‹ Histoire du diocèse et de la ville de Chartres (volume 2)Chapitre 35 sur 67 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Hayne de la Reyne-Mère contre le cardinal de Riche^ lieu; Sa Majesté travaille à leur réconciliation. Monsieur sort du Royaulme, la Reyne-Mère faict le mesme, et se retirent en Flandres. Illuminés à Ckar^ très. Le duc de Lorraine en guerre. Paix. Mort de Jf de Nemours, autrefois duc de Chartres. Le mareschai de Montmorency se joint à Son Altesse Royale ^ ce qui lui faict perdre la tête. Monsieur fait sa paix avec le Roy. Estats de Languedoc. Monsieur se retire en Flandres pour la 2' fois, épouse la princesse Marguerite de Lorraine, malgré le Roy. Le mariage est cassé par arrest du parlement de Paris. Nonce à Chartres. Monsieur de retour en Cour, ses officiers en arrest.

An. 1631. T" A Reyiie-mère, croyant que remprisonnemenl des sieur» I de Marillac venoit du cardinal de Richelieu, elle le print -Li autant en aversion qu'elle Tavoit chéri auparavant. Le Roy fit tout ce qu'il peult pour les remettre bien ensemble. U ne le peult gaigner sur l'esprit de sa mère, laquelle ne pouvoit recepvoir de satisfaction que par Tesloignement du cardinal de la Cour. Monsieur espouza Tintérest de sa mère, et déclara à Son Eminence qu'il ne vouloit plus estre son amy. Voilà deux grandes puissances, que ce ministre d*Estat avoit à combattre. Monsieur, sans descouvrir son dessein, sortit de la cour pour Orléans. Le Roy envoya tout aussytost qu'il en receut l'advis le cardinal de la Valette, pour luy persuader de retourner, et tandis s'achemina à Compiègne avec laReyne, sa mère, espérant que , n'ayant plus près d'elle ceux qui luy avoient donné de sinistres opinions du cardinal, il pourroit dompter ceste passion et rejoindre leurs volontés : tout cela fut en vain, n'ayant esté au possible du Roy, ou de ceux qui s'employèrent

par son ordre pour faire ceste réconciliation, de gaigner quel- An. 1631. que chose sur la résolution de sa mère.

Sa Majesté voyant que c'estoit perdre son temps de penser réunir ces esprits si aliénés, fit une déclaration datée audict lieu, le 23 febvrier, laquelle il envoya aux Parlements et gou* vemeurs des provinces, pour les advertir de ce qui se passoit et s'en retourna à Paris. Il ne fut sitost arrivé en ceste capitale du royaulme, qu'il en partit le 11** mars, pour Orléans, croyant y trouver Son Altesse Royale, et par sa présence dissiper tous les nuages du peu d'intelligence qui estoit entre eux. n envoya tandis une autre déclaration par les provinces, par laqueUe il tesmoignoit son desplaisir du mescontentement de son frère, et le motif de son voyage. 11 s'estoit desjà advancé jusques entre Linas et Estampes, quand le sieur de Chaudebonne luy présenta une lettre de Monsieur, dattée d'Orléans, le 10 mars, à laquelle ayant faict response sur le champ, il la bailla au mesme porteur, pour la rendre à son maistre. Sitost que mondict seigneur Teust receue, il partit d'Orléans pour la Bourgongne. Sur l'advis qu'il en eut, le Roy brisa pour le suivre, à dessein d'empescher qu'il ne saisit quelques places, la prinse desqueUes eust esté préjudiciable au repos de TEstat. Monsieur sentant le Roy si près de luy, tira en Lorraine avec le duc de Bellegarde, gouverneur de Bourgongne. Le Roy ne laissa d'aller à Dijon, duquel il s'asseura et y ayant demeuré quelques jours , fit publier au Parlement d'icelle ville une déclaration contre ceux qui avoient donné conseil à Monsieur, ou favorizé ses desseins, de sortir hors du royaulme; puis, après avoir garny les frontières de ce costé-là et jette des compagnies dans quelques places , reprint le chemin de Paris. Sur le poinct de son partement, le sieur de Briançon le vint trouver de la part de Son Altesse avec ime lettre dattée de Nancy, le 30 may, laquelle, pour estre injurieuse et farcie de faicts calomnieux, Sa Majesté fit arrester le porteur à Dijon, et estant de retour à Fontainebleau, escripvit à Sadicte Altesse, pour l'exhorter à se venir ranger près de luy, et fit une déclaration contre le manifeste publié de la part de Sadite Altesse, avec un règlement pour le faict des deniers ; et deux jours après le Roy, estant à Saint -Germain- en -Laye, receut nouveUes de Compiègne, du sabmedy 19 juillet, que la Reyne, sa mère, estoît

An. 1632. passée en Flandres, où elle avoit esté fort bien recueillie de l'archiduchesse. Sur cest advis, Sa Majesté s*en revint à Paris, où il receut lettres de sa part contenant le motif de son évasion.

Il fut quelques jours après au Parlement, pour y publier la déclaration, qu'il avoit faicte sur Thérésie des Illuminés, que les Espagnols appellent los alumbrados ^ qui avoit esté semée par un petit hermile demeurant au Bois-de-Lèves, lequel, soubz ombre de piété et de dévotion, avoit séduit certains espricts foibles, qui s'estoient laissés persuader à ses discours. Son hypocrisie ayant esté descouverle, il fut prins et conduit à Paris avec quelques-uns de ses principaux disciples , où ayant esté instruits, ils abjurèrent leur erreur, qui parce moyen se dissipa.

Vers le commencement de l'an 1632, Son Altesse Royale ayant sceu l'accommodement du duc de Lorraine avec le Roy, qu'il estoit venu trouver à Metz, et que, par les articles secrets d'iceluy, il estoit porté que le duc debvoit faire sortir de ses Estais les rebelles à Sa Majesté , entre lesquels estoient comprins Son Altesse Royale avec la Reyne-Mère et leur suitte, avec promesse de ne les y recepvoir à l'advenir, ny les ayder d'aucune chose , qui peust estre contre le service du Roy et mesmement de les luy envoyer, pour en faire une punition exemplaire, il délibéra de se retirer à Bruxelles, où il arriva le 22 janvier. L'archiduchesse le receut avec beaucoup de civilité et de tesmoignages de bienveillance ; il passa de là à Trêves, où estoit Dom Gonralès de Cordoue, avec lequel ayant conféré quel- (jue temps, il s'en retourna en Lorraine.

Le duc de ceste province avoit faict tout ce qu'il avoit peu, pour pacifier les affaires et appaiser la cholère du Roy contre les sieurs Le Congneux, chancelier de Son Altesse Royale, Puilaurens et Monsigol, qui absolument les vouloit avoir. L'appréhension de recepvoir le reproche de les avoir rendus et violé le droict des gens par une si lasche action, le retenoit de le faire, promettant seulement à Sa Majesté de les faire esloigner de la personne de Monsieur. Le Roy n'ayant voulu entendre aux propositions, que luy faisoit le duc, eut tout loisir de s'en repentir puis après. Le cardinal de Richelieu eust bien voulu qu'on l'eust prins au mot, prévoyant bien qu'il se pourroit brasser quelques jnenées contre le repos de TEstat par les Espagnols et la maison

d'Austriche, de laquelle le duc Charles estoit partizan : cepen- An. IG32. dant ce dernier faisoit quelques levées, soubz prétexte de les faire servir pour rexécution du traicté faict entre Sa Majesté et luy, quoyque plus véritablement ce fust pour les donner à Monsieur qui levoit des trouppes de son costé, qu'il taschoit de joindre à celles du duc, pour les employer contre le Roy.

Le maréchal de la Force en donna ad vis à Sa Majesté, laquelle, pour ne leur donner temps de se renforcer davantage, se jetta proraptement dans la Lorraine, où il print Pont-à- Mousson, Bar-le-Duc et Saint-Miel, auparavant quon eust sceu le dessein de sa marche. Le 23 de juin , il se présenta devant Nancy, pour Tinvestir. Le duc, craignant mettre son Estât en danger, envoya au-devant de Sa Majesté, luy offrir toute sorte de contentement. Le Roy récent ses offres, et fit paix avec luy à Liverdun, le 26 du mesme moys, à la caution du cardinal son frère. Les affaires ainsy pacifiées, le Roy divisa son armée en deux, dont il envoya la moitié à Montluçon en Bourbonnois, pour disputer aux trouppes de Son Altesse Royale le passage ; et luy, avec l'autre partie, s'en revint à Paris, où le duc de Nemours, autrefois duc de Chartres, décéda le 10 juillet, aagé de soixante ans.

Pendant le voyage du Roy en Lorraine, on remit sur le bureau la navigation de la rivière d'Eure dudict Chartres à Nogent-le-Roy ; qui eut pareil efifect que par le passé.

Son Altesse Royale ayant obtenu des trouppes de Dom Goni^alès, traversa la Lorraine et entra dans le Bassigny, où il publia son manifeste, contenant le suject qui l'avoit meu à prendre les armes. Il donna jusques au Languedoc, où il fit durer ses pratiques contre le service du Roy. Le mareschal de Montmorency, gouverneur de la province, qui avoit grand crédit parmy la noblesse et les villes , s'estant précipité dans ce party, l'augmenta de beaucoup. Les Estats du pays, assemblés à Béziers, firent ce qu'ils peurent pour l'en désengager. Ils ne peurent rien sur sa résolution, comme si son mauvais génie Feust conduit, à yeux clos, à sa perte. Ce que voyant le Parlement de Tolose, pour rompre un si penncieux dessein, (jui traisnoit après soy la ruyne de la province, donna son arrest contre les rebelles par lequel il les déclara perturbateurs du repos public et criminels de lèze-majesté.

An. 1632. Le Roy, adverty de ce qui se passoit , fit le 23 juillet une déclaration contre ceux qui prendroient les armes contre son service, laquelle il adressa audict Parlement, qui la vérifia le 1*' jour d aoust. Messire d*Espemon donnoit ordre en Guyenne que la rébellion ne s y allumast et tint la province et les esprits en debvoir. Tandis que le Roy leva vingt mille hommes de pied et deux mille chevaux, qui se trouvèrent presls à Rouanne le !•' de septembre. Il avoit desjà envoyé une autre armée en Languedoc, soubz la conduite du mareschal de Schomberg, laquelle se rencontra le mesme jour près Castelnaudary, capitale du Lauraguais, devant celle des rebelles. Le mareschal de Montmorency, adverty de sa marche, s'avança avec bonne partie de ses troupes, qu'il rangea en très-bon ordre en lieu advantageux; pensant empescher le passage à Tannée de Sa Majesté. Le mareschal de Schomberg, informé de leur dessein et de la bonté de leur poste, changea de chemin et se jetta entre la ville et les ennemys pour les avoir en teste et la ville à dos, une rivière entre deux. Cela ayant esté rapporté au mareschal de Montmorency, il fit advancer quelques mousquetaires, et luy, avec environ cent chevaux, vint recongnoistre le camp du Roy, dans lequel estant entré avec les comtes de Rieux et de la Feuillade et quelques sept ou huict autres volontaires s'attachèrent à un peloton des gardes, qu'ils chargèrent, si qu'en ayant renversé et tué quelques-uns et rompu leurs rangs, pensant passer plus oultre , ils furent receus des mousquetaires du Roy avec tant de courage qu ayant blessé le cheval du mareschal de Montmorency, et luy, recongnoissant quil n'y faisoit pas bon, se fourra dans la cavalerie , où il receut un coup de pistolet au visage, que luy donna le sieur de Berverequod, capitaine des chevau-légers du Roy. Son cheval s'estant abbattu soubz luy à cause de ses blessures, et luy se voyant abandonné des siens et en danger de sa vie, s*escria : Montmorency, craignant que quelqu'un luy donnast le coup de la mort. A ce cry , Sainte- Marie, sergent de la compagnie de Saint-Preul, qui n'estoit guères esloigné de là, accourut à luy, et incontinent après, son capitaine. Le mareschal se voyant prins et couvert de sang, sur l'appréhension qu'il eut d'en mourir, demanda un prebstre pour se confesser, lequel luy ayant esté envoyé, et le duc, g'estapl confessé, il fut porté dans Castelnaudary par Tordre dq

mareschal de Schomberg, pour y estre pansé. Les comtes de An, 1632. Moret, frère naturel de Sa Majesté, de Rieux et de la Feuillade, et plusieurs, tant officiers que gentilshommes de Tannée de son A. R., demeurèrent en cette rencontre et quantité y furent blessés. Il y en eut aussy quelques-uns du costé du Roy, mais en moindre nombre.

Geste défaicte, avec la piinse du général de Tannée, estonna fort le reste et le fit escarter peu à peu, chacun se retirant chez soi pour ne se trouver enveloppé en ceste rébellion à la venue de Sa Majesté, qui approchoit. Monsieur mesme perdit courage, voyant ses gens défiler chaque jour, print résolution de se remettre à la clémence et bonté du Roy, pour obtenir son pardon, conmie il fit , tel" octobre, et s'en alla à Tours, mais ne peult Tavoir pour messire de Montmorency qui fut envoyé à Lectoure, soubz la garde du mareschal de Roquelaure, ni le restablissement des ducs d'Ëlbeuf et de Bellegarde. Au mesme temps, toutes les troupes de Son Altesse Royale furent congédiées, avec commandement aux estrangers de vuider le royaulme dans six jours à peine de la vie.

La Cour estant allée à Béziers, le Roy y convoca de nouveau les Estats du Languedoc, ayant cassé Tassemblée de ceux qui y avoient esté indicts par le mareschal de Montmorency, et en fit faire Touverture par M' le garde des sceaux au commencement d'octobre. Après peu de séjour, il les laissa achever à ceux qui y avoient intérest, et donnant à Tolose, y fit venir ledict mareschal , auquel il donna commissaires pour luy faire son procès.

Taudis qu'on y travailloit, Monsieur, marry qu'à son sujet, ce brave seigneur fust en peine, envoya le 28 du mesme moys, vers Sa Majesté un gentilhomme de sa maison , lequel se jeta par trois fois à ses pieds, pour demander grâce pour l^ct seigneur de Montmorency; n'ayant peu avoir autre réponse du Roy, sinon que ledict seigneur estant entre les mains de la justice, il avoit les siennes liées, il s'en retourna comme il estoit venu. Cependant le procès est instruict, et toutes les formes y ayant esté observées, ce malheureux seigneur fut, par arrest de ses meilleurs amys, du 30 novembre, condamné à perdre la teste, qu'il eut couppée dans la chambre de ville dudict Tolose. Dès que ceste exécution fut faicte, la teste fut

An. 1633. recousue au corps, et le tout, mis dans un cercueil de plomb, fut porté dans l'église de Saint-Semin, pour y estre inhumé, où, par un privilège spécial qui n'avoit jamais esté accordé à personne depuis la structure de l'église pour le respect de tant de corps saincts et reliques, qui attendent en icelle leur résurrection, fut inhumé dans la chapelle de Saint-Exupère, qui est au rond-poinct de Téglise. Telle fut la fin de Henry II de Montmorency, en la fleur de son aage, ayant atteint seulement Taage de 34 ans; exemple à tous les grands et petits, qu il faict fort mauvais se jouer à son maistre souverain , auquel on doit toute obéissance et fidélité !

Monsieur, ayant eu nouvelles de sa mort, picqué de n'avoir peu obtenir la grâce de ce seigneur, s'en retourna de rechef en Flandres. Le Roy en fut adverty estant à Romorantin, comme il s'en retournoit à Paris. Il ne s'en offensa tant, comme il fit par après, du mariage que Son Altesse Royale contracta avec la princesse Marguerite de Lorraine, sœur du duc Charles, . et de la consommation d'iceluy, au préjudice de la parole que ledict duc avoit donnée à Sa Majesté de ne le permettre. Monsieur ayant sceu le desplaisir que le Roy avoit receu de eeste alliance, qu'il avoit à grand contre -cœur, dépescha en Cour Tabbé d'Elbène, pour luy faire trouver bon et luy remonstrer qu'en homme de bien et d'honneur, il ne pouvoit s'en desdire, après la promesse qu'il avoit faicte à la princesse Marguerite, de l'espouzer, sans intéresser sa conscience, et qu'ayant prins l'advis du P. Suffray, jésuitte, et des théologiens , ils l'avoient asseuré qu'il se mettoit en péiil de damnation, s'il ne l'accomplissoit, et pour ce supplioit trèshumblement Sa Majesté de l'avoir pour agréable et d'y donner son consentement, se soubmettant pour tout le reste d^en passer par où il luy plairoit. Le Roy dist à l'abbé qu'il avoit les bras ouverts pour recepvoir Monsieur, toutes fois qu'il vouldroit se ranger près de luy; mais, que pour son mariage il n'y oonsentiroit jamais et perdroit plustost son royaulme que Taggréer, estant contre les loix de l'Estat, qui ne pouvoient le permettre. Sur ceste réponse, le cardinal de Lorraine vint à Paris, croyant y faire davantage et demander la dame de Combalot, nièpce du cardinal de Richelieu, pour luy, pensant par ce moyen rendre certaine Sa Majesté de Taflection du duc Charles, son frère, et

ûi\ la sienne envers la couronne de France, s'y voyant obligés An. 1634. par ce double lien. Si le Roy ne voulut escouter ce prince, qui parloit pour son frère, le cardinal duc voulut encores moings Touyr sur le mariage de sa nièpce, à cause de la grande aversion qu'il a tousjoui*s eue à la maison de Lorraine, tellement que le Roy, dans le bouillant de sa cholère, fut pour assiéger Nancy, capitale de Testât Lorrain, dans laquelle estoit la princesse Marguerite, résolu de l'avoir. Le duc, en ayant eu ad vis, trouva moyen de la faire sortir et de l'envoyer en Flandres vers Monsieur, son espoux, et après plusieurs fainctes de vouloir se soumettre aux volontés du Roy, il y fut enfin contrainct, voyant son Estât en danger d'estre perdu pour luy, et en passa par où il pleut à Sa Majesté. Sou Eminence en traicta avec luy, le 21 septembre, et dépescha en Cour le sieur Bautru, comte de Nogent-le-Roy, pour porter au Roy les articles qui avoient esté accordés entre le duc Charles et luy, afin de les aggréer. Le duc de Lorraine s'estoit obligé particulièrement par iceux de faire en sorte qu'il obtiendroit la dissolution du mariage de Son Altesse Royale avec la princesse, sa sœur; à quoy n'ayant satisfaict, Sa Majesté fit informer contre luy au Parlement de Paris en matière de rapt. Le duc, se voyant vivement poursuivy, et doubteux de l'événement, résigna son Estât au cardinal, son frère, et se retira avec cinq cents chevaux vers Bavières. Le Roy, prenant son évasion pour contravention aux traictés qu'ils avoient faicts ensemble, demanda au cardinal qu'il eust à luy remettre entre les mains le contrat de mariage entre Monsieur et sa sœur, avec le moine qui les avoit espouzés, au lieu du curé, et cependant les commissaires du Parlement vacquoient à ouyr les tesmoings sur la violence prétendue faicte par le duc à Son Altesse Royale, pour le faire consentir audict mariage.

La duchesse de Lorraine, voyant le duc, son mari, absent, les poursuittes que le Roy faisoit contre lui et le cardinal , son frère, et n'ayant personne qui peust la maintenir contre si forte partie , se résolut avoir recours à Sa Majesté et la prier de la prendre avec la princesse Claude, sa sœur, soubz sa protection. Le Roy les receut très-volontiers et commanda au mareschal de la Force leur prester toute l'assistance dont elles avoient besoing. Tandis que ceste négociation se faisoit , la duchesse Nicole, qui craignoit que le duché de Lorraine sortit tout à fait

1634. de leur ligue, de laquelle il estoit venu au duc Charles par leur mariage, pressoit le cardinal François de Lorraine, auquel le duc Charles Tavoit cédé, d'accomplir la promesse qu*il avoit fadcte en acceptant ceste cession de son frère, d'espouzer la princesse Claude, promettant en faveur de ce mariage lui faire une remise générale de ses droicts à la duché de Lorraine. Le Roy portoit fort impatiemment ceste alliance , qui avoit esté faicte à son insceu, moyennant une dispense du Pape, du 8 mars 1634. Et, pour ce, dès le 24 du mesme mois, sur Fadvis qu'il en eut, il fit donner arrest au Parlement de Paris d'adjournement personnel, tant contre le duc Charles que contre la princesse Nicole, le duc François et la princesse de Falsbourg, et prinse de corps contre le moine qui avoit faict le mariage de Monsiem' avec la princesse Marguerite. Ce que pour mieux entendre, il est besoing de sçavoir qu'en l'an 1632, le Roy estant à Moyennich, Monsieur fut à Nancy, où, dans une maison • qu'ont les moines de Remireront , un d'iceux qui se trouva sur le lieu fut commandé par le cardinal de Lorraine , ordinaire du lieu comme évesque de Toul, de faire ledict mariage, ce qu'il fit, au lieu du curé, en la présence du comte de Vaudemont, qui estoit encores vivant, dudict cardinal, de la princesse de Falsbourg et du sieur de Puilaurens. Cest arrest espouvanta le duc François et la duchesse Claude, de telle sorte qu'ils sortirent de Nancy et des Estats du Roy et passèrent en celui de Florence. Et quant à la duchesse Nicole, elle se retira à Paris, où elle arriva le 7 mai et y fut fort bien reçue de Sa Majesté , laquelle s'empara de la Lorraine et assiéga la Motte , qui seule tenoit pour le duc, laquelle il fit razer.

Environ le mesme temps, le Roy fit une déclaration qu'il fit pubUer au Parlement de Paris, laquelle con tenoit trois chefs : le premier concernoit Tesloignement de Monsieur hors du royaulme et son mariage , qu'il prétendoit faire casser et dissouldre; le second estoit pour le soulagement du peuple; et par le troisiesme Sa Majesté déclaroit le désir qu'elle avoit du retour de Son Altesse Royale, à laquelle il donnoit encores trois moys de délai pour y ad viser, revenant dans lequel temps, il la remettoit en sa grâce, eu ses biens, apennages, gouvernements , pensions et appointements, ensemble tous ceux qui l'avoient suivi, à la réserve de quelques-uns qui approchoient plus près dé sa

personne. Monsieur ne sçavoit à quoy se résouldre et estoit An. 1634. bien empesché de ce qu il debvoit faire. Puylaurens le voyant observé par les Espagnols, sollicitoit son retour, et eust bien voulu le voir hors de leurs mains. De quoy les Espagnols se doublant ne peurentsi bien couvrir leur mauvais dessein, qu'ils ne le fissent paroistre, s* attaquant à ce seigneur qui avoit Toreille de Son Altesse Royale, sur lequel ils tirèrent un coup de fuzil, comme il montoit le grand escalier du palais de Bruxelles et le blessèrent au visage. Monsieur eu demanda raison, qu'il ne peult obtenir et fut contraint de caler le voile pour n*estre le plus fort. Il recongneut néantmoings par ce procédé violent et par le peu de satisfaction qu'il en avoit eu, qu'il n'estoit en asseurance de sa personne parmi une nation, qui couve toujours dans son cœur une haine mortelle contre la nostre, pour la faire esclore aux occasions. Il se résolut pourtant de se re-^ tirer de leurs mains, sitostqu ilen auroit rencontré les moyens. Dans ces pensées, il fut alitté des gouttes à Bruxelles, qui le retindrent une partie du mois d'aoust, desquelles se trouvant mieux, il receut une autre disgrâce, qui le retint au mesme endroit pour quelque temps. Ce fut Tarrest du Parlement de Paris , du 5 septembre, qui déclara nul son mariage avec la prin-. cesse Marguerite , de laquelle il ne vouloit se séparer.

Le Pape, adverti par le cardinal Bichi, son nonce en France^ (qui au mesme temps vint faire ses dévotions à Chartres, s'en allant à son évesché de Carpentras), de ceste procédure, s'en offensa comme d'une entreprinse sur les droits de l'Eglise, prétendant que le Parlement ne pouvoit congnoictre de la validité ou invalidité du mariage, comme sacrement, et que la congnoissance en appartenoit seulement au juge ecclésiastique. Il luy fallut néantmoings dissimuler son desplaisir, n'ayant peu pour lors en avoir aucime satisfaction. Son Altesse Royale n'estoit pas moings inquiétée, ayant recongneu les artifices dont les Espagnols se servoient pour s'asseurer de sa personne, ce qui l'obligea à rechercher les moyens d'évader de leurs mains. Il voyoit que depuis le décès de l'Infante Glara-Eugénia, trespassée dès le mois de décembre précédent, il n'avoit receu que des frasques d'eux , et que Ferdinand , dict le cardinal Infant , debvoit bientost arriver en Flandres et Pays-Bas , que Philippes IV, confrère, roy d'Espagne, lui avoit baillé pour sa part en I4

An. 1635. succession de leur père, il eust peu dans ce changement trouver un autre traictement.

Le 8 d'octobre, pour mieux couvrir son jeu, il fit feindre une querelle entre les sieurs de Puilaurens et de Biron , gendre du comte de Chiverny, autrefois gouverneur de Chartres, lesquels estant partis d'un grand matin, ledict jour, près d'un petit bois, d'où ils envoyèrent donner advis à Son Altesse par un valet de pied, Monsieur faisant l'estonné comme s'il n'eust rien sceu de l'affaire , pria les chefs et les gardes qui estoient près de lui de l'assister pour empescher que les deux seigneurs , qui estoient fort bien dans son esprit, ne se battissent; un autre valet de pied, estant venu au mesme temps dire qu'ils estoient prêts de se battre, Monsieur demanda ses boites et un cheval, pour se transporter sur le lieu ; lequel lui ayant esté amené , et monté dessus, lui cinquième de sa maison , vint prendre lesdicts sieurs de Puilaurens et de Biron , et tous de compagnie picquèrent tout d'une traicte jusques à la Capelle distant de 25 lieues, où il se rendit sur le soir, sans avoir repeu. Il y en a qui disent que Son Altesse Royale sortit de Bruxelles en petite compagnie, feignant d'aller à la chasse du renard, de quoi les Espagnols ne se mettant en peine, le laissèrent ainsi s'évader; cela n'importe de sçavoir comment il se sauva, mais il est certain qu'il vint tout d'une traicte et en un jour coucher de Bruxelles à la Capelle. Dès l'heure mesme, le gouverneur de ceste dernière ville envoya un exprès au Roy, pour lui donner advis de l'arrivée de Son Altesse Royale. Sa Majesté envoya aussitost au devant de lui le sieur Bouteiller père, secrétaire d' Estât, qui le rencontra à Soissons, où il lui fit présent de la part d'icelle de cinquante mille escus. S'estant rendu peu de jours après à Saint- Germain-en-Laye , le Roy le receut avec beaucoup de tesmoignages d'affection et Tarresta à soupper avec lui. Le lendemain il fut régalé à Ruel par le cardinal-duc auquel ne fit paroistre aucun sujet de mescontentement du passé.

Peu après, ayant prins congé de Sa Majesté, il s'en alla à Orléans et à Blois, pour passer quelques temps, où, tandis qu'il fit séjour, pour faire pièce aux de Puilaurens, du Fargis et Couldray-Montpensier et autres gentilshommes de la maison de Son Altesse Royale, on les accusa de conspiration contre l'Estat et les arresta prisonniers au Louvre le mercredy 14 février. Ils

furent, dès le lendemain, conduits au Bois de Vincennes, où le An. 1635. sieur de Puilaurens mourut d'une fièvre de pourpre, le mois de septembre suivant. Le bruict courut qu'on lui avoit advancé ses jours par poison , mais ceste mort peut lui estre arrivée aussi bien naturellement que par une action si noire.

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