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CHAPITRE XIII

Des villes de Mantes, Meiilan et Poissy, et pays circon-* voisin dans lequel est assis le comté de Madrie.

Du Montfortois je passe au pays Mantois , ainsy nommé de Mantes, sa capitale, qui estoit autrefois chef d'un beau comté, réimy dès longtemps à la Couronne, par le roy Charles V, dit le Sage, qui Feschangea, en febvrier 1369, avec Charles, roy de Navarre, pour Montpellier. C'est une belle place, bonne et forte, assize sur la rivière de Seine; laquelle a esté longtemps entre les mains des Anglois , sur lesquels le roy Charles VU eut bien de la peine à la reprendre ( 1 5 aoust 1 449 ). Elle est la dernière du diocèse de Chartres de ce costé-là, les faubourgs qui sont delà le pont estant du diocèse de Rouen. Les isles qui sont dans la Seine avec le pont entier, du diocèse de Chartres, ayant esté adjugées à l'évesque dudit lieu par arrest du 24 mars 1483, nonobstant les oppositions et prétentions de Georges , cardinal d'Amboise, arche vesque dudit Rouen, qui contestoit que ledit pont, jusques à la loge aux Portiers sur terre ferme, estoit, avec ledit pont, de son diocèse.

Il y a dans la ville deux églises, de Nostre-Dame et de Saint-

Maclou. En la première, il y a un petit Chapitre composé d'im

doyen et de sept chanoines, en la plaine collation du Roy comme

comte, et ont chacun un \icaire qu'ils présentent audit comte,

qui leur baille leur instruction sur ladite présentation; il n'y a que le doyenné seul auquel le Roy présente à l'évesque de Chartres , qui baille sa collation. Toutes les chapelles de ladite égUse, qui sont dix-sept, sont en la plaine disposition du comte, excepté la première portion de celle de la Trinité , à laquelle le sieur de Bouville présente au comte, qui baille l'institution; et celle de Nostre-Dame-de-Pitié, à laquelle ceux de la famille des Dunesmes de ladite ville présentent audit comte, qui pourveoit un chapelain. Il y a aussy parroisse en la mesme église, pour estre de laquelle, il faut estre clerc tonsuré ou officier du roy; autrement on n'y est admis, et peuvent seulement ceux qui ne sont de ceste qualité estre de la parroisse de Samt-Maclou. Ils se vantent d'avoir en ladite église de Nostre-Dame , le corps de S. Marcoulf, abbé de Nantueil en Normandie, avec ceux de S. Donunard et de S. Charioulf, ses compagnons. M. Simon Faroul, doyen de ladite église, a composé un livre de leur Invention, lequel a esté, pour le regard de S. Marcoulf, réfuté par Fr. Oudard Bourgeois, religieux bénédictin et prieur de Corbeny, au diocèse de Laon, qui maintient que le corps dudit sainct est audit Corbeny, appelle pour ce sujet ordinairement Saint-Marcoulf, où les roys de France, au parth* de leur sacre, vont faire leur neufvaine, pour obtenir la continuation de la grâce que Dieu leur a donnée, par l'intercession de ce sainct, de guérir des escrouelles, en touchant les personnes qui en sont malades.

Hors la ville, il y a un très-beau monastère de Célestins, lequel, quoyqu'il soit sur une montagne, abonde en fontaines. Il est du diocèse de Rouen. Du costé de deçà est le couvent des CordeUers, dans le diocèse de Chartres : depuis peu de temps on y a estably une maison d'Ursulines et d'Hospitalières.

L'Archidiacre de Poissy, autrement de Pinserais, en Téghse de Chartres, y tient le principal siège de la justice ecclésiastique, pour Texercice de laquelle il y a un Officiai, promoteur et autres officiers.

Le roy Henry II y establit mi Présidial en 1552, auquel ressortist, en cas de l'édit, le bailliage dudit Ueu, et quelques autres circon voisins, à cause de la proximité de ceste ville, que aucuns mettent dans leVexin françois, autres dans l'Isle-de- France, de ceUe de Paiis : on y a tenu plusieurs assemblées, tant du clergé de France qu'autres. Phihppes- Auguste s'y plai-

soit, et en 1209 y tint son parlement, qui n'estoit encores sédentaire comme il est à présent, d'où il envoya le comte de Saint- Paul, avecime armée, contre le duc de Bretagne, et y ordonna la saisie du temporel des évesques d'Orléans et Auxerre, à faulte de l'avoir assisté comme il prétendoit qu'ils y estoient obligés es guerres contre les Anglois (1). Le roy donna, en 1211, les privilèges aux bourgeois et eschevins de Mantes, leur promist le ban , et que personne ne pourroit vendre vin en la ville s'il n'estoit de la commune; y estant tombé malade, il y mourut lo 14 juillet 1223. Philippe III, son successeur, leur donna, en 1274, la basse justice, que le prévost avoit en la ville et banlieue de Mantes, avec la garde des prisons (2). Charles V leur donna la franchise en 1376, et Charles VI leur octroya, en 1381, le droit d'instituer des officiers de police; et Charles VIII leur accorda un marché franc.

Quand à Meulanc , le fort et les isles qui sont de ce costé-là dans la Seine , avec l'isle et le prieuré de Saint-Cosme en Tisle Fresneuse, sont comprins dans ledit archidiaconé, combien que la ville soit du diocèse de Rouen ; elle a eu autrefois ses comtes et vicomtes, qui ont tenu rang entre les plus grands seigneurs de France et d'Angleterre. On en peut veoir quelques-ims dans le livre qu'a mis en lumière M'* Nicolas Davanne (3). J'y eusse peu adjouster, mais ne voulant faire estât que de ce qui est de nostre diocèse, je laisse à d'autres d'en faire la recherche.

Poissy le suit de près, qui es toit au siècle de nos devanciers un lieu de plaisir, où les reynes de France faisoient leurs couches, et donnoient la première nourriture à leurs enfants, auparavant que Fontainebleau et Saint-Germain-en-Laye eussent esté bastis. La reyne Constance, femme du roy Robert II, y fit édifier l'église de Nostre-Dame en laquelle elle mit des chanoines réguUers , qui ont esté sécularizés du depuis , et au lieu d'im abbé y a eu im doyen et huit chanoines que le Roy institue, autant de vicaires, que le Chapitre présente à l'Archidiacre de Pinserais, qui les représente à leur évesquç, qui leur donne leur collation. Quelques-mis veulent que ceste église de Nostre-

(1) Invent, des tilt, du Roy (soubz Craon). — (2) Chopin, Coût. d'Anjou y en la préface, et liv. I, ch. 30. — (3) Vie et martyre de saint Nicaise , premier évesque de Rouen.

Dame, estant tombée en décadence, Philippes le Bel, roy de France, la fit rebastir, et auprès un monastère poui^ les religieuses de S. Dominique, qu'il fit venir de Prouille, diocèse de Carcassonne, auquel le patriarche des frères Prescheurs, estant en ces quartiers-là contre les Albigeois , avoit retiré trois cents pauvres damoiselles qu'il faisoit vivre selon les constitutions de son ordre , et les y mit au lieu des chanoines ; en quoy ils se sont trompés, veu que ce couvent de filles n'a esté basty que depuis le déceds et canoliization de S. Louis, roy de France, et en sa contemplation ; seulement , pour ce qu'estant nay dans le chasteau de Poissy, on Ta employé à y faire ceste maison de filles, dans Téglise desquelles a esté posé le maistre-autel, au mesme endroit où ce saint avoit prins sa naissance, et receu le baptesme. Aussy ce bon roy avoit-il toujours une tendresse et affection pour ce lieu, se faisant appeller pour ce sujet Louis de Poissyj disant qu'il avoit receu là le plus grand bien et honneur qu'il eust peu désirer au monde , pour y avoir receu, non tant la vie du corps que celle de Tàme , par la grâce du baptesme; et s'il escripvoit à quelque particulier de ses amys, il se soubzscrivoit : Louis de Poissy, ou le Seigneur de Poissy.

Il y a eu autrefois une famille du nom de Poissy, au mesme lieu , que je crois avoir prins origine des anciens seigneurs d'iceluy, qui l'avoient possédé auparavant qu'il vint en mains du* roy. J'en trouve,, dès l'an 1073, qui paroissoient et estoient alliés aux meilleures familles et maisons du pays ; s'ils ne sont fondateurs de Joyenval, ils y ont néamoms faict du bien, comme à Chambourcy et Davron , où il y en a quelques-uns d'inhumés, ainsy qu'il se veoid par les Nécrologes d'iceux(l). Ils portoient lozangé d'argent et de gueules de dix points 3. 3. 3. 1.

La ville de Poissy est fort marchande, et fournit Paris de bœufs, moutons, brebis et porcs; y ayant tous les jeudis marché, où chacun en vient vendis ou achepter. Il y a un Prévost pour la justice temporelle, qui a sa jurisdiction estendue sur Poissy, Triel et Saint-Germain-en-Laye (2); les appellations duquel ressortissent au Chastelet de Paris. Durant les différends des anciens comtes de Chartres avec l'Evesque et Chapitre de la cathé-

(1) Emoy, p. 300 de ses Antiquités de Saint-Quentin. — (2) Dubreuil, Antiq. de Paris ^ liv. IV.

dralle dudit lieu, les roys en attribuèrent la congnoissance au prévost de Poissy, pardevant lequel ils plaidoient , jusques à ce que les roys Jean et Charles, son fils, octroyèrent, par leurs lettres patentes, audit Chapitre d'avoir leurs causes commises nuement en la Grande-Chambre du Parlement de Paris, où, d'autant qu'on n'y instruit les procès , ils auroient esté renvoyés aux requestes du Palais. Combien que le principal tiltre de Tarchidiacre de Pinserais, en Véglise de Chartres, soit Poissy, si est-ce qu'il ny tient le siège de la jusUce, mais à Mantes, comme nous l'avons remarqué cy-dessus. Ceste ville est assez plaisante pour avoir son assiette en un beau vallon, joignant le rivage de Seine, qui est limité, en son plan et estendue, de bocages et terres qui rapportent de bon fourment. On y a depuis peu basty un couvent de Capuchins pour la consolation des habitants.

Le pays s'estend dans le val de G allie , qui est un des plus beaux et agréables de la France. Là, se voyent les abbayes de Joyenval, de Tordre de Présmonstré, où nos anciens historiens disent (1) qu'un ange apporta à un hermite, qui faisoit sa résidence en ce lieu, un escu semé de fleurs de lis, que nos rois ont retenu pour armoiries du royaume; de Saint- Corantin et de Saint-Cyr, qui sont de filles de l'ordre de S. Benoist, avec les villages de Crépierres, Trianoii, et quelques autres, qui abondent en ce qui est nécessaire pour la vie et usage de l'homme.

Les récents qui ont traie té de l'origine de nos roys de la troisiesme race les font sortir des comtes de Madrie, qui avoient leur domaine dans le Pinserais; car, comme il se peut veoir par quelques actes qui se trouvent dans les abbayes de Saint-Denisen-France et de Saint-Magloire de Paris, le pays de Madrie s'estendoit, du Pinserais, bien loing au deçà et delà de Paris, duquel il descendoit par la forest Iveline jusques à Faverolles et Néron, près Nogent-le-Roy, par lequel, doublant, il s'en alloit prendre Dreux, pour passer jusques à la CroLx-Saint-Leufroy, abbaye dans le diocèse d'Evreux, que le martyrologe Bénédictin dit estre assize in pago Madriacensi (2) , et s'en retournoit gaigner la rivière de Seine dans le Vexin franrois. Pour ce qu'il se trouve par certain tiltre rapporté par Bouchet en ses preuves de

(1) Nicoles Gilles. -^ (2) Ad undecimum kal.julii.

la Vraye origine de nos Boys , que Nebelon , qui se dit fils de Childebrand, prend qualité de comte de Madrie, on s'est imaginé que ce pays-là estoit une comté qu'il am*oit laissée à Robert le Fort, l'un de ses descendants. Je trouve, à la vérité, qu'il y a dans le Pinserais certains ruisseaux qui ont leur source, l'un vers Garencières, Fautre des étangs de Haulte-Bruières et de la forest de Montfort, lesquels, s'estant joints ensemble , font ime petite rivière, appelée la Mauldre, en latin Maldra, qui coule par Neaufle-le- Vieil, Beines, Maurepas et Maule, d'où elle s'en va descharger dans la Seine au-dessoubs de Mantes; et qu'autrefois il y avoit mi bourg ou village de mesme nom dans icelle contrée qui portoit le nom de Madrie, d'où ce comté avDit prins sa dénomination. Ce que je ne me persuaderois volontiers, mais plustost que si ce pays a appartenu à Robert le Fort et à sa postérité, que c'estoit conune faisant partie de la comté de Paris , qtd estoit en sa maison et famille. Laissant toutesfois ceste fusée à démesler à ceux qui en traictent à dessain , je repasse en Beaulse pour parfaire la description entière du particulier de nostre diocèse.

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