‹ Histoire du diocèse et de la ville de ChartresChapitre 11 sur 71 · CHAPITRE VllI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VllI

Description du Dunois et des singularités qui se retrouvent en Vestendue dHceluy.

EN suitte du Vendosmois vient le Dmiois, lequel, combien qu'il soit de l'ancienne contribution de Chartres, est néamoins du bailUage de Blois.

La principale ville de ceste province est Chasteaudun , jadis appelée Rube clara, par une corruption de langage, ou par une meta thèse, ou transposition de lettres, au lieu de Urhs clora, ou Rupes Clara j corome qui diroit Roche claire, d'autant que ceste ville estant sur un heurt, ainsy que le mot dun le signifie, qui, en ancien gaulois, est autant que prominence, roc, montagne, élévation , elle est veue de loing en temps calme et serain ; ou bien, connue quelques-uns le disent, à cause qu'il ne se passe jour que le soleil ne l'esclaire et ne s'y fasse veoir, tout ainsy que le poète lyrique appelle Rhodes, la Claire, pour ce que ce bel astre y faisoit veoir sa lumière tous les jours.

De ses tours et clochers l'on peut découvrir jusques neuf à dix heues, et tant que la veue peut s'estendre. Elle a son chasteau assis sur un roc pendant, fort bien percé et bâty et avec

un tel artifice qu'il semble y estre attaché comme un nid d'hirondelle. Il a esté constniit depuis que la seigneurie de ceste ville et province est tombée en la maison de Longueville, pai* le soin de Jean d'Orléans, cardinal de Saint-Martin-des-Monts, archevesque de Tolose et administratem^ d'Orléans; lequel, après le déceds de François, duc de Longueville, son frère, et la prison de Louis, duc d'Orléans, son autre frère, se retira à Chasteaudmi avec deux de ses neveux, mineurs dudict François, qui l'avoit nommé leur tuteur, et piint plaisir à faire bâtir ceste maison.

La ville a esté autrefois plus grande qu'elle n'est, le malheur des guerres l'aiant rétrécie, comme on le veoid de présent. Son accès est de tous côtés fort difficile et pénible, estant sur mie montagne où il faut monter de toutes parts.

Le païs est plus large que long, aiant pour limites l'Orléanois au levant, le Vendosmois et le Maine au couchant, les Chartrains et Percherons au septentrion , et les confins du Blésois au midy. Son élévation est de 48 degrés de la ligne équinoctiale; et lorsque ce païs estoit soubz les comtes de Chartres et de Blois, ils y tenoient un vicomte pour eux, pour y rendre la justice; lequel, comme les comtes, print l'épée pour la plume, et se rendit seigneur du païs. Je trouve toutefois que, dès le temps de Gontran, roi d'Orléans (1), soubz lequel estoit Chasteaudim, il y avoit im comte particulier audict lieu.

Le premier que je trouve qualifié vicomte de Chasteaudun , est un certain Rampon, du temps de Thibault le Tricheur, comte de Chartres, et soubz l'an 23 du règne de Lothaire, roi de France, qui revient à Tan 978, ce qui se veoid par un tiltre de l'abbaye de Bonneval, au diocèse de Chartres : et de lui sont descendus tous les vicomtes de Chasteaudun et comtes du Perche, qui ont esté du depuis; cai*, comme il se peut veoir par ledict filtre,

OEOFROY, que j'estime estre fils de Rampon, luy succéda et espouza une Hermengarde, de laquelle il eut trois enfans : Hugues, Geofroy et Rotrou.

HUGUES, qui vivoit en 998 et 1004, espouza Hfidegarde, veufve d'Ernaud, seigneur de la Ferté, dite du depuis au Vidame,

(1) (irejx. Tur., Gesta Franc, lib. VU, cli. 29.

à cause que les vidâmes de Chartres en furent seigneurs; de laquelle il eut

GEOFROY II, qui vivoit en 1028, du tems du roy Robert II. n estoit frère utérin de Hugues de la Ferté, chanoine de Chartres, et depuis archevesque de Tours, et de Guillaume, seigneur dudict lieu de la Ferté. Il espouza une MéUsende, ainsy qu'il se veoid dans le Garlulaire de Saint-Père-de-Chartres, au titre de la donation que ceste dame fait audit monastère de son fief de Beaumont, de laquelle il eut

GEOFROY III, qui, par ledit titre, est dit neveu dudit archevesque de Tours ; il succéda à son père es comté du Perche et vicomte de Chasteaudun, et espouza une nommée Elvise ou Eluse et Helvise, ainsy qu'il se lit dans le Cartulaire du Doyenné de Saint-Denys de Nogent-le-Rotrou, dans l'acte de fondation dlcelui, fait par ledit Geofroy et elle; dans lequel est aussy fait mention du priem-é du Sépulchre de Chasteaudun, fondé par le mesme Geofroy. D'eux vindrent deux masles, Rotrou et Hugues, qui sont signés dans ledit acte; et par un titre concernant le prieuré de Verdois, (jui se trouve dans le Cartulaire de l'abbaye de Josaphat, d'où il dépend, Hugues est dit fils de Geofroy et d'Hehise. Rotrou fut comte du Perche , duquel je ne parleray point maintenant, réservant de le faire au chapitre suivant.

HUGUES II fut \icomte de Chasteaudun, ainsy qu'il se justifie par certain titre du roy Louis le Jeune, dans le Cartulaire de l'abbaye de Bonneval, en date.de l'an 1110; et par autre de ladite abbaye de Saint-Pierre-en-Vallée de Chartres, touchant la remise que Nivelon, vidame de Chai'tres, faict aux religieux d'icelle du droit et coutumes qu'il prétendoit avoir en la terre d'Emprain ville, dans la paroisse de Damnemarie en Beaulse. Il espouza la sœur dudit Nivelon , ainsy qu'il appert par le mesme titre, laquelle s'appeloit Amicie, par l'ancien Nécrologe de l'égUse de Chartres, aux ides de janvier; lequel lui donne pour fils

ROTROU, de la femme duquel je ne trouve point le nom : je croy pom-tant qu'elle estoit ûlle de Guérin de Domfront, pour ce qii'Ordéric Vital, dans le commencement du XII P livre de son histoire, dit que ce Guérin estoit bisaïeul de Rotrou, fils de Godefroy suivant; et ainsy la fille de ce Guérin pouvoit estre femme de ce Rotrou, et estoit de ce costé-là (jue venoit la

parenté de Rotroii et de Robert de Belesme, qui s'entrefireiit tant la guerre pour ce qui leur estoit écheu de la succession dudit Guérin , ainsy qu'il se peut veoir dans ledit Orderic. Je trouve plusieurs enfants sortis de luy, partie desquels sont dénonunés dans le Cartulaire de Saint-Denys de Nogent-le-Rotrou, sçavoir : Geofroy, Hugues, Rotrou et Fulcois; partie dans celuy de Tyron (1), qui sont : Helvise, Habert, Béatrix qui fut mariée avec Regnaud de Chasteau-Gontier, et Aupech, c'est-à-dire Espérance. Geofroy fut comte de Mortagne au Perche, Rotrou fut seigneur de Montfort-le-Rotrou au Maine ; de Fulcois et des autres je n'en trouve que les noms.

HUGUES III eut, pour son partage, la vicomte de Ghasteaudun et de Mondoubleau, et espouza une nommée Marguerite, de laquelle il eut Payen, Geofroy et Hugues. Cela se veoid par un titre des Hospitaliers de Sours, près Chartres (2), pour la maison du Temple de Saint-Calais, où ladicte femme et ses enfants sont nommés; et encores par un titre de Geofroy suivant, de Tan 1205, concernant la ferme du Temple, près Mondoubleau, où ce Geofroy est dit fils de Hugues. Quant à Payen, il fut seigneur de Mondoubleau et vivoit en 11 90, ainsy qu'il appert par un titre desmesmes Hospitaliers. J'estime qu'il décéda sans hoirs, veu que, dès 1202, Geofroy prenoit la qualité de seigneur de Mondoubleau, et donna avec Geofroy, son fils, la justice et seigneurie de Gormont aux religieux de la Magdaleine de Ghasteaudun; et, en 1205, il transigea avec Jean, comte de Vendosme, et rescongneut que la tour, chasteau et ville de Mondoubleau estoit du fief-hge du comté de Vendosme, et qu'à raison de ce, il estoit son homme, et qu'il devoit luy en faire foy et honmiage- Uge, pour raison du bourg et du fief de Saiiit-Médard, la seigneurie duquel, Geofroy et Helvise (qu'autres appellent Louise) donnèrent ausdicts -religieux; et aussy foy et honunage pour raison de la seigneurie de Saint-Calais; et encores, en 1238, que ledit Geofroy récompensa les religieux de Saint- Vincent du Mans, à cause de la démolition par luy faicte de l'égUse et prieuré de Mondoubleau, à cause qu'ils nuisoient à son chasteau dudit lieu; et étant ainsy, on peut dire que

GEOFROY IV fut vicomte de Chasteaudun et seigneur de

(!) Cart. Tyronen.j fol. 32, cap. 132. — (2) Cart. domus hospU. Surd.

Mondoubleau après Hugues, son père. Cela se recongnoist par certaines lettres de l'an 1205 (1), qu'il donna aux Templiers, près Mondoubleau, où il est dit que sa femme avoit nom Alix, son père Hugues, et son fils Geofroy ; et par d'autres lettres de la mesme année, il recongnoist que lesdits Templiers avoient un bois en la forest du Bouchet pour leur usage, du consentement d'Alix, sa femme, qui, par recepte de l'Inventaire des titres du Roy (2), est appelée Alix d'Estreteval, de Geofroy, Alix et Isabelle, ses enfans.

GEOFROY V succéda à son père en ses seigneuries. 11 espouza Clémence, fille de Guillaume des Roches, sénéchal d'Anjou, et de Marguerite de Sablé, veufve de Thibaud, dernier comte de Blois, dame du Chasteau-du-Loir, Maiet, Suze et Luplande, ainsy qu'il se lit dans les lettres du partage, que ledict des Roches, allant contre les Albigeois, en 1218, en fit à Jeanne, son aisnée, et à ceste Clémence.

Par un titre de l'abbaye de Vendosme, touchant le prieuré de Monfeillet, du 3 janvier 1230 , il se veoid que elle avoit esté comtesse de Blois, et par le livre intitulé Champagne et Bne, qui se trouve manuscript en la bibliothèque de M. de Thou, il se Ut qu'en la mesme année ils rendirent ce qu'ils prétendoient en la comté du Perche de la succession de Guillaume, évesque de Châlons, dernier comte dudit pais, à James ou Jacques de Chasteau-Gontier, l'un de leurs co-héritiers. De leur mariage ne sortit qu'une fille qui leur succéda audit \icomté de Chasteaudun et en ses autres biens , et avoit nom

CLÉMENCE, qui fut mariée avec Robert, frère de Jean I, comte de Dreux, duquel elle eut une fille, nommée

ALIX, qui espouza, en premières nopces, Raoul de Clermont, sire de Nesle, connestable de France, qui mourut en la bataille de Courtray ; et depuis , en deuxièsme lit , Guillaume , frère de Robert de Béthune, comte de Flandres. Je ne sçai si elle avoit esté maiiée davantages; mais je trouve, en 1226 (3), qu'un Jean de Beaumont prenoit la quahté de vicomte de Chasteaudun. Ce fut contre ceste fille qu'Alix, dame d'Estoute ville, plaida pour avoir ce qu'elle prétendoit lui appartenir en la vicomte de Dunois;

(1) Cari, domus hospit, Surd. — (2) Laiette VI de Champagne, nomb. 57, 58 et 59. ■— (3) Invent, des tiltres du Roy (soubz Craon, n* 4).

car, comme il est porté par l'arrest qu'elle obtint (1) pour raison de ce, étant demeurée en bas aage, Geofroy, son frère, qui en avoit la garde, la maria au Levant, d'où, après la mort de son mary, étant de retour en France , elle poursuivit les héritiers de son frère , pour luy faire délivrance de la portion qui pouvoit luy compéter en la succession de ses père et mère. 11 y en a qui écrivent que ce Guillaume de Flandres, seigneur de Terremonde, n*espouza pas la veuve de Roi de Clermont, mais Alix, leur fille aisnée, de laquelle il eut Jean de Flandres, dit de Ncsle, à cause qu'il en fut seigneur, et de Terremonde; Guillaume de Flandres, sire de Berghes, Nieuport et Douze; et Guy de Flandres (2) ; lesquels deux derniers moururent sans lignées. Ils eurent aussi trois filles : l'aisnée fut Marie, fenune du comte de Boulongne; Isabeau, dame de Brians, qui décéda sans hoirs, après son frère Jean; pourquoy Marie, comtesse de Boulongne, fut aussy comtesse de Blois , représentation n'ayant lieu , par la coutume du pais, en ligne collatérale. La dernière fut Jeanne de Flandres, laquelle décéda aussi sans enfans.

JEAN DE FLANDRES espouza Béatrix de Saint-Pol, de laquelle il eut : Jean, qui mourut sans lignée; Marie, dame de Nesle et de Terremonde, qui espouza Enguerrand ou Ingelger d'Amboise, qui, en 1334, étoit, à cause d'elle, seigneur de Mondoubleau et d'Amboise, d'où vint Jean d'Amboise, duquel et de Jeanne de Touars sortirent Pierre, seigneur d'Amboise, vicomte de Touars, et Ingelger d'Amboise, 11^ du nom, qui laissa Louis d'Amboise , son fils, aussi \icomte de Touars, père de Françoise, duchesse de Bretagne, et de Marguerite, dame de la Trémouille.

BÉATRIX, deuxième fille de Jean de Flandres, et de Béatrix de Saint-Pol, fut mariée avec Guillaume de Craon, dit le Grand, seigneur de Sablé et vicomte de Ghasteaudun, à cause d'elle, et seigneur de la Ferté-Besnard et de Saint- Aignan, qui fut père de Guillaume, Pierre, Jean, Gui, Marie et Béatrix.

GUILLAUME IP du nom fut vicomte de Ghasteaudmi, seigneur de Moncontour et de Marnes. Pierre eut la Ferté-Besnard et espouza Jeanne de Chaslillon, dame de Rozay en Tierache, fille de Gaucher de Châtillon , vidame en Laonnois , et de Marie

(1) Du Tillet, en la branche de Dreux. — (2) Corneille, Martin, Sainte- Marthe, Oiulcrghest. Ch. 131 et 141.

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de Coucy(l). Ce fut luy qui blessa à Paris le connestable de Clisson, à cause de quoy la pluspart de ses biens furent confisqués; et n'eut qu un fils nommé Antoine. Jean ne fut archevesque de Reims, ainsy que Vécrivent les sieurs de Sainte- Marthe, mais neveu d'iceluy, et fut seigneur de Dommart et de la Beniadière, chambellan du roy Charles VI ; il fut marié avec Marie de ChâtiUon , sœur aisnée de ladite Jeanne, de laquelle il eut plusieui*s enfans. Gui, aussy chambellan du mesme roy, espouza Blanche de Baux, fille de Bertrand de Baux, duc d' Andrie et comte d'Avalon, veuve de Jean d'Anghien, comte de Liège, dont issit Catherme de Craon, mariée à Pierre d'Evreux, comte de Beaiunont; Marie espouza Hervé, sire de Mauny, chambellan dudit roy Charles VI , d'où sont sortis les sieurs de Mamiy. Et quant à Béatrix de Craon, elle fut mariée avec Bernard, seigneur de Maulevrier, d'où sont issus : Jean, seigneur de Maulevrier; Marie, femme de Jacques de Momberon; Béatrix, femme de Paien de Charnoses, chevalier, sire de Clinchamp; et Marguerite, espouze de Charles de Coesmes.

De ce Guillaume II, vicomte de Chasteaudun, et de Jeanne de Montbazon, sa femme, fille de Regnaud de Monlbazon et de Eustache d'Anthenaise, veuve de Simon de Vendosme, en 1374, issirent Guillaïune de Craon , troisième du nom , sieur de Montbazon et de Saint-Maure, lequel décéda sans enfans en 139G, et fut enterré aux Cordeliers de Tours. Jean de Craon fut marié avec Jaqueline, fille de Jean, seigneur de Montagu, vidame de Laon, et de JaqueUne de la Grange, en 1399. Il fut tué à la bataille d'Azincour, et ne laissa de postérité. Marguerite de Craon, femme de Guy de la Rochefoucaud, laquelle, par partage fait avec ses sœurs, le 13 mars 1419, eut les terres de Montbazon, Saint-Maure et Brandon, et eut de son maiy : Aimar de la Rochefoucaud, sieur de Montbazon, et Hector de la Rochefoucaud; Marie de Craon, dame de Précigny, Verneuil et Ferrières, fut accordée en 1396, avec Maurice de Mauvinet, chevalier, mais espouza du depuis Louis Chabot, seigneur du Petit- Chasteau et de la Grève, auquel elle apporta les terres et seigneuries de Moncontour, Marne, Monsoreau et Jamac- sur- Charente et plusieurs autres terres qui vindrent à leurs descen-

(1) Inventaire des tiltres du Roy (Layette de Craon, nomb. 13).

dants; l'aisné desquels, nommé Thibaud Chabot, fut seigneur de la Grève, Moncontour, Marge et Précigny; Regnaud Chabot fut seigneur de Jamac; Jeanne Chabot fut dame de Monsoreau, qu'elle porta à Jean de Chambar, son mari; d Anne Chabot, deuxièsme fille, je ne sçay que le nom; Isabeau, troisièsme fille, fut mariée à Guillaume Oudard, sieur de Verrières en Loudunois, duquel elle eut Pierre, seigneur dudit Verrières, qui espouza Louise de Longny ; et Guillemette^ fenune de Bertrand de la Jaille. Louise de Craon, quatrièsme fiUe, fut jointe par mariage à Miles de Hangest, dit Rabâche, fils de Jean, seigneur de Hangest et Aubrécour, auquel, par traité dudit mariage, fait le 27 septembre 1404 , elle porta 7,000 livres, et eut de lui Marie, dame d'Hangest et d' Aubrécour, qui espouza Beaudouin de Noielle, seigneur de Wathen, conseiller et chambellan du duc de Bourgongne, gouverneur de Péronne, Roie et Mondidier, qui mourut vers Tan 1464. La dernière des filles de ce Guillaume de Montbazon et de Jeanne, son espouze, fut Jeanne de Craon, de laquelle est fait mention dans le testament de sa mère, passé en 1344; par lequel, entre autres choses, elle luy donne son cercle d*or.

Ce fut ce Guillaume qui vendit sa vicomte de Chasteaudun à Louis, duc d'Orléans, qui le joignit au comté de Dunois et de Blois, qu'il avoit eus de Guy de Chastillon, par contrat du 23 mars 1391 ; celuy de la vendition de ladite vicomte fut passé le 13 octobre 1395. Quelques quarante-quatre ans après,

CHARLES, duc d'Orléans et de Valois, comte de Beaumont et seigneur de Coucy, fils dudit Louis et de Valentine de Milan, son espouze, échangea ledit comté de Dunois, avec Jean, son frère naturel, dit le Bâtard d'Orléans, pour les comtés de Vertus, chastel et chastellenie de Romorentin et MiUansay , qui luy avoient été assignés auparavant par ledit Charles, duc d'Orléans , qui les reprint. Cet échange fut fait et passé à Calais, le 21 juillet 1439, en faveur dudit Jean , par ledit Charles, et de ses hoirs descendants de sa chair en légitime mariage , pour les tenir de luy en foy et honunage à cause de sa comté de Blois , et en ressort et souveraineté dudit comté de Blois, comme les autres vassaux, à la charge que ledit Jean ne ses hoirs ne pourroient vendre ni aliéner aucune chose desdits comté et vicomte, ni appartenances et dépendances d'iceux ; avec retour à luy et aux

siens, au cas que ledit Jean et ses hoirs vinssent à décéder sans enfans de leur chair, procréés en légitime mariage; leur permettant seulement de les pouvoii' charger du douaire de leurs femmes-, ainsy qu'il est porté par le contract de donation cydessus.

JEAN en porta la foy audit Charles, duc d'Orléans, dès le mesme jouret aumesme lieu, et luy en fit hommage, ensemble des villes et chasteaux, terres et chastellenies de Chasteaudun, Fréteval, Marchesnoir, la Ferté-Villenueil, Frementeau et toutes les terres et seigneuries adjointes ausdits comté et vicomte, leurs appartenances et dépendances, et en fut mis en possession par Hue de Saint-Mars , gouverneur et hailly du comté de Blois, le 8 mars ensuivant. Depuis ce temps-là, toutes ces seigneuries sont demeurées en la maison et famille dudit Jean d'Orléans.

Il espouza en premières nopces la fille de Jean Louvet, Président de Provence, qui luy porta de grands biens; mais n'ayant eu lignée d'elle, il espouza en second lict Marie de Harcour, fille de Jacques de Harcour, comte de Tancarville et Montgommery, de l'ancienne maison de Harcour, et de Marguerite de MeluB, fille de Guillaume de Melun, et de Marie de Parthenay, à cause de laquelle les seigneuries de Parthenay, Vouvant et Mervant et autres vindrent en la maison de Longueville. Son trespas arriva Fan 1470, et fut inhumé à Cléry; et celuy de sa femme, en 1464. Leurs enfants furent : François d'Orléans, premier du nom, comte de Dunois et de Longueville; Jeanne, dame de Passavant, mariée à Louis de la Haye, seigneur dudict Passavant, fils de Jean de la Haye, et d'Isabeau de Blamont; Catherine d'Orléans, femme de Jean de Sarrebruche, comte de Roussy, fils puisné de Robert de Sarrebruche, damoyseau de Commercy, et de Jeanne, comtesse de Roussy, eut un seul enfant, qui mourut du vivant de son père, devant 1497, auquel an décéda ledict Jean de Sarrebruche à Montagu en Poictou.

FRANÇOIS D'ORLÉANS, seul masle desdicts Jean d'Orléans et Marie de Harcour, leur succéda. Dans le Thrésor des tiltres d'Alençon, soubz la cotte piv, il se trouve lettres du 9 novembre 1460, par lesquelles dame Catherine d'Alençon, duchesse de Bavières et comtesse de Mortaing, donne à damoiselle Catherine de Rohan, sa niepce, fiUe du vicomte de Rohan et de dame Marguerite de Lorraine, sa fenune, et à François,

fils du comte de Danois, en contemplation du mariage qui se debvoit faire d'eux deux, toutes les terres et seigneuries à elle appartenantes de la succession de ses père et mère. Je ne sçay si ce mariage se fit, d'autant que je trouve que ce François espouza, dès l'an 1466, Agnès de Savoye, belle-sœur du roy Louis XI, fiUe de Louis, duc de Savoye, et Aime de Cypre, de laquelle.il eut : François II* du nom, comte de Dunois et premier duc de LongueviUe; Louis d'Orléans, duc de Longueville après son frère, et Jean, cardinal, archevesque de Tolose et évesque d'Orléans.

FRANÇOIS II succéda à son père, et espouza dame Françoise d'Alençon, fille aisnée de René, duc d'Alençon, et Marguerite de Lorraine, de laquelle il eut une seule fille, nonunée Renée, qui mourut avant son père, en l'aage de sept ans seulement, laissant ses oncles pour héritiers, sçavoir : Louis et Jean.

LOUIS P% duc de Longueville, se disoit marquis de Rothelin et comte de Neufçhastel, à cause de Jeanne de Hochberg, dame desdicts lieux, de Sussemberg, Saint-Georges et Sainte-Croix; il fut aussy seigneur de Longny 'au Grand-Perche, par eschange qu'il en fit avec les terres de Hanat, Bures, Ache et Ënaberg en Hainault. Il mourut en 1518, laissant, de sadite femme: Claude d'Orléans, duc de Longueville, Louis d'Orléans, deuxiesme du nom, duc de Longueville; François d'Orléans, marquis de Rothelin, et Charlotte d'Orléans, qui fut conjoincte par mariage, en l'an 1528, avec Plulippes de Savoye, comte de Genevois, et depuis duc de Nemours, fils de PhiUppes, duc de Savoye.

CLAUDE D'ORLÉANS, fils aisné, fut tué d'un coup de mousquet, devant Pavie en 1525, sans avoir esté marié, et pour ce , sa succession vint à son frère,

LOUIS II, duc de Longueville et comte de Dunois, grand chambellan de France. Il espouza Marie de Lorraine, fille aisnée de Claude de Lorraine, duc de Guise, et d'Antoinette de Bourbon ; de laquelle il eut Louis, qui mounit à l'aage de huit ans, en la ville d'Amiens, en 1551 ; tellement que la duché de Longueville et comté de Dunois vindrent à

FRANÇOIS III , fils dudit Louis, premier du nom , marquis de Rothelin, comte de Neuchastel et Montgommery, vicomte de Melun, seigneur de Beaugency, Blandy et la Brosse d'AbbevDle, du Crotoy et de Montreuil-sur-la-mer , espouza, en 1535, Jaque-

Une, fille aisnée de Charles de Rohan, seigneur de Gié, et de Jeanne de Saint-Servoin, de laquelle il eut: Léonor d'Orléans, duc de Longueville, et Françoise d'Orléans, femme, en second lit, de Louis de Bourbon, prince de Gondé, et un fils naturel, nommé François d'Orléans, marquis de Rothelin, d*où sont descendus les marquis de Rothelin en France.

LEONOR FORLEANS, comte de Dunois, et duc de Longueville, d'Estouteville, marquis de Rothelin, prince de Ghastellaillon, comte de Neuchastel, et Tancarville et autres Heux. Il fut conjoinct par mariage avec Marie de Bourbon, comtesse de Saint-Paul et duchesse d'Estouteville, fiUe imique de François de Bourbon, comte de Saint-Paul, et d'Adrienne, duchesse d'Estouteville : ceste Marie estoit veufve de Jean de Bourbon, comte d'Anghien, qui fut tué à la bataille de Saint-Quentin, et encores de François de Glèves, deuxièsme du nom, duc de Nevers, quand elle espouza ce duc de Longueville , duquel elle eut: Henry, -duc de Longue\Tlle; François, comte de Saint-Paul, qui d*Anne de Caumont, eut Léonor, duc de Fronsac, lequel décéda sans être marié; Léonor, prince de Chastellaillon, décédé en jeunesse; Catherine et Marguerite ne voulurent estre mariées, et passèrent leur aage en œuvres et exercices de piété. La première fit venir les CarméUtes d'Espagne, et les mit au faubourg Saint- Jacques de Paris, au prieuré de Notre-Dame-des-Champs, dépendant de Mairemoustier, par le délais que luy en fit M"* François, cardinal de Joyeuse, abbé de ce monastère, et y sont inhmnées toutes deux; Antoinette fut joincte par mariage avec Charles de Gondy , marquis de Belisle, fils aisné d'Albert de Gondy , duc de Raiz, mareschal de France, et de Claude-Catherine de Clermont, qui la rendit mère de Henry de Gondy, duc de Raiz et de Beaupréau. Son mary estant mort en 1596, au Mont-de-Saint- Michel, elle se retira aux Fueillentines de Tolose en 1600, où elle demeura quelques temps avec grande édification jusques vers l'an 1610, que le pape Clément YIII luy enjoignit d'en sortir pour estre coadjutrice de madame Eléonor de Bourbon^ abbesse de Fontevrauld, laquelle estant décédée le 25 de mars 1611 , ceste vertueuse dame se retira à l'Encloistre-en-Gironde, au diocèse de Poictiers, monastère du mesme ordre, pour y com* mencer la réforme qu'elle y a establie, avec l'assistance du père Joseph du Tremblay, capuchin. Elle s'en alla du depuis à Poic-

tiers, Quelle fonda le monastère du Calvaire, dont elle a esté l'institutrice, auquel ayant rendu les derniers debvoirs à la nature, elle fut reportée en sa première retraictedes Fueillentines de Tolose, suivant qu'elle Tavoit ordonné. Léonor, sa dernière sœur, espouza à Rouen, en 1596, Charles de Matignon, comte de Torigny, fils de Jacques, seigneur de Matignon, mareschal de France, gouverneur pour le roy en Guyenne.

HENRY I", comte de Dunois et duc de Longueville, eut de grands biens : il espouza Catherine de Gonzague, fille de Louis de Gonzague de Clèves, duc de Nevers et Rethelois, et de Henriette de Clèves, de laquelle il eut un autre Henry, à présent vivant. Ayant esté commandé en 1595 par le roy Heniy le Grand, qui avoit déclaré la guerre à l'Espagnol, de faire la reveue de toutes les villes de son gouvernement de Picardie, conrnie il entroit dans Dourlans, un soldat deschargea fortuitement son arme, dans laquelle il y avoit une balle, qui donna dans la teste de ce seigneur, qui mourut de ce coup à Amiens, où il s'estoit faict transporter pour se faire panser, et fut apporté inhumer en la Sainte-Chapelle de Ghasteaudun , sépulchre commun de la famille des comtes de Dunois.

HENRY II, comte de Dunois, succéda luy seul aux grands biens de son père. Il espouza, en apvril 1617, Louise de Bourbon, fille aisnée de Charles de Bourbon, comte de Soissons, et d'Anne de Montafié; après le déceds de laquelle il a prins alUance avec Anne de Bourbon , fille de Henry de Bom*bon , prince de Condé, et de Charlotte - Marguerite de Montmorency, fille de Henri, duc de Montmorency, connestable de France , et de Louise de Budos, sa seconde femme, desquelles il a eu des enfants; l'aisné desquels porte le tiltre de comte de Dunois. Voilà les vicomtes et comtes de ce lieu, que j'ai peu remarquer.

La ville de Chasteaudun estoit de telle conséquence durant les roys de la première ligne, qu'estant tombée au lod de Sigibert, roy d'Orléans (1), il voulut y ériger un évesché, et introduire en iceluy, pour premier évesque, un certain Promotus, à l'institution duquel Papoul, évesque de Chartres, dans le diocèse duquel est Chasteaudun , s'opposa , et l'en fit débouter en certain concile; néamoins, pour ce quil avoit esté sacré évesque, fut

(l) Greg. Turon., lib. VII, eh. 17.

ordonné par les Pères assemblés en iceluy, qu'il jouiroit, sa vie durant, du revenu de Chasteaudun seulement.

C'est le sujecl pour lequel Tarcliidiacre de Dunois, en l'église de Chartres, tient le premier rang, après le grand-archidiacre en Téglisede Chartres. Il a son Officiai, vice-gérant, promoteur, greffier et appariteur à Chasteaudun, pour rendre la justice aux ecclésiastiques de son archidiaconé. Il y a deux doyennés en iceluy, qui comprennent cent trente- trois cures, sans les abbayes, chapitres, prieurés et chapelles.

Dans la ville est Véglise Saint- André, en laquelle y a un Collège de chanoines séculiers, comme dans Tabbaye de la Magdaleine un de réguliers, qui se dict estre fondé par Charlemagne. Le chapitre de la Sainte- Chapelle y a esté fondé du depuis par les comtes de Dunois. Les Cordeliers sont au faubourg de Saint- Valérien, et les Récolets en la Maladrerie de Saint- Lazare, sur un heurt, entre la ville et Saint- Avit, abbaye de ÛUes de Tordre de S. Benoist.

Pour la justice temporelle , le comte tient ses officiers à Chasteaudun, pardevant lesquels les chastellenies de Montigny-le- Ganelon, Courtalain, MouUtard, TEsclère et Rabcstan viennent par appel, et de là ressortissent à Blois, comme au principal siège royal. Il y a en oultre une Election et Mareschaussée.

Les habitants sont d'un esprit subtil , et comprennent promptement une affaire, d'où est venu le proverbe : « // est de Chasteaudim, il entend à demy mot. '»

Le solage de Dunois est fécond, suivant les lieux qui luy servent de limites : du costé du Perche, ce ne sont que bois et forests, pasturages et estangs, capables d'élever quantité de bestail; du costé qui regarde l'Orléanois et Blésois, ce ne sont que vignes et bleds, fors vers la forest de Marchesnoir, où on veoid des arbres si antiques , qu'il semble qu'ils y soyent de la création du monde. Aussy ce pays n'a garde qu'il ne soit fertile, estant arrosé de rivières et ruisseaux qui luy causent ceste fécondité.

Le Loir passe au pied de la ville, et, se fendant en deux, faict une isle appelée Chamars, comme qui dirait Champ-de-Mars, pour ce qu'autrefois les habitants souloient aller esbattre là à tirera l'ovseau, s'exercer à la lutte, et faire autres exercices pour les dieux à la guerre.

La Conie, plutost marais que rivière, passe par une partie du territoire dunésien, et vient faire présent de ses eaux au Loir à Escoublanc, une lieue au dessus de Chasteaudun. J'adjouste la rivière d'Egre, laquelle, prenant son origine au dessoubs de Testang de Verde , passe par le milieu de la forest de la Ferté- Villeneuil, et, coulant tout doucement, va rendre son hommage au Loir, avec lequel elle mesle ses eaux , au prieuré de Bouched'Egre, environ demie-lieue de Cloye. Il se rencontre encore au mesme pays, un petit ruisseau plutost que rivière, appelé Hierre, copieuse en truites d'une très-bonne saveur, lequel, se faisant paroistre environ demie4ieue au delà de Chasteaudun, se cache incontinent; et, traisnant ses eaux par dessoubz terre, environ demie-lieue, paroist de rechef, et se recache, pour se montrer encores, affin de s'aller noyer dans le Loir. Les habitants du lieu l'appellent la Rivière sèche y pour ce que bien souvent elle demeure à sec et sans eau. Il s'y veoid de plus la fontaine de Jallans, de laquelle Raoul Bouteraye, advocat au grandconseil du Roy, en sa description de Chasteaudun , d'où il estoit natif, en parle ainsy :

Est prope Jalemiu/ij prœsaga, fatidicus fons, Lympha, portendit casus qui sœpe futuros, Fxcundus, sterilisve siet, vel lœtifer annus, Civicus aut rnavors, sive cxlenis arma minât ur, Non cœli nimbis, nec Ùrione crescit aquoso, Cumqiœ alii arescunt, rapido dcspumat in ivstu Suh Cane et Mtherio, aut fervente Leone tumescit.

Je ne veux obmettre l'estang de Verde, rendu célèbre par le témoignage d'Aymoin, qui escrit qu'au temps que Childebert, roy de France, et sa femme, furent empoisonnés, les eaux d'iceluy s'eschaufèrent tellement , qu'elles jettèrent quantité de poissons tout cuits sur son bordage. Ce lac ou estang a deux grandes lieues de long et deux cent cinquante pas de large, foisonnant en poisson et gibbier. Je ne doibs aussy oublier une autre merveille du Dunois, qui est le Gouffre des CordeUei^s dudict Chasteaudun, qui se veoid dans leur jardin, soubz im roc, dans lequel toutes les eaux qui descendent des lieux circonvoisins se viennent rendre et perdre, en sorte qu'on ne sçait ce qu'elles deviennent. 11 arriva néamoins une telle ravine d'eaux, le 15

d'aoust 1580, sur les onze heures du soir, que Temboucheure de ce trou n'estant assés ouverte pour les recepvoir, elles regorgèrent tellement qu'elles s'espandirent par tout le couvent, couvrirent le grand-autel de Téglise et montèrent à la haulteur de plus d'une toise par le cloistre. Ce petit déluge, qui sembloit debvoir renverser ceste maison, y fit un grand donunage. Les livres d'office, faicts d'un beau vélin et richement enluminés estant dans l'église, furent entièrement gastés et perdus; les ornements d'icelle à demy pourris, les murs de l'enclos ruinés, les arbres arrachés par la violence de cest impitoyable élément , qui tint les religieux assiégés dans leurs dortouers et chambres, sans pouvoir estro assistés d'aucim de dehors, jusques à ce qu'elles fussent écoulées. Ce qui est arrivé plusieurs fois du depuis, sçavoir : le dernier novembre 1609; le 3 décembre 1612, sur les onze heures du soir; en 1626, sur les neuf heures après midy, un sabmedy dans l'Octave de l'Ascension; le 7 juillet 1635, où l'eau fut à la hauteur d'un honune dans l'égUse, où elle fit un dégast nompareil. Mais la plus grande inondation qui se soit veue en ce lieu fut le 15 janvier 1651 , où, sur le soir dudict jour, qui estoit un dimanche, l'eau entra jusques à la hauteur de deux pieds dans TégUse et augmenta de telle sorte, la nuict d'entre le luudy et le mardy suivant, qu'elle avoit huict pieds de hauteur, et les couvertures du cloistre baignoient im pied dedans.

Je pourrois rapporter plusieurs autres particularités qui se trouvent dans le Dimois; mais mon premier dessain n'estant que de traicter en passant de ce qui se rencontre de plus remarquable dans le diocèse, je laisse à en faire une plus exacte recherche à quelqu'un du pays qui aura plus de congnoissance et de meilleurs mémoires que moy.

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