‹ Histoire du diocèse et de la ville de ChartresChapitre 13 sur 71 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Encores du Grand - Perche qui a autrefois relevé de Chartres, de ses Comtes, des Forests qui sont en icelui, et d^où il a prins son nom, et des Rivières qui ont leur origine audit pats du Perche.

JE ne croiois pas estre si long au chapitre précédent, mais voiant que j'avois encores à traicter du Grand-Perche, j'ai creu qu'il méritoit bien son chapitre à part, et pour ce, je l'ai séparé, et d'un j'en ai fait deux. Ce païs n'a pas tousjours esté soubz un mesme seigneur, mais soubz plusieurs, particuUèrement soubz les Rotrous et Talvas, les premiers des-

quels, estoient seigneurs de Nogent-le-Rotrou ; les autres de Belesme et estoient continuellement en guerre à raison des bornes et limites de leurs terres. Henri P', roi d'Angleterre (1), ne trouva autre expédient, pour les appaiser, qu'en confiscant Belesme sur Robert, qui en estoit seigneur, et le donnant à Rotrou qui avoit espouzé Mahault, sa fille naturelle, qu*il fit, par ce moyen, seul comte du Perche.

Je ne m'empresse point à débattre qui est la capitale de ce paîs, ou Mortagne, ou Belesme, laissant à ceux dudit p^s d'en faire la discussion; et bien que j'aie Mémoires et pour l'un et pour l'autre, je me restrains à Nogent , qui est dans le diocèse de Chartres et fait partie du Grand-Perche, car ceux-là se sont grandement abusés qui l'ont mis dans le Perche-Couet, ainsi qu'il se peut^eoir par deux titres de l'abbaye de Tiron, rapportés par moi sur le quarante-deuxième chapitre de la Vie de Bernard, abbé dudit lieu : au premier desquels Rotrou, comte du Perche, et Guillaume Gouet, seigneur du Perche-Gouet, amortissant aux religieux dudit Tiron tout ce qu'ils avoient acquis ou pourroient acquérir en leurs teneures, chacim énonce celles qui lui appartenoient, sçavoir Rotrou : Belesme, Mortagne, Nogent, la Perrière, le Teil, Préaux, Mauves, Regmalard, Argenviller, Montigni, NonviUier, la Perrière, Riverai, Champrond et Ceton; et Guillaume Gouet : Montmiral, Authon, Saulses, la Bazoche, Brou et Alluie; où il se veoid nettement que Nogentle-Rotrou est comprins dans le Grand-Perche et non dans le Perche-Gouet. Par le second , Rotrou donne aux religieux dudit Tiron un muid de sel, à prendre par chacun an sur la recepte de Nogent, et leur admortit tout ce qu'ils avoient ou pourroient avoir à Tadvenir par aulmosne, don ou acquest, ou en quelque autre manière que ce peust estre, en ses terres, fiefs et domaines de Belesme, Mortagne, Nogent, etc; qui monstre évidenunent que Nogent-le-Rotrou est comprins dans le Grand-Perche; d'ailleurs se gouvernant suivant la coustume du Grand-Perche et non suivant celle du Perche-Gouet, c'est un préjugé que Nogent est du Grand-Perche et non du Perche-Gouet

L'erreur peut être venue de ce que l'un et l'autre Perche ayant résidé en une mesme personne, soit en tout ou en partie, voyant

(1) Order. Vital

Nogent énoncé avec le Perche-Gouet, on a creu qu'il en estoit, quoique néamoins il fust du Grand-Perche. Isabeau, fille de Valeran de Luxembourg, et de Jeanne ou Bonne, fille de Robert de Bar et de Marie de France, fille du roy Jean, les a tenues ensemble, aiusy quil se veoid par les lettres de provision de l'ofiice de recepveur de Nogent-le-Rotrou , par elle baillées^ en 1443, à Husson Gousse, par lesquelles elle expose que, par le traicté de mariage faict entre Charles d'Anjou , comte du Mayne, fils de Louis d'Anjou, et elle, les baronies, chasteaux, seigneuries d'Aluye, Brou, Montmiral, Authon et la Bazoche-Gouet, luy avoient esté baillées, avec les chasteaiLx, chastellenies, terres et seigneuries de Nogent-le-Rotrou, Molandon, la Perrière, Montigny, Nonvillier et Riveray; auquel énoncé elle distingue Nogent-le-Rotrou d'avec le Perche-Gouet, comme estant seigneuries distinctes, relevant de deux divers seigneurs, sçavoir : le Perche-Gouet, de Tévesque de Chartres; et Nogent, autrefois des comtes dudit Chartres , et puis de ceux d'Alençon par attribution, et à présent du Roy.

Bry (livre P^'de son Histoire du Perche et (TAlencoiiy chap. 2), nie absolument que le Perche aye autrefois relevé du comté de Chartres; et , sur la fin du dernier chapitre du III* li\Te, il doubte que Nogent-le-Rotrou en aye dépendu. Quoy que c'en soit du Perche en général , il est trop clair que Nogent en relevoit, pour le nier, et trop certain pour en doubter. Il demeure d'accord d'avoir veu des tiltres, qui peuvent estre ceux de la fondation du doyenné de Saint-Denys audit lieu, par lesquels les comtes de Mortagne et seigneurs dudit Nogent déclarent que les dons et aulmosnes, qu'ils ont faits à ce monastère, ont esté du consentement d'Eudes, comte Palatin , et de Thibauld, comte de Champagne et de Chartres ; mais il voudroit bien faire croire que ce n' estoit pas en quaUté de seigneur de Nogent, qu'ils en recherchoient le consentement, mais connue vicomtes de Chasteaudun. Ce qui est une pure imagination, veu qu'il n'y a point d'apparence que les seigneurs de Nogent , voulant doter un monastère audit lieu, en eussent demandé la permission à ceux ausquels elle n'appartenoit pas, ne se pouvant prouver que Nogent aye jamais relevé de Chasteaudun ni de Blois, mais seulement de Chartres, ce qui se veoid nettement au feuillet 196 du livre appelé Liber principton , qui se trouve manuscrit par-

my les Extraits de M. Pithou , des Droits des "bonites de Champagne, qui est entre les mains de M. Du Puy, à Paris , où il est dit que : « Joannes, Cornes Carnotensxs, dominus Oisiaci, et Eli- » sabethj ejus uœar, Comitissa Carnotensis et domina Amhasiœ, j> mense junii 1227, tenehant ex coUaiione G., Comitis Perti- » censis, consobrini dictœ Isabellis, centum libras terrœ apud y> Montigniacum-Captivum , qtiœ, post decessum ipsiiis uœoris, » debuerunt reverti ad Comitissam B,, vel ad hxredes dicti Guil- » lelmi, secundumportiones quas habent in Comitatu Perticensi; » et ita promiserunt, qxiando receperunt homrnagium ipsius » super medietatem Comitatus Perticensi^. » Duquel tiltreil appert que la moitié du Perche relevoit du comté de Chartres. Je veux bien que le comté du Perche relevast du Roy, à raison de quelques pièces dont il est composé; mais cela n'empesche pas qu'il n'y en eust quelques-unes, qui relevassent d'autres seigneurs particuliers, comme des comtes de Chartres, estant certain.que le total n'a relevé du Roy que depuis que S. Louis eut acquis de Thibault, comte de Champagne, la féedalité de Chartres, es moys de septembre et novembre de l'an 1234, pom* la bailler à Pierre de France, son fils, soubz le tiltre d'Alençon, qu'il tira Nogent de la mouvance de Chartres, et l'attribua à Belesme. Ce qui se peut recongnoistre par certaines lettres du roy Philippe de Valois, données à Maubuisson-lez-Pontoise, au moys de may 1335; et encores, par autres données au Bois-de- Vincennes, 1337, au moys de juin , enregistrées au Parlement, le 22 d'aoust 1339, par lesquelles il déclare, en baillant le fief dudit Nogent à Charles, comte d'Alençon, son frère, que les fiefs et ressort dudit Nogent estoient de la mouvance de Belesme, comme ils le souloient estre du vivant de Charles de Valois, leur père, estant certain qu'auparavant ils estoient de Chartres.

Ledit Bry en demeure tacitement d'accord par le rapport qu'il faict d'une sentence donnée à Sauvigny, le 8 des calendes de juin 1107, par le pape Paschal II, entre les religieux de l'Ouye et ceux de Saint-Père-en-Vallée de Chartres , sur les prétentions que chacun d'eux avoit sur le doyenné de Saint-Denys dudit Nogent, veu que, par ladite sentence, ce Souverain Pontife expose que ce monastère estoit basty sur un lieu qui estoit du fief du comte Thibauld et d'Estienne , son fils. Parmy les tiltres de l'abbaye de Tyron, il s'en trouve un de l'an 1226, par lequel

Jean, comte de Chartres, comme seigneur du fief dominant, confirme tous les droits que Guillaume, évesque de Chaalons et comte du Perche, avoit donnés à l'abbaye d'Arcisses, qui dépendoit dudit Tyron, et Thibauld, comte de Champagne et de Brie, en accorde Tadmortissement, en 1233, connue supérieur du fief; et par un tiltre des Clérets, du moys de mars audit an, le mesme seigneur prend qualité de comte du Perche. Voire après le délaissement que fit le roy PhiHppes de Valois à son frère dudit comté du Perche, et que par sesdites lettres patentes de Tan 1337, cy-dessus, ledit seigneur roy luy eust octroyé la congnoissance des appellations de ses juges, si est-ce que le bailly de Chartres, comme juge de la province, a tousjours eu la congnoissance, non-seulement des cas royaux, mais encores de plusieurs autres, ainsy qu'il se peut justifier par les registres du bailliage de Chartres, des années 1480 et 1481 et autres suivantes, dans lesquels se trouvent plusieurs actes et sentences concernant ledit Nogent et Regmalard, dont lun ressort à Belesme et l'autre à Mortagne.

Que si Ton veut dire que cela pourroit estre advenu depuis Tarrest de condemnation donnéà Vendosme, le 10 d'octobre 1458, contre Jean, ducd'Alençon, ensuite duquel le Roy se retint et à ses successeurs les foy et honunages, droits .et debvoirs qui appartenoient audit duc, à cause de sa comté du Perche, sur Nogent-le-Rotrou, ses appartenances et dépendances, cela ne sert de rien, d'autant que, dans lesdits registres du bailliage de Chartres, il se veoid un acte pour les chanoines de Saint-Jean de Nogent, du 4 juin 1490; et le sabmedy 26 des mesmes moys et an, il s'y trouve l'entérinement d'une abolition pour Jean Clereau le jeune, les bailly, procureur-fiscal et recepveur de la seigneurie de Nogent-le-Rotrou; de plus, par sentence du 9 décembre audit an, Saint- Victor-de-Buton est déclaré estre du baiUiage de Chartres , comme aussy la mestairie de la Marquehure ou Marquisure en la parroisse de Margon. En 1491 , le 24 febvrier, y eust sentence au proffit de M" François Dauvé, seigneur de la Ventrouse , contre le procureur du comte du Perche, par laquelle ledit Dauvé fut maintenu en possession de la rivière, garenne et pescherie , depuis le pont de Saint-Denys de Nogent, jusques aux moulins des Hays, en la parroisse de Maison-Maugis; de plus, le lundy 9 mars 1506 avant Pâques, le bailly de

Chartres tint ses assizes dans Nogent ; et , au registre de Tan 1 509, le vendredi 20 juillet , il se lit que M" Louis de Bourbon, prince de la Roche-sur- Yon, fit convenir M. Charles d'Illiers, cluuioine et prévost d'Ingrey en l'église de Chartres, pour raison du retraict lignager de la terre et seigneurie de Regmalard, vendue audit d*IUiers par M'* François de Joyeuse, parent dudit de Bourbon : qui monstre qu'il falloit que Regmalard fust du bailliage de Chartres. J'adjousteray à ce que dessus que, dans les mêmes registres de la Troyne, greffier susdit, y a acte, du sabmedy 16 octobre 1507, par lequel Guillaume Boufflneau, procureur du roy au bailUage de Chartres, substitua Jean le Sueur, advocat et conseiller à Chartres, pour s'opposer à l'exécution de l'arrest de la Cour, donné au profflt de la dame duchesse d'Alençon, contre M"*' PhiUppes et François de Luxembourg, seigneurs de Nogent-le-Rotrou, pour raison du ressort dudit Nogent, terres et lieux qui en dépendent; et quoyque, par arrest du 5 mars 1512, l'hommage et ressort dudit Nogent ayent esté déclarés estre et appartenir au comte du Perche, si est-ce que dans l'Inventaire des chartes de la maison d'Alençon, il est fait mention d'un appel d'ime sentence rendue par le baiUy de Chartres, ou son Ueutenant extraordinaire à Belesme, le lendemain de la Saint^Martin 1516 (1). D'ailleurs, dans un roolle des villes closes estant au baiUiage- de Chartres et anciens ressorts d'iceluy, faict le 15 octobre 1541, signé Noël, greffier dudit bailliage, Belesme et Mortagne y sont comprins; davantage, en 1539 et 1540, les nobles et les habitants du Perche baillent les déclarations de leurs terres pardevant le bailly de Chartres; et, en 1555 et autres années, les nobles sont appelés à Chartres pour le ban et arrière-ban, et ne se peut dire que le Perche aye esté éclypsé du baiUiage de Chartres qu'autant qu'il a esté réuny au domaine du Roy et qu'on y a estably des juges royaux.

(1) Dans les registres du bailliage de Chartres se trouve un acte du 16 may 1548, par lequel il est porté qu'auparavant qu'on eust faict un siège royal à Blois, le bailliage d'iceluy dépendoit de Chartres, cortme faisoit Chasteaudun et le pays de Dunois , la haulte et basse Solongne, le plat pays de Romorantin , le Grand-Perche et le Perche-Gouet, le comté de Dreux et la baronie de Chasteauneuf-en-Titnerays , comme estant de l'ancien ressort du bailliage dudit Chartres. Et de faict, dans rinventaire des tiltres de la maison d'Alençon , y a Lettres royaux don-

Par toutes lesquelles pièces cy-dessus, il se prouve nettement que le Perche relevoit de Chartres, sinon pour le tout, à tout le moins en partie, et que ce n'a point esté par une usurpation de Thibauld, comte de Champagne, ni de sa mère, comme le dit Bry, sur la fin de son Ille livre de son Histoire du Perche j prétendant que le comté dudit Perche dépendist d'eux; car ce n'estoit point une simple prétention, mais une pure vérité, ce droit leur estant acquis sur cette partie du Perche dans laquelle le Nogentois est comprins , dès le temps de Thibauld le Tricheur, comte du Perche et de Chartres, qu'il donna à Rampon, d'où sont yssus les comtes du Perche, le vicomte de Chasteaudun et la seigneurie de Nogent en propriété , s'en estant seulement réservé la mouvance, ce qui se recongnoit par le Livre des fiefs du Comté de Champagne, qui porte expressément que Cornes Carnotensis et Blesensis tenet Comitatum cum omnibus feodis eisdem appendentibus a Comité Campaniw, et est suus home ligius et Casteldun, et La Ferte-Villenueil, etc. Et quelque peu plus bas : Dominus de Sancto-Aniano tenet Sanctum'AnAanum et Collem, et Remorantin, et Vestan à Ludovico Comité de honore de Blesis, et Cornes Ludovicus tenet hoc a Domino Campani^y et NoGENTUM-/^-/?o/roz/, similiter et Bray, » Cela se veoid encores dans l'Inventaire des tiltres du roy (soubz le tiltre de Champagne 6 nombre 33 ) qui sont lettres de Rotrou de Montfort, du moys d'apvril 1226, par lesquelles il s'oblige envers Blanche, comtesse de Champagne, de tenir d'elle ce qui luy estoit escheu de la succession de Guillaume, comte du Perche, mouvant du comte de Chartres; et au feuillet 283 du Uvre manuscrit allégué cy-dessus soubz le tiltre de Liber Principum, il est dict que Geoffroy, vicomte de Chasteaudun, debvoit tenir de la comtesse de Champagne ce qui lui estoit escheu du comté du Perche et ses appartenances pour ce qui mouvoit du comté de Chartres, à la charge qu'elle payeroit le rachapt audit comte; et au feuillet 463 dudit livre, il est porté que Anne

nées à Paris le 14 mars 1494, par lesquelles il est mandé de permettre à la duchesse d'Alençon , comme garde du duc son fils , de faire la couppe du bois, vendition et bail à rente es forests assizes à Chasteauneuf, Chamrond et Senonclies, jusques à demi-lieue, s'il appert que ce soit le profit dudit seigneur et autres enfants.

1226, Hamericus de Castro-Erardi, Alix de Fractavalle, Hugo de Feritate-Bemardi promiserunty per fidem suam, quod ienebunt a Comitissa [Campani€e] quid'quid sibi eveniet ex excasura comilatus PerticensiSy quod sit de Comitatu Carnotensi, Peuton appeler un droit qui est deub, usurpation? Et après tant de preuves, peut-on nier que le Perche, soit pour le total, ou en partie, aye relevé de Chartres? Ce qui pourroit avoir été le sujet pour lequel, par Tédict des Présidiaux, Nogent-le-Rotrou auroit esté attribué à Chartres, non pour en estre plus proche que du Mans, mais pour ce qu'il en avoit autrefois esté distrait.

Quand aux seigneurs qui ont possédé Nogent, nous en avons rapporté une partie au chapitre VIII précédent , traictant des vicomtes de Chasteaudun , veu que ce n'est qu'une mesme famille avec lesdits seigneurs de Nogent , dont Rampon a faict la souche : de luy issit

GEOFFROI I, qui eut d'Hermengarde, sa femme, Hugues, Geofroy et Rotrou.

HUGUES I succéda à son père et espouza une Hildegarde, de laquelle il eut un fils nommé

GEOFROY II, qui eut, d'une nommée Melisende ouMilesende,

GEOFROY III, qui s'allia avec une Helvise et fondèrent le Ik)yenné de Saint-Denis de Nogent-le-Rotrou; de leur mariage issirent Rotrou et Geofroy, qui se voyent signés dans Tacte de ladite fondation.

ROTROU I succéda à son père en la seigneurie de Nogent, qui fut appelé le Rotrou , à cause de luy, pour le distinguer d'avec plusieurs autres de mesme nom en France. De plusieurs enfants qu'il eut, lesquels nous avons rapportés audit chapitre vni ,

GEOFROY IV, son aisné, lui succéda en la seigneurie de Nogent et comté de Mortagne, et espouza, dict Orderic Vital (1), une Béatrix de Rochefort, qu'autres appellent de Roùcy ; de laquelle il eut Rotrou, que le mesme Orderic escript avoir esté leur seul et unique fils, ce qui se doibt entendre pour les masles seulement, veu qu'ils eurent encores trois filles, sçavoir : Marguerite, fennne de Henry de Meulanc, comte de Warwuik (2) en Angleterre, qui en eut Roger et Robert de Neubourg; Ju-

(l) Order. Vit., lib. XIII, Initio. — (2) Id., lib. VIII.

liane, que Rotrou, par plusieurs titres de Saint-Denis de Nogent et de Tiron, appelle sa sœur, et dans la Vie de Bernard, abbé de ce dernier monastère, est dite fille de Béatrix, et par ainsy sœur de Rotrou (1); elle fut mariée à Gilbert de l'Aigle, desquels issirent : Richer, qui fut seigneur dudit lieu; Gilbert et deux autres nommés Geofroy et Ëngenufle, qui furent noyés passant en Angleterre, en 1119, avec Guillaimie Adelin, fils unique de Henry I, roy d'Angleterre; ausquels quelques-uns adjoutent Rotrou, archidiacre d'Evreux et depuis archevesque de Rouen; mais en cela ils se trompent, ce Rotrou estant fils desdits Henry de Warwuik et de Marguerite du Perche ; la troisiesme fille fut Margeline , ainsy appelée pour la distinguer d'avec ladite Marguerite, sa sœur. Rotrou, son frère, la maria avec Garsias, roy de Navarre, d'où vindrent Sanchez, roy dudit royaume, et Marguerite, femme de Guillaume, roy de Sicile; et dudit Sanchez, Blanche, comtesse de Champagne, de laquelle nous avons parlé cy-dessus, et Berengère, femme de Richard, roy d'Angleterre, ainsy qu'il se veoid par une descente {généalogie) baillée par Guillaimie, comte du Perche, qui est insérée dans les extraits du feu sieur Pithou, à laquelle je défère plutôt qu'à tout autre témoignage.

ROTROU II succéda à son père en son comté du Perche, estant encores en son voyage de Hiérusalem, ainsy qu'il se veoid dans le Cartulaire de Saint-Denys de Nogent, et dans ledit Orderic (2). H fut marié deux fois, la première avec Mahauld ou Matilde, fille naturelle de Henry I, roy d'Angleterre, qui, en considération de ce mariage, luy donna Belesme, qu'il avoit confisqué sur Robert, comte du lieu (3), par lequel moyen il fut seul comte du Perche; il n'eut qu'une fille de ceste femme, qui fut noyée en lit 9, en ce signalé naufrage, où presque toute la fleur de la noblesse de France se perdit un jour de sainte Catherine; il maria ceste fille, nommée Philippes, à Hélie, second fils du comte d'Anjou, qui fat roy de Hiérusalem (4). Depuis il se remaria avec Hauvise ou Halvise, sœur du comte Patrice, anglois, de laquelle il eut Rotrou, Etienne et Geofroy, et 2^[>rè8

(l) Carlul. Tyron., ch. IV, et Sancti-Dion. Novig., In Caria molend, de Levevilla. — (2) Lib. XIII. — (3) Order. Vital, lib. II. — (4) Willel. Tyr., lib. XIV, ch. 1.

DE GHARTRES.'LIVRE I. 95

son déceds, qui arriva en 1143, devant une tour de la ville de Rouen, qu'il tenoit assiégée, le roy Louis le Jemie maria sa veufve avec Robert, comte de Dreux, son frère (1), Lequel, pour ce sujet, se trouve quelquefois chez les historiens appelle comte du Perche.

ROTROU III succéda à son père etespouza Mathilde, sœur de Thibauld, comte de Chartres et de Blois; de laquelle il eut Geofroy, Henry, vicomte de Mortagne, qui eut d'une Géorgie, sa femme, Hugues et Adélaïde ou Alix, que je trouve estre tous décédés devant leur ayeul Thibauld, duquel je ne trouve que le nom dans un tiltre de l'église de Chartres (2) , touchant le droit de giste, que les comtes du Perche avoient au village de. Grandhoux , que Geofroy cy-dessus quitte et remet au Chapitre d'icelle, du consentement de ses frères Estienne, Rotrou, Thibauld et Guillaume. Estienne prend la qualité de Miles, qui, selon le temps, vouloit dire Chevalier, par un tiltre de la mesme église de l'an 1202, par lequel il confirme le don que faict Jean de Frièze, aussy chevalier, à ladite église, de la justice qu'il pouvoit avoir sur la terre du Chapitre de Chartres, et outre, donne, pour faire son anniversaire en ladite église de Chartres, cinquante sols à prendre après son déceds sur le revenu de Longvillier. Depuis il fut en Sicile, au mandement de Marguerite, sa cousine, reyne dudit royaume, qui le fit son chancelier et évesque de Païenne. Mais les Sihciens estant révoltés contre leur reyne, il fut contraint de quitter le pais et se retfrer en Hiérusalem, où il mourut en 1 167, et fut inhumé dans le chapitre de la Patriarchale (3). Ce qui ne peut convenir au temps de cet Estienne , sinon que s'en fust im autre, oncle de cestuy-cy dont nous parlons. Rotrou fut premièrement thrésorier de Saint-Martin de Tours, et depuis évesque de Chaalons en Champagne. Guillaume fut chanoine et prévost en l'église de Chartres, et évesque dudit Chaalons en 1202, après son frère. Il y avoit de plus \me fille, nommée Oraine, laquelle fut religieuse à Belomer, ainsy qu'il se veoid dans le Gartulafre de ladite maison (4).

GEOFROY III fut comte du Perche après son père, et espouza

(1) Chron, Norm. — (2) Cartul. Camot. eccl.y carto 88. — (3) Guill. Tyr., eh. 19. Hugo Faloand. Fazelli de reb. SictUis, lib. VII, post. dimid., ch. 5. — (4) Chap. VII.

une Matilde ou Mahault, comme il se veoid par un tiltre de l'église de Chartres de Tan 1202 , par lequel ceste Matilde donne soixante sols, monnoye d'Anjou, pour son anniversaire, et pareille somme, et de la mesme monnoye, pour celuy de Geofroy, son mary, à prendre sur la ferme de Marchéville, acquise par eux, constant leur mariage, payable au jour de la Purification; ce don faict du consentement de Thomas, leur fils, et d'Estienne, frère de sondit mary. Ils donnèrent le conmiencement à l'abbaye des Clérets, que leur dit fils acheva.

THOMAS succéda à son père et espouza une nonunée Hélisende, ainsy qu'il se Ut dans le Cartulaire dudit Belomer (i), en certain tiltre., par lequel elle assigne aux religieuses dudit monastère cinquante sols tournois de rente , payable par chacun an, au jour de saint Remy, sur la Prévosté de Mauves, pour faire son anniversaire et dudit Thomas, à condition toutesfois que Havoise de Saint-Hélier, religieuse audit heu, en jouiroit sa vie durant, ce que Guillaume, comte du Perche, qui avoit succédé audit Thomas, son nepveu, confirma au mois de mars 1220 (2); et d'autant que dans la lettre de confirmation il appelle ce Thomas et Héhsende , ses nepveux , quelques-uns ont voulu dire qu'icelle Hélisende estoit sœur et non femme dudit Thomas, qu'ils veulent fort mal à-propos n'avoii' esté jamais marié, et disent que ceste Héhsende mourut fort jeune , estant près de la reyne de France, ce qui est contre la vérité de l'histoire. Ceste femme s'estant remariée après la mort dudit Thomas, en l'an 1225, avec Gamier de Triangle, seigneur de Marigny, et néamoins ne laissoit, douairière du Perche, de prendre la qualité de comtesse dudit Perche. Que si elle eust esté sœur et non femme dudit Thomas, elle eust exclu ledit Guillaimie de la succession de son nepveu, conune plus proche que luy. Que s'il appelle Héhsende sa niepce, c'est à cause de l'alliance qu'elle avoit avec son nepveu, et non pour ce que véritablement elle fust sa niepce. Thomas ayant esté tué en -une bataille près Lincolne en Angleterre, en 1217, sans avoii* laissé de lignée (3),

GUILLAUME, dernier masle des comtes du Perche, lui succéda en ladite comté , laquelle fut partagée après son déceds entre

(1) Carlul. Bel, eh. 22. — (2) Ibid., ch. 23. — (3) Matth. Paris, ad an.

plusieurs cohéritiers. Ils se trouvent tous dénommés, tant dans les tiltres du Thrésor du Roy, soubz le tiltre de Champagne, que dans le Cartulaire de Champagne et extraicts qui en ont esté faicts par le feu sieur Pi thou. Blanche, comtesse de Champagne, etBérengère, sa sœur, veufve de Richard, roy d'Angleterre, y sont dénommées les premières; Rotrou, seigneur de Montfort, dict le Rotrou, au Mayne; Geofroy, vicomte de Chasteaudun; Alix de Freteval; Aymeri de Chastelerault; Jamet ou Jacques de Chasteaugontier en Anjou; Raoul, vicomte de Beaumont et de Sainte-Suzanne; Hei*\'é de Gallardon et Alix, sa femme; Hugues de la Ferté-Bernard ; Ela d'Almenesches, sœur de Robert, comte d'Alençon; Amaury, qu'autres appellent Maurice, de Craon; Robert Malet, et encores d'autres : les degrés de parenté, desquels je laisse à rechercher aux plus curieux, me contentant d'en parler seulement en passant, en ce qui peut concerner l'histoire générale du pays.

JAMET ou JACQUES de Chasteaugontier, fils d'Alard, seigneur dudit lieu, et d'Emine, fille d'Andi-é, seigneui* de Vitré, ayant achepté les parts et portions de quelques-uns de ses compartageants, se porta pour seigneur de Nogent, tant de leur chef que du sien. Ils pouvoient estre tous cousins au quatriesme degré; d'autant qu'Alard, père de Jacques, estoit fils de Regnauld II, fils de Regnauldl, sieur de Chasteaugontier, et de Béatrix, fille de Rotrou premier du nom, comte du Perche. Ce Jacques espouza Havoise, fille de Mathieu de Montmorency, connestable de France, et d'Emme ou Anne de Laval , fille de Guy VI, seigneur dudit Ueu, et d'Havoise de Craon. Cela se justifie par un tiltre de Tan 1230, au moys de juin , extraict d'un livre intitulé Liber prlncipum (1), par lequel Mathieu de Montmorency, seigneur de Laval, appelle Jacques de Chasteaugontier son gendre ; ce qui se confirme par autres lettres du moys de septembre 1239, par lesquelles Anne, comtesse d'Alençon (laquelle qualité elle retenoit pom* ce qu'en premières nopces elle avoit espouzé Robert, comte d'Alençon), et dame de Laval, consent que Jean , seigneur de Chossent et de Laval, son troisièsme mary, donne à Jacques, seigneur de Chasteaugontier, en faveur du mariage d'Arige ou Havoise, fille de ladicte comtesse et femme

(1) Fol. 354. ïnvent. du Roy. Champagne, eh. 6, n' 65.

dudit Jacques de Ghasteaugontier, la moitié de la ville de Melle, hors les forteresses de la terre de Champagne au pays du Mayne, avec le consentement de Guy VII de Laval, fils de ladicte comtesse d*Alençon , avec toute jurisdiction, à le tenir en fief du seigneur de Laval, selon les us et coustumes du pays du Mayne (1). Du mariage de ce Jacques de Chasteaugontier avec ladicte Havoise sortit une fille, nonunée Henriette, laquelle fut mariée avec Geofroy de Pouencé; ce qui se veoid par une sentence arbitralle de l'an 1248, entre ledict Jacques de Chasteaugontier, seigneur dudit lieu et de Nogent-le-Rotrou, d'une part, et ledit Geofroy, sur le faict du partage de la terre, que ledit Jacques avoit donnée en mariage à Henriette, sa fille, fenune dudit seigneur de Pouencé (2). C'est pourquoy ceux-là se sont trompés qui ont escript que la fille de ce Jacques s'appeloit Alix, et qu'elle fut mariée avec Pierre de Dreux, dict Mauclerc, veu que ceste Alix estoit fille de Guy de Thouars et de Constance de Bretagne , du chef de laquelle le duché de Bretagne vint audit Pierre de Dreux et à ses descendants. D'ailleurs, conunent estce que ceste Alix auroit succédé audit de Chasteaugontier, estant trespassée dès l'an 1221, et luy, en 1257, estant encore vivant et seigneur dudit Nogent-le-Rotrou : ce qui se prouve par un accord passé en juin audit an, entre le roy S. Louis d'ime part, et ledit de Chasteaugontier, seigneur de Nogent-le-Rotrou, d*autre part (3); par lequel ce seigneur cedde au roy le droit qui pouvoit luy appartenir aux chasteaux de Belesme, Mortagne, la Perrière, Mauves, Maison-Maugis, terres, forêts, revenus et autres appartenances, avec tout ce qui pouvoit luy estre venu à raison du comté du Perche, moyennant que le roy luy accorda et assigna pour luy et ses hoirs ledit lieu de Maisou- Maugis, pour la tenir de luy en foy et hommage-lige, avec toutes ses appartenances, tant en terres qu'autres revenus quelconques à luy appartenant dans le destroit des chastellenies susdittes, jusques à concurrence de la sonune de trois cens livres de rente aimuelle en fonds de terre. Bry, qui rapporte ce tiltre entier (4), escript que la seigneurie de Nogent demeura en la famille du-

(l) Invent, des filtres d'Alençon. — (2) Idem. — (3) Ârgentré, lib. IV, ch. 3. Sainte-Marthe, lib. XV, p. 1258. Invent, des chartes du Roy, tiltre du Perche, n» 1. — (4) Hist. du Perche, liv. IV, ch. 2.

dit de Chasteaugontier, et passa à sa postérité : je ne sais pas comment il le peut dire, veu que

JEAN I, duc de Bretagne, dit le Cœnt^ Roux, qu'on veut qui luy ayt succédé en la seigneurie de Nogent-le-Rotrou, n'estoit sorty de ceste maison de Chasteaugontier, combien qu'il y fust allié a cause de Blanche, sa femme, fille de Thibauld, comte de Champagne et roy de Navarre, parente dudit Jacques : aussy croy-je que-Nogent seroit venu audit Jean de Bretagne plustost d'acquest que de succession; mais de quel costé qu'il vînt , Jean le laissa à son fils

JEAN II , qui espouza Béatrix , fille de Henry III du nom , roy d'Angleterre. Parmy les tiltres ou chartes du Chapitre de Saint- Jean de Nogent-le-Rotrou , il s'en trouve un datte du mardy devant la Pentecôte 1295, par lequel les chanoines d'iceluy promectent audit duc, comme seigneur dudit Nogent, de ne plus rien acquérir dans sa seigneurie. De ce mariage sortirent plusieurs enfants, entre autres :

ARTUS II, duc de Bretagne, qui fut aussy seigneur de Nogentie-Rotrou. Il fut marié deux fois, la première avec Béatrix de Limoges, fille unique et seule héritière de Guy, vicomte dudit lieu, et de Marie de Bourgongne, de laquelle il eut : Jean de Bretagne, qui luy succédera au duché; Guy, comte de Ponthieil et vicomte de Limoges; et Pierre, mort sans avoir esté marié. La seconde fois il espouza loland de Dreux, fille de Robert IV' du nom, comte dudit Dreux, et de Béatrix de Montfort-FAmaury, laquelle estoit veufve d'Alexandre III, roy d'Ecosse. Il eut d'elle Jean, dict de Mont fort, qui, après le déceds de Jean II, son frère du premier lit, usurpa le duché de Bretagne sur Jeanne, dicte la Boiteuse, sa niepce, fille dudit Guy et de Marie d'Avogour, et femme de Charles de Chastillon, dict de Bloys, à laquelle le duché debvoit appartenir. Les filles de ce second mariage furent : Jeanne, fenune de Robert de Flandres, seigneur de Cassel; Béatrix, femme de Guy de Laval; Alix , femme de Bouchard VI de Vendosme, comte dudit lieu; Blanche, et Marie, qui mourut religieuse à Poissy.

JEANNE eut, pour sa part, la seigneurie de Nogent-le-Rotrou, et fut, à cause de Robert, son mary, qui estoit fils puisné de Robert de Béthune, comte de Flandres, et d'Ioland de Bourgongne, comtesse de Nevers, dame de Cassel, AUuie et Mont-

mirai. De leur mariage sortirent mi fils, qui fut Jean, et une fille nommée ïolande. Robert estant décédé en 1331, et Jean, son fils, en 1334, elle convola en secondes nopces avec Robert de Bar, seigneur de Pierrefont, fils puisné d'Edouard I, frère de Henry IV» du nom, comte de Bar, duquelle elle eut : Henry de Bar, seigneur de Pierrefont; Hugues, évesque de Verdun, et cinq autres fils, qui eurent pour sœur loland de Bar.

lOLANDE de Flandres ayant succédé à son frère, qui est en Téglise des Jacobins de Chartres , où se veoid encores son épitaphe, elle espouza Charles, autres disent Henry IV, comte de Bar, fils aisné de Edouard I, comte de Bar, et de Marie, fille de Robert II, duc de Bourgongne (1), auquel elle porta les seigneuries de Cassel, Alluye, Montmiral et Nogent-le-Rotrou , qu'ils laissèrent à leur fils,

ROBERT, duc de Bar, marquis de Pont, seigneur de Cassel et autres seigneuries cy- dessus, auxquelles il adjousta Authon, Brou et la Bazoche , qui lui estoient venues de la succession de Robert de Bar, son ayeul (2), qui en avoit hérité, environ l'an 1292, de Marguerite, veufve de Charles, dit Y Ancien, frère de S. Louis, roy de Hiérusalem et de Sicile (3), sa tante, qui les avoit eues de sa mère Mahauld ou Matilde, comtesse de Nevers, femme d'Odet, fils aisné du duc de Bourgongne; et, par ainsy, Robert fut seigneur des Cinq-Baronies qui composent le Perche- Gouet, et de Nogent, qui est dans le Grand-Perche. H avoit espouzé Marie de France , fille du roy Jean , et de Bonne de Luxembourg, de laquelle il eut plusieurs enfants, entre autres (4) :

BONNE de Bar, qui fut mariée avec Valeran de Luxembourg, chevalier, comte de Ligny et de Saint-Paul, seigneur de Fiennes, et fut sa seconde femme (5). Dès le 1*' mars 1401 , Robert, son père, luy donna les chastel, ville, terres et appartenances de Nogent-le-Rotrou, avec tout ce qui pouvoit lui appartenir en la succession de Marie de France, sa mère, en advancement d'hoirie. De leur mariage vinrent : Louis de Luxembourg, connestable de France; Pierre; Jacques, sieur de Richebourg, et Isabeau de Luxembourg.

(l) Vassebourg, Ub. V. — (2) Inventaire d'Alençon. — (3) Coquille, Uist. de Nevers, p. 170 et 171. — (4) Idem, liv. VI. Syroph. Champier. — (5) Invent. d'Alençon.

Geste ISABEAU fut mariée avec Charles d* Anjou, comte du Maine, en 1443 (1), et n'estoit fille, comme Tondit, de Pierre de Luxembourg et de Marguerite de Baux , mais dudit Valeran. Dès la mesme année, elle donna lettres de provision de recepveur de Nogent-le-Rotrou à Husson Gousse, en considération des bons services par luy rendus à son beau-frère, le comte de Saint-Paul ; et portent lesdites lettres que, par le traicté de son mariage, les baronies, chasteaux, terres et seigneuries d'/\lluie. Brou, Montmiral, Authon et la Bazoche-Gouet , luy ont esté baillées, avec les chasteaux, chastellenies, terres et seigneuries de Nogentle-Rotrou, Molandon, la Perrière, Montigny, Nonvillier et Ri- 'veré. Quand audit Charles, il prenoit, en ses qualités, les tiltres de comte du Maine, de Guy se, de Gien et de Mortain, seigneur d'AUuie, Montmiral, Nogent-le-Rotrou et Molandon, Ueutenantgénéral et gouverneur pour le Roy en pays de Languedoc et duché de Guienne. Il estoit troisiesme fijs de Louis II, roy de Sicile et de Hiérusalem, duc d'Anjou, et d'Ioland d'Arragon. Le roy de Sicile, son frère, luy bailla le comté du Maine, pour son partage , dont il fit hommage au roy Charles VII, roy de France, son beau-frère. De son mariage avec ladite Isabeau vindrent : Charles d* Anjou, comte de Provence et du Maine, et Louise, fenune de Jacques d'Armagnac, comte de la Marche et duc de Nemours. Il eut encores un fils naturel, nommé Louis, qu'on appelloit le Bastard du Maine y qui fut baron de Mézières en Touraine et séneschal du Maine. Ledit Charles mourut en 1473, et fut enterré à Saint-Sauveur d'Aix en Provence.

CHARLES, son fils, luy succéda : il prenoit, auparavant le déceds de son père, le tiltre de duc de Calabre, et espouza Jeanne, fiUe aisnée de Ferry de Loraine, comte de Vaudemont, et d'Ioland d'Anjou, sœur de René II, duc de Loraine. Leroy René de Sicile, n'ayant aucims enfants masles, le déclara son héritier en ses royaumes et seigneuries, et le fit recongnoistre de son vivant comte de Provence et Forcalquier. Pour les couronnes de Naples et Sicile et Hiérusalem, il ne peut les obtenir du Pape Sixte IV. Il décéda le 11 décembre 1481 , et fut inhumé près son père en ladite église d'Aix. Sa fenune estoit décédée quelques moys auparavant, laquelle n'avoit laissé qu'une fille qui la suivit

(I) Sainte-Marthe, Hist. générale de France , lib. VI, p. 454.

f02 HISTOIRE DU DIOCÈSE

incontinent après. Dès Tan 1475, Charles vendit à Louis, son frère bastard, les seigneuries de Montmiral, Authon et la Bazoche-Gouet pour cinq mille escus d'or; mais, après le trespas dudit Charles, sa succession estant venue à Louis XI, roy de France, qu'il avoit déclaré son héritier universel en toutes ses seigneuries, ledit roy Louis XI donna lesdites seigneuries de Montmiral, Authon et la Bazoche à Jacques de Luxembourg, chevalier de son ordre et son chambellan, pour luy, ses hoirs et ayant cause, par Lettres données à Touars, au mois de janvier 1481, à la charge de rembourser ledit bastard du Maine , comme il fit en 1482. Pour ce qui est de Nogent-le-Rotrou et autres terres du Grand-Perche, Brouet Alluie du Perche-Gouet^ elles vindrent à

LOUISE, femme de Jacques d'Armagnac, fils de Bernard, comte de Perdriac, et de Léonor de Bourbon : il estoit duc de Nemours, comte de Castres, de Perdriac et de Beaufort, vicomte de Chastelerauld, de Cariât, de Mnrat et de Martigue, seigneur de Luze, de Condé, de Mayenne-la-Juhé, de Sablé, de la Ferté- Besnard et Cinq-Baronies, et pair de France. Le roy Louis XI, pour quelque mescontentement qu'il avoit receu de luy, luy fit coupper la tête en 1476. De leur mariage sortirent trois fils et autant de filles. Les masles furent : Jacques, décédé jeime ; Jean, duc de Nemours , et Louis , aussy duc de Nemom^ après son frère, lequel fut tué en certain rencontre au royaiune de Naples, où il estoit vice-roy pour Louis XII, roy de France. Les filles furent : Marguerite , femme de Pierre de Rohan , seigneur de Gié, mareschal de France et duc de Nemours à cause d'elle ; Catherine, qui espouza Jean II, duc de Bourbon, et Charlotte, qui fut mariée avec Charles de Rohan, seigneur de Gié, fils dudit mareschal.

JEAN d'Armagnac succéda à Jacques, son père, et espouza loland de la Haye, à laquelle il bailla, pour récompense des terres qui luy appartenoient, qu'il avoit vendues, celles de Nogent-le-Rotrou, Maine-la- Juhé, la Ferté-Besnard et Sablé; au moyen de quoy, le vicomte de Martigues, comme prochain parent de ladite loland, prétendoit que lesdites terres luy appartenoient, et le sieur du Bouchage, ayant huit cens livres à prendre sur les biens de ladite loland, auroit prétendu y faire affecter la seigneiuie de Nogent-le-Rotrou, dont il au-

roit esté déboutté par arrest. Ce Jean, dès 1487, avoit retiré audit Jacques de Luxembourg, chevalier, seigneur de Richebourg, lesdits Montmiral, Authon et la Bazoche-Gouet, dont il jouit quelques cinq ans; lesquels expirés, il vendit, en 1493, la baronie de Brou à U^ Florentin Girard, chevalier, sieur de Baranton, et à dame Marie Cholet, sa feitune, pour le prix de huit mille livres , rachaptables de pareille sonmie dans trois ans, au lieu de Dangeau, où ledit de Baranton faisoit sa demeure: ainsy qu*il est porté dans le contract de vendition faict et passé à Poictiers, le 1*' may audit an, pardevant G. du Puy et M. Rivière. Estant décédé sans enfants, ses seigneuries vindrent à

MARGUERITE d'Armagnac, sa sœur, laquelle, estant aussy trespassée sans avoir laissé de lignée, lesdictes seigneuries vindrent à ladite

CHARLOTTE, sa sœur, environ Tan 1501. Elle prenoit la qualité de vicomtesse de Martigues, baronne deVere, l'Isle et Alençon, dame de Nogent et Pont-sur-Seine et de Nogent-le-Rotrou. Estant pareillemejit décédée sans hoirs, environ le moys de may 1504,

PHILIPPES de Luxembourg, cardinal, évesque du Mans, et

FRANÇOIS de Luxembourg, son fi^ère, chevalier ^ chambellan du roy , et vicomte de Martigues, enfants de Thibauld de Luxembourg, seigneur de Fiennes, et de Philippes de Melun, se portèrent pour seigneurs de Nogent-le-Rotrou et chastellenies qui en dépendent , comme plus prochains parents desdits d'Armagnac, tous décédés sans enfants. II. se trouve un Compte dudit Nogent que Jacques Durand, recepveur du domaine dudit heu, leur rendit en 1506, du revenu annuel de ceste seigneurie, pour les Cinq-Baronies. Antoine de Luxembourg, fils de Louis, comte de Saint-Paul, et de Jeanne de Bar, chevalier, chambellan ordinaire du roy, comte de Brienne, Roucy et deChony, et sire d'Alluie, frère de Charles, évesque de Laon, en porta la foy à Erard de la Mark, évesque de Chartres, le 23 décembre 1510, conune sire d'AUuie, auquel seul appartient de porter la foy pour les autres; car pour la Bazoche-Gouet, Montmiral et Authon, ils appartenoient à dame Isabeaude Luxembourg, fille de Jacques et dlsabeau de Robais, laquelle avoit espouzé Jean de Melun, chevalier, seigneur d'Espinay; et Marie de Melun, leur

fille, veufve de M'^ Jacques de Ghabanes, chevalier, seigneur de la Pelisse, mareschal de France, composa du raehâpt avec les officiers dudit prélat en 1514, au nom et comme soy faisant fort de ladite Isabeau de Luxembourg , sa mère. Je trouve néamoins que la régale estant ouverte en Tévesché de Chartres en Tan 1507, parle trespas de René dllliers, évesque dudit lieu, le roy Louis XII, et depuis ledit Erard de la Mark donnèrent, sçavoir: ce dernier, par acte du 24 febvrier audit an, passé à Bourges, à U^ Jean de Bruges, chevalier de l'ordre du roy, son conseiller et chambellan ordinaire, et son lieutenant en Picardie, sieur de la Grutuze (1), et à ladite Marie de Melun, sa femme, tout le revenu des Cinq-Baronies, depuis leur mariage, qui fut le 6 décembre 1506, jusqu'à ce que les héritiers de dame Charlotte d'Armaignac en eussent payé le rachapt, et que le Roy en eust autrement ordonné, et sans déroger au droit de régale, ainsy qu'il appert par l'enthérinement desdites lettres de donation, passées à Chartres le 30 apvril 1507; et par les offres de fief faictes par ledit de la Grutuze, il prend les qualités, outre celles cy-dessus, de prmce d'Esteinichuse et seigneur des baronies de Montmiral, Authon et la Bazoche-Gouet, qu'il énonce luy avoir esté baillées en mariage avec ladite Marie de Melun, le sabmedy 6 mars audit an 1500. En l'année 1507, la duchesse d'Alençon, ayant faict saisir la seigneurie de Nogent-le-Rotrou , transporta tous les droits qu'elle pouvoit y prétendre, à

MARIE de Luxembourg, veufve de François, comte de Vendosme, fils de Jean II du nom, comte dudit heu, etd'Isabeau de Beauveau, laquelle estoit fille de Pierre de Luxembourg IP du nom, comte de Saint-Paul et de Brienne, et de Marguerite de Savoye, ainsi qu'il se veoid par un acquit à elle baillé par Marguerite de Loraine, fille de Ferry, comte de Vaudemont, etd'Ioland d'Anjou, espouze de feu René, duc d'Alençon, le 15 octobre 1515. Ceste saisie avoit esté faicte par ladite Marguerite pour raison du rachapt, qu'elle prétendoit lui estre deub par laditte comtesse de Yendosme et de Saint-Paul, comme dame de Nogent, dont ils chevirent et composèrent ensemble dès le 20 janvier de la mesme année 1507. Il se trouve aussy, parmy les tiltres de la maison d'Alençon, un cahier contenant l'appointement

(1) Procès- verbal de Tancicnne coustume d*Orléans.

faict entre ladicte comtesse de Vendosme avec ledit cardinal de Luxembourg, tant pour luy que François, son frère et son nepveu, touchand ledit Nogent-le-Rotrou, ensemble le don des rachapts ensuilte dudit appoinctement faict à ladite comtesse de Vendosme par ledit duc d'Alençon. Geste Marie fit son entrée audit Nogent le 26 may 1516. Depuis elle bailla ledit Nogent-le-Rotrou à

CHARLES I, duc de Vendosme, son fils, lequel, estant décédé à Amiens, le jour de Pasques flories 1538 ,

ANTOINE, duc de Vendosme, son fils, et de Françoise d'Alençon, duchesse de Beaumont, fille aisnée de René, duc d'Alençon, et de Marguerite de Lorraine, luy succéda comme fils aisné dudit Charles , qui estoit fils de ladite Marie de Luxembourg. Il fut marié avec Jeanne, fille unique de Henry d'Albret, roy de Navarre : il jouit de Nogent jusques en 1 550 qu'il le bailla, avec Beaugé, à Jean de Bourbon, comte d'Anghien, son frère, qui en jouit jusques à son déceds, arrivé en la journée de Saint- Laurens 1557, aagé seulement de 29 ans, ne laissant aucmie postérité de Marie de Bourbon , fille unique et seule héritière de François de Bourbon, comte de Saint-Paul, et d'Adrienne d'Estoute\'ille, sa femme. Depuis ce temps-là,

CHARLES de Bourbon, comte de Soissons, et HENRY de Bourbon, prince de Condé, ont jouy dudit Nogent; et ce dernier le vendit à M^ MAXIMILIAN de Béthune, duc de Rosny , en la famille duquel il est encores à présent.

Voilà tous les seigneurs de Nogent-le-Rolrou , depuis sept à huit cens ans, qui sont venus à ma congnoissance , ausquels ceux qui en auront une plus particulière pourront adjouster ceux desquels ils auront quelque mémoire.

Quand au spirituel, F Archidiacre de Chartres, autrement dict le Grand, y a son Officiai, promoteur, greffier et autres officiers, pardevant lesquels répondent les curés et autres ecclésiastiques dudit Nogent et lieux circonvoisins : le Doyen de Saint-Denis y a im bailly et officiers pour les subjets de son doyenné.

Pour le nom du Perche, qui estoit une forest, qui s'estendoit jusques au Blésois, ainsy qu'il se lit dans la Vie de S. Laumery quelques-uns estiment que ce nom luy a esté donné à cause des grandes perches, qui sont bois droits et longs, sans branches,

desquelles Ton liroit quantité des forests qui estoient encloses dans ceste province. Il n'y est demeuré que trois forests de considération qui s'y voyent encores de présent, mais conmie réduittes au petit pied, et à bien moins qu'elles n'estoient: celle du Perche, de Reno et de Belesme.

Dans la première, la rivière d'Huisne, par quelques-uns appelée Unellay qui a donné le nom latin aux Percherons qui s'appellent Unelli, prend sa source, soit dans la parroisse de Saint- Denys, soit en celle de Saint-Hilaire de Soisay, d'où elle descend par l'estang de la Morinière à Blavou et à la Gravelle, puis à Saint- Jouin, Pont-d'Huisne, où, s' estant grossie de plusieurs ruisseaux, coule par Goulot, aux ponts de Mauves, et de là, entrant dans le diocèse de Chartres à Regmalard, Dorceau et Villeray, s'en va rendre à Nogent-le-Rotrou où elle s'enfle des ruisseaux de l'Osée ei du petit Ronne. Au dessus de Nogent, elle reçoit la petite rivière d'Erré, qui descend par Masle, le Teil et Avezé à la Ferté-Besnard, où, enflée de la Mesme, autre rivière qui a sa source dans la forest de Belesme, elle descend par Saint-Martin-de-Vieil-Belesme, au Guay de la Cherue, Cissay, Igey, Marsilly, où, un peu au dessoubz, s'estant accreue de la rivière de Gemages et de Saint-Germain -de-la-Couldre, passe par Gastineau et Souvigné et s'en va rendre au faubourg de Saint- Antoine de la Ferté-Besnard. L'Huisne ainsy grossie et accreue, descend à Seaux,- au Pont-de-Gennes, Champigny, Ivre et à Pontleue près du Mans, au dessoubz duquel elle entre dans la Sarthe, qui lui faict perdre son nom.

Il naist encores une autre petite rivière ou plustost ruisseau dans la forest du Perche, de l'estang de Tyron, qui passe au travers du monastère de même nom , et faict tourner un moulin dans la cour d'iceluy, et sorty qu'il est de ce monastère s'en va par Combres rendre dans le Loir a[u moulin de la Vallière, au-dessous d'Illiers.]

Non loing de là il passe encores à Moustiers-au-Perche un petit cours d'eau, appelé Corbion dans la Vie de S, LoAimer, qui va faire présent de ses eaux a[u Loir près de Saimieray.]

n y a de plus une autre rivière dans le Perche, qui sort de deux fontaines, l'une qui a sa source à Marchéville-au-Perche dans le diocèse de Chartres, l'autre à la Pelleterie; le premier bras desquelles s'appelle Conmieanche, et le second la Jambée ,

lesquels, venants à se rencontrer en unfourchon, sen vont rendre dans THuisne au Moulin-Chevrel.

La rivière d'Avre, prend aussy son origine au Perche, au-dessus de Nonancour, laquelle, descendant par Saint-Rémy-sur-Avre à l'Estrée, abbaye de moysnes de Cisteaux, et Motelles, s'en vient rendre au dessoubs du Breuil-Benoist, monastère du mesme ordre, dans la rivière d'Eure, et sépare, de ce costé-là, le diocèse de Chartres de celuy d'Evreux, ainsy que le dit ce vers plus riche en rime qu'en quantité ,

Avra, licet parva, Francorum dividit arva.

La rivière d'Eure y prend aussy sa naissance ainsi que nous Tavons remarqué au V™^ chapitre précédent, laquelle, après avoir tourné vingt-quatre lieues ou environ de l'occident au midy, levant et septentrion, s'approche à quelques huict Ueues de sa source, pour sortir hors du diocèse de Chartres, au-dessoubz de Monstrueil, près Dreux, d'où, tournant à Tentour de la forest de Crotais, elle gaigne Sorel, Annet et Ivry, où elle quitte le diocèse de Chartres. Passons maintenant au pays qui le suit :

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