CHAPITRE XV
De quelle sorte de gouvernement ont usé les anciens Gaulois y de leurs mœurs et façons de faire y en paix et en guerre.
COMBIEN que le gouvernement monarchique, qui ne dépend que d'un seul , aye tousjours esté estimé le meilleur par toutes les nations , si est-ce qu'il s'en est trouvé et trouve encores, qui luy ont préféré l'administration populaire, qui consiste en l'advis et jugement de plusieurs. Je laisse à part les raisons des uns et des autres, qui se peuvent veoir dans les autheurs qui ont escript pour et contre, et dis seulement que je ne peux estre de l'advis de ceux qui oi)t donné des roys à nos premiers Gaulois, qu'ils ont forgés à leur appétit, ou les ont tirés d'un supposé Bérose, qui en rapporte ime grande liste, plus fabuleuse que véritable. Il y a bien plus d'apparence qu'ils se soyent gouvernés d'une façon aristocratique, veu ce qu'en escript César en ses Commentaires , que le gouvernement des Gaules estoit entre les mains des philosophes Druides et des nobles seulement, sans que le peuple y eût part; ce qui a d'autant plus de vraysemblance que, n'y ayant que trois sortes de gouvernement, le monarchique, où un seul commande; le démocratique, où le peuple a la surintendance; et l'aristocratique, où plusieurs, en certain nombre, des plus apparents entre les autres, tiennent la seignemie souveraine, nos Gaulois n'ayant suivy les deux premiers , il faut qu'ils ayent embrassé le dernier. En quoy ils ont eu de la raison , d'autant que la puissance de commander souverainement devant, par discours et raisonnement naturel, estre baillé aux plus dignes et plus vertueux ou plus nobles, elle ne pouvoit estre mise en meilleure main qu'en celles des Druides, lesquels, faisant profession des lettres et de la vertu, s'estoient acquis im grand crédit parmy les peuples et les nobles, qui ne dédaignoient de suivre leur profession; et qui , d'ailleurs , avoient des richesses et commodités pour se maintenir, ils n'eussent peu trouver une forme de gouvernement
plus plausible. C'estoit ceste forme de république que souhaittoit Platon, où les roys estoient philosophes, et les philosophes estoientroys, pour ce que la souveraine administration leur estant déférée, ils avoient plus d'intérest à la conservation d'icelle que le commun peuple, lequel, n'ayant que perdre et peu de résolution, Tabandonneroit au premier choq d'une disgrâce. Ce fut la seule raison pour laquelle Q, Flaminius laissa la seigneurie des villes de Thessalie aux plus riches, conune à ceux qui avoient plus d'intérest en la conservation de VEstat, et pouvoient mieux le maintenir par leurs moyens et facultés, que les pauvres qui avoient assés affaire à leur entretenir. D'ailleurs, Tordre estant nécessaire pour maintenir chacun en son debvoir, et n'y en ayant que peu ou point parmy le populaire , qui agit plus par passion que par raison, il estoit plus à propos que la chose pubUque fût commise à la direction des sages et authorité des nobles; aux uns pour la régir, aux autres pour la deffendre, et à tous pour- la mahitenh*; et comme l'union est la mère de la paix, bien que leui*s fonctions fussent diverses, ils convenoient néamoins tous en un mesme sentiment de bien faire, qui les tenoit en bonne intelligence.
Les Druides estoient particulièrement députés pour la religion, sans laquelle l' Estât est conune un corps sans âme, pour avoir soin des sacrifices publics et privés , de résoudre les points les plus difiiciles de leur créance; mstruire la jemiesse, qui estoit envoyée de toutes les provinces gauloises pour apprendre leur science, et juger des différends qui pouvoient arriver entre les particuliers. Ce qui les mettoit en un degré de respect si éminent, que leurs jugements passoient pour loix, ausquelles il n'estoit loisible de contredire. Que si quelqu'un ne vouloit acquiescer à leurs arrêts, la peine suivoit incontinent la faute, par une interdiction qu'ils faisoient au rebelle d'assister à leurs sacrifices et cérémonies publiques. Ceste peine estoit la plus grande qu'on eust peu leur donner, pour ce qu'ils estoient fuis d'mi chacun, comme personnes exécrables, avec lesquelles ils ne vouloient conununiquer, non pas mesme de pai'olle, crai- .gnant que, tout ainsy que les loups dérobent la voix à ceux qu'ils voient les premiers, il leur arrivast quelque malheur s'ils parloient avec eux. S'ils avoient quelques procès à vuider, ils n'estoient escoutés tandis qu'ils persistoient en leur contumace ;
toute audience leur estoit déniée, et esloient rebutés des charges et honneurs , sans espérance d'y pouvoir parvenir.
Un seul de ces Druides présidoit sur les autres , et celuy qui approchoit plus près de ses vertus et capacité luy succédoit en la charge. Que s'il s*en Irouvoit de concurrents, les autres Druides pouvoient choisir celuy qui leur plairoit le plus. Que s'ils ne pouvoient s'accorder, comme les affections des hommes sont différentes, ils en venoient aux mains.
Sur la fin de décembre, ou au commencement de janvier, voire, selon aucuns, en septembre, ils s'assembloient à Chartres ou es environs, en un bois consacré, où ils se rendoient de toutes parts pour sacrifier ou vuider leurs différends et j)rocès, à cause que ceste ville estoit comme au centre des Gaules. Si tous les autres Gaulois est oient obligés, depuis les enfants de quatorze ans jus([ues aux vieillards, d'endosser le harnois pour attaquer ou se défendre de leurs ennemis, les Druides seuls en estoient exempts, aussy bien que de tous subsides et contributions. César dit qu'ils usoient, en tous leui*s contracts et affaires ri\iles, de charactèrcs grecs, en leur doctrine, instructions de la jeunesse, et traditions de leurs dogmes; d'aucuns, une seule cabale suffisoit sans lettres ni escripture.
Quant aux nobles cavaliers, ils estoient seulement pour la deffense des autres, et presque toujours soubz les armes, pour attaquer ou repousser l'enneujy. Auparavant l'arrivée de César es Gaules, il ne se passoit année qu'ils n'en eussent à quelqu'un. Allant en guerre, chacmi menoit avec luy le plus de monde qu'il pouvoit, pour ce que leur honneur dépendoit du plus ou du moins, celuy qui en menoit le plus, estant le plus estimé. Il estoit facile aux riches de trouver ces escortes, pom* ce que les pauvres estoient bien ayses de se mettre à l'abry des plus puissants, pour se mettre à couvert de l'indigence, et de se rendi'e vassaux et su])jets de ceux desquels ils espéroient quelque faveur (1). Ils alloient en leurs assemblées tous armés, et de mesme en leurs sacrifices, banquets et affaires privées; et, à la fin d'iceux, s'ils avoient (luelque chose à démesler avec quelqu'un, ils le vuidoient par les armes. Plutarque dit que les femmes délibéroient de la paix et de la guerre, et que ce qu'elles
(1) ALliénép.
r. iO
avoient résolu, étoit suivi. Aux Estais-Généraux, qu'ils tenoient tous les ans (1), d'où seroit peut-estre venu la coutume de tenii* les Estats en certains endroits de la France, comme en Languedoc et Bretagne, voire les Parlements, deux ou trois fois Tan, auparavant qu'ils eussent esté rendus sédentaires, ils approuvoient le dire de leur prince par le cliquetis de leurs armes, frappant avec le bout de leurs lances ou javelines sur leurs targes et pavois. Strabon remarque (2) que si quelqu'im interrompoit celuy qui harangoit en quelque assemblée, il y avoit un officier qui luy commandoit de se taire, auquel, s'il ne vouloit obéii* après une seconde et troisiesme monition, il luy couppoit telle portion de son saye, que le reste demeuroit inutile à servir. César, parlant d'Incliciomare (3), esciipt qu'aux assemblées on faisoit mourir le dernier venu, pour le punir de sa paresse. Ce que j'estime aussy véritable que ce qu escrivent Plutarque et Strabon des cigongnes; qui, pour estre une fable, a donné sujet au proverbe des Contes de la Cigmigne, pour une chose qu'on tient hors de croyance. Ils observoient la mesme forme en l'eslection de leur prince qu'en celle de leur grandprebstre; sitost que l'im et l'autre estoient esleus, ils les eslevoient sur un bouclier, et les portoient sur leurs espaules, trois fois à l'entour de l'assemblée ou du camp, si ceste eslection se faisoit dans l'armée. Ce qui auroit peut-estre donné sujet à quelques seignem*s de porter les évesques en leur nouvel a-àvénement en leurs églises, comme il s'est fait jusques à présent, et à nos premiers François, d'eslever leurs roys sur des rondaches, et les porter à l'entour du camp pour les mettre en possession de leur estât, les faire recongnoistre pour souverains, et leur faire serment de fidélité. Il n'y avoit que ceste difierence que le Grand-Prebstre jouissoit de sa dignité à sa vie ; le prince ou général de l'armée, seulement durant la guerre. Ils y alloient couronnés conune aux nopces, ou comme s'ils eussent esté asseurés de vaincre. Elian dit (4) qu'il n'y avoit point d'hommes sur la terre qui s'exposassent plus promptement aux dangers que les Celtes. César en donne la raison qu'estant imbus de la doctrine des Druides touchant l'immortalité des âmes, ils s'ex-
(I) Tacite. — (2) Lib. IV. — (3) Lib. VI. — (4) Lib. XII, Variar. histor.
posoieiit librement aux périls. Ils pouvoient aussy y eslre portés par un aiguillon de gloire, voyant qu'on louoit hautement, par certains panégiriques, ceux qui avoient rendu preuve de leur valeur. Retournés de la guerre, ils dressoient à la mémoire de ceux qui avoient donné des témoignages de leur courage des trophées, qu'à la façon des Grecs, ils laissoient à la postérité, pour souvenir de leurs généreuses actions, et pour servir à leurs descendants d'esperon à la vertu. Ils s'estoient rendus si redoutables à lems voisins, que Saluste escrit que, de son temps, ils avoient donné l'espouvante à tonte l'Italie, au bruit de leurs armes; et que si les Romains combattoient avec les autres na; tions pour la gloire, avec les Gaulois c'estoit pour la nécessité* Aussy depuis qu'ils eurent ressenty leur addresse aux armes, par la prinse de leur capitale, et par autres secousses qu'ils recourent de leur part, ils avoient fait un fond en leur espai'gne, duquel l'argent ne se tiroit que lorsqu'il faUoit faire la guerre contre eux. Tite-Live(l) en a fait un plus sinistre jugement, disant que les Gaulois, au commencement du combat, estoient plus qu'hommes, à la fin, moins que femmes! Tesmoignage qui porte son reproche avec luy, partant de la plume d'un fort en* nemy du nom Gaulois, qui voudroit bien, par le rabais qu'il fait de ceste nation, eslever la sienne par dessus les autres; aussy est -il contredit en cela par Justin, qui escrit, en leur louange, que les roys de l'Asie et d'autres provinces faisoient telle estime de leur valeur, qu'ils estimoieut ne pouvoir conserver ce qu'ils avoient d'acquis, ny recouvrer ce qu'ils avoient perdu, sans leur assistance. La response qu'ils firent à Alexandre le Grand, leur demandant ce qu'ils redoubtaient le plus, qu'ils ne craignoient rien sinon que le ciel tombast, fut fort bien receuedelui. Ce prince, ambitieux au dernier point, s'attendoit qu'ils luy dissent qu'ils ne craignoient que luy; mais, les oyant chanter d'une autre ganune, il admira leur dire et honora leur courage. Ils l'avoient en trop bonne assiette pour en user autrement, estimant la moindre retraicte pour une honteuse fuite. C'est pourquoy Elian, faisant réflexion sur leur constance, escrit qu'ils estoient tellement accoustumés aux dangers, qu'ils ne sortoient pas mesme de leurs maisons que le feu dévoroit, et
(1) Lib. X, Décad. \.
l\H HISTOIRE DU DIOCÈSE
les vents et tempestes ébranloient pour les faire tomber sur leurs lestes. Flore rapporte un exemple notable du courage de certains Gaulois, lesquels, ayant esté prins en guerre et mis à la cadène, ne pouvant supporter l'insolence d'un barbare vainqueur, firent ce qu'ils peui'ent pour rompre leurs fers avec les dents, i)Our se tirer de la prison, (jui leur estoit plus rude que la mort; ce que n'ayant peu exécuter, ils aymèrenl mieux s entreestrangler, que survivre à leur malheur. Qui est-ce qui dira que c'est une action de femmes on de pei^onnes sans cœur? Je demeure d'accord, avec César, que les Gaulois sont fort prompts à entreprendre la guerre, et qu'ils ne sont d'une disposition pour en souffrir les fatigues; mais cela ne fait rien contre l'estime qu'on doibt faire de leur valeur, pour ce que ce défault pro^^ent du manque de résolution , mais de la température et disposition de leurs corps, que l'aër rend plus mois et délicats, et par ainsy moins propres à supporter la fatigue.
L'Espagnol, pour estre plus méridional, est d'mi naturel lAns tempéré, mélancholique et contemplatif, et pour ce plus ingénieux que le François, qui est toujours en action, à cause de son naturel bilieux et cholère, qui, comme le dit Tite-Live, ne peut se commander, lorsqu'il est préoccupé de ceste passion, qui le rend plus prompt, actif et diligent; dans son feu renverse, comme un foudre, tout ce qui luy faict résistance.
L'Italien, participant de tous les deux, a ses passions et actions i)lus modérées pour estre dans un climat tempéré au possible, entre le pôle et l'équateur, au milieu de l'Europe, de l'Afrique et de l'Asie, penchant xm peu vers l'orient et le midy. Mais si les François estoient des cannes et pei*sonnes sans courage, pom'quoy les Romains s'en seroient-ils servis en la bataille de Cannes, où, selon Tite-Live, par mi ordre nouveau et particulier à eux seuls, ils combattirent tous nuds? Ce qui diminue tout à fait la foy de cet autheur, plus envieux de la vertu gauloise, qu'il n'est véritable en ses escrits.
Parmy nos anciens Gaulois, les gens de cheval estoient beaucouj) plus en estime que l'infanterie. C'est pourquoy César employa la cavalerie gauloise contre Petreius et Affanius et les restes de la guerre civile. Leui*s armes estoient une espée assés pesante, selon Polybe, et longue, ainsy que l'escrit Tite-Live, émoussée et sans pointe, dit Strabon, de laquelle ils ne pouvoient
se servir que pour donuer des estramassous et non des estocades, et pendoient, selon Diodore, cesle espée à leur cost/i gauche, avec une chaîne de fer. Ils se mettoient à couvert des coups avec une rondelle ou bouclier de leui' hauteur, et se deffendoient avec deux dards ou demi -piques, le fer desquelles estoit d'un pied de long; leur casque, ou armet de teste, avoit sur le haut d'iceluy une petite creste ou huppe, semblable à celle des alouettes, qui donna sujet à César de nommer une légion de Gaulois, entretenue à ses gages , Alouette, comme au roy Henry le Grand, d'appeler les Chartrains et Beaulserons, Alouettiers, à cause de la quantité des alouettes qui se prennent en ce pays durant la saison d'hyver.
Nos Gaulois estant près de marcher en bataille, les Bardes, qui estoient leurs poètes et musiciens, chantoient en vers, ou avec la seule voix, ou la mariant avec quelqu'instiiunent, les belles et généreuses actions par lesquelles leurs ancestres s'estoient signalés dans les occasions, pour les disposer à en entreprendre de semblables, et ne dégénérer de leurs vertus et prouesses, et blasmoient ceux qui avoient commis quelque lascheté, ])our leur dire qu'ils dévoient espérer mesme peine, s'ils tomboient en mesme faute. Ces poètes ayant fait leur devoir, toute l'armée se mettoit à crier si épouvantablement et frapper si rudement sur leurs rondaches et escus, que tous les lieux circonvoisins retentissoient de ce grand tmtamarre, et lem's emiemis en demeuroient espouvantés. Leurs bataillons marchoient au son de la trompette , et se ruoient de telle furie sur leurs advei'saires, que, comme un torrent emporte tout par où il passe , ils jonchoient la terre de leurs corps , et s'ils demeuroient victorieux, ils leur couppoient les testes, qu'ils pendoient au col de leurs chevaux; et estant de retour chez eux, les attachoient aux portes de leurs villes, pour faire perdre aux autres l'envio de les aller attaquer.
César et Athénée disent qu'ils immoloient leurs prisonniers aux Dieux; ils eussent mieux parlé, s'ils eussent dit qu'ils les sacrifioient à leur passion, veu que, comme nous le ferons veoir cy-après, c'est mie pure calomnie qu'on leur impose qu'ils sacrifioient des -hommes.
Retournés qu'ils estoient de la guerre, ils reportoient l'estendard qu'ils avoient tiré de leurs bois sacrés , qui leur servoient
de temples, et le déposoient entre les mains dn souverain des Druides , qui avoit la charge de le garder, jusqu'à ce qu'on en eût besoin. C'estoit comme l'Oriflamme, que nos roys vont prendre, aux guerres de conséquence, des mains de l'abbé de Saini-Denis-en-France, et luy rendent à lem* retour pour la conserver. Ils déposoient âussy, en ces bocages et lieux destinés pour faiie leurs sacrifices, les dépouilles et butin qu'ils avoient gaigné sur l'ennemy. Personne n'estoit assés hardy pour en enlever quelque chose, pour se l'approprier. Les estrangers mesme avoient ces lieux en vénération ; tesmoin César, qui , ayant re-congneu son çspée pendue à un chesne, au lieu nommé Vasso^ qu'on estime estre Polignac en Auvergne, laquelle il avoit perdue en un rencontre de Gaulois, n'osa la reprendre, quoyqu'il fust pressé de ce faire par ceux de sa nation , qui désiroient ost^r ceste marque de leur confusion.
Quand à leur disposition , ils avoient une grande agilité de corps, et peu se voy oient parmy eux qui fussent chargés de graisse. S'ils excédoient certaine mesm'e, cela tournoit plustost au blasme de la personne que de la nature. Ils poil-oient tous les cheveux longs, flottants sur leui^s espaules, qu'ils se lavoient avec de l'eau de chaux estainte, pour les rendre blonds. Les filles de Gascongne s'en servent encores , ou de lexive de cendres, pour se les rendre roiK. Leurs habits estoient de sayes de laine et de draps, bigarrés de diverses couleurs et à bandes, comme sont ceux des Suisses, et ne leur alloient qu'à la demie cuisse, le reste demeurant nud- Il y en avoit qui portoient des hauts-dechausses, qu'ils appelloient braies, lesquelles estoient tout d'une venue et aussy larges par le bas que par le haut; car, comme ils estoient, dict Strabon , différents en langages, aussy Testoientils en leurs habits et leurs mœurs; j'en (vis) autrefois en Gascongne qui leur alloient jusque sur les talons; et l'autheur sans nom de la Vie de Louis le Débamiaire {\) , nous représente ce prince, lorsqu'il n'estoit que roy d'Aquitaine, en portant de la mesme façon , ce qui auroit donné le nom à la Gaule Narbonnoise, de Gallia Broecata , à cause que ceux de ceste province portoient des brayes ou hauts-de-chausses, ce que ne faisoient les autres. Leurs maisons estoient presque toutes, ou dans les
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bois, ou sur les eaux, pour avok de la fraîcheur en esté, et du bois en hiver pour se chauffer (1). Ceux qui estoient en lieu où difficilement ils en pouvoient reôouvrer, se servoient de pœsles , comme Ton fait encores en Allemagne.
En leurs banquets, ils n'estoient assis sur des sièges, mais estoient gisants à plaine terre, sur des peaux de loups et de chiens, et ceux qui avoient plus de moyen, sur des lits, et se faisoient servir par de jeunes garçons. Leurs principales et plus ordinaires viandes estoient la venaison ou chair de porc frais et salé, comme leurs breuvages, du lait, du cidi'e et de la bière, veu que, n'ayant encores apprins de cultiver la vigne, il ne se voioit du vin qu'aux tables des grands, qui en faisoient venir d'Italie ou d'Espagne.
Les fenunes avoient le soin et gouvernement de la famille et de leurs enfants, dont les masles ne paraissoient point devers leurs pères, qu'ils ne fussent propres à porter les armes, ce qu'ils faisoient dès l'âge de quatorze ans. Les hommes en se mariant portoient autant à la commmieauté que les fenunes, au sur\'ivant desquels le tout appartenoit. Les maris avoient puissance de mort sur leurs femmes et enfants.
Ils comptoient par les nuits et non par les jours ; qui avoit fait dire à César, qu'ils en usoient ainsy pour estre sortis de Dis, qu'il croyoit pour le Dieu de la nuit, ne sachant pas qu'ils tenoient ceste façon de nombrer de leurs ancestres qui comptoient tout de mesme. La preuve s'en peut veoir au premier chapitre de la Naissance du Monde, où Moyse commence par la nuit, disant : Et factum est vespere et marte dies unus (2). Coutume que l'Eglise a retenue, conunençant les festes dès les premières Vespres, et non dès Matines. Ceste manière de compteipar les nuits a esté longtemps observée en Gaules, ainsy qu'il se veoid dans la Loi SaUque. Ce qui estoit aussy pratiqué par les Allemands, leiu^ voisins, comme l'a remarqué Tacite, et se peut lire dans le Code de leurs loix, et dans celles des Ripuariens, autrement dits Ribarols : c'est d'où nous avons retenu ceste formule de parler, ennuit pour dire aujourd'huy (3).
(l) JuUan Apost., /n Misopogon, — (2) Genèse I. — (3) Beda, de ratio, temp,, eli. de die alilei\ sentit, les Salica, tit. XXVI, num. 9, tit. XLVII, imm. 2, Tacite, in Gemxania Icgein Allem., tit. XXXVI, num. 2. Leg.
Ils commenroient leur année au solstice brumal, quiarrivoit, aupai-avant la réformation du Calendiiei* , le 12 décembre , lorsque le soleil entroit au signe du Capricorne, ainsy que l'a remarqué Bède en son Livre des Temps y qui appelle ce mois ou hmaison saerce, j)our ce qu en iceluy ils faisoient la cueillette du guy et leurs principaux sacrifices. 11 est vray qu'il se trouve des aulheurs, qui leur ont fait commencer leur année avec les Hébreux, leur en donnant une sacrée et une prophane ou commune. La sacrée commençoit le 1 i de la lune de mai-s, pour ce qu'en ce temps là, ou au mois d'apvril, dans la mesme lune, ils avoient heureusement abordé et prins terre aux costes de la Bretagne- Armorique ; et la commune vers le 7 de la lune de septembre, qu'ils appeloient Parthcnon, comme si, par un esprit prophétique, ils eussent préveu que la Vierge qui debvoit enfanter, debvoit aussy prendre sa naissance dans ce mois, et presqu'au mesme temps qu'ils commençoient leur année. Leurs funérailles estoient fort pompeuses, ainsy que l'escrit César.
Voilà en peu de mots quel estoit le gouvernement politic de nos anciens Gaulois et Chartrains, mais auparavant que de parler de l'administration des Druides, qui correspondoit à la spirituelle, voyons quels ils estoient.