église de celle de Sens, messire de Chastillon, mareschal de France, fut pourveu de son gouvernement d'Orléans et pays Chartrain, lequel il tint jusques au 30 octobre 1635.
Le grand-archidiacre de Sens vint à Chartres , avec un chanoine de la mesme église, pour s^opposer à laditte érection d'archevesché de Paris. Néantmoings, malgré leurs oppositions, on ne laissa de passer outre, et messire d'Estampes, évesque de Chartres, y donna son consentement, conune fit le Chapitre, qui passa procuration à cest effect àmessires Robert Bouete, doyen, Gabriel Breuillet, Claude Lebel, Raoul de Cremeur, Babynet (Guillaume), tous chanoines de Chartres, à la condition toutefois de demeurer es mesmes libertés et franchises qu'Ds estoient auparavant, soubz Tarchevesque de Paris, duquel ils demeureroient exempts tant en chef qu'en membres, comme ils Tavoient esté de tout temps de celuy de Sens et de l'évesque de Chartres, qui demeureroit doyen des suffragants, et le Chapitre semblablement le premier de ladicto suffragance. Ce que leur îvyapt esté accordé par acte du 16 du moys de febvrier 1623,
passé pardevant 3eMi Baudouin et Pierre le Guay, notaires An. 1C24. apostoliques, lediot seigneur de Gondy fut sacré premier arche vesque de Paris dans son église, le 19 du mesme moys, par Messieurs François d'Escoubleau , cardinal de Sourdis, archevesque de Bordeaux ; François de Harlay de Chanvalon , archevesque de Rouen, et Léonor d'Estampes, évesque de Chartres, lequel, le jour de l'Ascension ensuivant, luy bailla le poile ûe la partie Sa Saincteté, laquelle ne dura guères après , estant décédée le 8 juillet suivant.
Maphée Barberin, florentin autrefois nonce en France, et qui avoit esté faict cardinal à la i^commandation du feu roy Henry le Grand, fut esleu pape en son lieu, le 6 d'aoust, jour de la Transfiguration, et nommé Urbain VIII. Il fut couronné seulement le jour saint Michel, 29 de septembre, à cause de quelque indisposition, qui luy estoit survenue après son élection.
Le 7 octobre , le Roy vint à Chartres et fit présent à l'église cathédralle d'une chapelle entière et complète d'ornemens de velours rouge, chargés du Saint-Esprit, de nuages et de flammes d*or, aux armes de France et de Navarre, en-dessoubs des chapperons. Et le 9, après la messe, s'en alla coucher à Dourdan.
Sur la fin de l'année, mourut Philippes de Mornay, sieur du Plessis, parroisse de Longvillier, entre ledict Dourdan et Rochefort, homme signalé entre les Huguenots, qui en faisoient conmae l'arc-boutant de leur religion, se servant mieux de la plume que de l'espée. Tandis qu'il vesquit, il tint son party en respect et obéissance envers le Roy, tant qu'il peult; il n'y eut quelesRochelois, qui gastèrent tout, lesquels reprindrent les armes ceste année. Mais la mort du duc de Bouillon, décédé à Sedan, qui estoit leur appui et refuge, ayant arresté leurs desseins, abbatit de beaucoup leur audace, et sur l'appréhension qu'ils eurent que le Roy ne les allast veoir, la campagne prochaine, ils envoyèrent, au moys de janvier 1624, leurs députés vers Sa Majesté, qui obtinrent leur paix.
Au bruict de ce voyage, auquel un chacmi s'attendoit. M' de Sillery, chancelier de France, auquel le Roy avoit rendu les sceaux, après le déceds de M' de Commartin , fut, sur le commencement de cesle année , trouver Sa Majesté pour la supplier de le dispenser de la garde d'iceux , attendu son grand aage
An. 1624. et ses maladies , qui ne pouvoient luy permettre d'entreprendre ce voyage, et de commettre quelqu' autre en son lieu qui peust le suivre et exercer ceste charge. Le Roy le print au mot, et le 7 janvier, le sieur de Pisieux, son fils, rapporta les sceaux et les remit entre les mains de Sa Majesté, laquelle tesmoigna beaucoup de bonne volonté envers ledict seigneur chancelier. Il en avoit eu dès Montpellier pour messire Estienne d'Ahgre, conseiller d'Estat, qu il avoit choisy pour exercer ceste charge, mais, par les menées de quelques puissances majeures ausquelles sa douceur naturelle desplaisoit, il eut commandement de se retirer en sa maison de Chartres. Il y passa quelque temps, jusques à ce qu'il fust mandé en cour. Cest esloignement servit pour le faire approcher, veu que le Roy, ayant jette les yeux sur sa personne, ne peut estre démeu de Thonorer de ceste éminente dignité, de laquelle il le pourveut le 5 janvier. Sitost que les nouvelles en furent apportées à Chartres, le Chapitre de la cathédrale commit messires Bouete , doyen , d' Aubermont, chantre, Jean Robert, soubz-doyen, etmoy, pour Taller complimenter et luy rendre civiUté de la part de la compagnie.
Le 28 d'apvril suivant , les frères Prescheurs de la province de France, commencèrent leur chapitre provincial en leur couvent de Saint- Jacques de Chartres, auquel se trouvèrent plus de deux cents religieux dudict ordre, et le finirent le 12 de may.
Il y eut quelque différend entre les religieuses de Poissy du mesme ordre et dame Loyse de Gondy, sœur de messire de Paris, qui s'estoit faict nommer par le Roy et pourveoir en tiltrepar Sa Saincteté du prieuré dudict Heu, qui auparavant estoit électif, qui fut terminé au profBct de ladicte dame de Gondy par arrest du conseil , le 26 septembre 1624, lequel fut exécuté par messire Léonor d'Estampes, évesque de Chartres, et fr. François Prousteau, reUgieux des Frères Prescheurs de Chartres et lors provincial de la province de France du mesme ordre, avec messire de Bérule, conseiller d* Estât et maistre des requestes ordinaires de Sa Majesté, nonobstant les protestations des aultres religieuses contre ledict arrest, du l*"^ octobre audit an.
Le 1" jour d'octobre, messire de Sillery, chambrier de France, estant décédé en sa maison de mesme nom, diocèse de
Reims , ledict seigneur d* Aligre fut pourveu par le Roy de sa An, 1626, dignité de chancelier, le 8 du mesme moys.
Geste mesme année, messire François de Loménie, abbé de Josaphat-lez-Chartres , fut nommé à l'êvesché de Marseille par le décès de feu M»- Jean Coeffeteau, décédé à Paris , le 21 d apvril 1623, et fut consacré en l'église des Jacobins de Paris, de Tordre desquels il auroit esté auparavant, par M' François de Harlay, archevesque de Rouen; Claude de Rueil, évesque de Rayonne et depuis d'Angers, naguères chanoine de Chartres, et Brunon Ruade, évesque de Conserans, de Tordre des Chartreux. L'année suivante fut agitée de guerres de ceux de la religion.
Le mardi 5 d'apvril , fr. Pierre le Clerc , religieux à Claire- Fontaine, abbaye de Tordre des chanoines réguliers de Saint- Augustin, fut pendu à Chartres pour avoir dict la messe et con-v fessé en Téglise de Prunay-sous-Abluis, sans estre promeu à Tordre de prebstrise. 11 fit auparavant amende honorable devant la principale porte de la grande église, tenant une torche de deux livres, laquelle demeura à Tœuvre d'icelle, et de là fut conduit aux Halles, où il fut exécuté.
Sur la fin de Tannée, les Rochelois, ayant eu du pire, en-, voyèrent leurs députés en cour, pour demander pardon de leurrébellion, qu ils obtindrent de la clémence du Roy.
Le dimanche de Misericoi^dia , qui tomboit ceste année le 26 d'apvril, se fist grande solennité en Téglise des Capuchins de. Chartres, pour la solemnization du B. fr. Félix Laye de leur ordre. La procession , qui se fait tous les ans par les chanoines, de la grande et matrice église, ce jour-là, soit aux Cordeliers, soit ailleurs, pour les biens de la terre fut faicte audict couvent des Capuchins, et M"^ de Chartres y dist la messe pontificalement.
Au moys de may ou juyn suivant, les Ursulines, religieuses de Tordre de Saint- Augustin , instituées pour Tinstruction et la direction des filles, furent receues à Chartres en Thostel de Moutescot, quelles avoient achepté, me de la Fourmagerie, en la paroisse de Saint-Michel.
Au mesme temps , Sa Majesté partit de Fontainebleau pour aller réprimer quelque rébellion qui s'esloit formée en Bretagne. Auparavant que se mettre en chemin , elle osta les sceaux
An. 1626. à messire d'Aligre et luy donna congé d'aller visiter ses maisons. Il se retira en ceUe de la Rivière, près Pontgoên, oui! denieura jusqu'à son décès avec beaucoup de contentement, se voyant désembarrassé des intrigues et envies de la cour, auxquels ceux de sa considération sont sujects, ainsy qu'il m'a faict l'honneur de me le dire quelquefois. Le Roy donna ses sceaux au sieur de Marillac, conseiller en ses conseils, qui avoit la sur-intendance des finances, qu'il donna au sieur d^Efflat, de la maison des Rusés.
Le Roy estant à Blois , M' le chevalier de Vendosme y amena le duc de Vendosme, son frère, que Sa Majesté, pour quelques considérations, envoya prisonnier à Amboise. De Blois, le Roy s*en alla à Nantes, où il tint les Estats de Bretagne, et y fit recepvoir la Reyne sa mère, pour gouvernante de la province, et le sieur mareschal de Témines, son lieutenant.
Après cela on poursuivit l'exécution et accomplissement du mariage entre Monsieur, frère de Sa Majesté, et Mademoiselle Marie de Bourbon, fille de Henri de Bourbon, duc de Montpensier, et de dame Henriette-Catherine de Joyeuse, sa femme, et depuis de Charles de Lorraine, duc de Guy se, dame des plus belles , plus riches et plus sages de France. Le Roy, en faveur d'iceluy, donna à Monsieur son frère les duchés d'Orléans et de Chartres avec la comté de Blois et autres revenus jusques à concurrence de dix mille livres de rente, et outre lui accorda dix autres mille livres de pension et cinquante-six mille livres à prendre tous les ans sur l'Espagne. De plus, Sa Majesté lui accorda de pouvoir prendi*e cent mille livres sur la recepte d'Orléans par les mains des recepveurs-généraux, à conunencer du 1®' juillet, sur les simples quittances du thésaurierde la maison dudict seigneur, et voulut qu à ceste fin fut faict fonds dans les estats de Sa Majesté , soubz le nom dudict seigneur ou de son thésaurier, pour ladite somme de cent mille livres, laquelle, advenant le déceds dudit seigneur, ceste pension demeureroit esteinte au proflct de Sa Majesté ou de ses successeurs. Le Roy passa déclaration dudict appauage de Chartres, donné à mon dict seigneur, estant à Nantes, le dernier de juillet, et le 5* d'aoust suivant , voulant Sa Majesté pourveoir à ce qui pourroit estre nécessaire pour renlretcnemont de la personne ot de la maison de mon dict seigneur, lui accorda la somme de cinq cent soixante
mille livres, outre et par dessus les cent mille livres de domaine, An. 1626. portées par son apenage et les autres cent mille livres de pension , accordées audict seigneur sur la recepte générale d'Orléans, icelle somme de cinq cent soixante mille livres devant estre doresnavant payée par les thésauriers de l'épargne présent et à venir chacun en Tannée de son exercice et par chacun quartier d'icelle année esgalement, sur les simples quittances du thésaurier général de la maison dudict seigneur, voulant Sadicte Majesté qu à ceste fin ladicte somme fust employée dans les estats des charges de sondict espargne , en vertu du brevet qu'il lui en fit expédier, signé de sa main et contresigné par de Loménie, secrétaire des commandemens.
Le Roy, par autres lettres données audict Nantes, le dernier de juillet, donna encores audict seigneur la nomination des bénéfices et offices, estant dans sondict appenage, excepté des éveschés, des offices de prévosté, des mareschaulx, leurs lieutenants, greffiers et archers, qu'il réserva à sa pleine et entière disposition, et fit vérifier toutes ces lettres, tant au Parlement et en la Chambre des Comptes, qu'en la Cour des Aydes, mesmes enregistrer en ladicte Chambre des Comptes, le 18 may 1627, les foy et hommage de sondict appanage. Les conditions du mariage de Monsieur avec Mademoiselle de Montpensier arrestées et passées le 5 aoust audict Nantes, ils furent fiancés le jour mesme par M' le cardinal de Richelieu qui, le lendemain, les espouza dans la chapelle des Pères de l'Oratoire de Nantes, et sur les dix heures du malin dist la messe avec ses habits pontificaux dans Téghse cathédrale, où le Roy, la Reyne-mère, la Reyne régnante et plusieurs princes et princesses et seigneurs assistèrent ces nouveaux mariés. Ce mariage ainsi accompli, le Roy partit de Nantes, pour s'en revenir à Paris et se rendit à Chartres, le 7 septembre sur les cinq à six heures du soir. Il n'y fit grand séjour, pour ce que, dès le lendemain, jour de la Nativité de Nostre-Dame , il en partit sur les dix heures pour Dourdan. Devant que partir, il envoya quatorze pistolles à l'Hostel-Dieu, pour avoir des couvertures pour les pauvres.
Le 16 du mesme moys, maistre Denys Simon , prieur de Brezolles, en ses jeunes ans, et eslevé à Chartres avec damoiselle Anne Simon, sa sœur, femme de messire Jean de Gauville, lieutenant particulier au bailliage dudict lieu, décéda à Rome,
An. 1627. où s'en estant allé, y exerça l'office d'auditeur de la Rotte, et ayant ce faisant rendu quelques bons services au Roy, Sa Majesté le nomma à l'archevesché de Lion, et le pape Urbain VIII le créa cardinal de la Trinité-au-Mont-Pince.
L'année suivante 1627, Madame la duchesse d^Orléans estant accouchée le 29 mai d'une fille, qui est la seule provenance de son mariage avec Monsieur, il escripvit à Chartres d*en tesmoigner une publique resjouissance. Ce qui fut faict par les actions de grâces qui en furent rendues dans l'église et par les feux de joye qui en furent faicts par la ville. Ce contentement ne dura guères, laditte dame estant décédéo en ses couches. Le 4 juin suivant, son corps ayant esté ouvert, on porta son cobiu* et ses entrailles en l'église des Capuchins du faubourg Saint- Honoré, ou elles furent inhumées le 8, et la nuict du jeudi au vendredi 29 , le corps de laditte dame fut porté à Saint-Denis en France, où il fut enterré le 30 juin, et Monsieur, son espoux, ayant escript à Chartres , pour lui rendre les derniers debvoirs, son service fut faict fort solennel en l'église dudict Chartres.
Vers le mois d'aoust suivant, Monsieur fut bloquer la Rochelle , qui estoit retournée à sa rébellion et fit faire un fort à la poincte de Coreilles, que le Roy fut veoir, après avoir donné ordre à Tisle de Ré, d'où il avoit chassé Georges de Buckingham et ses Anglois et print résolution de faire une digue , pour empescher qu'aucun secours, soit de vivres, soit d'hommes, d'armes , ou autres nécessités entrassent dans ceste ville rebelle. Ce qui réussit si heureusement que Sa Majesté , tenant les mutins bloqués et par mer et par terre, furent contraints de la recongnoistre, de luy rendre obéissance, voyant mesme les éléments combattre pour lui. Ce ne fut néamoings sitostveu, que le Roy, ayant délibéré de les faire bouquer, voulut y passer l'hiver. Et , d'autant que les soldats estoient en fort mauvais équipage, il demanda des habits à quelques villes, pour les faire couvrir. Chartres envoya les siens, dès le 7* novembre, durant lequel temps le Roy faisoit travailler fort et ferme en ladicle digue. Les Rochelois s'en mocquoient du commencement, ne pouvant se persuader que cest élément mutin de la mer souffrist qu'on arrestast ses fougues et qu'on le tint comme captif. L'ingénieur Pompée en fit une de vaisseaux, attachée avec des cables et chaisnes , laquelle se levoit et baissoit
à mesure que la marée montoit et descendoit et s'appeloit digue An. 1658. flottante. Mais enfin les Rochelois, voyant que l'issue de leur ville leur estoit interdicte et qu'ils estoient sans espoir de secours , commencèrent à s'estouner et recongnoistre qu*un Roy est bien puissant dans son royaume, puisque Télément le plus indomptable faisoit joug soubz ses loix.
L'année 1628, le Roy demanda au clergé un million de livres pour l'entretien de son armée , qui lui l'ut accordé. Ainsy Sa Majesté, forte d'argent et de gens, poursuivit fort et ferme le siège de ceste ville rebelle , empescha le secours des Anglois, qui se retirèrent huict jours après leur arrivée, chargés de honte et de coups.
Dès le 8 febvrier, estoit décédé à Bordeaux , le cardinal de Sourdis, archevesque du lieu, lequel pour tesmoigner à l'église de Chartres la bonne volonté qu'il avoit tousjours eue pour elle, lui légua par son testament la sonmae de deux mille quatre cents livres , pour estre employée en fonds d'héritage ou rentes^ pour l'entretien d'im service des trépassés , pour lui et son père, autrefois gouverneur dudict Chartres, ledict jour 8 de febvrier, par chacun an à perpétuité.
Le lundi 12 de juin, M"^ d'Estampes, évesque de Chartres, dédia l'église des Minimes de Chartres; et le dimanche 2 de juillet commença un jubillé en ladicte ville par une procession générale en l'église des Cordeliers et se gaigna par tout le diocèse.
Au moys de septembre, Chartres fut afiligé de peste, qui dura plus de deux moys et enleva beaucoup de monde : pendant qu'elle dura, plusieurs des habitants s'en allèrent veoir le siège de la Rochelle, qui continuoit et dura jusques au 28 d'octobi^e, que les rebelles, se voyant pressés d'une horrible famine, aimèrent mieux expérimenter la miséricorde du Roy que se laisser consommer par la faim , ou contraindre de se rendre par la force, et pour ce, ayant envoyé leurs députés vers Sa Majesté, ils négocièrent si bien qu'ils obtindrent leur pardon. Le Roy y fit entrer le lundi, surveille de Toussaint, les régiments des gardes avec les Suisses, et le mercredi suivant, Sa Majesté y entra après disner, en armes , où tous les habitants , criant miséricorde et vive le Roy, le receurent avec beaucoup de démonstrations de repentir de leurs faultes. Sitost que la composition avec
An. 1630. ceux de la ville fut faicte, le Roy dépescha de tous costés, pour avoir part à une si agréable nouvelle et en rendre actions de grâces à Dieu. On en chanta le Te Deinn à Chartres, le 5« no^ vembre, le 11 « duquel mois , ledict seigneur d'Estampes introduisit dans l'abbaye de Saint-Jean-en-Vallée la réforme des chanoines réguliers de Saint-Augustin et y fit venir des religieux de Tabbaye de Sainte-Geneviève de Paris, qui ont faict rebastir ceste maison et remis la régularité en icelle qui , par la malice du temps et négligence des anciens, s'estoit fort relaschée.
L'année 1629 , le Roy ayant abattu et dompté entièrement la rébellion et réduict en son obéissance plus de deux cents villes révoltées , voulant , pour tant de signalées victoires qu'il avoit remportées sur ses ennemis, recongnoistre celui qui se faict appeler le Dieu de Sabaoth , des batailles et armées , qui Tavoit conduit comme par la main dans toutes sesconquestes, il lui fit bastir à Paris l'église des Augustins-Deschaussés du coslé de Montmartre et la fit dédier soubz le nom de Nostre-Dame-des- Victoires.
De mesme, le Chapitre de Chartres, la ville, ayant esté délivrée de la peste qui l'avoit grandement afiligée l'année précédente, et qui, par l'inlempérie de l'air, sembloit vouloir recommencer, fit procession en l'église de Josaphat, où la sainte châsse fut portée en grande dévotion , pour rendre grâce à Dieu de la délivrance de ce fléau et implorer l'assistance de la Vierge, pour le destourner, en estant encores menacés par une grande indisposition de temps, comme, de faict, la peste recommança le 5 de juillet suivant et continua jusques au moys de novembre, durant lequel tems elle emporta grand nombre de personnes, plus toutefois du commun peuple que de condition. Il ne demeura que peu de chanoines pour faire le service, les autres ayant esté dispensés de la résidence et s'estant retirés où ils avoieut peu.
L'année 1630 , le Roy, estant obligé d'embrasser la défense du duc de Mantoue, qu'il avoit prins en sa protection contre ceux qui vouloient lui enlever cest estât, que la naturelle et légitime succession luy avoit déféré, voulut en personne porter les armes en Italie. Durant qu'il y fut, il fit Son Altesse Royale son lieutenant-général , pour commander à l'armée de Champagne, et luy donna le gouvernement, tant de la ville de Paris
que d'autres provinces voisines, par ses lettres -patentes du An. 1630. Smay 1630.
Vers le 5 mars, la ville de Chartres envoya des habits pour les soldats de Varraée que Sa Majesté conduisit à Chambéry. Dans le mesme mois, fut célébré audict Chartres un Jubilé octroyé par Sa Saincteté pour prier Dieu pour la réconciliation des Princes , qui suivit au mois d'octobre; le 26 duquel , la paix fut faicte par l'entreminse de Jules Mazarin, envoyé de la part de Sa Saincteté, pour la moyenner entre le duc de Nevers, le duc de Savoye, l'Empereur et le Roy d'Espagne, par laquelle Mantoue, que l'Espagnol taschoit de joindre au Milanois, demeura au duc de Nevers , qui en recongneut l'Empereur.
Ceste paix fut comme la cause de la guerre qu'on fit aux sieurs de Marillac frères, l'un Garde des sceaux, l'autre Mareschal de France. Le premier desquels Sa Majesté priva de «a charge , pour avoir mis mal le cardinal de Richelieu en l'esprit de la Reyne, sa mère, et l'envoya prisonnier à Caen et depuis à Chasteaudun. Le Roy donna les sceaux à maistre Charles de l'Aubespine, seigneur de Chasteauneuf, qui presta le serment, le 14 novembre suivant. En mesme temps, le Mareschal de Marillac fut arresté prisonnier en Italie, conduit à Verdun et de là à Paris, pour luy faire son procès. Cependant le Roy, voulant conclure l'année par une action digne de sa bonté, envoya, le 30 décembre, le marquis de Brézé, capitaine de ses gardes du corps, pour délivrer Mr de Vendosme de sa prison du Bois de Vincennes, en laquelle il avoit esté plus de quatre ans, avec ordre de se retirer dans sa maison d'Annet, Sa Majesté ne trouvant à propos qu'il parust sitost eu Cour, à cause des affaires ausquelles il s'estoit auparavant engagé, lesquelles n'estoient encores bien démeslées et se meslèrent encore davantage, comme nous le verrons ci-après.