CHAPITRE VII
Du Vendosmois el des Comtes et Ducs de Vendosme,
DE Blois je passe à Vendosme qui, du temps de Jules-César et de nos anciens roys, n'estoit qu'une forteresse, ainsy qu'il se recueille des Commentaires publiés soubz le nom de cest empereur et des escripts de Grégoire de Tom^ (1). Du depuis on a basty une ville au pied de la montagne sur laquelle ce fort estoit assis , laquelle est traversée par la rivière du Loir, qui la coupe en deux et la rend fort agréable. Guillaume le Breton appelle ceste rivière : Ledericum, quand il dict :
Vindocinum
Castrum forte nimis , populosa gente repletum Quod Lid-ericus aqva suhter fîuit amnis amœna.
(I) Greg. Tur., lib. IX.
C'a esté volontiere pour la commodité de son vers, veu que Sidonius Apollinaire (1) le nomme Ledit m, quand, parlant de certaines rivières, il dict :
Bhoius, Arar, Uhodaniis, Mosa, Matrona, Sequana, LrduSy fie.
C'est néamoins le Liger de TibuUe que Joseph de TEscalle, en ses observations sur ce poète, a mal prins poui- la Loire (2), qui passe, dit-il, par les confins du Chartrain, quoiqu'elle n'en approche plus près que Blois. Geste rivière prend sa source, comme nous l'avons remarqué cy-dessus, au village des Corvées, dans le pays Chartrain , auquel , pour ceste raison, Tibulle l'attribue à ce pays , qui faict assez recongnoistre que cest autheur ne doibt s'entendre de la Loire, qui a sa source dans le Vellay, bien loing de ceste province; où j'observe, en passant, qu'il ne fault lire dans Tibulle, Carnuti et flumi, mais flavij à cause que cest épithète peut estre donné aussy bien à Chartres qu'à Cérès , à cause de l'or des bleds et moissons qui se recueillent dans son territoire.
Soubz le règne dé nos roys de la première Ugne, Vendosme es toit soubz le royaume d'Orléans, ainsi qu'il se peut veoir dans Grégoire de Tours (3) , et son territoire s'estend fort loing, commençant à Baugency et finissant en Anjou, ou, comme le disent les autres, en Samtonge. On le borne toutefois ordinairement de la Beaulse au levant, de l'Anjou au couchant, du Perche au septentrion , et de la Toureine au midy.
Ça esté un comté qui a longtemps résidé en la maison d'Anjou, en laquelle il estoit entré par le mariage d'Adèle, fille de Bouchard, comte de Paris, Melun et Vendosme, et d'Elisabeth, veufve d'Aymon, comte de Corbeil, dont quelques-uns ont escript qu'estoit venu le Romant des quatre fils Aymon ; laquelle espousa Foulques Nerra, comte d'Anjou, qui, par ce moyen, fut aussy comte de Vendosme, que Regnaud, évesque de Paiîs et chancelier de France en 1005 et 1025, frère de ceste Adèle, luy laissa (4).
(I) Sid. Apoll., Garni. V, n*» 103. — (2) Tibul., lib. I, eleg. Vil. Scali^er, ibid. — (4) Greg. Tur., lib. IX, ch. 20. — (3) Cnrt. BurgoL; Cartul.
De ce mariage sortirent deiix filles, Tune nommée Hildegarde, l'autre Adèle, comme sa mère; lesqueUes, Regnault leur oncle, maria, savoir la première avec im puissant seigneur du Gastinois, nommé Albéric ou Aubry-le-Bref , d*où issirent Geoffroy et Foulques Richin, comtes d'Anjou et leurs suivants; la seconde avec Odo ou Eudes, que Du Ghesne nomme Bodo de Bourgongne, comte de Nevers, fils de Landry, comte dudict lieu, auquel elle porta le comté de Vendosme. De ce Bodo et Adèle nasquirent quatre fils, Bouchard, Foulques surnommé l'Oyson, Guy et un duquel on ne trouve le nom (1 ).
BOUCHARD, fils aisné, fut mis en possession de comté de Vendosme, par Foulques Nerra, son ayeul; mais estant décédé sans lignée, du vivant de son père qui ne le sunesquit guères, Adèle, sa mère, fit en sorte d'en faire investir son fils
FOULQUES, lequel, lui ayant faifc beaucoup d'indignités, meue d'un juste dépit , elle vendit la moitié de ceste comté à Geoffroy Martel, son frère (2); et par indignation de quoy, ce Foulques usa de plusieurs violences contre ce sien oncle, duquel il relevoit l'autre moitié de ceste comté, laquelle ledict Martel confisqua sur luy par sa félonie. Par ce moyen ,
GEOFFROY MARTEL fut comte de tout le Vendosmois, dont il jouit longtemps, pendant lequel luy et Agnès de Bourgongne, sa femme, veufve de Guillaume IV, comte de Poictiers et duc d'Aquitaine, fondèrent l'abbaye de la Trinité et le Chapitre de Saint-Georges dudict Vendosme. Du depuis et en 1050, à la prière de Henry I", roy de France, Geoffroy rendit audict Foulques ledict comté de Vendosme , exceptant l'abbaye et tous les biens qu'il lui avoit aulmosnés, qu'il voulut demeurer à jamais soubz les comtes d'Anjou. Il espouza Pemelle, fille de Guicher I , seigneur de Chasteau-Regnauld, autres disent de LanceUn de Baugency, de laquelle il eut Bouchard II, dict le Jeune j Eufrosme ou Nifrane, femme de Geoffroy, seigneur de Pruly et comte de Vendosme à cause d'elle; Agathe, mariée à
Vend. y part. I, fol. 13, et part. 11, fol. 28. Voy. Hisi. agrégat, des Ann. d'Anjou, fie J. de Bourdigné, part. Il, c. 27 et 31. Ord. Vital., lib. IV, Hist.
(l) Duchesne en son Hist. de Bourg. , p. 373, ch. 48, lib. 111. Sirmund., m not. ad ep. Gaufredi Vindoc. — (2) Cartul. Vindoc, p. 11.
Raoul du Lude, fils aisné d* autre Raoul, vicomte dudict lieu. Foulques décéda à Ferrières en Touraiiie, Tan 1066; et elle, à Chasteau-Regnauld, le 1" novembre 1078.
BOUCHARD III du nom, succéda à son père; mais pour ce que son bas aage ne luy permettoit gouverner son estât (1), Guy, son oncle, en print le soing avec le nom de comte. Ce fut toutefois sans préjudice des droicts de son nepveu, auquel il remit le comté en 1075, et en jouit jusques en 1085, qull mourut sans avoir esté marié, tellement que ce cornté vint à Eufrosine, sa sœur aisnée , et de par elle à son mary
GEOFFROY II, surnommé /oï/rrf^m et de Priilly, fils aisné d'autre Geoffroy qui , le premier, inventa le déduict des tournois, et fut lue à Angers mi jeudy-absolu de Tan 1066, durant les guerres d'entre Foulques Richin et Geoffroy, son frère, dict le Barbu , dont il portoit le party . Ce Geoffroy fils mourut au voyage de la Terre-Sainte , où il estoit allé avec notre comte de Chartres, Henry-Estienne, devant la ville d'Ascalon, en 1101, laissant, de sadicte femme Eufrosine,
GEOFFROY III, surnommé Grise- Gonnel le, lequel espouza Mathilde ou Mahauld, fille de Hugues, vicomte de Chasteaudun, veufve de Robert, vicomte de Blois, desquels vindrent Jean, Geoffroy de Lavardin et Simon (2).
JEAN fut comte de Vendosme après son père. Je n'ay point trouvé le nom de sa femme , mais seulement qu'il eut trois enfants, Bouchard, Lancelin et Jean, que ledict Bouchard appelle ses frères dans le Gartulaire de Tabbaye de Vendosme. Il vivoit encores en Tan 1 177(3).
BOUCHARD IV prenoit la qualité de Lavardin combien que Geoffroy de Vendosme, son grand -oncle, s'en dict seigneur. Cela se veoid par un tiltre de Tabbaye de Vendosme , par lequel il donne pour l'âme de Jean, son père, la terre, cens, terrages et reliefs qu'il avoit entre la rivière de B et la forest d'Alove.
Il hérita de son frère Lancelin , ainsi qu'il se veoid par le Cartulaire de ladicte abbaye, soubz ce tiltre : Noticia Uurchardi cœnitisy filii Joannis, de 40 solidls, quos dédit pro anima fratris
(1) Cartul. MajoriS'Monaslerii , in nolitia de décima de Navolio. — (2) Guil. Tyr., lib. X, c. 20 et 21. Sirmund., ad ep. Goffredi Vind., 13, lib, I. — (3) Carlul. Vind., caria 223, Part. I, fol. 280.
sui Lancelini in stallis Sancti-Georgii Dans le mesme Cartulaire, il se parle encoresd'un Geoffroy, frère de Bouchard, qui peut estre celuy qui, en 1220, donna la somme de cent sols de rente, à prendre sur im foiu" qu'il avoit achepté à Vendosme, aux religieux de FEstoile. De ce Bouchard et Agathe, sa femme, nasquit
JEAN II, comte de Vendosme, qui espouza Marie, sœur du comte de Saint-Paul, de laquelle il eut Pierre, qui sera comte après luy, et luy succéda de son vivant : ce qui me le faict ainsy penser est certain accord passé, Tan 1239 au mois de décembre, entre ledict Pierre, qui prend la qualité de comte de Vendosme, et les religieux dudict lieu, comme fondé de mandement spécial de M" Jean, son père, sur ce que défunt Jean, comte de Vendosme, avoit doimé ausdicts religieux les bois et terres des Boulais et du Ghastaignier, et Richard, vicomte de Beamnont, et Mathilde, sa femme, ceux de la Brosse. Je trouve néamoins qu'en la mesme aimée, Hugues de Montigny prenoit la qualité de comte de Vendosme; et Du Tillet escript que, soubz le règne de Philippes Auguste, roy de France, Robert de Meulanc s'en disoit aussy comte ; ce qui est vray, comme nous le dirons cydessoubz. Après le déceds de Jean, Marie, sa veufve, convola en secondes nopces avec Ives de Vieupont, seigneur de Courville (a), duquel elle eut Ives de Vieupont, seigneur dudit lieu, Guillaume et une fille nonunée Isabeau, qui fut mariée au seigneur de la Ferté-Besnard, ainsy qu'il se justifie par certahies lettres de l'abbaye de Saint-Jean-en- Vallée de Chartres, de l'an 1241 , touchant la donation faicte par ladicte Marie au prieur de Saint-Nicolas dudict Courville, de vingt sols de rente qu'elle avoit accjuis sur la recepte dudict bourg, veu que par ladicte lettre elle prend la qualité de : Domina Curvœvillse, quondam comiiissa Vindocinensis, laquelle donation, Ives, son fils, confirme; et par autres lettres du prieuré de Chuisne, près ledict Courville, le mesme Ives et Isabeau, sa sœur, veufve du
(a) Souchet a fait, dans ce passage, une confusion entre les différents seigneurs de Courville. Comme on le voit par Tacte de janvier 1236, cité plus bas par Souchet, Marie épousa Robert, et non Yves de Vieuxpont, et ce fut du chef de son oncle Yves, et non de celui de son père, qu'Yves le jeune devint seigneur de Courville. (Arch. d'Eure-et-Loir, fonds du prieuré de Ckuis7us.)
seigneur de la Ferté, confirment au prieur dudiet Chuisne le droict d'usage qui luy avoit esté donné par Ives de Vieupont, son oncle, Robert, leur père, et Guillaume, leur frère, par lettres dactées du moys de janvier 1236. Il mourut de peste en Cypre (1248), d*où il fut rapporté à Vendosme (1).
PIERRE, fils dudiet Jean, fut comte de Vendosme après son père. Cela se justifie par un tiltre du prieuré de Saint-Martin de Lavardin, dépendant de Marmoustier, par lequel, en Tan 1243, il céda au prieur du lieu Teau du Loir, depuis les arches du pont jusqu'à la fonUinô de Saint-Symon ou Sigismond, avec le droict de pesche en icelle, affin de faire le service de Jean, son père, et le sien. Il avoit prins alliance en la maison de Mayenne, de laquelle vint Bouchard suivant, et Geoffroy, sire de la Ghartre-sur-Loir et de Lassay, aijisy qu'il appert par certaines lettres dattées du mercredy d'après la saint Martin d'hyver 1280, par lesquelles il consent que M** Jean de Vendosme, son nepveu, aye la justice dès le Vau-de-Lauvert jusques au Pont-de-Braye. Car si Jean suivant estoit son nepveu , il falloit que Geoffroy fust frère de Bouchard. Il y avoit encore un autre fijs qui s'appelloit Jean, avec lequel il fut pour Charles d'Anjou, roy de Naples, frère de S. Louis, roy de France, contre Manfroy, usurpateur du royaume dudiet Naples , ainsy que l'a remarqué Guillaume de Nangis en la vie dudiet S. Louis. En 1258, au mois de juillet, il transigea avec Charles, comte d'Anjou, pour la mouvance de Mondoubleau, qu'il maintenoit dépendre de luy, et laquelle il quitta audict comte moyennant mille livres que le roy luy paya, et moyennant lequel payement, la mouvance dudiet Mondoubleau demeura au Roy (2); lequel bailla en contreschange à Macé, évesque de Chartres, le fief des Roches, dictes pour ce sujet Les Roches-r Evesque , qui dépendoient du comte d'Anjou, pour estre tenu de luy à l'advenir par le comte de Vendosme et ses successeurs. Je croy qu'il ne vesquit guères depuis, d'autant que je* vois que, incontinent après,
BOUCHARD V estoit en possession du comté, dès l'an 1260, auquel il avoit espouzé Marguerite de Beaumont, fille de Richard et Mathilde. Après le décès d'icelle, il espouza une Marie, de laquelle je ne trouve que le nom. Il fut, comme nous l'avons
(i; Belleforest, lib. IV, ch. 3. — (2) Inventaire des tiltres du Roy.
remarqué cy-dessus, à la guerre de Naples avec Charles d'Anjou, et est appelé par Nangis miles audax et in armis strenuus, et servant le Pape contre les Gibelins. Voulant aller, en 1270, au voyage de la Terre-Sainte, il fit partage à ses enfants, et assigna pour domaine à Marie, sa femme, la terre de Montoire, le moulin de Lavardin et la forest dudict Montoire. Il trespassa en 1277, laissant de sadicte femme : Jean, qui fut comte de Vendosme; Bouchard, seigneur de Bonneval-sur-Braye, qui vivoit en 1339; Pierre, chanoine de Tours dès 1309; et Agnès, qui fut mariée avec M'* Bouchard, fils de M"* Barthélémy, qui a donné le nom à llsle-Bouchard, par contract de l'jan 1280 (1).
JEAN III succéda à son père, et espouza, en premières nopces, AHénôr, fille de M'* OUvier de Glisson, connestable de France; et en secondes, Aliénor de Montfort, fille de Phihppes, seigneur de la Ferté-Alès ( la Ferté-Aleps ), fils puisné de Simon de Montfort, le fléau des iVlbigeois, laquelle luy apporta la seigneurie de Fontenille avec autres, en Gascongne et Languedoc. De leur mariage sortirent : Bouchard, qui luy succéda au comté de Vendosme; Jean, qui fut seigneur de Fueillet; Pierre, seigneur de Castelnau en Narbonnois et Luzignan {Lésignan), Tolosecte et Coroillat audict pays; et Jeanne, femme de Henry de Sully, bouteiller de France. Il mourut en 1297, et elle en 1340 ou environ, trouvant qu*en 1335 elle bailla à M" Pierre de Vendosme, son fils, pour le droict qu'il avoit en la comté de Vendosme, ladicte seigneurie de Castelneau en Narbonnois.
BOUCHARD VI espouza Alix de Bretagne, troisième fille d'Arthur de Bretagne et d'Iolande de Dreux, en Tan 1320, et en eut Jean qui lui succéda, et AJiénor, espouze de Roger-Bernard, comte de Périgord; et Jeanne, dame de Bétancour, femme de Foulques de Valaines, qui décéda sans enfants en 1396, le 29 novembre. Du Tillet dict que ceste Alix de Bretagne estoit veufve de Jean de Chastillon, comte de Blois; en quoy il s'est trompé, prenant ceste Alix pour une autre de mesme nom, qui estoit fille aisnée de Jean l" du nom, duc de Bretagne, et de Blanche de Navarre, sa femme; laquelle décéda en 1288, et fut enterrée en l'abbaye de laGuiche, près Blois, où ceste-cy mourut seulement en 1369, et fut inhumée en l'église des frères
0) Invent, des tiltres du Roy (soubz Vendos., nombre 6). 0 1. i
Prescheui"» du Mans, ainsy qu'elle l'avoit ordonné. Pom- le comte Bouchard, il trespassa vers Tan 1347. Elle estoit dame de Fireillet, que son mari bailla à Jean, son frère; pour récompense de (luoy, Jean, comte de Yendosme, son fils, luy délaissa le chasteau et chastellenie de Montoire.
J EAN IV, comte de Vendosme, espouza , le 8 mars 1 344 , Jeanne de Ponthieu, dame d'Espemon , fille puisnée de Jean de Ponthieu, comte d'Aumale, et de Catherine d'Artois, de laquelle il eut: Bouchard suivant, Simon, seigneur de Bonneval-sur-Braye, lequel décéda sans enfants de Jeanne de Montbazon, sa fenmae ( 1 ) ; et Catherine, femme de AP* Jean de Bqurbon, qu'elle espouza, le 28 septembre 1364. Ce Jean, comte de Vendosme, fut envoyé par le roy, en 1356, par devers Charles d'Evreux, roy de Navarre, pour la réparation du meurtre commis en la personne de Charles d'Espagne, connestable de France. Il se trouva à la bataille de Poictiers, et décéda environ en 1364, veu que je trouve que ladicte Jeanne de Ponthieu se disoit veufve en ladicte année. Elle décéda en 1376, le 30 may.
BOUCHARD VII, comte de Vendosme et de Castres, succéda à son père, et espouza Catherine ( Isabelle ) de Bourbon , fiUe aisnée de Jacques de Bourbon, comte de la Marche, connestable de France, et de Jeanne de Ghastillon, sa femme; de ce mariage vint une seule fille, nommée
JEANNE, laquelle, estant décédée, sans avoir esté mariée, laissa tous ses grands biens à sa tante Catherine de Vendosme, qui avoit, comme dict est, espouzé Jean de Bourbon, comte de la Maixhe, lils piiisné de Jacques de Bourbon, connestable de France, et de Jeanne de Chastillon, sa femme; de laquelle il eut Jacques de Bourbon , comte de la Marche , puis roy de Naples et de Hongi'ie , par son mariage avec Jeanne de Naples, deuxième du nom, fille de Charles de Duras, roy de Naples et de Hongrie, et de Marguerite de Sicile, sœur de Ladislas, roydudict dernier royaume. Néamoins, soit qu'il fut rassasié des mtrigues de la Cour, ou qu'il fust meu de dévotion , il print l'habit du tiersordre de S. François à Besançon, et mourut en i€elui, fan 1438, et fut inhumé audict lieu (2). Dès 1386, ses père et mère luy avoient baillé en partage, comme à leur fils aisné, les
(l) Reg. du Parlement, 1376. — (2) Invent. de Vend., n" 19, art. 37.
comtés de la Marche et de Castres, les terres de Liize et autres; et, en 1403, firent partage soubz le scel du Chastelet de Paiis avec ledict seigneur et à Mesdemoiselles Marie et Ghaiiotte de Bom'bon, leurs filles. Louis de Bourbon, second fils, eut le comté de Vendosme et la seigneurie d'Espernon, les terres du Val-de-Preaux et autres. Jean de Bourbon, dernier fils, eut les seignemies de TEscluse et de Garency avec toutes les terres que ses père et mère avoient en Picardie. A Annette , leur fille aisnée , qui fut comtesse de Montpensier, escheut la terre de Cailly et autres en Nonnandie et dix mille livres une fois payées. Marie fut dame de Bethencom- par donation que luy en ht sa mère à Vendosme , ainsy qu'il se veoid dans Textraict de Finventaire des lettres de partages faicts entre les comtes et les comtesses de Vendosme et leurs cohéritiei's, etc. ( 1 ) Et Charlotte espouza, en 1 408 , Janus ( Jean II) , roy de Hiérusalem , Cypre et Arménie, fils aisné du roy Jacques, premier du nom. Charles VI, roy de France, M)n cousin et parein , luy donna la somme de soixante mille escus d'or à 18 sols pièce, en favem* dudict mariage. Jean de Bourbon décéda seulement en 1403, d'autant que, comme il se veoid dans i'inventaii'e cy- dessus (nombre 10), il fit partage à ses enfants, et, au nombre onze, que, le 3 septembre audict an 1403, Louis, roy de Hiérusalem et de Sicile et duc d'Anjou, receut en foy M^ Louis de Bourbon, pour raison du comté de Vendosme, tenu en hommage-lige dudict roy, duc d'Anjou, du consentement de Madame Catherine de Vendosme, sa mère, à la charge qu'il porteroit les armes escartelées de Bourbon et Vendosme, qui sont : Au premier et quatrième quartier semé de France, au bouton de gueules brisé de trois lions d'argent, et au deuxième et troisième d*argent, au chef de gueules; et sur le tout un lion d'azur couronné et lampassé d'or, brisé dans l'espaule d'une fleur de lis d'or; d'où il se peut recueilUi* que ledict seignem*, comte de la Marche et Vendosme , mouioit audict an 1 403 , et ainsy, que ce
LOUIS DE BOURBON , comte de Vendosme et de Chartres (Castres), seigneur d'Espernon et Mondoubleau, put prendre possession en ceste année-là. Il fut marié deux fois, premièrement à Blanche de Roucy, fiUe de Hugues, comte de Roucy, et
(1) Inveiit., nomb. '24, ut suprà.
Blanche de Coucy, sa femme; duquel mariage ne sortirent d'enfants. Du second, qui fut avec Jeanne de Laval, fille aisnée de Jean de Montfort, qui print le nom de Guy XIII, sire de Laval, et d'Anne, héritière dudict Laval, il eut Jean de Bourbon, qui lui succéda, et une fille qui mourut sans avoir esté mariée. Il eut aussy im bastard, nonuné Jean, qui fut seigneur de Préaux et Vançay. Louis décéda, en 1447, fort aagé, et sa fenune en 1468, le 18 de décembre, au chasteau de Lavardin, d'où son corps fut porté à Vendosme, où il fut inhumé en la chapelle de Nostre- Dame de l'église de Saint-Georges, près le feu comte, son mary.
JEAN DE BOURBON V« du nom , comte de Vendosme, seigneur d'Esperuon, Mondoubleau, du Tail {le Theil) et Regmalard, espouza, dès 1446, Isabeau de Beauveau, fille unique et héritière de Louis, seigneur de Beauveau en Anjou, de Champigny en Touraine, et de la Roche-sur- Yon en Poictou, séneschal d'Anjou et de Provence, et de Marguerite de Ghambley, sa première femme. Il décéda en 1477, laissant, de sadicte fenune : François de Bourbon, comte de Vendosme et de Saint-Paul; Louis de Bourbon, prince de la Roche -sur -Yon, dont sont venus les princes de Montpensier; Jeanne de Bourbon, joincte par mariage au duc de Bourbon ; Catherine , dame de Curton ; Jeanne, dame de Joyeuse; Charlotte, comtesse de Nevers; Renée, abbesse de Saintes, puis de la Trinité de Caen , et enfin de Fontevrauld; Isabeau, abbesse de la Trinité de Caen , après sa sœur. Il eut aussy deux bastards, Louis, évesque d'Avranches, et Jacques, seigneur de Bonneval.
FRANÇOIS, outre qu'il fut comte de Vendosme, le fut aussy de Conversan, de Saint-Paul, de Marie et de Soissons, vicomte de Meaux, seigneur de Champigny, d'Espernon, de Gravelingue, Dunquerke, Ham, la Roche-Bohain et Beaurevoir, et chastelain de l'Isle. Il espouza, au mois de mars 1488, dame Marie de Luxembourg, fille aisnée de Pierre de Luxembourg, deuxième du nom, comte de Saint-Paul et de Brienne, et de Marguerite de Savoye. Elle avoit espouzé en premières nopces Jaques de Savoye, comte de Romond, duquel elle n'eut d'enfants; et dudict François, eut : Charles de Bourbon; Jaques, mort jeune; Louis, cardinal, archevesque de Sens; François, comte de Saint- Paul et duc d'Estouteville; Antoinette, duchesse de Guise; et Louise, abbesse de Fontevrauld. Il dédéda à Versel {Verceil)^
en Piedmont, le 2 d'octobre 1495, d'où il fut rapporté inhumer à Saint-Georges de Vendosme. Sa veufve luy survesquit et mourut seulement le premier jour d'aoust 1545, et fut inhimiée audict Saint-Georges, près de son mary, et son cœur à Cercamp, abbaye en Arthois , ou à Laon , d'où Louis , cardinal de Bourbon, son fils, estoit lors évesque.
CHARLES succéda à son père en la pluspart de ses seigneuries, et principalement de Vendosme, qui fut érigé en sa favexu* en duché et pairie, par le roy François I , qui luy donna la Ueutenance-générale et gouvernement de Paris et del'Isle-de-France. n espouza, le 18 mai 1513, Françoise d'Alençon , duchesse de Beaumont, fille aisnéede René, duc d'Alençon, et de Marguerite de Lorraine. Elle avoit espouzé en premières nopces François d'Orléans H, comte de Dunois et premier duc de Longueville. Elle eut de son second mariage plusieurs enfants : Louis de Bourbon, comte de Marie, qui mourut âgé d'environ trois ans, au chasteau de Vendosme, le 7 apvril 1517; Antoine de Bourbon, comte de Marie, puis duc de Vendosme et de Beaumont, et enfin roy de Navarre; François, duc d'Anguien; Louis, décédé enfant en 1525; Charles, cardinal de Bourbon, archevesque de Rouen; Jean, comte d'Anguien {de Soissons); Louis, prince de Condé; Marie, qui mourut sans estre mariée (1538); Marguerite, femme de François de Clèves, premier duc de Nivemois; Magdeleine, qui fut abbesse de Sainte-Croix de Poictiers; Catherine, abbesse de Nostre-Dame de Soissons; Renée, abbesse de Chelles; et Léonor, abbesse de Fontevrauld. H décéda, le 25 mars 1538; elle, le 4 septembre 1550.
ANTOINE fut duc de Vendosme après son père; il espouza Jeanne, fille imique et présomptive héritière de Henry d'Albret, roy de Navarre, prince souverain de Béam, etc., et de Marguerite de Valois, duchesse de Berry et douairière d'Alençon, en 1548, le 20 octobre. Leurs enfants furent : Henry, duc de Beaumont, qui mourut aagé d'environ deux ans, en 1553; Henry le Grand, roy de Navarre, puis de France; Louis-Charles, mort jeune; Magdaleine, qui décéda aussy jeune; Catherine, mariée avec le duc de Bar; et Charles, fils naturel, premièrement évesque de Lectoure, et après archevesque de Rouen, devant lequel, Antoine fut blessé, dont il mourut, le 17 novembre 1562. Quant à elle, elle décéda à Paris, le 9 juin 1572, et voulut que son corps fust
porté inhumer à Lescar en Béarn, où elle gist avec son père.
HENRY II, roy de Navarre, son fils, fut duc de Vendosme après luy, ayant eu de Gabrielle d'Estrées, duchesse de Beaufort, un fils naturel, nommé César, qui nasquit à Coucy, au mois de juin 1594. Il luy donna ce duché de Vendosme, dont il jouit encores à présent. Il espouza, du Aivant de son père, Françoise de Lorraine, fille unique de Philippes-Emanuel de Lorraine, duc de Mercœur et de Ponthieu, pair de France, et de Marguerite, fille de Sébastian de Luxembourg, duc de Martigues, d'où sont issus Louis de Vendosme, duc de Mercœur; François, duc de Beaufort; et Isabel, espouze du duc de Nemours.
Voilà ce que j'avois à dire des Comtes de Vendosme le plus briefvement que j'ay peu. Je ne parle i)oint des cMets ou puisnés de ceste maison, seigneurs de la Chartre, d'où sont sortis nos vidâmes de Chartres, réservant d'en parler en un chapitre à ])art.
Cesle comté de Vendosme fut éiigée en duché, comme dict est, par le roy François I, à son nouvel advenement à la coulonne de France, le 14 mars 151 i, en faveur dudict Charles, (jui en fut le dernier comte et le premier duc. Pour ce faire on y joignit les chastellenies de Saint -Calais, Montoire, Laveixiin, Mondoubleau, Trou{Trôo), les Roches-VEvesque et Bonneval-sur- Braye, dépendant du Mayneet d'Anjou; lesquelles, depuis ceste érection, ont toujours esté subjetes au Lieutenant-général de Vendosme, lequel, par appel, congnoissoit des différends des habitants des lieux, dont y a deux règlements faicts entre ledict Lieutenant-général et les juges subalternes d'iceux ; l'un en 1 5 1 1 , par Marie de Luxembourg, mère de Charles de Bourbon, premier duc; l'autre i3ar ledict de Bourbon, le 16 juin 1524. C'est pom'quoy lesdictes chastellenies ne sont point tenues aux charges extraordinaires desdicts Mayne et Anjou, ainsy qu'il fut jugé pai* arrest du Parlement de Paris, le 9 janvier 1570. Néamoins la cour des Aydes appointa, le 8 febvrier 1572, une cause qui estoit sur un pareil différend. Les autres appellations se relevèrent aux Grands-Jouj's de Vendosme, ainsy que l'a remarqué Chopin sur la c(mstume d'Anjou (1).
Dans l'église do l'abbaye de la Trinité de Vendosme, se void
M) (lliop., fn consuel. And., \\h. I, rli. ()5.
ceste larme qui tomba des yeux du fils de Dieu, lorsqu'il pleura sur le tombeau du Lazare, laquelle Geoffroy, fondateur d'icelle abbaye, avoit apportée du Levant. Elle est enclose dans un petit vase de cr^^stal, tout d'une pièce, si artistement élabouré qu'on ne peut y veoir aucune souldure, ny l'endroit par lequel on y aye peu faire entrer ceste précieuse relique, laquelle est en un mouvement continuel. Pour la révérence de ce sainct reliquaire, on faict chacun an la solemnitéde la Résurrection du Lazare, le vendredy d'après le dimanche de la Passion, auquel jour les religieux font une procession générale en laquelle îissiste un criminel du pays, qui est délivré à cest effet, nud en chemise et la corde au col, portant un cierge en ses mains. Ce privilège a esté donne auxdicts religieux par Louis, comte de Vendosme, en suite d'un vœu qu'il fit, estant prisonnier en Angleterre; auquel ils ont esté maintenus par plusieurs arrests du Parlement de Paris.
Les abbés de ceste abbaye ont un autre beau privilège, qui est de prendre la qualité de cardinaux de S. Prisce, et de dépendre immédiatement du Saint-Siège; qui leur fut donné pai* Alexandre II, en 1063, et leur a esté confirmé par plusieurs Papes, ses successeurs, de quoy nous pourrons dire quelque chose, quand nous parlerons de la fondation de ce monastère, plus amplement en son heu(l).
Vers Tan 1188, Vendosme ayant esté surprins par Henry II, rjy d'Angleterre, il le donna à Robert, comte de Mulanc, son parent et partisan. De quoy Philippes Auguste, picqué, s'en alla avec ime armée pour luy enlever. S'estant présenté devant Vendosme, les habitants refusèrent de luy ouvrir lem^s portes, ce qui l'irrita encores davantage; pourquoy il luy fit livrer un assaut, la força et brusla, et rendit la seigneurie à Jean II, comte de Vendosme, son vrai et naturel seigneur, et donna tellement la chasse à Henry et Richard, son fils, qu'il les contraignit se renfermer dans la Normandie.
Le duc a ses officiers en ceste ville, à sçavoir : un Bailli, Lieutenant-général et particulier, un procureur-fiscal et greffier. Il y a de plus, pour le Roy, une Élection et un Grenier-à-sel , aux offices desquels le duc de Vendosme nomme (par lettres du roy
(I) Voy. liv. IV, c'h. 1
Louis XII , du 6 aoust 1 500 , et de François I , du 28 juillet 1515); il y a aussy des sergents pour le baillage , n'estant permis aux sergents-royaux d'exploiter dans iceluy, ni dans le Vendosmois; par arrest du 15 juin 1585 (1).
Entre les archidiacres de Téglise de Chartres, le sixième prend la qualité d''archidiacre de Yendosme , qui a audict heu un Officiai, \ice-gérent, promoteur, greffier et appariteur, pour rendre justice aux ecclésiastiques en ce qui dépend du diocèse de Chartres dans le Vendosmois; Montoire, Laverdhi et Saint- Calais , estant dans Tarchidiaconé du Loir en l'église du Mans. En 1643, le 5 may, M. Antoine Le Maire, archidiacre dudict Vendosme et l'un des grands-vicaires du diocèse de Chartres, le siège Episcopal vacant, fit la translation des corps de S. Agil, Gilderic et Merald, abbés, des vieilles châsses de bois, ésquelles estoient leurs ossements dès l'an 1288, en autres neufves de mesme matière, qui avoient esté préparées à cest effect par les chanoines et chapitre de Saint-Georges de ladicte ville, qui les conservent et révèrent de longtemps en leur égUse; présents à ceste cérémonie : M'" Vincent Hemon, doyen; Antoine Hemon^ thrésaurier; Antoine Lefebvre, chantre; Michel du Pont, prévost; Robert Gaing, soubz-chantre; et autres chanoines, bénéficiers et officiers, sçavoir : M"^' Philippes Cadot, lieutenantgénéral, Michel du Pont, lieutenant-pai1;iculier; Michel Laboureau, advocat-ûscal; Philippes Lefebvre, procureur-fiscal; Ives Henriau et Charles Bernier, esche\ins, et plusieurs autres, tant laïcs qu'ecclésiastiques.
Outre les églises de la Trinité et de Saint-Georges , il y a les parroisses de Saint -Martin et la Magdaleine, qui sont dans la ville ; il y a encores celles de Saint-Bienheuré , qui est au faubourg, les Cordehers et Capuchins avec des Ureuhnes et reUgieuses du Calvaire. Il y avoit un hospital, qu'on a prins pour establir lui collège soubz la conduite des Pères de l'Oratoire. 11 est sorty de ceste ville quelques gens doctes, comme Matthieu de Vendosme, abbé de Saint-Denys en France; Geoffroy, abbé dudict Vendosme; S. Arnould, moyne dudict lieu, soubz l'abbé Oldoric, évesque de Gap, par l'institution d'Alexandre II, pape; Jacques Aluet, qui a escript un hvre de Poèmes, dédié au car-
(I) Voy. Chopin, ut sup.y p. 586.
dinal du Bellay; Claude de Regny , de chevcier de Saint-Georges de Vendosme, évesque d'Oléron, et plusieurs autres. Et combien que mon dessain soit de parler seulement de ceux du diocèse, je ferois conscience de passer soubz silence Pierre de Ronsard, prince des poètes françois, issu d'une noble famille du Vendosmois; ayant eu mesmement Charles de Ronsard, son frère , prévost en l'église de Chartres et prieur de Saint-Martûiau-Val dudict Chartres. Je n'oubUeray en dernier heu dire de ceste \dlle de Vendosme qu'il s'y faict un grand débit de gands, desquels il s'en trouve de si délicatement travaillés, que la paire est renfermée dans les coques d'ime noix.
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