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CHAPITRE XII

De la ville de Monlfort-V Almaury , et de ses anciens Comtes et de leur véritable origine.

Du Drouaisin ou Drocassin l'on entre dans le comté de Montfort, qui est d'une grande estendue. Le roy Robert II, auquel il estoit venu de la succession de ses ancestres, le mit en quelque estime, y ayant fait bastir un chasteau auquel il faisoit souvent sa demeure , pour la chasse des bestes rousses , lit clore la ville de bonnes murailles, la flanquer de fortes tours, et bastir, en icelle, l'église de Saint-Pierre, qu'il donna à l'abbaye de Saint-MagloLre à Paris, fondée par ses devanciers. La ville est haulte et basse et d'un difiBcile accès du costé du po* nant. Elle est mi des sièges qui ressort ent par appel au Parlement de Paris; pour quoy elle a son Bailly, Lieutenant-général civil et criminel, advocat et procureur du roy et autres officiers de justice.

Ledict roy Robert donna ceste ville et comté à Amaulry, son fils naturel, qu'il avoit eu de Berthe, veufve d'Eudes, comte de Chartres, douairière de Nogent-l'Erembert (1).

Duchesne, en ses Antiquités des villes du pays Chartram,' en ses Généalogies, à la fin de son Histoire de Normandie^ et en son Histoire de Bourgongne (2), escript que ledit Amaulry estoit

(1) Continuât. Aimoini, lib. V, eh. 46. — (2) Lib. III, p. 266,

fils de Guillaume de Hénault, fondé sur le dire d'Orderic Vital, qui en estoit mal informé; car il est certain qu'il estoit fils dudit Robert et de ladite Berthe , ainsy que nous le montrerons en son lieu.

Mais en attendant, pour ce que plusieurs parlent diversement des descendants de ceste maison qui s'est perdue dans celle de Bretagne, j'en déduiray icy la généalogie, pour la satisfaction du lecteur et esclaircissement de la vérité.

Gest AMAULRY qui faict la souche de ceste noble maison, estoit, comme dict est, fils de Robert II , roy de France, qui luy donna Montfort et Espemon, et espouza une nonmiée Ma tilde, qu'un certain tiltre de l'an 1053 appelle Bertrede, autres Gabrielle, fille d'Esverard de Montmorency, surnonuné le Grand, de laquelle il eut deux enfants Simon et Mainier. Cela se veoid par les Gartulaires de Saint-Thomas dudit Espernon et de l'abbaye de Saint -Père -en -Vallée de Chartres. La Clironique de Morigny y adjouste une fille , qui avoit esté promise à Huon de Grécy, fils du comte de Rochefort, grand-maistre de France, laquelle se nommoit Luciane.

MAINIER ou Amauhy succéda à son père, suivant le continuateur d'Aimoin, et eut de sa femme, aussy nommée Ma tilde ou Mabile, Simon, et une fille mariée au comte de Meulanc. Ceste descente se veoid par le Cartulaire de Coulombs; mais j'estime que ces deux enfants moururent sans lignée, d'autant que

SIMON, leur oncle, obtint la comté de Montfort et eut plusieurs erJants des trois femmes qu'il espouza (1). De la première, appellée aussy Mabille, il eut Amaulry, dit le Fort, et Elisabeth , fenune de Roi de Toëny, seigneur de Couches, duquel elle eut Roger et Roi, qui succéda à son père, et Godehilde, femme en premier lit, de Robert de Meulanc, et en second, de Bauldouin, fils d'Eustache, comte de Boulongne. De la seconde femme, Simon eut un fils de mesme nom, dit le Jeune j et la mère de Guillaume Crespin. De la troisiesme, nonunée Agnès, fille de Richard, comte d'Évreux, fils naturel de Robert, archevesque de Rouen, fils du premier Richard, duc de Normandie, et sœur de Guillaume, comte d'Évreux , et sœur utérine de Roi

(t) Guill. Gemet., lib. VIT, eh. 17. Du Tillet, en la branche de Montfort.

de Toèny, gendre dudit Simon (1), il eut Berlrade, mariée premièrement avec Foulques Ilichiu, comte d'Anjou, duquel elle eut un fils de mesme nom, qui succéda à son père et de plus fut roy de Hiérusalem; et, ayant quitté ledit Foulques, s'abandonna à Philippes I, roy de France, et en eut Philippes, comte de Mantes, et non de Meun-sur-Yèvre en Berry, qui fut aussy , à cause d'Élizabeth, sa femme, fille de Guy Troussel, comte de Montlehéry ; Fleury, qui fut marié, mais Ton ne dit le nom de sa femme, de laquelle quelques-uns escripvent qu'il eut ime fille nommée Isabel de Nangies ou de Nainville, de laquelle issit Adélaïde, dame de Verusy, femme d'André de Baudiment, seigneur de Brenne en Champagne, qui le fit père d'Erard, qui espouza Philippes, fille puisnée de Henry, comte de Champagne, d'où sourdirent beaucoup de procès; Cécile, qui espouza, dans l'église de Chartres, en premières nopces, Tancred, prince d'Antioche, et en secondes. Ponce, comte de Tolose, fils de Bertrand, comte de TripoU en Syrie; et une autre fille nommée Eustache, qui fut mariée à Jean, comte d'Estampes et de Corbeil. Outre ceste Bertrade, Simon eut encores mi autre Amaurv, lequel fut comte d'EvreiLx (2) après Guillaïune, fils de Richard, son oncle. Du premier Amaurj', fils de Simon et de Richilde ou Richeux , sa femme, fille de Baudouin, premier comte de Hénault, autres l'appellent Alix, sortirent Simon et Mabile, que j'estime estre décédée sans hoirs, veu que Richard, frère d'Amaury, du troisiesme lit, et encoi-es après luy Simon, son nepveu, succédèrent à Montfort; et que cette Richilde, après la mort de son mary, qui fut tué d'un coup de lance en une quereUe qu'il avoit contre Guillaume de Bretueil , se rendit religieuse à Maubeuge en Cambresis. Ordéric Vital escript (3) que Richard, frère d'Amaury, ayant succédé en biens de son frère et en ses querelles, fit la guerre audit Guillamne de Bretueil, lequel il contraignit de donner sa fille Isabel en mariage à Ascelin Goele, avec le chasteau et seigneurie d'Ivry, et que Guillaume, comte d'Evreux, ayant prins querelle avec Roger de Toëny, son frère utérin, pour quelques picoteries d'Elisabeth et Halvise, leurs femmes, qui sentremorgoient, ceste dernière estant fille do

(1) Order. Vital., Ub. XII, p. 838 et 830. — (2) Id., lib. V, p. 590. Corneille Martin. — (3) Lib. VIII, p. 685. Guill. Gemet., lib. VIII, ch. 17.

Guillaume I, comte de Nevers, et ne voulant céder à l'autre ^ Richard, qu'il appelle nepveu de Guillaume, comte d'Evreux, et fils d'Agnès, sa sœur, femme du dernier mariage de Simon, s'estant mis de son costé, fut tué d'un coup de traict devant Couches (1), où Guillaïune d'Evreux avoit posé le siège, et fut porté enterrer au cemetière du prieuré de Saint-Thomas d'Espernon, près ses devanciers, Simon, son père, et ses autres enfants, de manière que le comté de Montfort vint par ce moyen à un autre

AMAURY, du troisiesme lit, lequel avoit espouzé une Mahile ou Mahauld, niepce d'Estienne de Garlande, grand-maistre de France, qui luy porta Rochefort, et en eut deux fils, Albert et Simon (2). Je trouve ceste descente dans le Cartulaire de Colombs, en un tiltre de Tan 1105, par lequel Amaury de Montfort donne aux religieux de ladite abbaye une maison, avec quatre arpents de terre sciz à Houdanc, qu'il avoit acheptés de Gilbert ou Guibert Pelevilain, et plusieurs autres choses énoncées audit tiltre, du consentement de Mabile, sa fenrnie, en présence de Guy de Gallardon, Mainier ou Amaury de Maintenon, et Richard, escuier tranchant, avec l'aggrément d'Albert et Simon, ses enfants. Je trouve qu'il avoit aussy une fille qu'il avoit promise à Hugues du Puiset, que j'estime qu'elle n'espouza pas. Cest Amaury estant décédé en 1139, son fils, TAppendix de Sigebert dict son frère,

SIMON, luy succéda, tant à Montfort qu'à Evreux, d'autant qu'en deux tiltres du mesme Cartulaire de Colombs, il est faict mention de ce Simon , fils d'Amaury ; par le premier desquels il s'inlitule Dei gratia, Cornes Ebroicemis, sircnuissimi ComitLs Amaurici filius, et confinne avec Mahaud, sa fenune, le don que son père A., c'est-à-dire Amaury, et sa mère M., qui signifie Mabile, avoient faict ausdits religieux de Colombs à Houdanc; et parle second, il appelle Amaury de Montfort son père. Ce Simon, dit le Chauve, comte d'Évreux, après le déceds de Simon, son ayeul, et d'un autre Simon, son oncle, et encores de son frère Albert, recueilUt toute la succession de sa famille, et fut, par ce moyen, comte d'Evreux, de Montfort, Rochefort,

(l) Ducbesnp, en son Hist. de Bourg. , lib. UT, p. 325. — (2) Chronic. Mauriniac.

seigneur d'Espernon et de beaucoup d'autres lieux. Guillaume de Jumièges escript que Robert, comte de Mulanc, luy avoit promis sa fille en mariage, laquelle, néamoins, il n'espouza, peut-estre à cause de parenté, ou pour ce qu'elle estoit en bas aage, n'ayant alors qu'un an, ou pour quelque autre sujet qui ne m'est pas congneu. Nous avons veu toutesfois qu'il avoit espouzé une Mahaud, dénommée dans le second tiltre de Colombs rapporté cy-dessus; ce^ui est confirmé par un autre de la léprosarie du grand Beaulieu-lez-Chartres, qui porte que Simon, comte d'Évreux, donne aux lépreux duditlieu mie maison et jardin sciz à Houdanc, présent Amaury, son fils, Euphémie, prieure de Haulte-Bruière , Joubeii; du Tremblay, Hemi Morbier et plusieurs autres, pour le salut des âmes de ses prédécesseurs et successeurs, et spécialement pour les âmes de ses père et mère, pour la sienne et pour celle de M. sa femme, qu'en im autre tiltre il appelle Mahaud; à la prière de laqueUe il avoit fait ledit don, lorsqu'elle estoit malade audit Haulte-Bruière, Tan 1158 : de laquelle maladie je croy qu'elle mourut, pour ce qu'il espouza depuis Amicie, fille aisnée de Robert, comte de Leicestre en Angleterre, qui estoit fils de Robert de Beaumont, comte de Mulanc, et d'Elizabeth, fille de Hugues le Grand, comte de Vermandois, et d' Amicie, fille de Roi de Guadeo (1), qui peut estre celle qui lui avoit esté promise. Ce Simon, pour quelque mescontentement qu'il receut de Louis le Jeune , roy de France, se banda contre luy, se mit du costé d'Henri II, rôy d'Angleterre, duquel il relevoit Évreux, et luy livra, en 1158(2), Montfort, Rochefort et Espemon avec autres forteresses qu'il avoit en France , qui luy donnèrent bien des affaires, personne ne pouvant aller librement de Paris à Estampes, ni à Chartres, à cause des troupes Angloises qui estoient en garnison dans ces forteresses et couroient sur les grands chemins, ce qui l'obligea de faire trefvespour environ six moys, durant lesquels r Anglois le maria avec ladite Amicie , promise à Richard Cœurde-Lion, son fils. Il eust Bretueil en mariage et la comté de Leicestre après le déceds de son beau-père; et eut de ladite Amicie trois enfants, sçavoir : Simon et Guy, et une fille nommée Pernelle ou Perronnelle, laquelle fut mariée à Hugues,

(I) Guill. Gemet., lib. Xlll, ch. 40 et 41. — (2) Chronic. Nomim.

comte de Cestre, pai^ent du roy Anglois, ou bien, comme d'autres le disent, à Barthélémy de Roye, grand-chamhellan de France, qui fit bastir Fabbaye de Joyenval de Tordi^e de Prémontré, au Val-de-Gallie, dioc^se de Ciiartres, où il gist avec sa fenmie, Nicolas, son frère, Nicolas, fils de ce premier Nicolas, évesque de Noyon, qui décéda en 1239, le 13 février (1), et Jean, fils dudit Barthélémy. Après le déceds de Simon remarqué dans le Nécrologe ou livre des Gbits dudit Haulte- Bruière, où il fut inhumé en 11 7i, ladite Amicie se remaria avec Guillaume des Barres, duquel elle eut un autre Guillaïune, le plus accomply chevalier qui fut du temps de Philippes Auguste, roy de France; elle vesquit longtemps après, jusques en 1206. Elle donna à l'église de Chartres la somme de cent sols parisis de rente annuelle et perpétuelle, à prendre par chacim an, le lendemain de la saint Remy, sur la prévosté de Saint-Légeren-ïveline, à peine de payer, par le prévost qui seroit loi*s, autant de cinq sols par chacun jour, qu'il seroit en demeure de payer lesdits cent sols parisis, applicables, sa \ie durant, aux réparations de ladite église, et, après son trespas, pour estre distribuées aux chanoines présents à l'anniversaire qu'elle ordonnoit y estre célébré à son intention chacun an. Ce que Simon, son fils, confirma en 1215, auquel an elle pou voit estime décédée.

SIMON succéda à son père et fut comte de Montfort, ce qui me fait juger qu'Amauliy, du premier mariage, pouvoit estre mort ou poui'veu d'ailleurs, veu que je n'en trouve plus rien. Pour Guy, l'autre fils, il s'en alla au Levant, où il espouza la comtesse de Sidon, avec laquelle il revint en France durant la guerre contre les Albigeois (2). Il avoit eu Rochefort en partage, ainsy qu'il se veoidpar un tiltrede Haulte-Bruière de l'an 1202, touchant la dixme des novales de Bevnes. Il eut encores Rabastrux dans le Lauragais, pour récompense de ses conquestes sur les Albigeois. Je le trouve vivant en Tan 1221, aumoys de mars, dans certain tiltre de Saint-Martin-des-Ghamps de Paris, par lequel il quitte le droit d'un cheval de dix hvres pai'isis, qu'il prétendoit luy estre deub par le priem' dudit lieu à chaque

(1) Claude Emery, en ses Antiquités de Saint -Quentin. — (2) Uist. Albigeus. Pétri de Vall., ch. 14, 17 et 81. Id , ch. 60, 71 et 7K

changement de prieur, et ne trouve quand il mouinit, si ce n'est luy qui fut tué au siège de Varilles, près Pamiers, d'un coup de can-eau tiré de la ville, en 122G.

Simon, après son retour de la Terre-Sainte (1), où il avoit accompagné son frère , se croisa par dévotion contre les hérétiques Albigeois, ainsy appelles, à cause que leur secte avoit conunencé à iUby, principale ville de T Albigeois au Languedoc; et, en 1209 et années suivantes, il les combattit avec tant de bonheur qu'ayant eu plusieurs advantages sur eux, il fut, du consentement de tous les chefs, esleu général de l'armée catholique (2). Le pape Innocent III lui donna toutes les conquestes qu'il pourroit faire de places, villes et chasteaux sur Raymond III, comte de Toulouse, fautem* de ceste hérésie, et sur autres seigneurs qui luy adhéroient; ce qui fut approuvé au concile de Latran, tenu au moys de novembre 1215, pour luy et ses successeurs. Il avoit espouzé, dit le Cartulaire de Beauheu, une nommée Eve, qu'autres appellent Alix de Montmorency, de laquelle il eut Amauiy, Simon, Robert, Guy, Philippes, autre Philippes, et Perronnelle, qui fut fiancée à Jacques, fils de Pierre, roy d'Aragon, qui fut tué en la bataille de Muret, mais espouza Pierre de Courtenay, seigneur de Couches et de Meun ; et après son déceds elle convola en secondes nopces avec Henry de Sully. Il fut tué au siège de Tolose d'un coup de pierre, le 25 juin 1218; fut premièrement porté à inhumer à Carcassonne en Téghse de Saint-Nazaire (3), d'où il fut, du depuis, rapporté en celle dudit Haulte-Bruière, où son efligie se veoid à costé de la grille du chœur des religieuses, avec celle d'.Vmaury, son fils , qui est de l'autre costé. Tous deux sont plus grands que le naturel, armés de toutes pièces, ayant le long de la cuisse un escu , de gueules au lion léopardé d'argent, portant sa queue fourchée et passée en sautoir, qui sont les armes des anciens comtes de Montfort. Sur la baze qui porte la représentation de ce Simon, sont taillés, à demi-bosse, des lévriers; comme aussy dans son sceau, où il est représenté à cheval,

(1) Ann. Spondani ad an. 1201. — (2) Invent, des tilt, du Roy, Tolose, sac V, nomb. 73. — (3) Pétri de Vall., ch. 85. Guill. de Podio in Laurent., ch. 30. Cari, hospital. de Sttrdis. Pierre de Saconay, De la Protn^ dence de Dieu sur les Boys de France, p. 1 iO.

tenant un cor de chasse près sa bouche, et ayant un lévrier à costé du cheval, avec ceste inscription à Tentour : Sigtllum Ôtmonîe bc iSlontefortt; et au contre-sceau il y a un lion comme dessus.

AMAURY, son fils aisné, luy succéda en ses estats etprint mesmes qualités que son père, de duc de Narbonne, comte de Tolose, vicomte de Béziers et Carcassonne, et seigneur de Montfort. Il espouza, du vivant de son père, une fille d'André de Bourgongne, comte d'Albon et Dauphin devienne. Duchesne la nomme Béatrix, fille dudit André et de Béatrix de Claustral, sa première femme, fille de Guillaume de Forcalquier, qui avoit esté promise au fils de Hervé de Donzy, comte de Nevers, et de Mahauld de Courtenay, lequel estant décédé, elle fut mariée audit Amaury, qui l'espouza à Carcassonne, encores qu'elle n*eust que dix ans. Le Charon, toutesfois duquel Duchesne ne s'esloigne pas, dit que ceste Béatrix fut mariée avec Démétrius de Montferrat, roy de Thessalie, fils de Boniface II, marquis de Montferrat, qui décéda sans enfants en 1227, et que la femme d' Amaury fut une autre fille dudit André et de Berte ou Béatrix, sa femme. Après le déceds de son père, il eut de grosses guerres sur les bras (1), les comtes de Tolose et de Foix faisant tout ce qu'ils pou voient pour recouvrer sur luy les pertes qu'ils avoient faites en leurs seigneuries. Ce que recongnoissant , avec le peu de forces qu'il avoit pour leur résister, il quitta au roy Louis VIÎI, en febvrier 1224 , le comté de Tolose et tout ce qu'il possédoit en Languedoc. Cela se veoid par un tiltre qui est en le Thrésor des chartes du Roy, du mois d'apvril 1229(2), par lequel ledit Amaury recongnoist avoir transporté audit roy Louis, le droit qui luy appartenoit au comté de Tolose, vicomte de Béziers, et en toute la conqueste des Albigeois, et promet avoir aggi'éable le traicté de paix qui sera faict entre ledit seigneur roy et Raymond, comte de Tolose. Par le mesme traicté, il fut faict connestable de France, et se qualifie tel par un tiltre de Saint- Martin-des-Champs en certain acte d'eschange, faict par Fhoste-

(I) Guill. Armor., Philippides Xll. Pétri de Vall., cli. 79. Duchesne, Hisl. des Dauphins de Vienne, p. 21 et en ses Preuves, p. 13. Charon, en son Hist. univers, des Gaules, ch. 33. — (2) Invent, des tilt, du Roy, Tolose, sac V, nomb. 74.

lier dudit monastère avec Aubert d'Andresel et Jeanne, sa femme, d'une rente de bled avec environ cinq arpents de terre, sciz à Crespières, que ledit Amaury amortit au moys de mars 1230. Gomme aussy, par un aultre tiltre du 15 des calendes de juin 1234, donné en faveur de Féglise de Chartres, au sceau duquel il est représenté armé et à cheval , Tespée au poing , et sur la barde du cheval est un lion rampant , la queue fourchée et passée en saultoir, et au contre-sceau, y a un guidon ou bannière enunanchée de trois dents sur deux et demie , entre deux fleurs de lis, autour duquel sceau est escript en lettres gotthiques ce mot : ferttad, qui es toit sa devise et cry d'armes, qui me faict cit)ire que ça esté luy qui a donné les roses des deux vitres qui sont en Téglise de Chartres, au dessus des chaires du chœur, du costé de la grande chaire épiscopale, ésquelles lesdites aimes et guidon se voyent encores'à présent, et que ça esté Pierre de Courtenay, son beau-frère, qui a donné le bas desdites vitres ésquelles les armes de ceste maison sont posées d'or à trois tourteaux de gueules. Quelques-uns disent que, vers Tan 1226, il y eut différend poiu* l'office de Connestable entre cest Amaury et Estienne de Garlande, qui renoncèrent à leurs prétentions en faveur de Roi de Vermandois, dit le Jeune j ce qui ne peut estre, veu qu' Amaury ne fut Connestable qu'en 1229, et posséda ceste charge jusques à son déceds , qui arriva en 1 24 1 . Dès 1 239, estant allé avec autres seigneurs francois en la Terre-Sainte, pour le recouvrement d'icella d'.entre les mains des Infidèles, il fut piins prisonnier, et comme il eust esté délivré et s'en retournoit en France, il tomba malade à Ottrante où il décéda. Son corps fut porté à Rome, où il fut inhumé en l'église de Saint-Werre (1 ); il laissa deux enfants de sa femme, desquels nous parlerons cyaprès.

Quand à Guy, frère du connestable, il espouza Femelle de Bigorre, fille de Bernard, comte de Cominges, et de Tiennette, comtesse deBigoiTC, et fut tué au siège de Castelnaudari, en 1218 ou 1219, en assistant Amaury, son frère, qui ne laissa que deux filles, l'une nommée aussy Femelle, qui fut joincte par mariage avec Roi Tesson, d'où vint Guillaume Tesson, chevalier normand; et Alix qui espouza Guillaume de Courtenay, sei-.

(1) Nanp:is, De (Wst. Franc. liaph. Vol. .. Hisl, de Fow, lib. XXii, etc.

giieur de Champignelle et de la Ferté-Lupiere , de laquelle il eut Lore, comtesse de Turene; Matilde ou Mahauld, mariée en premier lit au comte d'Auxerre, et en deuxiesme avec Philippes de Flandres; Eschivard de Chabannes, comte de Bigprre, et Jourdain; où je remarque en passant, pour plus grand esclaircissement, que Pernelleou Perronnelle de Bigorre avoit eu cinq maris : le premier fut Gaston de Béaru, le second, Ninon Sanches d'Arragon, comte de Cerdagne, desquels elle n'eut d'enfants, voire par mi abus qui estoit lors en pratique en Bigorre, elle se seroit séparée, de leur mutuel consentement, et auroit convolé en troisiesmes nopces avec Guy de Montfort, duquel elle eut lesdites deux filles; après son déceds, elle espouza, pour quatriesme mary, /Vimeri de Rançon, duquel elle n'eut point d'enfants; et pour cinquiesme et dernier mary, elle eust Guy de Mathas, qui engendra Marthe, femme de Gaston, vicomte de Béarn, fils de Guilhem Raymond.

Quand à Simon, frère desdits Amaui*^' et Guy de Montfort, ayant obtenu le comté de Bigorre par la donation que luy en avoit faict ledit Eschivard, il le transporta é Thibaud VII, comte de Champagne et de Brie, roy de Navarre, et se retira en Angleterre, s'eslant picqué contre la royne Blanche, de ce qu'elle avoit empesché qu'il n'espouzast Jeanne de Flandre et de Hainault , veufve du comte Fernaud. L'Anglois , bien informé de sa valeur et méiite, le receut fort bien; et pour l'obliger à espouzer son parly et Tarrester, luy fit espouzer AUénor, sa sœur, et luy donna le comté de Leicestre, qui avoit autrefois appartenu à ses devanciers (1), et le fit séneschal d'Angleterre et de Gascongne; cela se veoid par certain acte de confirmation dudit roy Henry III d'Angleterre, donné à Vendosme, le 21 janvier, l'an quinziesme de son règne, qui revient à 1250 (2), touchant la paix et l'accord faict entre ledit Simon, son heutenant en Gascongne, et les Bourdelois, sur plusieurs démeslés qu'ils avoient eus ensemble. Geste Aliénor, sa fenmie, estoit veufve de Guillaume le Mareschal, comte de Pembrok; laquelle, après le déceds d'iceluy, avoit faict vœu de chasteté. Ce mariage

(I) Mathieu Paris, in Henrico Ilf, ann. 1238. Pol. Virg., lib. XVI. Thom. Valsingham., ann. 1239. — (3) Invont, des tilt, du Roy (tiltres Guyenne, layette Bordeaux ^ num. 1).

lie se porta pas bien, et semble que Simon, espouzant cette femme, il espouzast son malheur, veu que ce qui les devoit lier avec le roy d'un nœud indissoluble d'amitié fut comme le motif de leurs querelles et discussions. En 12G0, les premiers seigneurs d'Angleterre s'estant ligués contre leur souverain, à cause des grandes levées et extoi*sions qu'il faisoit dans son royaume, Simon se mit de la partie, et fut un des premiers à deffendre la liberté publique. S'estant mis à cet effect en campagne, il print le roy prisonnier, avec Edouard, son fils, lequel s'estant eschappé par la trahison de Gilbert de Glaire, comte de Glocestre, qui es toit un des principaux du party qui se trouva du costé du roy, il fut vaincu par ledit Edouard , et tué avec Heniy, son fils aisné, en une bataille donnée près l'abbaye d'Evesham, où il fut inhumé (1). Plusieurs miracles se firent à son tombeau, qu'on n'osa publier de crainte d'encourir la disgrâce du roy. Quelques-uns escripvent que le pape Clément IV le fit oster du cemetière oVi il estoit, pom' ce qu'estant en Angleterre il Tavoit excommunié, et ne se seroit mis en peine d'obtenir son absolution. Sa teste, néamoins, ayant esté apportée en France, fut déposée à Haulte-Bruière, sépnlchre de ses ancêtres, où elle se veoid encores entre les reliques de ce monastère. Il eust de ladite Aliénor cinq masles et une fille, sçavoir : Henr^', qui fut tué avec luy, Simon, Guy, Amaury, Richard et Ahénor, desquels nous parlerons cy-après.

Pour Philippes, fils de Simon IV, je ne trouve point avec qui il fut marié, mais seulement qu'il assista S. Louis, roy de France, en son voyage d'outre-mer, et qu'il se servoit fort de son conseil (2); et que du depuis il suivit Charles d'Anjou en la PouiUe, qu'il servit fort bien en ses guerres contre Conradin. Il estoit seigneur de la Ferté-Aleps en Beausse, et de plusieurs autres terres dans IWlbigeois; et de luy vint, entr autres enfants: Jeanne de Montfort, laquelle espouza Guy, fils aisné de Regnauld, comte de Forest et baron du Beaujeu, qui succéda à son père, et eut de ladite Jeanne, Jean, qui fut aussy comte de Forest, et Regnald, chanoine et comte de Lion (3). Du Tillet, luy donne

(1) Pol. Virg., lib. XVI. Math. Paris. Nangis , In vita S, Lud. —

(2) Joinville, Vita S. Lud., ch. 39 et 42. Nangis, p. 458 et 459. —

(3) Duchesne, Hist. de Bourg. ^ liv. III, p. 437.

deux filles, l'une mère d'un comte de Comminges, Taulre nommée Aliéuor, comtesse de Vendosme. Quant aux enfants d'Amaury, comiestable de France ,

JEAN fut son aisné, et Amaury le second; le premier espouza Jeanne de Craon, et, en 1245, estant allé au voyage de la Terre- Sainte, il y fut prisonnier avec le comte de Bar; d'où, estant de retour en France, il décéda en 1248, laissant une seule fille nommée Béatrix, qui fut mariée à Robert IV, comte de Dreux, qui, à cause d'elle, le fut aussy de Montfort (1).

Le second, sçavoir Amaury, s'en alla en Calabre, où il fut comte de Squillace, et y mourut laissant une grande lignée, de laquelle je ne parlerai point pour estre hors de France. De

ROBERT de Dreux et de BÉATRIX de Montfort, issit loland de Dreux, qui fut mariée, selon Nicoles Gilles (2), en premières nopces, avec le roy de Série {Syrie), et en secondes, avec Arthur de Bretagne, qui fut comte de Montfort. De par elle, et par ce moyen, le comté de Montfort tomba en la maison de Bretagne.

Pour les enfants de Simon et d'Aliénor d'Angleterre, Henr^% comme dict est, fut tué avec son père en une bataille près Evesham, le 30 d'aoust 1265 ;

Simon, ayant esté banny d'Angleterre, se relira en France, et se mit au service de Philippes le Hardy ;

Guy, sieur de Beynes, qui avoit esté arresté prisonnier après ceste bataille, ayant trouvé moyen d'en sortir, s'en alla en Calabre trouver Philippes, son oncle, où s'estant faict paroistre aux occasions, et y ayant acquis de l'honneur, il passa en Toscane. Il espouza la fille d'Aldobrandin , dict le Roux, ou comme autres disent Raoul, comte d'AnguiUaire (3); et, quelques années après, sçavoir en 1270*, ayant eu advis que Henry, comte de Cornouailles, fils de Richard, roy des Romains, s'en retoumoit du Levant où il estoit allé avec Edouard, son cousin, et passoit par ritaUe , le fut guetter à Viterbe; là où pour se venger de la mort de ses père et frère, ensemble de mauvais traictements qu'ils avoient reçus dudit Richard et du père d'Edouard, aydé de

(l) Nangis, p. 420 et 422. Joinville, Vita S. Lud. Cart. Belîiloci. Nie. Gilles, fol. 105. — (2) Fol. 123. — (3) Math. Paris. Nangis, p. 480. Ann, Spondani ad anno 1271, num. 4.

Simon, son frère, qui estoit venu demeurer avec luy, les poignardèrent tous deux, ainsy qu'ils oyoient la messe en l'église de Saint- Laurent, et s'enfuirent après cest assassinat devers le l)eau-père de Guy. Le roy Philippes le Hardy en fut fort offensé contre eux ; et le pape Grégoire X, à la prière d'Edouard d'Angleterre, les excommunia, et d'autant que Simon décéda incontinent après ce meurtre, il condemna Guy à tenir prison perpétuelle; de laquelle ayant esté tiré par le pape Martin IV, de l'advis dudit Philippes le Hardy, auquel il avoit envoyé Gaultier de Fontaines, prévost d'Ingré en l'église de Chartres, son chapelain, pour luy envoyer quelqu'un des siens pour la conduitte de son armée contre Guy de Montfeltre, qui le troubloit en la Roniandiole, Guy de Monfort fut général de l'armée papale, et poursuivit si chaudement son adversaire, qu'il le mit à la raison , et luy fit rendre tout ce qu'il avoit usui^pé sur l'Eglise.

Son beau -père estant décédé cependant, il fut obligé d'aller se mettre promptement en possession des biens qu'il avoit laissés à sa femme, lesquels les comtes de Saint-Fleur et d'Anguillaire taschoient luy faire* perdre. Depuis, en l'an 1287, ayant esté prins par Roger de Loric, Calabrois, général de l'armée navale du roy d'Arragon, avec plusieurs autres seigneurs, tous furent mis à rançon, excepté luy, sur lequel le malheur tomba, n'ayant pas peu estre délivré en façon que ce soit, Jacques, roy d'Arragon, voulant en cela gratifier à Edouard, roy d'Angletere, et le sacrifier à sa passion et à celle de son frère Alphonse, en se vengeant de Guy, petit-fils de Simon de Montfort, qui avoit tué Pierre, leur ayeul, en la bataille du Minret.

Guy, estant tombé malade en la prison, d'une maladie qui ne pouvoit se guérir que par la compagnie d'une femme, il ayma mieux mourir que se souiller avec une autre que sa légitime. Il laissa plusieurs enfants, entr'autres : Philippes de Montfort et Anastase, comtesse de Noie, femme de Romain des Ursins. Des fils est venue la maison de Montfort au royaiune de Naples, qui a longtemps jouy du comté de Gampo-Basso.

Il ne restoit plus en France que deux frères de Guy, Amaury et Richard; le premier desquels, devant la mort de leur père,

(1) Charon, Hist., ch, 135. Pandulfô Coïlenutio, lib. V. — (2) Ann. Spondani ad ann. 1287.

s'y estoit réfugié avec Aliénor, leur mère , et leur sœur de mesme nom. Il avoit esté destiné à TEglise, et avoit esté poun^eu de la thésaiu*erie de l'église d'York, et estoit estudiant à Paris , du temps que son père fut tué; et sa mère, peu auparavant, estoit accouchée de Richard (1). Quelques années après, Lerlin, fils de Grifin, seigneur de Galles, rechercha la fille Aliénor en mariage. Le roy Philippe le Hardy la luy envoya avec son frère Amaury, que PoUdore Virgile appelle Henry, ne se souvenant pas qu'il avoit dict que Henry avoit esté tué avec son père. Ayant esté prins sm* mer par les coureurs d'Edouard I, roy d'Angleterre, qui avoit succédé à Henry HI, il les retint prisonniers; il les délivra toutefois voyant que Lerlin lui faisoit la guerre, et, à la prière du roy de France, qui estoit intéressé dans Taffaire, la fit espouzer à Lerhn en sa présence; et pour Amaur^', pour ce qu'il estoit clerc , il le rendit aux prélats d'Angleterre qui le détindi*ent longtemps en leurs prisons, d*oCi, à l'instance du pape, et à la diligence de Jean Pecham, archevesque de Canlurhery, et des autres évesques qui en respondirent au roy, il fut délivré soubz certaines conditions.

Sa sœur n'eut grand contentement de son mariage avec le prince de Galles, estant décédée peu après ses espouzailles. Ainsy print fin ceste illustre maison en France et en Angleterre, au regard des masles , et passa par les filles en celle de Bretagne, laquelle, s'estant perdue dans celle de France par l'alliance d'Anne de Bretagne avec le roy Charles VIII et Louis XII, et de Madame Claude de France, leur fille, espouze de François I, le comté de Montfort est revenu à la Coiu'onne d'où il estoit party. Il en a esté depuis distrait en faveur de M"" Jean-Louis de Nogaret de la Valette , duc d'Espernon , en la famille duquel il est encores de présent par engagement seulement.

Outre l'église parroissiale de Saint-Pierre dudit Montfort, il y a un prieuré fondé soubz le nom de Saint- Laurens, par Simon, comte dudit lieu , lequel le donna à l'abbaye de Sahit-Magloire de Paris, fondée par Hugues le Grand, son ayeul, du temps de Louis et Lotliaire , derniers roys de la seconde race , et le dota de plusieurs rentes et revenus, dont il obtint la confirmation du roy Philippes I, en 1072.

(I) Nanpis, p. 487.

Depuis, on y a estably un couvent dç Capuchins, et des religieuses de Sainte-Marie, fondées par Madame des Essais, et encores d'autres dans l'hospital.

Il y a outre la justice du Bailliage royal, une Eslection et Mareschaussée avec les officiers nécessaires pour l'administrer, comme aussy im Maistre des Eaux-et-Forests, qui a semblablement les siens à cause de la forest d'Iveline.

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